DEUXIÈME SÉRIE
Sédiments marins, d'àge précambriensilurien, métamorphisés.
Les premiers sédiments empruntés à l’assise archéenne déjà plissée ont été déposés au fond de l’Océan primaire, et profondément modifiés par des actions ultérieures : ces actions de compression, de plissement, et l’action éruptive attestée par des filons quartzeux, puis (plus récemment) diabasiques ont métamorphisé à divers degrés ces dépôts, en ont elfacé toute trace de vie organique, leur ont donné l’aspect cristallin.
6’e sont : des poudingues, des phyllades [schistes micacés, schistes verts, satinés), au
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Gabon central et septentrional^ des plijjlliles, schislës chlorileux et peut-être les phtanites de rOgooué moyen; ce sont enfin des quartzites compacts parfois feldspathiques, des arkoses et des schistes gris.
Ces couches sont le plus souvent intercalées dans les plis du substratum, elles plongent vers l’Est; leur largeur est apparemment réauite, sur le sommet et le flanc est de la chaîne du Mayombe, à moins de 20 kilomètres, elles sont rompues à Isanghila par une faille notoire qui remet au jour, sur une diabase, le poudingue inférieur.
Parfois des schistes, quartzites, arkoses ou dolomies forment, dans rOgooué comme au Bas- Congo, une transition mal définie avec le niveau géologique supérieur.
L’ensemble de ces deux premières séries de couches enchevêtrées et très fortement plissées par les grands mouvements de l’écorce terrestre aux temps primaires, en discordance de stratification avec le niveau supérieur (attribué au Dévonien) attestent que les secousses huronienne et calédonienne ont été aussi violemment ressenties à l’Equateur qu’en Europe et en Amérique du Nord. Mais les plissements qui nous occupent ont pu se produire sous la mer; ils ont été revêtus de sédiments, puis, quand une émersion progressive — et peut-être lente — eut élevé le continent équatorial au-dessus des mers, l’érosion atmosphérique les fit réapparaître partiellement : ils semblent, comme les plissements du même âge en Amérique et en Europe, avoir perdu la plus grande partie de leur relief. Ils sont du moins reconnaissables au Gabon méridional et Moyen- Congo dans la chaîne du Mayombe, depuis le Congo inférieur jusqu’au Nyanga et peut-être plus loin.
En raison de l’intérêt que ces roches cristallines peuvent présenter aux recherches minières, tant par leur nature que par le remplissage des filons résultant de leur plissement, nous détaillerons les régions de la colonie où leur présence peut être affirmée dès maintenant (1918),
Notre énumération ne comprendra que deux catégories, faute de matériaux ou d’examens suffisants, et à l’exclusion des quartz et quartzites. Pour ces derniers, nos échantillons ne sont pas situés avec certitude, ne laissent pas distinguer les filons en place des fragments fiîoniens plus ou moins déplacés qui subsistent dans toute l’épaisseur et dans toute l’étendue des grès blancs congolais. Nous limiterons donc notre énumération aux seuls pointements reconnus ; 1" de granits; 2“ d’autres roches éruptives ou métamorphiques.
Ces dernières forment le grand plissement rectiligne parallèle à la côte, nommé chaîne de Mayombe (au Nord) ou du bas Congo (de part et d’autre du fleuve). Dupont a mentionné des gneiss à Borna, et des diabases dans le sillon (fracture) du fleuve, notamment à Isanghila. Nous croyons pouvoir signaler, dans le plissement métamorphique :
Au Loémé moyen : du granit;
Dans le cours inférieur du Kouilou-Niari : des leptynolites;
Au cap Matouti (Mayoumba) : du granit.
2 de nos échantillons précisent d'autre part l’extension de la zone métamorphique à l’Est jusqu’à 50 kilomètres ouest de Loudina (quartzites).
Dans l’axe du Kouilou inférieur, une nappe calcaire d’une centaine de kilomètres, adossée à la zone métamorphique (ou anticlinal du Mayombe), cache la relation qui peut exister entre cette zone au Sud-Ouestet — au Nord-Est — un autre anticlinal tectonique ou amas granitique d’âge et de direction semblables au Mayombe. Le second est caché à notre époque par les sédiments qui forment le relief topographique au Nord duquel l’Ogooué décrit sa vaste courbe et le Niari (futur Kouilou) une autre courbe au Sud. Ce relief orienté à peu près Sud-Est-Nord-Ouest laisse voir à sa base du granit sur ses deux versants, savoir :
A. — Colonie du Moyen-Congo. — Versant
Niari.
Dans la région de Mossendje, en montant du Sud-Ouest au Nord-Est : gneiss, granit gneissique, granit pegmatoïde, puis granit.
Dans la llaute-Louessé (Moukagni) : du gneiss, des schistes micacés et micachistes.
Au Nord-Est d’Omoï, près de l’anticlinal topographique moderne : une granulite ou leptynolite.
Dans la région de Sibiti, du Sud-Ouest au Nord-Est : granit pegmatoïde, granit, et une roche probablement éruptive.
Dans la haute Lali-Bouenza (Kimboto) :
granit.
B. — Colonie du Gabon — Versant Ogooué.
Il est impossible de ne pas associer à cette zone granitique la zone décrite par Barrat sur le versant Lolo-Ogooué où le granit s’est offert à lui, notamment :
A Lemharéné sur le bas Ogooué : pointement isolé de syénite (granit de contact) au milieu de roches métamorphiques « archéennes ou précambriennes ».
A iO kilomètres au Sud Est de Ndjolé, pointement de granit dans les mêmes roches, puis dans rOfoué moyen, le Lolo moyen, et le Lékéli (pointement doublé par un dyke diabasique à 50 kilomètres ouest de Franceville).
Dans le sillon du haut Ogooué enfin, comme dans le sillon symétrique de la haute Lali- Bouenza, des renseignements moins sûrs annoncent, au Nord-Est de l’anticlinal : du granit, et même des gneiss, des diorites, amphiholites et feldspathites. Il semble donc bien qu’un anticlinal ou une masse primaire s’allonge du Sud- Est au Nord-Ouest entre le Niari moyen et l’Ogooué, sur une largeur de 60 kilomètres et une longueur double. D’autres que nous détailleront
I les contours et l’axe de ce second massif, dont f nous sommes les premiers à signaler l’existence. I Quelle que soit sa terminaison vers Ndjolé, il est I peu distant en somme du massif granitique au- ‘ quel devrait être réservé le nom de monts du Mouni. Au Sud-Est, l’anticlinal sert de frontière I entre le Gabon et le Moyen- Congo et se prolonge peut-être sous le plateau congolais.
A son pied, la vallée de l’Ogooué supérieur jusqu’à Boué forme un large fossé, où le granit n’apparaît qu’à Lastmu’ville Boundji, accidentellement. Ce sont des roches non métamorphiques (silarien dévonien) ou métamorphiséeS (jui for-
Or, un de nos échantillons — granulite — vient précisément de la région d’Abolo.
A une centaine de kilomètres dans l’Est, en amont du confluent du Eébango et de la Licona- Likouala, les roches métamorphiques apparaissent encore, formant les seuils rocheux de rivières : amphibolite ( hornblendite pyriteuse ) d’Oyandzé.
De iMbomo-sur-Licona à Abolo, Kelkélé, Odzala, Esse ko, la ligne de faite, étroite et haute et remarquablement boisée, domine à l’Est les grès ceinturant le bassin en éventail de la Likouala- .Mossaka.
Suivant cette ligne (entre Abolo ou Kelkélé et Djoko), J. de Brazza affirme la présence du silu-
j ment les fonds des vallées de l’Ogooué, du Sébé et sans doute de 1 Ivindo. 11 faut gagner au Nord jusqu’au confluent de l’Ivindo, ou au Nord-Est jusqu’aux sources du Sébé et de la Licona- Eikouala pour retrouver le granit. Celui-ci pointe en effet à la frontière du Gabon et du Moyen- Congo, à la séparation des eaux de l’Ivindo ou de rOgooué (coulant vers l’Ouest) et des eaux de la Likouala (coulant vers l’Est) ; la ligne de partage des eaux se dirige de là vers le Nord et sem- • ble portée par un soubassement ancien.
Nous venons do marquer aux sources du Sébé et du ’Eicona (Likouala-Mossaka supérieure) la présence du granit signalé par J. de Brazza.
Périquet le marque au nœud orographique d’où sortent le Lodié (haute Liboumbi), le Mouniangui (autre affluent de l’Ivindo) et le Soé ou Lossi (haut Lebango, affluent de la Likouala).
rien non métamorphique du Sébé. Vers Djoko (carte Périquet cote oStt) ou Djoko-Esseba (610) il marque de nouveau le granit. Or, vers Djoko-Esseba ou Poumba dans le haut Lécoli, à une dizaine de kilomètres au Nord-Ouest d’Odzala, le chef de circonscription signale du gneiss.
Plus au Nord, à llokou, J. de Brazza a marqué le granit — peut-être à Touloukou (carte Péri- (|uet) au passage de la « Falaise » frontière, entre Toumbi (Gabon) etZalangoyo.
Longeant la Falaise vers le Nord, au delà du Nœud de Bellevue, Périquet a signalé à l’Ouest de Sembé « des phyllades et des schistes >;, et à 12 kilomètres Sud-Est de Souanké, au pied de la Falaise, « du granit »
A l’Est du Nœud de Bellevue, suivant l’arête gréseuse qui sépare le N’Goko du bassin en éventail de la Likouala, « nous trouvons, dit Périquet,
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le schiste mélamorphique à Biessi (versant N’Goko à 35 kilomètres est de Sembé), puis dans la haute Lengoué et le haut Bandama (versant Likouala) où nous voyons affleurer même le granit; nous le retrouvons dans le haut Kandiko (à 30 kilomètres ouest d’Ouesso) avant de déboucher dans les alluvions de la Sangha. On trouve également sur le sommet de la Falaise des blocs granitiques qui ne sont probablement que les sommets des dernières apophyses assez élevées pour avoir pu percer par endroits la croûte gréseuse. '>
Nous adoptons à peu près cette manière de voir. Le vaste éventail ou cirque de la Likouala supérieure, ouvert à l’Est vers les alluvions de la Sangha et de la cuvette de Liranga, a été creusé dans un plateau de sédiments gréseux. Si la « Falaise » ou arête qui le ceinture à l’Ouest et au Nord, a gardé son relief — 900 mètres au Nœud de Bellevue — elle le doit à la présence du granit et des roches très anciennes que nous venons de suivre.
Celles-ci forment donc un troisième massif granitique ancien, nœud hydrographique entre les trois bassins de la Ngoko (vers la Sangha moyenne), du Djouah-lvindo (Ogooué) et de la Likouala (moyen Congo) : ce massif est reconnu au Sud jusqu’aux sources du Séhé et de la Licona, à l’Est jusqu’à Ouesso ; il se rattache vraisemblablement vers le Nord-Ouest au plateau central du Cameroun.
C’est aussi au plateau du Cameroun qu’il faut rattacher d’autre part le haut massif granitique de la Sangha septentrionale. 11 couvre la circonscription du Mambéré-Lobaye : schistes hitumeux, sources salines de Koundé, graphite de Bahoua — quartz, quartzites, micaschistes, granulite et cuivre du Mambéré, — gneiss granulitique, schistes sériciteux, granit varié de Caza ; ce quatrième massif semble finir au Sud-Est vers Bania-sur-Sangha à 200 kilomètres d’Ouesso, sans relation apparente avec le troisième massif ancien décrit ci-dessus.
Si nous continuons à suivre avec les renseignements les plus récents, en dehors de la Colonie du Moyen-Congo, les affleurements « reconnus » de terrains anciens dans la partie équatoriale de l’Afrique, nous les verrons former un bourrelet remarquablement continu autour du bassin congolais. Ce « bassin » vraiment digne de ce nom, aire centrale entourée de hauts pays, a la forme d'un polygone convexe. Les côtés du polygone, formés par des reliefs archéens sans interruption, sont énumérés ci-après :
1. — Au Nord. Du plateau de Yadé ou Karé, bastion gneissique du Cameroun, se détache vers l’Est, puis après Fort-Sihut vers le Nord-Est, un anticlinal cristallin ou une suite d’anticlinaux très reconnaissables (gneiss, granit, micaschistes). Ils séparent sur 1.000 kilomètres les eaux du Chari-Tchad de celles de l’Ouhangui (Mpoko, Ombella, Kouango, Koto). Le relief est adouci au centre jusqu’à l’altitude de 560 mètres vers
Dékoa-Fort-Sibut ; il se relève à l’Est jusqu’à 1.400 mètres et plus, au bastion gnéissique des monts Cliala (1).
IL — A l’Est. Le bourrelet et l’arête occidentale du synclinal ancien dans lequel coule le Nil et qui forme une ligne de faîte très adoucie entre Mbomou (llaut-Ouhangui) et Souch, se maintient cependant à une altitude voisine de 1.000 mètres. Ces roches archéennes renferment dans l’Ouellé et l’Arouwimi supérieur de riches gisements métallifères; elles forment, plus au Sud, la bordure occidentale de la faille des Grands Lacs (Albert, Edouard, Kivi, Tanganyika, Moero) jusqu’au bastion du Katanga (1.550 mètres) constitué des mêmes roches que la Mayombe.
III. — Au Sud. Ces roches forment encore, d’Est en Ouest, le relief élevé entre le Loualaba ou la Kassai et le bassin du Zambèze (source à 1.200 mètres), puis le massif de Mossamba. Ce dernier s’étend à l’Ouest jusqu’à la côte ango^ laise ; il allonge au Nord-Ouest, comme une presqu’île, la chaîne archéenne qui domine au mont Ouia (à 1.055 mètres d’altitude, au Sud de Manyanga) et à Palabala (580 mètres) la brèche du Congo. C’est cette chaîne que nous avons appelée Mayombe au delà du Congo.
Ainsi, depuis les premiers âges géologiques, un bourrelet polygonal, d’ailleurs formé de roches dures, a enclos la partie centrale du continent. 11 permet d’expliquer (s’il est réel) l’aflaissement de Faire intérieure, ou tout au moins son creusement superficiel , dès que les eaux pluviales eurent trouvé une issue profonde vers la mer. La colonie du Moyen-Congo n’est que la partie occidentale de cette aire.