‹ Renseignements coloniaux et documents (volume 4)Chapitre 47 sur 75 · LA CONQUÊTE · texte numérisé non relu

LA CONQUÊTE

UE

La Capitulation des Allemands.

Nous avons publié la série des rapports officiels liistoriques sur la campagne de rEst-Africain. Voici le dernier de la série. C’est celui qui se rapporte à la poursuite de la dernière bande du général Von Lettow-Vorbeck et à sa capitulation. La campagne finale s’est passée, comme on le verra, dans trois colonies, le Mozambique poriugais. l’ancienne Afrique Orientale allemande et la Rbodesia Itritannique.

liappori (lu l.ieulenani y^énéral J. L. van Deventer, commandant en chef les forces de l' Est- Africain, au Ministère de la Guerre.

l’rétoria, 20 janvier l'.MO.

.l’ai l'honneur do vous adresser ci aprés le bref compte rendu des opérations effectuées dans l’Est- .Africain depuis le 1"'' septembre jusqu’à la conclusion des hostilités.

Le 30 août l’ennemi a été repoussé à Lioma avec des perles considérables et le 31 a échappé avec beaucoup de j)cine à des attaques convergentes de la colonne du 2® King’s African Rides, à l’Est de cette place.

Au l" septembre mes troupes se trouvaient disposées comme suit dans le voisinage immédiat de l’ennemi :

En contact avec l’ennemi la colonne du 2® K. A. R. I\''’l2d,'ldl2dy 3®/2//rf, K. A. R., colonel Giffard). Aux environs de Lioma o bataillons (dont 3 temporairement immobilisés par suite de la désertion des porteurs).

Malokotera un bataillon.

Près de Malema un bataillon.

L’ennemi était à environ 6 milles au Nord de Mouanliou|)a. .le calculais sa force à 170 Européens et 900 askris avec 40 mitrailleuses et une pièce de campagne. Ces estimations se révélèrent, par la suite, à peu près exactes, sauf en ce qui concerne les askris qui se trouvaient au nombre de 1.200. On reconnut l’excellente qualité de ces troupes à la rapidité avec laquelle les forces allemande recouvrèrent leur moral après la rude manière dont elles furent malmenées les 30 et 3l août.

L’ennemi, ayant continué son mouvement vers le Nord, s’enfonça dans un pays difficile et accidenté entre Mouanhoupa et Mahoua qui devint, dit-on, point d’appui.

La colonne du 2® A'. A. R., marcha ferme sur

ses traces et 2 bataillons furent envoyés de Lioma pour essayer de lui barrer le chemin près d Angouros.

Le 6 septembre, il se produisit une curieuse atta(|ue qui montre bien les difficultés extrêmes de la guerre dans la brousse. Le 5, la colonne du 2® K. A. R., en liaison avec les forces de Lioma, engageait l’arrière garde de l’ennemi. La colonne du 2® K. A. /?., passa en avant à marche forcée afin d’essayer de saisir le corps principal de l’ennemi. Le 6, la colonne se trouvait bien au Nord d’Angouros et marchait ferme vers le Nord pensant que l’ennemi (qui était souvent à un jour de marche en avant de son arrière-garde) était encore plus loin dans cette direction. En réalité, la colonne du 2rf, K. A. R., avait, sans le savoir, dépassé les forces ennemies et se trouvait bien en avant d’elles. Le 6, à 11 heures, l’avant-garde attaqua l’arrière-garde de la colonne et il est bien difficile de dire lequel des deux fut le plus surpris. Le colonel Gitfard attaqua à contre-marche ; mais ceci prit du temps et la nuit tomba avant qu’on ait pu obtenir un résultat décisif. L’ennemi se tira d’affaire en laissant 10 Allemands et .t4 askris tués ou prisonniers et en abandonnant une quantité considérable de munitions et de bagages. La colonne de Lioma était engagée pendant ce temps avec l’arrière-garde ennemie à 10 ou 12 milles dans le Sud et ne put pas venir à temps prendre part au combat.

L’ennemi s’enfuit dans la brousse et on n’entendit reparler de lui que le 9 septembre à Kanone.

Il est certain maintenant que le commandement allemand, trouvant l’Est-Africain portugais trop chaud pour lui, gagnait de nouveau l’Est- Africain allemand.

On trouvait à peine à se nourrir entre Mahoua et Undis sur le Rovouma et le territoire Lindi- Massassi souffrait de la disette. 11 y avait, au contraire, abondance de nourriture en pays Mouembé, dans la vallée du Louchoulingo et à Ssassawara, tandis que le district de Sangea est un des plus riches de l’Est-Africain allemand. .Loi donnai donc au général Havvthorn de poursuivre directement l’ennemi avec deux bataillons et de transporter les troupes aussi vite que possible jusqu’à Slbamba-Ray par le lac Nyassa. A l’Est je commençai, en même temps, à pousser les troupes vers la ligne de Medo et vers Linda via Ngomano. Ce dernier mouvement fut beaucoup facilité par une route automobile qui avait été faite entre Medo et Ngomano et pour la construction de laquelle les ingénieurs portugais m’ont prêté un précieux concours.

Nous ne réussîmes pas à nous engage avec l’ennemi avant le mois suivant. Il possédai l'immense avantage qu’il faut toujours attacher à une force sans voie de communication et qui s’oppose à une force tributaire de lignes régulières d’approvisionnement.

Les askris allemands étaient des .ourrageurs très experts et très barbares. Leur parole était : « Tu en manqueras avant que j’en manque >; et

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comme il étaient passés maîtres à persuader les villageois d’apporter leur nourriture et leur bétail qu’ils cachaient, les troupes allemandes vivaient et même vivaient bien dans un pays où nos soldats, à leur poursuite, ne trouvaient plus qu’un désert.

Par nos patrouilles et des agents sur le Rovouma nous apprîmes que l'ennemi gagnait (comme précédemment) le territoire de Songea; son corps principal atteignit Mouembé le 17 septembre, et franchitle Rovouma dans l’Est-Âfricain allemand à la fin du mois.

Une nouvelle phase d’opérations commença alors offrant au commandement allemand un large champ de choix. Les pluies dans le Mahenge, riringa et le Tabora commencent généralement en décembre et les routes au Sud du central Railway deviennent alors presque entièrement impraticables. Si les forces allemandes pouvaient en conséquence s’établir à Mahenge ou à Iringa à la fin de novembre, il serait extrêmement difficile d’entreprendre des opérations actives contre elles jusqu’après les pluies.

Il était également possible, mais moins cependant, que le général von Lettow-Vorheck atteignit Toundourou où il aurait été difficile aussi de l’attaquer pendant la saison des pluies. Cependant il était plus probable que les Allemands suivraient les traces de Wintgens en 1917 et gagneraient, via Ubena et par le bord du lac Roukwa, Itounda avec l’idée d’y passer la période des pluies La route entière traverse un riche pays alors que la plupart des autres parties de l’Est- Africain allemand ausud du central Railway souffraient de la disette. Au dessus, une grande partie de la ligne court à travers une région de pâturages et la viande sur pied est naturellement un bénéfice incalculable pour une troupe qui doit vivre entièrement sur le pays.

Toutes les hypothèses ci-dessus devaient être prises en considération. C’était une opération très simple pour le commandement allemand de marcher de Songea sur Mahenge ou Iringa pourvu qu’il put éviter nos troupes. Mais ce n’était, en aucune façon, une simple opération de transporter nos troupes à l’une ou l’autre de ces places, du cœur de l’Est Africain portugais.

Préparation de la poursuite.

On se prépara en vue de l’une quelconque de ces hypothèses. Le pays de Lindi fut r'énforcé et les troupes prêtes à marcher sur Toundourou. La route Kilossa-Mahenge fut entretenue, les garnisons de Mahenge et d’Iringa augmentées et ces deux places solidement fortifiées. Une route automobile fut ouverte de Tabora à Itunda et une garnison postée à ce dernier endroit. De fortes réserves étaient placées sur le Central Railway prêtes à marcher comme des colonnes mobiles sur les Allemands là où ils apparaîtraient. Comme le territoire de Tabora semblait devoir être la plus importante scène d’opérations, je confiai au général Edwards le commandement des troupes

de Tabora. Ceci prit naturellement quelque temps, mais dès le commencement d’octobre, les choses étaient déjà bien en train et j’étais prêt à faire face aux mouvements de l’ennemi dans le Nord.

•Pendant ce temps, le général Ilawthorn s’était rigoureusement efforcé d’amener ses troupes à Songea en avant de l’ennemi. Il était toutefois très embarrassé par l’insuffisance de ses moyens de navigation : les bateaux du lac Nyassa étaient petits, avaient travaillé à outrance pendant la campagne et se brisaient fréquemment à des moments critiques.

Le 2'’/4® A. A. R., et la Northern Rhodesian Police débarquèrent à Mbamba-bay à la fin de septembre, deux compagnies du premier arrivant juste trop tard pour fermer le passage du Rovouma aux Allemands à l’Est de Rangalolo.

Le reste du 2ûf/4« arriva aussi vite que possible à Songea suivi par la Northern Rhodesian Police. Le 4 octobre, quand les derniers eurent atteint Fuses, à 13 milles à l’Ouest de Songea, ils furent attaqués par le corps principal de l’ennemi. L’attaque fut brisée après un court combat; mais avant que le 2®/4® ait pu coopérer de l’Est et du Sud, l’ennemi s’était retiré sur le flanc occidental de la Northern Rhodesian Police et, après avoir traversé le 3, la route Songea-Mbamba-bay, avait continué son rapide mouvement vers le Nord.

Il était difficile d’entretenir plus d’un bataillon en poursuite directe. C’est ainsi que le 2®/4® suivit l’ennemi, tandis que la Northern Rhodesian Police recevait l’ordre de se tenir prête à être embarquée par steamer au bout du lac après la l''«/4® qui était déjà en route. A ce moment précisément deux sur les trois steamers du lac furent avariés et ce ne fut pas avant, le 18 octobre, que la dernière compagnie du 1®74* atteignit Oldlangenbourg. Le 20® bataillon fut concentré à Tandala et la Northern Rhodesian Police se mit en route vers .Mwaya. Pendant ce temps la 2^//4® avait suivi l’ennemi de près. Le 17, leur avant-garde avait attaqué l’arrière-garde ennemie au Sud d’Oubena et était entrée dans cette place le 18, y trouvant abandonné un hôpital ennemi qui contenait le général Wahle, quelques Allemands et un certain nombre d’askris malades et blessés. Le corps des troupes était parti vers Brandt. II se disposait donc à gagner Mahenge ou Iringa et bien que la direction de son mouvement visait Itounda comme objectif, il était possible qu’il cherchât à atteindre Bismarcksbourg et de là à s’avancer vers le Nord parle fertile plateau d’Oufipa, dans la direction du Tabora. .l’envoyai donc le 1®72® K. A. R., qui avait été transporté de Port-Amelia, par mer, à Bismarckbourg où il commença à arriver le 31 octobre.

Le général Malfeyt, commissaire royal belge, fut naturellement mis entièrement au courant de la situation, et ce fut grâce à l’amabilité avec laquelle il plaça à ma disposition le steamer Dhanis du Tanganyika que je pus envoyer assez rapidement des troupes à Bismarcksbourg.

La célérité des mouvements de l’ennemi avait été remarquable. Depuis son départ de Chalaoua,

RENSEIGNEMENTS COLONUÜX

dans le district du Mozambique, le 22 août, il n’avait eu que deux ou trois jours de halte au maximum et avait fourni 18 milles par jour pendant de longues périodes. Il avait encore à son service quelques 1.600 porteurs de l’Est Africain Allemand, en majorité recrutés chez lesWanyamwezi, renommés comme les meilleurs porteurs d’Alrique et comme de rudes combattants. Le restant était recruté dans les villages en cours de route. Tous les hommes bien bâtis corporellement étaient pris pour porter .les charges jusqu’à ce que d’autres fussent enrôlés pour prendre leurs places. Les moyens de l’ennemi étaient souvent brutaux, mais toujours effectifs. Très rarement nos colonnes se trouvèrent dans la possibilité de saisir les forces allemandes ; une seule fois elles prirent une belle avance. Les efforts de nos propres forces ne furent pas moins remarquables : une colonne fit 1.600 milles en cinq mois et un bataillon couvrit 1.000 milles en 97 jours.

Le 2*/i® fit un gros effort pour couper l’ennemi à Brandt ; mais, malgré des marches forcées le bataillon n’arriva que pour attaquer son arrière garde, le corps principal s’élait avancé jusqu’à New-Outengoule.

• Le 1*71® se mit alors à la poursuite ; le 2®/4® qui avait été distancé se rendant en réserve à New- Langenbourg. La Northern Rhodesian-Police reçut l’ordre d’aller à Fife.

Retraite en Rhodésie.

De New-Outengoule des routes se dirigent sur Itounda au Nord et Bismarcksbourg à l’Ouest, line lois engagé sur l’une de celles-ci, le commandement allemand ne pouvait plus, semblaitil, changer ses plans, étant donnés les immenses et infranchissables marécages du lacRoukwa. Je l’attendais sur l’autre. Mais « il y a toujours trois routes ouvertes à l’ennemi et il prend d’ordinaire la quatrième ». C’est ce qui fut démontrédans la circonstance.

Le Nord-Est de la Rhodésie était alors pratiquement dépourvu de troupes. Toutes avaient été transférées au Nyassaland quand l’ennemi avait envahi l’Est Africain portugais et leur retransfert devenait une délicate affaire par suite de la pénurie de steamers sur le lac.

Il n’y avait cependant pas d’objectif important pour l’ennemi plus proche que Broken-llill à SCO milles de Fife et Elizabethville, dans le Congobeige, à 400 milles de celte même place. Cette dernière avait naturellement le plus d’importance. Mais la brigade belge du colonel Ohen pouvait être utilisée sur le côté gauche du lac Tanganyika elles troupes pouvaient être rapidement envoyées via Reira et Salisbury à n’importe quel point menacé de la ligne de la Rhodésie.

La Rhodésie' du Nord-Est, offre peu de ressources alimentaires ; les fermes sont peu nombreuses et espacées les unes des autres. De vieux colons considéraient que l’ennemi serait incapable de vivre sur le pays. De plus, des déserteurs nous avaient renseigné sur l’agitation des askris

allemands qui étaient gardés beauconp trop loin de leurs villages dudistrict deTabora. On considérait donc que, bien que Fife pût être attaquéàcause de ses approvisionnements, il était improbable que le commandement allemand voulut s’avancer davantage dans le Sud.

C’est cependant exactement là qu’il alla.

Le général von Lettow-Vorbeck apprit probablement qu'on était à la fin de la guerre et pensa qu’il avait plus de chance de rester « en vie » jusque-là en marchant vers le Sud qu’en allant dans le Nord.

Le 2 novembre, l’ennemi attaqua Fife en force, mais deux compagnies de la Northern Rhodesian Police, arrivées la veille, s’étaient solidement retranchées et repoussèrent l’attaque en occasionnant des pertes.

Le 1*74* poursuivait chaudement, dans le Nord, l’ennemi qui se retirait en direction de la mission de Kayambi ; le 8 novembre, ses troupes avancées avaient atteint Kasama à environ 100 milles d’Abercorn. Ainsi, après une rapide incursion de cinq semaines, l’Est Africain Allemand était de nouveau dégagé d’ennemis. La Northern Rhodesian Police se rendit à Abercorn, prête à rencontrer tout mouvement provenant de Kasama. Le 1*74® continua sa poursuite et par une marche très rapide rejoignit la moitié des forces ennemies près Kayambi, le 6 novembre. En dur engagement s’ensuivit, au bout duquel le 1*74® captura deux mitrailleuses et chassa l’ennemi de sa position.

On avait pris, pendant ce temps, des mesures convenables pour le transport des troupes sur la ligne ferrée de la Rhodésie. La brig-ade du colonel Olsen marchait vers le Sud quand on reçut, le 11 novembre, la nouvelle de la signature de l’armistice. Je me préoccupai alors d’entrer en rapport avec le commandant allemand, mais les communications télégraphiques avaient été interrompues et ce ne fut pas avant le 12 au soir, après un autre combat au Nord de Kasama, que, dans ce rayon, les hostilités prirent fin. Le 14 novembre au matin, mes conditions basées sur la clause 17 furent remises au général Lettow-Vorbeck. Aux termesdpcelles-ci,il se rendit, le 15 novembre, au général Edwards, mon représentant à Abercorn.

A cause de la résistance vaillante et prolongée offerle par les forces allemandes de l’Est Africain, je permis au général von Lettow-Vorbeck et à ses officiers de garder leurs épées, tandis que les simples soldats européens purent porter leurs armes jusqu’à Dar-es-Salaam.

Ainsi finit une remarquable, et, en quelque manière, unique campagne.

Jamais auparavant il n’y avait eu, sous quelques degrés de l’Equateur, des opérations aussi vastes avec des armes modernes. Rarement, peutêtre, on conduisit une telle série d’opérations sur une aussi vaste étendue, du chemin de fer de l’Ouganda au Zambèze et des lacs Kivou, Tanganyka et Nyassa à l’Océan Indien. Un fait unique dans une guerre de civilisés, c’est que la campagne de l^st Africain fut obligatoirement une

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guerre de virtuelle extermination. Au début de l’avance de 1916 les forces allemandes s’élevaient à 2.700 Européens et 12.000 Africains. A la fin de cette année, les trois quarts de l’Est-Africain allemand se trouvaient dans nos mains et les forces ennemies étaient réduites de moitié. Celles qui restaient constituaient le meilleur des troupes et ne furent conquises par aucun moyen. Le combat le plus acharné de toute la campagne eut lieu dans les districts de Lindi etde Kilwa à la fin de 1917.

Quand le général von Lettow-Vorbeck se retira au delà du Rovouma en Afrique portugaise, au mois de novembre 1917, il fut suivi de 320 Blancs et 2.500 Noirs.

Il possédait cependant une réserve appréciable de porteurs non-combattants dont il tirait des recrues de temps à autre. Quand finalement le commandement allemand se rendit, conformément aux termes de l’armistice, ses forces comptaient encore 155 Européens et 1.168 askris. Dans un pays civilisé, doté de bonnes voies de communications, la vie de combat d’une telle force aurait été courte ; mais avec les extraordinaires facilités d’escapade que le terrain de l'Est Africain donnait au commandement d’une force compacte et mobile, sans lignes de communication, et adaptée au genre de vie du pays, il se peut que les opérations eussent pu encore être prolongées un temps considérable.

Variés sont les traits physiques du théâtre des opérations dans l’Est-Africain. Ils vont des hautes terres d’ArousIia aux marécages du Kouligo et des défilés de 9.000 des montagnes Livingstone à la zone littorale meurtrière de Kihva etde Lindi. Il y a cependant un de ces traits qui, en tant qu’ohslacle à des opérations militaires, varie peu, c’est la brousse.

Elle s’étend sur les neuf dixièmes du pays; on l'a calculée sur des centaines de mille milles carrés. Elle rend à peu près impossible toute préparation méticuleuse des opérations et décuple le normal « brouillard de la guerre ».

Dans beaucoup de parties du théâtre des opérations, deux forces considérables auraient pu être à peu de milles l’une de l’autre et cependant ignorer leurs présences respectives. Aucune autre contrée du monde n’aurait peut-être si bien servi les desseins du général von Lettow-Vorbeck.

Sa force, même au temps de sa reddition, n’était en aucune façon méprisable. Ses troupes consistaient principalement en vieux askris qui, appuyés par 30 à 40 mitrailleuses, formaient à la fin une formidable petite force de combat. Les Allemands récompensaient leurs troupes noires en leur laissant la liberté de piller et d’agir avec les femmes. Mais ce qui dépeint le mieux le caractère du commandant allemand, c’est qu’il put garder ces hommes avec lui pendant quatre ans de la plus énergique campagne. En certaines occasions, des atrocités furent commises sur nos blessés et le traitement de nos prisonniers, les Indous spécialement, fut parfois infâme. Les Allemands eux-mêmes, sauf de rares exceptions, essayèrent d’arrêter les premières, tandis que le

second était le travail d’hommes qui se trouvaient loin de la ligne de feu; la plupart d’entre eux ont été déjà puais. Quoiqu’il soit absolument impossible de décharger le très haut commandement allemand en ces matières, en justice on doit dire que les combats de la campagne de l Est-Africain étaient entièrement bien laits et parfois même chevaleresques.

On doit un hommage illimité aux troupes qui ont achevé et maintenu la conquête de l’Est Africain Allemand. Non seulement elles étaient opposées à un ennemi doté d’un matériel de combat de premier ordre et particulièrement entraîné aux conditions spéciales de la guerre dans la brousse africaine, mais elles avaient aussi à compter avec la nature dans quelques-unes de ses plus dures manifestations. L’étendue du théâtre des opérations, les difficultés des approvisionnements, les dangers de certaines parties du pays mortel à tous sauf aux indigènes africains augmentent beaucoup les souffrances qui accompagnent toute forme de campagne sous les tropiques. Les distances couvertes par les troupes, spécialement en fin de guerre, seraient même remarquables sous un climat tempéré; transportées au cœur de l’Afrique sous un soleil brûlant ou une pluie torrentielle, ce sont de merveilleux traits d’endurance. Bien que peu d’engagements au cours de la campagne dans l’Est Africain se soient élevés au rang de batailles, les combats étaient cependant continuels et toujours très déterminés. H y a peut-être d’ailleurs peu de champs d’opération plus pénibles que la brousse qui invariablement engendre un sentiment de dépression chez ceux qui sont habitués à une guerre plus ouverte et la sensation continuelle de marcher à tâtons dans l’obscurité éprouve le moral et le courage physique des plus braves.

Le théâtre de la guerre a peut-être été le plus difficile de ceux où quelque grand corps de troupes ait jamais combattu. Les opérations de l’E.st- Africain, comme parfait modèle d'endurance humaine, peuvent prendre un haut rang parmi les campagnes du monde.

Le travail administratif d'une telle campagne a été exceptionnellement lourd. Le nombre des bases maritimes a pris deux formes; la longueur des lignes de communication peut être estimée à ce fait que 3.500 milles de routeautomobile furent effectués. Les difficultés de ravitaillement et de transport dans un pays inexploré trois fois grand comme l’Allemagne, où la vie d’une bête de charge a une moyenne de deux mois et où un porteur consume sa propre charge en 20 jours, semblent parfois presque insurmontables. Le fait que ces difficultés ont été surmontées avec succès jette un très grand crédit sur toutes les branches de l’administration.

Mais peut-être le plus grand problèjne posé at-il été celui de la santé ! Aucun pays n’est plus riche en maladies que l’Afrique tropicale, notre plus grand ennemi étant la malaria qui clairsema les rangs de notre force de façon, alarmante.

REWSEIGNEMENTS COLONIAUX

Vers la tin de la campagne aussi, les troupes souffrirent âprement de la grippe espagnole.

Ces maladies et bien d’autres remplirent nos hôpitaux, mirent les services médicaux. à contribution jusqu'à l’extrême et tirent un plus fort nombre de victimes que les armes ennemies.

La marine royale, comme toujours, a coopéré de la façon la plus loyale, devançant souvent mes demandes et donnant même plus que je ne sollicitais.

Les Gouvernements de l’Inde et l’Union de l’Afrique du Sud n’ont jamais cessé de me donner une assistance constante ; les gouvernements de l’Est-Africain Anglais, de l’Ouganda, du Nyassaland et de la Rhodésie m’ont aidé de toutes les manières possibles et l’Administrateur de l’Est-Africain Allemand a travaillé en parfait accord avec moi pendant toute la campagne.

Mes relations avec le Gouvernement général de l’Est- Africain Portugais et le Commissaire royal du Congo Belge ont toujours été des plus cordiales et je n’ai jamais fait appel à leur concours en vain.

Pour terminer, je désire rappeler mes profondes obligations envers mon état-major général et administratif, mes commandants et mes étatsmajors particuliers, les chels de services et de départements, pour leur assistance loyale, éclairée et infatigable et je désire porter à votre connaissance les noms de certains officiers, officiers brevetés, sous-officiers et soldats qui sont inscrits sur la liste jointe à ce rapport.

J. L. Vax Üevl.mch,

Lieutenant général commanilant en chef les forces lie l’Esi-Africain.

BIBLIOGRAPHIE

Nomades et sédentaires au Maroc, par M‘“ Suzanne Nouvel, licenciée ès lettres ; avec préface de M. Augustin Bernard, professeur à la Sorbonne et deux cartes dans le texte; 1 vol. in 8° de lil4 pages. — Larose, H, rue Victor-Cousiu.

« Ce n’est pas à des facteurs de races qu'il faut s’adresser si l’on veut pénétrer dans leur fonds les populations indigènes de l’Afrique du Nord. L’opposition fondamentale qu’on y rencontre n’est pas celle des Arabes et des Berbères ■ c’est celle des nomades et des sédentaires. Le Maroc nous aide à mieux comprendre ce fait essentiel que nous n’aviong pu que soupçonner en Algérie. » M. Augustin Bernard souligne en ces termes l'intérêt de l'étude de M>'o Nouvel. Et il en résume ainsi l’enseignement : « C’est la géographie qui détermine essentiellement, au Maroc comme en Algérie, le genre de vie des habitants. Les grands nomades, .seuibjables à ceux des steppes oranaise.®, occupent le Maroc oriental qui n’en est que la cimlinuation. Se heu tant aux obstacles des grandes chaînes montagneuses, ils les contournent et se répandent dans le Sahara, au Sud de ces chaînes jusqu'à l’Atlantique. Des sédentaires se sont établis dans les massifs montagneux et des demi-sedentaires dans les « bons pays « des plaines de l'Ouest. Le Maroc, dont les montagnes sont beaucoup plus élevées que celles du reste de l’.Afrique du Nord, nous offre en outre un type de vie nomade iiu’on ne rencontre pas ailleurs en Berbérie, des nomades de type alpin, dont les migrations sont comparables à celles des montagnards du Jura et de^ Alp-s. »

Ce sont ces trois types — nomades, demi-nomades et sédentaires — que M"» Nouvel étodie dans chaque région.

Les sédentaires sont localisés dans les massifs littoraux (,Uif et Djebala), dans la portion occidentale du haut Alla® et l’Anti- Ailas en entier jusqu’à l’Oupd Noun (groupe Chleuh) et par les tribus voisinas de l’Océan Atlantique, Chiadma. Abda, Doukkala et partie de la Chaouïa. Tous ceux là se livrent à l’agriculture, n’effectueQt aucuu déplacement, habitent des maisons. C est qu,, la culture, l’arboriculture et ua peu l’élevage leur en donnent Ig' moyen. On trouve aussi des groupes sédentaires dans le Maroc oriental, Kerarma, Beni-Oukil, Kebdana, Beni-Snassen, Béni bou- Zeggou. « Les groupes sédentaire- sont donc importants au Maroc par le nombre des indigènes plus encore que par la superficie qu'ils occupent, car le nomadisme entraîne forcément une très faible densité de la population. »

Ces sédentaires sont voisins de demi-nomades dont le nomadisme s’accentue à mesure qu’on s’avance vers l’intérieur du pays. On cite parmi les demi-nomades dans le Maroc atlantique les Béni Meskin, les Rehamna, les Srarghna, les Ahmar; dans le Maroc oriental les Zekkara, les Beni-Yala et Beoi-Mathar. Ce sont les hommes des cabanes : ils habitent la nouala ou la kboussa. hutte de roseaux ou de planches déjà supérieure au gourbi algérien. Ils font à la fois de la culture et de l’élevage.

Enfin, dans l'Atlas, on trouve les vrais et les grands nomades les pasteurs exploitant les pâturages, obligés par les nécessités pastorales à la vie nomade et à la transhumance Ce sont les habitants de la tente, Ait-Youssi, Beni-Mguild, Berabers du groupg central de l’Atlas, etc. Elles ont leurs terrains de culture de cé. réales, mais leur richesse, ce sont les troupeaux : aussitôt que le labourage est fini, généra ement vers le début de mars, les Beni- Mguild émigrent vers la montagne avec leurs troupeaux et le pays qu'ils quittent est aussiiôt occupé par les tribus environnantes.

B La marche de toutes ces tribus nomades est toujours perpendiculaire aux plis montagneux et utilise Ici coupures naturelles de la chaîne pour atteindre la haute vallée de la Moulouya Les oscillations se transmettent entre les diverses fractions par un mouvement analogue à celui de l’accordéon et les mouvements s'étayent de telle sorte que ceux qui atteignent les plus hauts sommets sont à peine arrives qu’il leur faut redescendre. » Ainsi nos m mtagnards abandonnent leurs chalets à l’arrivée des neiges. La différence de vie a aussi cette conséi[uence que le sédentaire est gras et le nomade est maigre. On sait que les nomades ont dû aussi inventer des magasins destinés à abriler les provisions, cavernes. grotte*, tirremts et agadirs. Le Sud de 1 Atlas offre, lui aussi, des populations presque tomes nomades, Doui-Menia, Ouled’-Djerir, Beraber, etc. à l’exception des vallées de la Zousfaoa. de la Saoura, du Ziz, du Orna et du Talilelt où l'indigène vit dans les ksours et les palmeraies. « Les conditions naturelles ont au Sahara une répercussion particuliérement favorable sur le mode de vie des habitants; malgré sa fertilité quand elle est arrosée, celte terre n’iiivite pas l’homme à la culture et à la vie sédentaire; le désert est essentiellement un lieu de passage et la patrie

du nomadisme. » .

Ce sont donc la. géographie, les conditions naturelles, le climat, qui déterminent la répartition entre sédentaires et nomades. Il y avait au«si des causes historiques et politiques, notamment 1 insécurité qui obligeait les Zemmour, par exemple, à abriter leurs troupeaux contre les pillages. C’est donc la géographie qui, d’après M'>' Nouvel, réglera l’avenir du nomadisme : dans les pays où l'élevage et l'agriculture coexistent, il pourra disparaître par l’emploi des bergers et nous verrons sans doute la sédentarisation progressive des Beraber du Moyen-Atlas, mais dans les steppes du Maroc oriental et au Sahara, le nomadisme restera une néceUilé inéluctable pour l'élevage, même quand la pénétration française aura mis lin à l'insécurité et aux luttes entre tribus et aux razzias, le nomadisme étant « fonction directe du climat ».

Les industries de la Céramique a Fes, directeur de la Medersa de Tlemcen, 1 vof. de d'-O pages et de 22G figures dans le texte. A. Leroux éditeur.

Les industries de la Céramique comptent parmi les plus anciennes et les plus importantes des industries indigènes de Fes et on comprend que ces deux raisotis aient poossé M. Bel qui s’occupe avec autant d’activité que de bonheur des arts et métiers musulmans, à faire une enquête approfondie auprès des céramistes de Fez ces Fékharln que connais-enl raaintmant lous les Européens désiraux de renseigner sur la faïence émaillée du pays C est le rô«ultat de ces éludes qut M. Bel consigne dans Fimportant ouvrage qui vient de paraître et qui comprend cinq parues et un appendice.

BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

La première partie est consacrée aux briquetiers qui jouent un rôle important dans la construction des maisons indigènes, malgré la mauvaise qualité des briques due au peu de soin apporté à la préparation de l'argile, au moulage et au séchage. C’est une industrie à perfectionner, l'augmen'ation de l’épaisseur des briquOg notamment aurait l’avantage d’éviter les déformations qui se produisent actuellement. Mais il est à prévoir que la concurrence européenne tuera prochainement cette industrie. La deuxième partie du livre, dans laquelle il est traité des potiers, comprend d’intéressants détails sur les salaires et les associations du personnel, l’atelier, le four, l’outillage et des renseignements techniques sur le travail de l’argile ; le tout complété par un exposé des produits de la poterie : objets émaillés ou non à l’intérieur, et de la vente dans les boutiques. La troisième partie se rapporte aux faïenciers, corporation qui comporte deux catégories d’.aüsans, les uns fabriquant des carreaux de faïence émaillée ou zellijs^ les autres travaillant les plats, vases, etc. Tous ces artisans n’emploient que l’argile bleutée de couleur gris-sombre et préparent leurs vernis à peu près de la même façon. Il n’y a d’ailleurs à Fès qu’un seul atelier dans lequel sont moulues les matières tinc* toriales ainsi que le sable blanc de Meknès. Quant au four, il est également d’un type uniforme, mais comme la cuisson est une opération délicate, on est obligé de recourir au travail d’ouvriers spéciaux pour la construction des fours à potiers. M. Bel, dans les quatrième et cinquième parties de son ouvrage, s’est longue.Tient étendu ensuite sur la fabrication des carreaux émaillés et des faïences peintes sur émail Les détails minutieux et complelsi qu’il donne sur le moulage, le découpage, la pose des zeilijs^ bojmats, etc., ou sur la fabrication des encriers à godets ne peuvent pas plus être résumés que ses pages sur la technique et les motifs de la décoration, décor en bleu ou décor polychrome sur sur fond blanc. Pages instructives qu’il faudrait posséder entière, ment pour s’initier à l’art marocain et bien goûter les vieux modèles que l’on ne peut plus guère voir, hélas! que dans les musées du Protectorat. Car il semble bien que les industries modernes tuent l’ancien art indigène. C’est ainsi que l’usage des seffÿsdans les maisons privées disparait devant l'introduction des carreaux de ciment décorés qui sont bien meilleur marché. De même pour les faïences plastiques, également en pleine décadence, les belles céramiques sont dédaignées des riches Fasi qui leur préfèrent les pièces de luxe d’un service importé d’Europe ou de Chine. Quant aux gens du peuple, plus traditionalistes que les autres, ils n’utilisent que des objets à lias prix; mais ceux-ci, en raison de leur bon marché, manquent de pureté et d’éclat. A noter encore, avec M. Bel, l’influence fâcheuse sur les émailleurs musulmans « des goûts étranges de clients étrangers». Il résulte de tout cela que le devoir du Protectorat est de .s’occuper des artisans indigènes de toutes les catégories si l’on ne veut pas que le Maroc souffre, comme jadis l'Algérie, d’une longue crise des industries locales, et connaisse la formation d’un véritable prolétariat indigène. Gril semble qu'avec les Marocains, gens pratiques, habiles, actifs et intelligents on puisse résolument adopter toutes les modifications capables d’améliorer leur sort et de donner plus de rendement à leurs industries. La solution consiste, comme M. Bel le propose et comme l’a très nettement vu déjà le Protectorat, à éduquer le goût et stimuler le talent de l’artisan dans les branches d’industries qui continueront à vivre malgré la coexistence de l’industrie européenne, puis, pour les autres, à les laisser s’étioler et disparaître, en ayant soin toutefois de préparer les jeunes Marocains des classes ouvrières aux métiers européens : c’est le rôle des écoles professionnelles, aujourd’hui en si bonne voie au Maroc. Il n’est donc pas à craindre, tant qu’on poursuivra cette politique, que le pays souffre de la concurrence des produits européens. Mais, comme certaines industries sont quand même appelées à dis. paraître, il est bon d’être renseigné sur elles. A ce titre, le livre de M. Bel apporte une intéressante contribution à notre connaissance, chaque année plus étendue, de la vie économique de nos protégés.

Voyage au Gouudafa et au Sous. — Un vol. iu-l6 de 245 p., par Louis Thomas. Prix ; 4 fr. 50. Payot et Cie, éditeurs.

On ne connaît pas un pays pour le traverser rapidement, surtout quand il s’agit du Maroc et à plus forte raison lorsque le voyage s’effectue dans des régions encore peu visitées par les Européens, comme le Grand Atlas et le Sous. M. Louis Thomas le sait mieux que personne et il ne s’attend pas à ce qu’on aille chercher dans le récit qu’il nous donne de ces contrées, pour ainsi dire impénétréei, des renseignements documentaires précis. Les

Chleuh de la montagne et du Sous ne sont guère préparés à ce rôle d informateurs et leurs déclarations relatives aux ressources du pays ne devraient être acceptées qu’avec réserve même si les Européens se trouvaient en mesure de pratiquer l'interview, chose bien difficile pour qui ignore les dialectes berbères. Aussi l’auteur, éludant ce fonds délicat et plein de points d’interrogations, s’est-il attaché surtout à noter ses impressions avec .sa verve habituelle.

Dans la deuxième quin2aine de décembre 1917, il a eu la bonne fortune d'accompagner le groupe sanitaire mobile qui venait d être constitué pour le Sous. C’est une « excursion » qui lui a permis de visiter les villages de Taineslouht, d’Araizmiz à 1.000 mètres d’altitude, de Tinesk où l’on accède par le Tizi n’Tagouramt ou col de la femme marabout, puis le cirque de Tellet yacoub dans la haute vallée de l’Ouëd NHs et au fond duquel apparaît « au bord de l’Oued, dont le miroir d’eau frissonnant baigne le pied de ses tours sombres, le vieux château-fort, Kasbah Goundafa, masse obscure aux murs roides et bruns, avec des toits verts, des créneaux, des terrasses... »

L’impression que produit sur l’auteur cette évocation d’un autre âge ne disparait pas devant la mosquée de Tinmel, vieille construction d’un « grand style classique » qui, malheureusement, tombe en ruine. Mais c’est une autre émotion que connaît l'auteur, lorsque quelques kilomètres plus loin il se trouve égaré dans les forêts solitaires du Djebel Ouichedan (2.S4’j mètres) dont les beaux chêne.s verts sont embroussaillés de neige et de givre. Il ne s’en plaint pas ; « Le paysage est d’ailleurs fort beau. Ce que l’on cherche à grands frais au Tyrol, à Chamonix, en Engadine, voici que les hasards du service nous l’offrent, et nous nous plaindrions! » La montagne descendue, ce sont alors les visites d’autres villages quasiment ignorés du Grand Atlas, mais où les ruines témoignent des luttes soutenues et que seuls quelques berbères solides et Irustes peuvent avoir intérêt à habiter. La neige donn» au paysage un caractère alpestre ; mais sitôt le dernier col du versant méridional franchi, c’est l’Afrique qui réapparaît avec la vision charmante de la plaine ensoleillée du Sous, « avec en son milieu le ruban luisant de la rivière, des jardins où la verdure est dense, des palmiers, des vergers d’oliviers, les taches d’etain lisse de quelques marais, et plus loin les mouchetures vertes des arganiers sur les pentes de l’Anti Atlas .. » Ce Sous, que l’auteur nous fait voir en nous promenant dans le Ras cl Oued, chez Haida ou Mouis, chez le pacha de Taroudant et enfin à Agadir N’Irir, nous est présenté comme une terre merveilleuse pour la colonisation. Avec juste raison cependant M. Thomas estime qu’il y aurait « un intérêt primordial à faire la carte de ce district d’abord, puis à l’étudier au point de vue de l’organisation sociale, de la propriété du sol, de l’irrigation, de la fertilité... » Ajoutons des conditions hygiéniques et sanitaires, car de terribles maladies ravagent les Soussi. Avec cette réserve et sous condition que l’on ouvre bientôt le Sous à la colonisation, les Européens pourront espérer pouvoir s’y établir avec succès. Ce n’est pas une question qui presse, heureusement. Néanmoins les lecteurs trouveront dans le livre que nous leur signalons aujourd’hui quelques éléments d’information, fondus il est vrai dans la description des gens et des choses, mais agréables à lire sous la plume alerte et toujours vibrante de M. Louis Thomas.

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Le chiffre minimum de la cotisation est réduit à quinze francs pour Zes fonctionnaires coloniaux, l'armée et les membres de l’enseignement

Le Gérant : J. Legrand

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