‹ Renseignements coloniaux et documents (volume 4)Chapitre 48 sur 75 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Mars 19 IS.

A Monsieur le lîouveriieur Iæi’RINCf..

J'ai rhoniienr de vous dédier cetlc étude géologique de la colonie du Moyen-Congo.

C’est sur votre invitation que j'ai employé mes faibles connaissances géologiques et minières, pour compléter un album où vous avez inventorié les diverses ressources de la colonie. C’est votre intervention qui m’a fait obtenir de plusieurs administrateurs les renseignements ou échantillons nécessaires à mon travail.

Malgré cela, les difficultés ne manquèrent pas : impossibilité de deman 1er des renseignements au.t Sociétés minières sans paraître indiscret; absence de carte donnant idée quelconque du relief de l’A. E. F. que j’ai dû rechercher en détail, etc... Mon résultat est donc bien modeste. Du moins, il n'a rien coûté qu’à moi-méme.

Si mon essai n’apporte aucune découverte notoire, mes considérations sur le déboisement » par le fer et par le feu » ont attiré l’attention de plusieurs administrateurs du

Moyen Congo ou de Brazzaville même ; espérons qu’elles s’imposeront pendant qu’il en est temps encore.

L’attention attirée sur les calcaires et dolomies du Niari les a fait étudier, dès le mois d’avril 1918, au point de vue de l’utilisation de la chaux pour la construction et le fret du chemin de fer du Sud.

Enfin ce premier inventaire appuyé par mes coupes, par 450 échantillons minéralogiques catalogués, par 40 déierminations de M. le professeur Michel, offre aux recherches scientifiques et minières de l’avenir, une documentation sincère et méthodique qui a manqué à nos prédécesseurs dans toute l’A. E. F.

Elle permet des espoirs raisonnables en l'avenir de la colonie du Moyen-Congo : soit dans la zone partiellement prospectée des calcaires minéralisés, soit dans les terrains plus anciens, inexplorés jusqu’à présent.

G. -P. fOL'RDY,

Capitaine à l'Elat-Major des troupes de l'A. E. F'.

Chargé des affaires militaires et Inspecteur de la garde indigène du Moyen-Congo.

Carte géologique du Moyen-Congo.

Géographiquement, la colonie du Moyen-Congo se compose de trois régions différentes.

Au Nord-Est de la colonie les plaines de l'Ouhangui inférieur, s’ouvrant à Mongouinha, s’étalent à 200 kilomètres du fleuve jusqu’au jtied des hauteurs d'Ouhangui-Chari et du (jameroun; près du Congo, jusqu’au coude de Boloho, elles forment un marais démesuré où s’accumulent les masses d’eaux des deux fleuves, de la Sangha, des deux Likoualas et du lacToumba. Sol d’alluvions argileuses, à demi noyées par chaque inondation, favorables à la forêt massive cl riche.

Au centre, entre le cours du Congo et le 12* méridien (frontière gabonaise), d’une pari, entre Brazzaville et la frontière Sud-Cameroun, d'autre part, un ancien plateau dégradé par les eaux s’élève doucement d’Est en Ouest et huit brusquement en gradin à 200 mètres au-dessus des plaines de l’ivindo, de l’Ogooué, du Niari. Sol de grès et de sable peu fertile condamné à devenir, par le déboisement des sommets, d’une- absolue aridité.

Au Sud-Est s’étendent des'plaines mamelonnées à sous-sol calcaire, limitées par les plissements cristallins du Mayombe et de la llaute-Louessé.

Supplément à l’Afrique Française de juillet-août 1919

BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

Ces traits distinctifs, les différences de végétation, le régime hydrographique et les perspectives minières de la colonie ne sont que les manifestations apparentes de l’histoire et de la constitution géologiques du sous-sol.

L’étude de cette constitution est rendue difficile par le manque de fossiles en dehors de la zone littorale, par la végétation, par l’importance des formations détritiques de surface (humus, latérite, sables ou argiles de remaniement) et par l’hostilité de la nature, des indigènes, peut-être même des Blancs, aux recherches scientifiques dans ce pays équatorial.

L’objectif du présent travail a été, pour ces raisons, limité à la colonie du Moyen-Congo, à la coordination des recherches antérieures cantonnées à la lisière méridionale de la colonie (Dupont, Cholet, Thollon, Bel) ou au Gabon septentrional (Barrat).

Dans l’état actuel de nos connaissances géolologiques, la zone équatoriale du continent africain nous paraît constituée de la manière suivante.

Les premiers éléments de solidification de l’écorce terrestre, visibles au bord occidental du continent, forment des hauteurs fortement plissées d’Est en Ouest et qui semblent rompues suivant une ligne parallèle aux plis : Nord-Nord- Ouest Sud-Sud-Est.

Cette ligne de rupture apparente, au bord de la fosse Atlantique-Sud, a déterminé depuis très longtemps l’orientation de la côte gabonaise. Audessus de la zone littorale, étroite, se dressent les monts de Cristal, du Mouni à l’Angola, comme un gradin presque ininterrompu. Ils forment le soubassement, la première série géologique et minéralogique sur laquelle des sédiments successivement déposés forment l’épaisseur — et les gradins — du Plateau équatorial africain.

C’est en effet l’aspect d’un plateau que présente de nos jours la partie centrale du continent, entre l’Atlantique et la faille des Grands Lacs, sur 15 degrés de longitude. Cette plate-forme semble avoir échappé ou résisté aux dislocations de l’écorce qui firent jouer la faille; mais à l'Ouest, au lieu de tomber brusquement sur l’Atlantique, le plateau finit aux environs du 12® méridien et descend de là, en escalier inégal, vers l’Océan.

La première hypothèse suggérée par l’examen géologique est celle d’une extension primitivement plus considérable d,e la plate-forme vers l’ouest.

De nos jours, en effet, le niveau du plateau congolais est comparable ou supérieur à celui des sommets de tout le Gabon central (Haute- Lolo) ou méridional (Mayombe) (1).

(1) Le premier est à 750 mètres environ au-dessus des mers. C’est l’altitude moyenne des hauteurs qui séparent à l’Ouest le

Les couches supérieures, gréseuses, du plateau manquent dans les grandes vallées (comme rOgooué) qui entaillent à l’Ouest la plate-forme jusqu’à 300 et même 500 kilomètres de la mer et qui sont donc des vallées d’érosion, non pas des synclinaux tectoniques comme celui du Nil. Mais entre ces vallées, les grès du plateau se retrouvent en îlots, peut-être jusqu’au voisinage de l’Atlantique : l’altitude sensiblement constante de ces îlots nous incite à y voir la forme classique des « témoins » d’un horizon géologique mis à mal par les eaux continentales. Nous énumérerons ces îlots ci-après. (V® série, page 18.)

L’action des eaux commença en même temps que l’émersion du continent, sans doute à l’époque triasique. C’est dire qu’elle eut tout le temps de dégrader le bord occidental des couches au voisinage de l’affaissement atlantique, puis de plus en plus loin de la côte, et finalement de creuser dans des couches plus profondes, plus anciennes, les bassins de l’Ogooué, le Kouilou (futur Kouilou- Niari) et l’estuaire de Banane (futur bas Congo).

La résistance inégale des couches, surtout des dures assises métamorphiques, aurait suffi à dessiner les gradins, les reliefs adoucis, les terrasses qui constituent l’orographie moderne du Gabon, du Cabinda, et du Moyen-Congo.

Cette érosion a remis à nu des plissements anciens dont les directions sont à peu près orthogonales ; les uns Nord-Nord-Ouest-Sud-Sud-Est (monts de Cristal et anticlinal llaute-Lolo-Loucssé- Haut-Ogooué), les autres Ouest-Sud-Ouest-Est- Nord-Est (frontière franco-belge).

Mais les phénomènes tectoniques postérieurs à la surrection du continent ne paraissent guère avoir affecté la plate-forme, à l’Ouest de la faille des grands lacs. La dépression du bassin congolais peut s’expliquer sans intervention d’actions tectoniques : celles-ci se réduiraient alors à l’intrusion de masses granitiques — anciennes — puis de diabases, et à des fractures ou failles encore peu connues.

L’Afrique équatoriale belge et française (Cameroun exclu) serait le reste d’une plate-forme étendue primitivement entre l’Atlantique et les Grands Lacs, ravinée et démantelée par le ruissellement des eaux superficielles vers l’Ouest.

Les couches profondes du globe, revêtues encore de sédiments dans la partie centrale, ont été mises à au dans la partie occidentale. Nous les décrirons les premières, comme elles apparaissent au géologue s’élevant par degrés, presque de couche en couche, depuis l’Atlantique jusqu’aux terrasses du bassin Congolais.

bassin du Congo versant jCtlantique; ces hauteurs atteignent exceplionnellement 900 mètres au voisinage du Cameroun (nœud de Bellevue aux sources du Djouah), 830 mètres aux sources du Léconi-Ogooué (monts Amaya) et aux sources de l’Ogooué; le plateau Koukouya est à 750 mètres et les grès friables ont encore au-dessus de Stanley Pool. 720 mètres.

Dans le haut Oloué, 800 mètres; dans la Haute-Lolo ou Haute- Louessè, 720 mètres; les sommets du Mayombe pointent à 700 mètres.

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