UN CIMETIERE DE TIRAILLEURS
rades des zouaves et du 77® B. L leur arrache ce gain précaire.
A la tombée de la nuit la bataille est gagnée et l’ennemi doit se résigner à la retraite. Dès le 10 la poursuite commence.
Nombreux étaient ceux dont le sang paya cette victoire : parmi eux le colonel Fellert était tombé mortellement blessé. Mais leur sacrifice n’avait pas été vain et le général Humbert précisant la mission qu’ils avaient si bien rempli© pouvait dire : <.< La fermeté des troupes de la Division du Maroc a été la condition de la victoire. »
Après avoir participé avec le 10® corps à la poursuite de l’ennemi, la D M. reprend le contact vers Prunay et nos tirailleurs livrent de nouveaux combats pour emporter les défenses avancées ennemies dans la région de la ferme des Marquises. Puis, le 27, la situation se stabilise, et la guerre de tranchées commence. C’est au cours de cette période que le régiment de marche de tirailleurs de la Division du Maroc, le futur 7® de marche, se forme avec les débris des bataillons de turcos de la brigade.
Il tient pendant les mois d’octobre et de novembre le secteur de la Pompelle, puis est dirigé vers la Belgique.
La Belgique.
Le régiment occupe d’abord le secteur de Boesinghe et participe avec le 8® zouaves à la reprise du Bois Triangulaire. Puis il se reporte près d’Ypres où il tient pendant quelques jours des tranchées à peine ébauchées, à demi pleines de boue gluante.
Le 20 décembre, tandis qu’il apprend sa dénomination officielle de 7® régiment de marche de tirailleurs, il se déplace de nouveau pour aller occuper le secteur de Nieuport.
Après avoir, dans le sable des dunes, dans la boue du Polder, avancé nos tranchées et amorcé la lutte, il prépare une opération d’ensemble.
Le 28 janvier, après une rapide préparation de <( 75 » qui bouleverse la première tranchée ennemie, les tirailleurs du bataillon Toulet, soutenus par ceux du bataillon Jacquot, attaquent les tranchées du Polder, tandis qu’une compagnie du bataillon Sacquet objective la Grande Dune.
Après avoir emporté sans coup férir la première tranchée ennemie, ils trouvent à quelque distance en arrière dans des abris intacts la garnison allemande. Celle-ci, surprise par la rapidité de l’assaut, n a pas le temps de faire face et s’enfuit en désordre par les boyaux.
Malheureusement, la deuxième ligne ennemie qui n’a pas eu à souffrir de notre préparation d’artillerie, est fortement tenue et limite notre avance. La Grande Dune avait été enlevée par les trois sections d’assaut de la compagnie Tricottet, qui, après avoir résisté à plusieurs contreattaques, avaient été anéanties par un tir d’enfilade.
Les batteries boches de Lombaertzyde, tirant d’écharpe, arrosent de projectiles le terrain conquis. Nos tirailleurs, ne pouvant creuser des abris dans ce sol gorgé d’eau comme une éponge, subissent sans défaillance, mais non sans perles cet^impressionnant marmitage.
Cette situation dure toute la journée. On ne tient plus que par un miracle d’énergie. Enfin, à la tombée de la nuit, le commandement donne l’ordre de repli; le régiment rejoint sa ligne de départ, ramenant les blessés, le matériel, les cadavres môme. Remplacé par des fusiliers marins, il va se reformer à Nieuport. Lor>qu’il quitte la Belgique, le général de Mitry, commandant le corps de cavalerie auquel est rattachée la brigade, peut dire dans son ordre d’adieu :
« lirailleurs, vous avez fait battre tous les cœurs. Vous vous êtes conduits en héros. Si vos pertes ont été lourdes, vous avez su venger vos morts. Le sang de nombreux d’entre vous a arrosé ce coin de Belgique, préparant la victoire finale. Le sacrifice de ces braves aura sa récompense. La France est fière de posséder pareilles troupes. A tous, merci. »
L’Ai?tois.
Après avoir occupé le secteur de Sillery, le 7® de marche, qui s’est enrichi d’un bataillon par le dédoublement du bataillon Sacquet, est dirigé sur l’Artois où il doit prendre part à l’offensive du 33° corps.
Terminer par une poussée qui crèvera les organisations boches, la stagnation de la guerre de tranchée, tel est le but, connu de tous. Tous consentent au sacrifice pour y parvenir. L’effort demandé est considérable; mais on assure que de puissants moyens seront mis en action et l’enthousiasme est général.
La mise en place et les travaux préparatoires s’effectuent dans la nuit du 8 au 9 mai. A l’aube, les compagnies sont placées dans les parallèles de départ, tandis que commence la préparation d’artillerie.
A 10 heures, déployé en trois vagues, le régiment part à l’assaut. Conduite par le commandant Jacquot, la première vague s’élance. Elle est prise sous le feu des mitrailleuses qui lui font subir des pertes énormes. Le commandant Jacquot tombe et tous les officiers sont tués ou blessés. La première vague, décimée, marque un instant d’arrêt, mais l’élan des groupes suivants l’emporte et tous, pêle-mêle, arrivent à la première tranchée.
Des combats furieux s’engagent dans la première ligne ennemie. A la baïonnette, au couteau, les nettoyeurs de tranchées se mettent à l’œuvre. Une à une les mitrailleuses se taisent. Puis, c’est fini, les vagues se reforment et l’assaut déferle vers les deuxièmes lignes. Celles-ci sont rapidement enlevées et le même élan porte nos tirailleurs jusqu’à la route de Béthune. Des pionniers allemands, inquiétés par le bruit, sortent d’abris creusés dans le fossé de la route. Ils sont abattus avant d’avoir pu offrir de résistance sérieuse. Ainsi tombe la dernière ligne du rempart ennemi : la percée est faite.
Essoufflés par leur course, les tirailleurs continuent la poursuite au pas; devant eux une ligne de « Feldgrauen » s’enfuit vers la crête. L’avance
BULLETIN DU COMITÉ DE L’AFRIQUE FRANÇAISE
continue jusqu’à ce que, hors d'haleine, nos soldats s’arrêtent sur leur obje tif : la cote 140, à proximité de la route allant de Givenchy à Neuville-Saint-Vaast.
Quelq ues isolés conduits par le sergent Bonziane iront jusqu’à Givenchy. Le tirailleur Bouakleche, seul survivant du groupe, rentré blessé dans nos lignes, pourra raconter la merveilleuse équipée.
Malheureusement, l’attaque n’a pas progressé aussi vite sur les flancs; ni Carency, ni Neuville- Saint-Vaast ne sont encore tombés Leurs feux croisés ont bloqué les réserves. Nous perdons ainsi le bénéfice de la percée.
Isolés au cœur des positions allemandes, largement débordés à droite et à gauche, les tirailleurs tiennent Aprement le terrain conquis et repoussent les contre-attaques ennemies. Quand, le 10 au soir, le régiment est complètement relevé, il tst diminué de 50 officiers et de 1.931 soldais.
Mais, au prix de ces énormes sacrifices, le 7® de marche avait, le premier, l’honneur de réaliser la rupture du fi'ont ennemi; ses pertes avaient été vengées par celles qu’il avait infligées aux Boches et sa première citation à l’ordre de l’armée venait consacrer sa vaillance.
Cet admirable effort ne devait pas être le dernier demandé au régiment. Hâtivement reconstitué, le 7® de marche participe encore à l’attaque du 16 juin. Sur la cote 119, presque encerclé par l’ennemi, n’ayant avec l’arrière que des communications précaires et sans cesse menacées. il tient sous un rude marmitage Lorsque, le 17, les Boches contre-atlaquent, il les repousse avec des pertes sanglantes.
Epuisé par ces deux saignées successives, le régiment doit être réorganisé. Sa reconstitution s’opèredansles calmes cantonnementsde la région de Belfort, où il séjourne pendant juillet et août.
L’offensive de septembre 1915.
La Division Marocaine prend part à une deuxième offensive de percée. Opérant à la droite du 2® corps colonial, elle doit enlever les positions ennemies entre le Bois-Sabot et les ouvrages d’Ulm. Le 7® tirailleurs, en liaison avec les coloniaux, doit attaquer la courtine que forment les lignes ennemies entre le Bois-Sabot et le Moulinde-Souain. Dans la nuit du 24 au 25, il vient occuper ses emplacements de départ.
Dès l’aube, la préparation d’artillerie, amorcée les jours précédents par de nombreux et minutieux réglages, puis par les premières destructions, prend une intensité formidable. Sur toute l’étendue des organisations allemandes c’est un tonnerre continu d éclatements, un émiettement progressif des ouvrages, un pilonnage implacable. Les tirailleurs, massés dans les parallèles de départ, suivent avec une attention passionnée les progrès de la destruction, puis, à 9 h. 15, ils s’élancent à l’assaut.
Le bataillon Des Garniers arrive d’un seul bond sur les ouvrages d’ülm et s’en empare malgré
une fusillade nourrie. Il continue sa progression au milieu d’un chaos de cratères. Les hommes, électrisés par le spectacle de la préparation d’artillerie, font preuve d’un mordant admirable. Ils franchissent les tranchées, traversent les réseaux, désorganisant la résistance ennemie par la rapidité de leur avance. Les petits bois de pins, franchement abordés, sont enlevés les uns après les autres et, à 11 heures, les bataillons Des Garniers el Sacquet s installent sur l ubjeclif fixé.
Au cours de sa progression, le 7® tirailleurs avait enlevé trois batteries, plusieurs mitrailleuses, plus de4u0 fusils. Il avait capturé 350 prisonniers, dont 4 officiers, et fait subir à l’ennemi des pertes considérables, attestées par les nombreux cadavres qui jonchent le terrain.
Dans la nuit du 25, une contre-attaque ennemie sur le front des 13' et 15' compagnies est repoussée et, le 27, le régiment se reforme en réserve sur le terrain même de l’assaut.
Sans prendre de repos, il est de nouveau en-