T* PÉRIODE
Période de formation et d’instruction. —
Emploi aux travaux en première ligne
et à l'occupaticn de secteurs. (Novembre
1916 à mai 1918.)
Premier et setil bataillon de combat malgache, formé à Saint- Raphaël le I®’ novembre 1916. -otis les ordres du chef de bataillon Groine à l'aide d élétiients di-parates, dépourvus d instruction mililaiie (jeunes recrues, tirailleurs venant des utiités d’élapes, ou sortant des formations sanitaires), le 12" bataillon de tirailleurs malgaches se constitue, de novembre 1916 à avril 191'7, avec trois compagnies provenant de bataillons d étapes, déjà en France, et avec des détachements de recrues dont les arrivées à Marseille s’échelonnent jusqu au départ pour les armées.
L'instruction militaire et l’entraînement en vue du combat, entièrement à faire aus-i bien pour les cadres européens que pour les tirailleurs et qui auraient dû s effectuer normalement au camp de Fréjus-Saint Raphaël, se sont trouvés, en fait, constamment entravés et paralysés pour plusieurs raisons : arrivée succes>ive des contingents, défaut d’acclimatement des indigènes, épidémies, organi>ation matérielle, changement de cantonnement, brièveté du séjour au camp. De sorte qu’au moment du départ pour le front, 4 avril 1917, le bataillon n’avait au maximum qu’un mois et demi d instruction militaire sérieuse.
C'est dans ces conditions, particulièrement défavorables, aggravées encore, au [loint de vue physique, par la rigueur de la saison, que le bataillon débarque, le 6 avril 1917, à 2 heures du matin, au milieu d’une violente tempéle de neige, à Rerzy-le Sec, et est mis à la disfiosition de la 6" armée (1"'' G. A. C.) avec cantonnement à Soissons.
Bataillon formant corps, sous les ordres du commandant Groine. il comprend : un élai-major et une S. H R.; quatre compagnies de combat; une compagnie de milrailleuses sur voiluretles; et une compagnie de renfort. Son effectif est de 24 officiers et 1.564 hommes, Européens et Indigènes (gradés compris).
Il est constitué, dans la proportion des deux tiers, par les races considérées jusqu’alors comme les moins guerrières de la grande île (Hova et Betsiléo).
Aucun des Indigènes et la plupart des Européens, même des officiers, n’ont encoie vu le feu.
Employé aussitôt par le génie à des travaux d’assainissement des routes, de transport de matériaux dans la zone avancée, le bataillon s’acqiiilte très convenablement de cette tâche, nouvelle et rude pour lui, {tendant toute la période précéilant la grande offensive d'avril 1917.
Le 5 mai 1917, bien que son chef ait signalé à l’autorilé supérieure toute l’insuffisance de préparation des cadres et des hommes, une compagnie de combat et la compagnie de mitrailleuses
BULLETIN DU COMITÉ DE L’AFRIQUE FRANÇAISE
sont néanmoins engagées dans l’attaque du Chemin des Dames, ayant pour mission d’enlever successivement deux objectifs entre le Mont des Singes et le canal de l’Ailette de façon à couvrir la progression des troupes de droite.
Partis dans un alignement parfait, à l’heure II, malgré les gaz subis pendant plusieurs heures de la nuit et un fort tir de barrage ennemi, les Malgaches enlèvent vivement le premier objectif. Mais les troupes de droite, qui menaient l’action principale, n’ayant pas donné dans les conditions prévues, le groupement malgache se trouve, tout à coup, en flèche dans les positions ennemies, soumis à de violents feux de flanc et obligé de soutenir une vigoureuse contre-attaque, ayant, au surplus, éprouvé de fortes pertes, principalement parmi les cadres européens.
Les Malgaches se voient donc contraints, leur dernier objectif presque atteint, de regagner les positions de départ (pertes en deux heures environ: 1.3 Européens et 74 Indigènes tués, blessés ou disparus).
Cette première affaire, engagée dans des conditions défavorables, vaut néanmoins au bataillon l’honneur de figurer sur l'ordre de la 3® D. I. C : « Pour la valeur ufl'ensive déployée par les Malgaches au cours de la dure journée du b mai 191 7. »
Les positions sont tenues sous les bombardements et les nappes de gaz jusqu’au 11 mai, date à laquelle les compagnies sont relevées.
Pendant tout l’été 1 91 7, dans l’Aisne une partie du bataillon exécute des travaux; travaux de constitution d une ligne de couverture d’artillerie sur l’Ailette, en même temps que trois compagnies tiennent très honorablement des secteurs aux côtés de troupes aguerries d’infanterie et de cavaliers à pied, exécutant des patrouilles hardies dans les lignes adverses et rapportant de précieux renseignements.
Le 21 septembre 1917, un puissant coup de main, tenté par l’ennemi sur le bois du Mortier occupé par le bataillon, échoue complètement grâce à la résistance des Malgaches qui tiennent à découvert sous un violent bombardement.
Le 21 octobre 1917, un détachement de 120 hommes environ, fourni par la S® compagnie, est mis à la disposition de l 1. D. 129 pour aider l’infanterie à assurer le transport des bombes de l’A. T. en première ligne, en vue des opérations sur le Chemin des Daines (24 octobre 1917).
Dans la nuit du 21 octobre seulement, 600 torpilles de 28 à 35 kilogrammes sont transportées à pied d’œuvre par le détachement malgache, sous les bombardements et les émissions de gaz.
Pendant cette période, précédant l olfensive du 24 octobre, la compagnie de mitrailleuses du bataillon est employée à l’exécution de tirs indirects, dont l’eflicacüé est ensuite confirmée par les déclarations d’officiers allemands capturés au cours de l’attaque.
Le reste du bataillon exécute des travaux et des transports de munitions.
Leur discipline leur belle tenue en secteur et leur ardeur au travail valent aux Malgaches des
lettres de félicitations et des témoignages de satisfaction de la part des chefs de services, des commandants de régiments de première ligne et des généraux commandant les divisions auxquelles le bataillon est successivement rattaché pendant l’année 1917 (O. G. 622 du général commandant la 81® D. I. ; félicitations du colonel coinmandant ri. D. 62; du colonel commandant le 65® R. I. ; du colonel commandant le 2^9® R. L ; du colonel commandant le 66® R. L; 0. G. 187 du général commandant la 129® D. L ; félicitations du commandant du génie de la 129® D. I. ; etc., etc.).
L’hiver approchant, le bataillon est retiré des lignes et envoyé sur la rive gauche de l’Aisne ofi il exécuta des travaux de route, puis les compagnies sont dispersées pour exécuter des travaux plus à l’arrière, coupes de bois, constructions de routes, travaux dans les gares, etc...
Les Malgaches trouvent encore là l’occasion d’affirmer leurs qualités d’intelligence et. de travail en s’assimilant très rapidement des métiers très divers, bûcherons, charretiers, cantonniers, hommes d’équipe, terrassiers, secrétaires, dactylographes, comptables. Au camp de Mailly, le colonel commandant les étapes, les voyant à l’œuvre, supprime les moniteurs du géniedevenus inutiles dans les équipes de travailleurs malgaches.
Ils révèlent, en outre, pendant le même hiver, une résistance au froid inespérée.
Ils supportent, pendant deux mois, une température allant jusqu’à 21 degrés au-dessous de zéro. Les évacuations atteignent à peine 1/10® de l’effectif.
Cette faculté permet, au contraire des troupes sénégalaises, de les utiliser dans la zone des armées pendant toute l’année, d’une façon continue.
En mars 1918, le bataillon est rassemblé dans la région de Noyon où il coopère à la construction d’un système défensif en même lemps que deux compagnies tiennent les lignes sur l’Oise.
Le colonel commandant le génie de la D* D. I. exprime sa satisfaction pour le zèle au travail des tirailleurs et déclare que leur rendement comme travailleurs est très supérieur à celui des Européens.
Fin avril 1918, le bataillon, devenu 12® bataillon de marche malgache, est envoyé pour un mois à Oulchy la-Ville, tant pour y perfectionner son instruction militaire que pour retrouver la cohésion que le séjour aux étapes avait fatalement amoindrie.