TROISIÈME SÉRIE
Sédiments schisto-calcareux, dévoniens, plissés.
Des sédiments marins continuèrent à se déposer pendant l’époque dévonienne. Ceux du Congo inférieur attestent la présence de coraux, c’est-àdire d’une mer peu profonde ou semée de hauts fonds — soit qu’une partie du continent Sudatlantique, à l’ouest de la ligne de rupture côtière, ait résisté aux dislocations calédoniennes — soit que des lignes de hauts fonds aient déjà marqué à cette époque l’emplacement futur du Mayombe (prolongeant au Nord les monts Mossamba) ou celui de l’anticlinal Ogooué-Niari (prolongeant l’archipel du Mouni-Gahon vers le Sud-Est).
Dans le Congo inférieur^ on trouve des schistes et calcaires alternant^ largement plissés. Les premiers sont gris, plus rarement verdâtres ou rouges (?), renfermant de petits cailloux. Le calcaire est varié ; tantôt corallien, stromatopores et massif, voire marmoréen, tantôt impur, argileux et stratifié, ou oolithique, détritique. Cette série repose en discordance de stratification sur les plissements précambriens ou siluriens; elle est traversée par d’épais liions de diabase (et non pas de quartz j.
(1) Exploration du capitaine Modal, 1910.
Au Sud-Ouest de la colonie du Moyen-Congo, ce sont des schistes non métamorphiques, portant des masses de calcaires gris schisteux, marneux, dolomitiques ou siliceux, avec géodes de calcite, ou de quartz et intercalations de lits siliceux [à Mindouli; calcédoines). Ces calcaires, fréquemment décou pés par l’érosion en tables horizontales, .ni mamelons, parfois couverts d’une plaque de schiste rouge, forment aussi dans la vallée du Kouilou-Mari de belles grottes (à Moussia au confluent du Louo, et à Loudima). Leur couleur est toujours le gris pâle; les plus foncés sont parfois saccharoïdes. Des minéralisations de cuivre imprègnent en maint endroit leurs couches supérieures, sous le toit de grès rouges qui, par leur compacité, ont arrêté les vapeurs minéralisantes et déterminé la formation de riches gisements, les ont protégés contre l’érosion ultérieure : ces amas sont reconnus sur une longueur de 180 kilomètres.
Dans la partie du Gabon voisine du Moyen- Congo (ügooué Passa) le niveau correspondant présente un faciès différent :
1“ Aux rapides de Mopoko (confluent de l’Ogooué et du Lécaho) et à ceux du Lihoumhi (Ouest de Franceville), on trouve, sur des schistes ampéliteux non métamorphiques et des phtanites siliceuses peut-être siluriennes, des arkoses horizontales, compactes, à ciment calcaire, à grain lin parfois micacé ou oligistifère ;
A Lastourville, sur les schistes et phtauites ou sur une venue granitiqu? : des schistes dolomitiques ou siliceux à ciment argileux, liématiteux ou charbonneux — nullement métamorphiques — puis un grès dolomitique jaune pâle, mis à jour par une faille, enfin, une masse considérable de dolomie ampéliteuse renfermant des lits horizontaux de schiste ampéliteux noir, des éponges de calcédoine, de gros grains de quartz ou de pyrite, des tilonnets de calcite donnant naissance à des stalactites.
Tandis que les arkoses sont postérieures aux venues granitiques les dolomies sont antérieures. Les unes et les autres sont traversées comme au Bas-Congo, par des dykes de diahase — mais pas de quartz.
au Nord, immédiatement sous ces crêtes entre .M’Boko-Songho et Mindouli, puis dans la vallée de la Loukouni plus à l’Est et, par-dessus même la ligne de faîte topographique, dans la vallée du Üjoué moyen jusqu’à Renéville-Mayama. Leur présence est probable dans le Niari supérieur, mais n’a pas été retrouvée au-dessus d’une ligne est-ouest joignant Moussia (confluent du Niari et du Louo) à Mouyonzi-sur-Lali et à Missamissoniésur-Niari. De ce point à Macabana et à Kitabi au confluent des Loubomo,rhorizoncalcaro schisteux est plus ou moins ruiné par l’érosion; nous pensons qu’il s’étend en bande parallèlement à la côte jusqu’au Nyanga et sans doute au Nord.
En dehors de cette aire, l’horizon gris dévonien, sous un faciès différent, n’est connu que par les déterminations de Barrat au Gabon : 1“ dans les monts de Cristal proprement dits (Mouni) — 2" dans la vallée moyenne et supérieure de TOgooué jusqu'à hauteur de Franceville. (V. page précédente.)
Nous lui attribuons une extension bien supérieure en amont de ce point et notamment à l’Est entre les sources du Léconi, de la Passa, de l’Ogooué même.
Nous mentionnerons enfin la présence bien établie d’un affleurement calcaire à la lisière du Moyen- (]ongo-Cameroun, à Moloundou-sur N’Goko.
Quels que soient l’importance et l’âge de cet affleurement, la présence des calcaires depuis le Mouni et le Slayomhe jusqu’au pied de la falaise Batéké (!2“ Estj entre le Léconi et le Djoué fait penser à une extension bien plus grande encore vers l’Est sous les grès congolais.
Au-dessus des couches décrites jusqu’ici, on trouve des sédiments moins anciens, fort différents des précédents, mais uniformément dépourvus de calcaire. Leur âge et leur mode de formation ne peuvent être précisés, faute de fossiles. Les géologues belges les ont cependant assimilés au niveau du Karoo (Afrique Australe), leur ont attribué une origine marine et les ont divisés en deux séries, d’après leurs caractères extérieurs.
QUATRIÈME SÉRIE Sédiments rouges.
Un horizon géologique, caractérisé par sa couleur rouge ou plutôt violacée, repose en stratificalion discordante sur la série dévonienne.
H se compose principalement de grès massifs, tantôt très fins, tantôt grossiers, prenant parfois l’aspect de gravier ou de poudingue. Presque toujours, ils renferment des grains de feldspath à peine arrondis, et souvent du mica\ ils alternent avec des schistes et des grès argileu.r. micacés (psammites) de même couleur.
Toutes ces couches sont netfement stratifiées, non plissées. Elles paraissent horizontales; en réalité elles sont quelque peu ondulées dans la
Les sédiments dévoniens, bien moins plissés et compressés d’Est en Ouest que la chaîne cristalline à laquelle ils s’appuient à l’Ouest et qui les a protégés de l’érosion, ont affaire à la dénudation par les eaux d’une surface plus uniforme. Aussi, dans le Moyen-Congo et le Congo inférieur, ils subsistent visibles sur plus de 200 kilomètres à l’Est du .Mayombe, à partir d’iine ligne nordnord-ouest siid-sud-csl [)artaut du confluent du Niari inférieur avec les deux Loubomo, atteignant le cours supérieur du Chiloango, et coupant le Long Beach du Congo en amont d’isangbila. Us occupent toute la vallée de ce fleuve jus(|u’au confluent de l’Inkissi et peut-être du Foulakary; dans le bassin supérieur du F’oulakary, ils disparaissent à mi-pente des crêtes; ils reparaissent
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BULLETIN DU COMITÉ DE L’AFRIQUE FRANÇAISE
région de Mindouli et, depuis le 12® méridien jusqu’au Pool, elles plongent sensiblement vers l’Est. On date leur formation de l’époque carbonifère et permienne (V. Brien, 1911). Dans leur épaisseur, (jui est de 300 à 400 mètres, on a distingué deux étages: celui de la Mpioka (1) à la base et celui de l’inkissi au sommet.
Le premier a paru, dans la région de Loudima, comporter une assise inférieure de schiste (in posé sur les calcaires. A l’Est de Boko-Songbo, au contraire, le contact avec les calcaires est farci de lits siliceux et comprend un conglomérat d’éléments empruntés aux calcaires. Dans la région des gisements cuprifères dont elles forment le toit, les psammites violet lilas ne semblent nullement modifiées, mais elles reposent par place sur des grès jaunes dont l’extension n’a malheureusement pas encore été étudiée. M. Debailleul a cru reconnaître ces grès jaunes jusqu’au Niari et à la Louvizi occidentale, à 40 kilomètres ouest de ÏNlindouli. Sous ces « grès jaunes » (?) l’un des puits de mine de Mindouli offre un banc de I m. HO de grès blanchâtre, dit « grès vert », extrêmement fin et tendre, et qui reposerait directement sur la terre noire cuprifère surmontant les calcaires.
Dans la région du Pool, les grès sont en somme grossiers, avec cristaux caractéristiques de feldspath brun atteignant et dépassant la grosseur d’un pois. On voit disparaître grès et psammites rouges (violacées) sous les grès blancs à la pointe Dangereuse, à l’altitude de 294 mètres, à ,3 kilomètres sud-ouest de Brazzaville. Ils occupent toute la vallée du Congo, en aval de Brazzaville, jusqu’à la ligne des rivières Kouilou et Louala belges. Aux sources de cette dernière, leur altitude supérieure atteint 7o0 mètres, et leur présence est continue sur la liante frontière francobelge, jusqu’au Mayombft.
Dans la vallée du Djoué, ils sont reconnus depuis la chute de la rivière dans le Congo jusqu’en amont de Mayama. Vers le Nord, ils semblent uniquement visifiles au bas des falaises qui s’échelonnent le long du 12® méridien (l’à-pic de ces falaises regarde le (îabon). Barrai a signalé un affleurement de psammites à Franceville. Un de nos renseignements permet de croire à leur présence dans les monts A maya (source du Lélani-Lacossi), d’un? part, et, d’autre part, dans la région d’Ouesso, Ils s’étendent vraisemblablement en nappe continue sous les grès blancs du Moyen-Congo, à l’est du 12® méridien, et sous le Congo belge, puisqu’on les retrouve en bordure occidentale de la faille des grands lacs.