‹ Renseignements coloniaux et documents (volume 4)Chapitre 63 sur 75 · DEVANT LE PARLEMENT · texte numérisé non relu

DEVANT LE PARLEMENT

Les clauses coloniales du Traité de Paix ont tenu une place intéressante dans les documents et les délibérations des deux Chambres sur le Traité de Paix du 28 juin 1919.

Nous reproduisons ci-après les extraits de rapports et de discours relatifs à ces clauses.

La question des colonies allemandes et celle des droits et intérêts allemands hors d’Allemagne tiennent déjà une place dans le rapport général fait par M. Louis Barthou au nom de la Commission présidée par M. Viviani et chargée d’examiner le projet de loi approuvant le traité (Chambre, n“ (î6o7). Voici ce qu’il dit à propos des colonies allemandes au cours de ses explications sur les attributions de la future Ligue des Nations :

... Cette énumération se complète par les dispositions du traité qui règlent le sort des colonies allemandes. Ca sixième des quatorze propositions du président Wilson visait « un règlement librement débattu dans un esprit large et absolument impartial de toutes les revendications coloniales, fondé sur ce principe rigoureusement oliservé que, pour résoudre les problèmes de souveraineté, les intérêts des populations en cause pèseront d’un même poids que les revendications équitables du gouvernement dont les titres sont examinés ».

Cette proposition a inspiré les articles 22 et 23 du traité du 28 juin. En les présentant sous une forme qui a peu changé, le 16 février 1919, au nom de la Commission, devant la Conférence de la paix, le Président des Etats-Unis, tenait à affirmer qu’ils avaient fait l'objet d’uo « examen très sérieux » de la part des cinq grandes puissances dont ils exprimaient la conclusion unanime D’une façon générale, on peut dire que les colonies allemandes sont remises à la Ligue des nations qui en disposera au profit des puissances alliées et associées rcconnuescomme mandataires. La délégation allemande a prétendu, mais elle n’a pas démontré que les articles 22 et 23 du traité sont en contradiction avec le cinquième point du programme wilsonien. Nul n’a plus que le Président Wilson autorité pour répondre. 11 disait le i6 février en protestant contre l’oppression des peuples faibles par des nations sans conscience : « Un des derniers et des plus tristes exemples que nous ayons vus a été révélé par les faits mis en lumière dans ces derniers temps, par les agissements de la puissance aujourd’hui heureusement vaincue, dans les territoires qu’elle occupait hors de l’Eu rope. Nous avons vu qu’elle avait, dans certains cas, compris son intérêt comme coïncidant, non pas avec les progrès, mais avec l’extermination des populations. Son désir était non pas d’aider, de développer ces peuples, mais de s’emparer de leur sol pour y établir des colonies européennes. Aucun désir de les élever et de les soutenir ne guidait son action. Le monde nouveau exprime aujourd’hui la conviction de sa conscience sous une forme juridique et dit : ce système doit finir. »

En mettant fin à ce système, selon des modalités <jui répondent aux règles du droit international et à l’équité, le Traité de paix a libéré 13 ou 14 millions d’indigènes, soumis à des traitements contre lesquels certaines voix allemandes qui protestent aujourd’hui eurent autrefois le courage de s’élever. L’Allemagne a perdu la guerre : elle subit, en perdant ses colonies, le sort que le mémoire de l’état-

major général avait trouvé logique en 1913. « Il n’j"^ aurait pas à s’inquiéter du sort de nos colonies, disait ce mémoire. Le résultat final en Europe le réglera pour elles. » Il l’a réglé.

Il semble que l’Allemagne se soit assez vite inclinée, malgré ses protestations officielles, devant cette fatalité inévitable.

Dans ses conclusions le rapporteur général dit à propos du Maroc :

En abrogeant le traité d’Algésiras et le traité francoallemand du 4 novembre 1911, il apporte au Maroc une libération qu’il faudra consolider par d’autres actes dont l’expulsion de l’Allemagne rendra l’effort et le résultat plus aisés. L’attaché militaire allemand en Espagne disait en 1913 : « C’est encore au Maroc qu'on pourra le mieux couper les jarrets de la France. » Ce n’est pas la France qui a eu, au Maroc ou en Europe, les jarrets coupés. Le Maroc, dont le développement est prodigieux et dont les ressources sont immenses, est une des parties des plus importantes peut-être de notre avenir. Comme l’Alsace et comme la Lorraine il était un des enjeux de la bataille. La bataille est gagnée, et la victoire a libéré l'enjeu.

M. René Besnard, député, a dressé, au nom de la Commission, un rapport spécial sur les colonies allemandes (Chambre, n“ 6065).

Document étendu, bien présenté et qui résume clairement tout ce qui a été dit et écrit à l’appui de la thèse de la rétention des colonies allemandes. Il est agréable de retrouver dans un document officiel de cette importance les arguments, les faits et les conclusions que le parti colonial français — et tout spécialement le Comité de TAfrique française — se sont attachés à mettre en lumière aux yeux d’une opinion souvent indifférente. M. René Besnard a d’ailleurs donné à son rapport une grande portée. Il y étudie non seulement la rétention des colonies allemandes, mais les conséquences de l’article 22 du pacte de la Société des Nations sur le mandat colonial, les conséquences des clauses financières et économiques du traité quant aux colonies et les négociations relatives à l’attribution des anciennes colonies allemandes.

Tout d’abord, l’article 119 [A fric/ue française, p. 13i) prononce la renonciation de l’Allemagne en faveur des principales puissances alliées etassociées à tous ses droits et titres sur ses possessions d’outre-mer :

On ns saurait trop insister, écrit le rapporteur, sur les conséquences de cet article.

En vertu de ce principe nettement établi, le fait accompli est d’une importance capitale. C’est un empire colonial de 3 millions de kilomètres carrés et de 12 millions d’habitants, disséminé sous les latitudes les plus diverses, riche en ressources variées, qui est abandonné par l’Allemagne et qui passe aux mains des nations alliées.

Et il consacre plusieurs pages de son rapport à une étude sur la valeur des colonies allemandes, à un récit de leur conquête et à un exposé du partage provisoire du Togo et du Cameroun entre la France et la Grande-Bretagne. En passant il rappelle à son tour la faillite des méthodes coloniales allemandes et il ajoute :

Les exemples au surplus pourraient être multipliés, et

que peut contre les faits aussi précis l’essai de réfutation (pie contiennent les contre-propositions de paix allemandes'!*

Comme on est loin des belles qualités colonisatrices de la France! Quel contraste avec les saines et humaines méthodes que nous avons appliquées en particulier dans notre Afrique Occidentale et Equatoriale, notre respect des coutumes indigènes, notre souci de l’évolution politique et sociale des populations, nos préoccupations de l’amélioration du sort matériel de nos sujets! Il n’y a qu’à consulter les textes, comparer avec la législation pénale allemande notre Code de 1 indigénat et notre organisation judiciaire. Il n’y a qu’à examiner les faits, constater dans nos colonies le développement de l’assistance médicale indigène, notre lutte contre la variole et la maladie du sommeil, l’expansion de 1 instruction publique et la création de l’outillage économique dont les indigènes sont les premiers à protiter.

Et tandis que les Allemands n’obtenaient que la haine de leurs sujets, nos efforts n’ont-ils pas abouti à la plus belle des récompenses : l’aide efficace que les colonies ont prêtée à la mère patrie pour la défense nationale en développant d une façon intensive leur production, en nous fournissant des travailleurs coloniaux et surtout en envoyant combattre leurs enfants ccjtc à c()te avec les nôtres?

Le rapporteur expose ensuite les raisons qui justifiaient l’attribution à la France de la plus grande partie du Togo et du Cameroun, et, après avoir analysé les récentes conventions francobritanniques à ce sujet, il dit :

C’est sur ces données que les gouvernements français et anglais se sont mis d’accord pour formuler la « Joint Recommandation » qu'ils doivent adresser à la Société des Nations conformément à la décision prise en mai dernier par le Conseil des quatre et (|ui peut se résumer dans les termes suivants : « La France et l'Angleterre feront à la Société des Nations une proposition commune sur le sort du Cameroun et du Togo. »

* M. René Besnard analyse ensuite les autres articles du traité, notamment la liquidation des biens d’Etat allemands (art. 120 et 221), et il dit à ce propos :

11 importe cpie dans la plus large mesure possible cette propriété passe aux mains de nos nationaux : il y aura lieu en conséciuence, de prendre toutes les mesures utiles pour écarter ou, tout au moins, limiter autant (jue faire se pourra la concurrence étrangère. 11 n’appartient pas au surplus à la commission de déterminer les moyens à employer, mais cette question soulève une difliculté qu’il a paru nécessaire d’indiquer.

Au point de vue économique, le régime établi par le traité dans les ex-colonies allemandes est celui de l égalité commerciale garantie aux membres de la Société des Nations : (|uels qu’aient été les vœux de la France en cette matière, il faut bien reconnaître qu’il n était pas possible de soustraire nos nouvelles possessions à l’application de ces principes d’ordre général. 11 y a lieu d’ailleurs de remarquer que déjà une partie importante de notre domaine africain entre dans le bassin conventionnel du Congo et se trouve par conséquent soumise à ce régime de la porte ouverte.

En terminant M. René Besnard reproduit l’article 22 relatif au mandat colonial [A frique franr<7we, p. RÎ7) et, envisageant aussi les conséquences coloniales de l’article 23, il dit :

L article 23 énonce et précise certains grands principes que les membres de la Société des Nations s’engagent à appliquer :

a) Maintien de conditions de travail équitables etbumaines pour l’homme, la femme et l’enfant;

b) Traitement équitable des populations indigènes;

c) Respect des accords relatifs à la traite des femmes et

des enfants, restriction du trafic de l’opium et autres drogues nuisibles;

d) Contrôle du commerce des armes et des munitions partout où ce contrôle est indispensable à l’intérêt commun ;

e) Garantie et maintien de la liberté des communications et du transit et traitement équitable, au point de vue commercial, de tous les membres de la Société;

f) Adoption de mesures d’ordre international pour prévenir et combattre les maladies.

Les principes généraux de libéralisme et d’humanité <[ui se dégagent de ces deux articles, et qui doivent guider les Nations appelées à diriger les peuples encore insutfisamment développés, sont trop conformes aux traditions de la France et à nos propres méthodes coloniales pour ne pas recevoir notre adhésion Nous estimons cependant qu’en ce qui concerne les régions du Togo et du Cameroun attribuées à la France, seules ces obligations d’ordre général doivent nous incomber. L’autorité territoriale doit garder la plus grande liberté et sa pleine souveraineté pour l’organisation de ces deux pays et leur incorporation tant au point de vue fiscal qu’au point de vue administratif et économique aux colonies voisines qui sont déjà en notre possession.

Cette formule que préconise, à juste titre, le gouvernement français, s’appuie d ailleurs sur la decision prise, en mai 1919, par le Conseil des Quatre et que nous avons déjà citée. Cette décision semble bien avoir écarté pour ces deux territoires le mandat qui était adopté pour les autres possessions allemandes et a simplement stipulé que la France et 1 Angleterre s entendront pour faire à la Société des Nations une « proposition commune » sur le statut de ces deux colonies.

Voici enfin les conclusions du rapporteur ;

Les clauses coloniales du traité de paix, telles que nous venons de les exposer, donnent-elles entière satisfaction aux légitimes désirs de la France et aux droits que lui ont créés 1 effort consenti, les sacrifices faits, les pertes subies et les succès remportés?

Sans doute on aurait pu souhaiter que la totalité du Togo et du Cameroun nous fût attribuée Nos allies trouvent en effet des compènsations suffisantes dans la possession des autres colonies allemandes puisque la Grande-Bretagne obtient l’Afrique orientale allemande et l’île Nauru en Océanie,et l’L’nion sud-africaine, le Sud-Ouest africain allemand, |>uisque les îles Samoa sont confiées à la Nouvelle-Zélande, puisque les autres colonies germaniques du Pacifique, au Sud de l’équateur, à l’exclusion des Samoa et de l’île Nauru, reviennent à l’Australie et les îles allemandes, au Nord de l’équateur, au Japon.

On ne doit pas non plus oublier que quelques-unes des négociations entamées par les alliés eu conséquence des stipulations générales du traité de paix sont encore en cours. Il est du moins permis d’escompter que les solutions délinitives ne tarderont pas à intervenir et donneront satisfaction aux divers intérêts en présence.

Mais ces légères réserves faites, nous croyons avoir suffisamment montré que dès maintenant le traité du 28 juin 1919 apporte à la France, au point de vue colonial, des avantages certains et d’une très grande valeur.

Il consacre l’anéantissement du rêve ambitieux de domination africaine que dans son orgueil insensé et son insatiable égoïsme la pensée germanique avait conçu.

La France recouvre la pleine possession des territoires de l’Afrique Equatoriale Française que l’accord du 4 novembre 1911 l’avait obligée à céder à l’Allemagne, en compensation des droits acquis sur le Maroc.

Elle obtient deux nouvelles colonies : une grande partie du Togo et les quatre cincfuièmes du Cameroun. Ce s.)tit (les territoires importants, à la population dense, aux productions nombreuses et variées. Leur commerce est déjà florissant. Leur outillage économique est développé. Ils ont des routes et des chemins de fer. Ils offrent des ports dont deux, Lomé et surtout Douala, la seule rade naturelle de toute cette partie de la côte d’Afrique, par leur situation et leur aménagement, sont appelés à rendre les plus précieux services.

Mais ce n’est pas de cet accroissement notable de nos

-- lü.-; -

BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

ricliesses coloniales que nous devons le plus nous féliciler. La France d’ailleurs n’entreüenl aucune visée impérialiste. Ce qui est surtout important pour elle, c’est que par la possession de ces deux colonies allemandes, elle donne à son empire colonial africain les moyens indispensables à son développement Elle en soude plus étroitement les deux grandes parties en un bloc territorial logiquement constitué. Enfin elle assure à ces immenses et riches territoires de l’intérieur le débouché naturel et normal qui leur manquali. Notre domaine colonial sort de la rude épreuve qui pendant cinq ans a bouleversé le monde, non seulement agrandi, mais encore mieu.x coordonné plus fort et plein pour l’avenir des plus brillantes promesses.

Qu il soit permis, en terminant, de formuler un vœu. La communauté du danger et la fraternité des armes ont créé entre alliés des liens étroits et des dispo-itions heureuses. Ces conditions doivent permettre à la France et à 1 Angleterre. eu particulier, de ne clore l’ére des négociations qu’après avoir développé les conséquences du traité de paix et réglé définitivement les remaniements territoriaux si souvent envisagés notamment dans notre Afrique Occidentale. Dans l’intérêt même des deux grandes nations alliées et associées, ces modifications sont désirables. Elles apporteraient à la situation actuelle de leurs territoires respectifs des améliorations qui ne j)ourraient que profiler au développement et à la prospérité des nations intéressées.

C’est avec la pensée (ju'un avenir j)rochain réalisera ces espérances que nous concluons en vous proposant de ratifier les clauses coloniales du traité de paix.

M. Maurice Long avait été chargé du rapport sur les droits et intérêts allemands hors de l’Allemagne (section 2 à 7 du traité). Son rapport est surtout consacré au Maroc (Chambre, n" 6006).

Tout d'abord il rappelle les débuts et les raisons de notre action marocaine.

Les clauses du traité du 28 juin 1919, relatives au Maroc, sont l’aboutissement d’une longue sérié d'aCles qui appartiennent désormais à l’Histoire. Notre politique traditionnelle en x\fri(jue du Nord reçoit sa définitive consécration.

Depuis près d'un siècle, du jour où pour défendre la liberté de la Méditerranée contre la j)iraterie barbaresque, la France a dû prendre pied en Algérie, elle assumait la charge d’une grande mission civilisatrice.

La géographie conditionne l’histoire, et les mêmes raisons (pii amenèrent l’intervention en Tunisie, la commandèrent plus impérieusement encore au Maroc.

L’obligation de protéger l’Algérie contre l’anarchie voisine amenait la France à ouvrir le vieux Moghreb à la vie, à l’organisation et aux idées morales du monde moderne.

Cette tâche qui nous revenait naturellement, nous la poursuivions progressivement et sans heurts avec 1 assentiment des seules puissances qui eussent au Maroc des intérêts spéciaux, l’Espagne et l’Angleterre, et nous maintenions à celle pénétration un caractère pacifique, jusqu’au moment où sur notre chemin nous allions rencontrer l’obstacle de l’Allemagne.

On peut dire aujourd’hui sans conteste, et l’Allemagne a été la première à le reconnaître, que le Traité du 4 novembre 1911 a été pour elle un échec. L’accord était un marché. Mais nos sacrifices au Congo, bien que profondément ressentis par tout cœur français, nous donnaient le résultat marocain, dont notre politique a su sans délai développer les heureuses conséquences.

La plus heureuse devait être qu’une guerre européenne nous trouvât déjà solidement installés au Maroc. Sans quoi, il était à craindre que ce pays, incomplètement pénétré par nos armes et plein d'une population belliqueuse, se dressât contre la France, dès qu’elle serait elle-même engagée dans un conflit redoutable, et déchaînât la révolte dans toute l’Afrique du Nord. Supposons une minute qu’en août 1914, le sultan de Fez, comme celui de Constantinople, eût été dans les mains de l’Allemagne!

La guerre est venue. Sa violence et sa durée ont dépassé

toutes les prévisions. Et loin d'être une cause de faiblesse, le Maroc a été un élément de force. Ce n’élail plus le vieil et chancelant empire chérifien; mais profondément pénétré déjà par la pensée française et par nos méthodes de saine colonisation, sous l’impulsion de bons Français, soblats. administrateurs, colons et entre tous du grand chef qui animait tout de son intelligence et de sa volonté, le Maroc régénéré a pu rivaliser avec nos plus anciennes et fidèles colonies dans le concours apporté à la défense de la métropole

Si les Allemands avaient eu à leur actif une telle œuvre, quelle réclame colossale pour la faire eonnaître au Monde comme la preuve de la supériorité germanique! Sachons avoir aussi l’orgueil et la gratitude des grandes choses silencieuses (jui se font à l’ombre de notre drapeau.

La France était fondée à faire valoir devant l.a Conférence de la Paix ses légitimes revendications marocaines. Toutes ont été admises, nous allons le voir, par l’analyse des clauses du traité.

Les stipulations du Traité qui concernent le Maroc, sont contenues dans les arlioDs 141 à 14f>. Elles peuvent se résumer en deux mots : l' AUema'pie est exclue du Maroc.

Tous les traités que l’Ademagne avait conclus avec l’empire chérifien ou avec la France à propos du Maroc, sont abrogés ; elle perd tous les droits qu’elle tenait de ces traités.

Tons les biens de l'Etat allemand an Maroc passent au Makhzen sans indemnité; tous ceux des particuliers allemands sont liquidés et la valeur de ces biens vient en déduction des dettes de l’Allemagne envers la France.

Dans 1 avenir, les sujets allemands ne pourront rentrer au .Maroc que dans la mesure et aux conditions que le gouvernement chérifien fixera en toute liberté ; de meme pour le régime auquel seront soumises les marchandises allemandes. Quant aux produits marocains, ils bénéficieront eu Allemagne du traitement accordé aux marchandises françaises.

C’est l’éviction totale que justifie le passé et qui garantit l'avenir. La France ne pouvait obtenir plus complète satisfaction.

Le rapporteur fait ensuite cet intéressant tableau de la question diplomatique marocaine :

A un point de vue général, le traité appelle une remarque très importante, à savoir que ses stipulations s’appliquent au Maroc tout entier (zone française, zone de Tanger, zone espagnole).

L Acte d’Algésiras. les conventions franco-allemandes de 1909 et de 191 1, le traité de Protectorat de 1912 s’étendaient à tout le Maroc. Les puissances alliées et associées ont explicitement reconnu que le traité de paix avait la même portée.

Notons encore que le traité de paix avec l'Aulriche devra mettre ce pays au Maroc dans les mêmes conditions que 1’ .Allemagne.

Après avoir ainsi analysé, par rapport à l’Allemagne, le traité, il convient d’examiner ses cITels directs ou indirects en ce qui concerne, d’une part, les puissances alliées et associées et, d’autre part, les puissances neutres.

En principe, le traité étant un règlement avee l’Allemagne, on n'y pouvait introduire, en ce qui concerne le Maroc, des clauses réglant les intérêts des alliés. Mais, par le fait même de la signature du traité, la situation se trouve implicitement et profondément modifiée.

En imposant avec nous à l’Allemagne l’abrogation des traités antérieurs que son intervention nous avait amenés à conclure, notamment de l’Acte d’Algésiras et de la convention du 4 novembre 1911, nos alliés renoncent implicitement aux avantages qu’ils tenaient au Maroc de ces actes diplomatiques. On comprend combien seront facilitées les négociations particulières qu’il y aura lieu d’engager avec chacune de ces puissances pour régulariser ces renonciations. Leur acquiescement formel sera également facilité par la résolution de la France de maintenir, sauf pour les puissances ennemies, le régime de la porte

UENSElGiNEAlENTS COLOMADX

ouverte au Maroc. L’égalité de traitement en matière de droits de douanes au Maroc n’était pas la conséquence des traités conelus avec l’Allemagne ; nous l’avions promise par nos accords de 190* avec l’Angleterre et llîsDagne. Nous tenons des engagements déjà sanctionnés par le Parlement. Notons, d’ailleurs, que le régime de la porte ouverte, s’il comporte égalité de traitement au Maroc pour les Français et pour les étrangers, laisse au gouvernement chérillen l’enlière liberté de fixer le mode et le taux de ses tarifs douaniers.

En signant l Acte d’Algésiras, le gouvernement des Etats-Unis déclarait que son seul désir était d’assurer le libre aceés du pays au commeree de toutes les nations et d’accroître sa civilisation. Et dans les négociations actuelles, ses représentants ont encore affirmé que le maintien du principe de la porte ouverte et des relations cordiales avec le Maroc étaient les seules questions auxquelles s’intéressent les Etats-Unis dans le régime à instituer.

D'autre part, la Grande-Bretagne avec laquelle des négociations sont déjà en cours en vue d’une convention d’application des accords franco-britanniques de 1904 cousent à abroger en ce qui la concerne pour la zone française l’Acte d’Algcsiras et la Convention de 1911 et à nous prêter son appui pour amener les autres puissances à prendre la même attitude.

Quels sont enfin les elïets du traité en ce qui concerne les puissances neutres ?

Le traité de paix, auquel l’Espagne est étrangère, ne pouvait avoir d’effet direct sur la situation de ce pays au Maroc.

Il a cependant sur cette situation des effets indirects, puisque nous avons stipulé l'éviction de l’Allemagne du Maroc tout entier, y compris par conséquent la zone espagnole. Il va de soi que cette stipulation n’oblige pas l’Espagne puisqu’elle est res inter alios acta. Par la Convention du 27 novembre 19 1 2, la France a reconnu que I Espagne avait le droit d’administrer une certaine zone du Maroc où le sultah déléguerait sa souveraineté à un klialifa. Le traité de paix ne peut s’appliquer à cette zone qti’avec l’agrément de l’Espagne. Mais si ce consentement est acquis, l’Allemagne ne peut protester contre cette application, puistju’elle s’est engagée vis-à-vis de nous pour le Maroc tout entier.

Or, l’Espagne nous a fait savoir, avant que nous ne le lui demandions, qu’elle avait l’intention d’appliquer le traité dans sa zone Ce faisant, l’Espagne a, elle aussi, reconnu implicitement qu’elle était disposée à abroger l’Acte d'Algésiras. Cette abrogation est d’ailleurs conforme à ses intérêts, analogues aux nôtres, car elle libérera la zone espagnole des mêmes hypothèques qui grevaient la zone française.

Il n’est pas à prévoir que les Pays-Bas et la Suède, les deux autres puissances neutres signataires de l’Acte d’Algésiras, fassent la moindre difficulté pour acquiescer à l’abrogation de cet acte, acceptée par les puissances qui avaient au Maroc des intérêts politiques, étant donné surtout, nous le répétons, qu’elles continueront à bénéficier au Maroc du régime de la porte ouverte qui denne ample satisfaction à leurs intérêts commerciaux.

La question de Tanger.

Le nom de cette ville n’est pas prononcé dans le traité de paix. Mais, nous le répétons, ce traité s’applique au Maroc tout entier. L’Allemagne sort donc de Tanger comme du reste du Maroc. L’Allemagne s’engage en outre à n’intervenir en aucune façon dans les tractations qui auront lieu entre la France et les autres puissances au sujet du Maroc.

La question de Tanger ne pouvait être tranchée par le traité de paix ; elle doit faire l'objet de négociations entre la France, l’Angleterre et l’Espagne, puissances intéressées. Cependant, le traité de paix a, en ce qui concerne Tanger, un double elïet, sans compter l'exclusion de l’Allemagne. En premier lieu, le fait que la France a obtenu des puissances alliées et associées qu’elles prononcent, d accord avec elle, l’exclusion des Allemands de cette ville est la reconnaissance ([ue Tanger est sous la souveraineté exclusive du sultan. En second lieu, l’abrogation de l’Acte d’Algésiras devant avoir pour conséquence la disparition de toute internationalisation au Maroc, amènera une modi-

fication essentielle dans le régime spécial que la France a toujours promis.

Quelle est la situation exacte de Tanger ’?

L’Acte d’Algésiras ne l’a pas déterminée. Celte situation est définie parles accords franco-anglais de 19ü4et francoespajrnols de 1912. Nous avons promis d’établir à Tanger un régime spécial, en raison du rôle joué par cette ville, autrefois capitale diplomatique du Maroc, seule ouverte aux étrangers qui y ont des intérêts importants.

Jusqu à ce que ce régime spécial soit établi de concert avec l’Angleterre et l’Espagne, Tanger reste actuellement dans la situation où était tout le Maroc avant le traité de Protectorat : Tanger est sous la souveraineté du sultan qui, quoique protégé maintenant de la France, administre luimême sans notre ingérence ; le corps diplomatique accrédité auprès du sultan réside à Tanger ; enfin le régime des capitulations y est toujour.s en vigueur. Ce statu (^uo ne pourra prendre fin que lorsque le « régime spécial » promis sera institué.

En 1914, fidèles à nos promesses, nous avions préparé pour Tanger un projet de statut. Ce projet avait été accepté par le gouvernement anglais. Soumis au gouvernement espagnol par les ambassadeurs de France et d’Angleterre à Jladrid, il n’avait pas encore, en 1919, reçu l’adhésion de l'Espagne. Ce projet de statut, préparé sous l’empire de l’Acte d'Algésiras, qui, sous l’inspiration allemande, avait introduit Tiuternationalisation au Maroc, avait un caractère international : les gouvernements étrangers p.irticipaient à l’administration de Tanger.

Aujourd'hui, l’Acte d Algésiras va disparaître et avec lui toute raison d internationaliser le Maroc. Le nouveau statut que la France est prêle à donner à Tanger, après accord avec l’Angleterre et l’Espagne, aura donc ce caractère « spécial » que prévoient les traités, mais il n'aura plus de de caractère » international ».

Tanger, où le sultan est souverain, est sous le Protectorat de la France. Le nouveau régime qui sera l’objei des négociations avec Londres et Madrid consistera en la constitution d’une municipalité à laquelle les étrangers résidant à Tanger auront accès soit comme électeurs, soit somme élus, en la reconnaissance aux étrangers de tels ou tels autres avantages qui peuvent être reconnus nécessaires. Mais les gouvernements étrangers n’auront ni à participer à l’œuvre delà France à Tanger, ni à la contrôler, pas plus que dans le reste du Maroc.

Telles sont les bases qui nous apparaissent comme devant être celles des négociations à engager avec l'Angleterre et avec l’Espagne.

La reconnaissance par la France de l’état de choses établi en Egypte depuis que ce pays est sous le Protectorat britannique, ne comportera ses conséquences naturelles que lorsque le gouvernement anglais aura, dans l’accord en préparation, assimilé la zone de Tanger à la zone française du Maroc. En retour des dispositions favorables de l'Espagne quant à une position dont il ne nous est pas loisible de nous écarter, nous serons heureux de notis entendre amicalement avec nos voisins sur telle modification qui peut leur sembler avantageuse de la Convention franco-espagnole du 27 novembre 1912.

Hi lii

Nous venons d'analyser les stipulations marocaines du traité.

Si nous voulons mesurer le chemin parcouru, il suffit de rappeler la résistance opposée autrefois obstinément à ce qui nous est aujourd’hui reconnu sans conteste.

Dppuis 1905, l’Allemagne n’a été tenue en échec au Maroc que par la combinaison de l'habileté et de l'énergie françaises.

Dans la guerre qu’elle a déchaînée, l'Allemagne avait fait du Maroc un des enjeux de la Victoire.

La partie est gagnée et, arraché à l'empire allemand, le Maroc nous resie. C'est un des plus importants facteurs de l'avenir de la France.

De l'Atlantique au golfe de Gabès, ce n’est pas une colonie que nous voulons gouverner, et ce n'est pas a»ix destins d'un empire (pie nous entendons veiller ; l'Afrique du Nord, dont les enfants ont combattu avec les nôtres sur la terre de France, est désormais une prolongation de la patrie, une France africaine qui prend conscience d’elle-

BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

même et s'éveille à la vie dans l’ère nouvelle d'expansion mondiale que nous ouvre la Victoire de la paix.

Telle est la partie essentielle, fort intéressante, du rapport de M. Maurice Long. Le surplus du document analyse en les approuvant les stipulations relatives aux autres questions d’outre -mer.

La question coloniale et même la question marocaine n’ont été soulevées qu’incidemment dans les longues séances que la Chambre des députés a consacrées à l’examen du traité du 28 juin 1919 entre le 26 août et le 4 octobre. C’est que sur ce point tout le monde, sauf le parti socialiste, est à peu près d’accord pour reconnaître qu’il apporte d’heureuses et fécondes solutions. C’est ce que le ministre des Colonies a mis en lumière dans le beau discours qu’il a prononcé à la séance du 7 septembre.

Cependant on peut glaner quelques remarques intéressantes au cours de cette longue discussion.

C’est M. Cornudet qui, le premier, dans la séance du 28 août, a parlé en ces termes des questions qui nous intéressent ici :

Nous avions au Maroc une situation contestée, incertaine. Le Maroc était grevé de lourdes li}'pothèques : ces hypothèques sont levées et notre prépondérance datiS le pays est proclamée à la face du monde. {Très bien! très bien!)

N est-ce rien que cela? N’est-ce pas un grand succès pour la France dans 1 Afrique du Nord? N’oublions pas que, si riche que soit le Maroc, si merveilleux qu’ait été son essor même pendant la guerre, contrairement aux prévisions des pessimistes, ce n’est pas seulement une terre fertile qui complète nos possessions coloniales ; c’est aussi un des piliers de notre splendide empire de l’Afrique du Nord. Si nous avions été vaincus, si nous avions été obligés d’abandonner le Maroc, le pilier cédant, l’édifice tout entier de notre Afrique du Nord aurait pu s’écrouler en même temps. {Très bien! 1res bien!)

Puisque je parle de l’Afrique, je ne peux oublier que le traité de 1911 avait amputé, au profit de l’Allemagne, notre Congo d’une partie de son territoire; il retrouve ses anciennes limites.

Je ne quitterai pas l’Afrique sans constater encore que les meilleures parties du Togo et du Cameroun, celles où les voies de communication sont les meilleures et l’accès à la mer le plus facile, nous reviennent aussi. Mais je n’ai pas pas pu savoir si c’était avec ou sans mandat de la Société des Nations.

M. Louis Barthoii, rapporteur général, ne pouvait manquer de parler du Alaroc et il l’a fait en ces termes dans la séance du 2 septembre :

D’un mot, Messieurs, je dirai qu’il est dans le traité une disposition que nous devons souligner de notre approbation unanime. Je n’apprendrai rien à personne en disant que pendant des années le Maroc a été pour l’Allemagne un prétexte, une occasion, et qu’en 1914 il a été un enjeu de la guerre. J’ai cité les paroles terriblement cyniques de l’attaché militaire de l’Allemagne à Madrid ; il disait : « C’est au Maroc qu’on pourra le plus sûrement couper les jarrets à la France »; et j’ai pu dire qu’heureusement ce n’est ni au Maroc ni ailleurs que l’Allemagne a réussi à couper les jarrets à la France.

Dans la même séance, M. André Tardieu, parlant comme commissaire du gouvernement, n’avait pas manqué de dire un mot de ces mêmes questions :

Vous vouliez des résultats territoriaux : vous avez l’Al-

sace et la Lorraine, le Maroc, le Cameroun, le Togo, le Congo.

A la séance du 4 septembre, il faut signaler une intervention passionnée de M. Goude, député socialiste unifié, en faveur de l’Egypte et des Egyptiens et contre le protectorat et la politique britanniques en Egypte.

Dans le discours prononcé le 5 septembre par M. Klotz, ministre des Finances, nous relevons ce passage de l’énumération donnée par le ministre de « ce que la France reçoit de l’Allemagne ». Il a dit :

.Au Maroc :

Tous les biens et propriétés de l’empire et des Etats allemands francs et quittes de toutes charges et sans paiement d’aucune indemnité, le droit de liquider tous les biens appartenant à des Allemands; le transfert des actions (pii représentent la part de l’Allemagne dans le capital de la Banque d'Etat du Maroc, la valeur de ces actions étant imputée au crédit de l’Allemagne, dans le compte des réparations.

Une part des colonies allemandes, franches et quittes de toutes charges et sans paiement d’aucune indemnité, est placée sous le mandat de la France.

Enfin dans la séance du 17 septembre, la question a été traitée avec toute l’ampleur et la précision désirables par M. Henry Simon, ministre des Colonies, qui a parlé non seulement des colonies allemandes conquises, mais aussi de la partie marocaine du traité. Le discours du ministre a produit à la Chambre des documents, des faits, et une argumentation qui sont familiers à nos lecteurs. Nous le reproduisons ci-après in extenso :

M. Henry Simon, ministre des Colonies. — Je suppose. Messieurs, que je n’ai pas besoin d’un long discours, ni d’un grand effort pour justifier la décision qui a privé l’Allemagne de ses colonies.

Je liens, cependant, à en préciser les motifs, afin de donner à cette décision toute sa portée et son sens véritable.

Je souligne, d'abord, qu’elle a été prise à l’unanimité et, pour ainsi dire, sans discussion.

Dès que le problème a été posé, le président Wilson l’a tranché d’une seule phrase : <( Il ne peut être question de rendre ses colonies à l’Allemagne. »

Que, sur un problème d’une telle importance, l’unanimité se soit spontanément faite, que l’Amérique lointaine, incontestablement désintéressée, ait eu sur l’heure le même sentiment que les voisins directs de l’Allemagne, n’est-ce pas la preuve que cette décision s’imposait et qu’elle n’était prise que pour des motifs de l’ordre le plus noble et le plus élevé? « Avidité de conquête, boulimie territoriale. » a-t-on dit. Voyons les choses.

Ni la Grande-Bretagne, ni la France, ni l’Italie, riches en territoires coloniaux, n’éprouvaient le besoin de les agrandir et n’avaient fait la guerre dans ce but. Si l'Allemagne a été chassée de ses colonies, c’est qu’elle y avait apporté des méthodes indignes d’un peuple civilisé. La victoire a été pour nous l’occasion de préserver contre elle les populations indigènes.

L’indignité colonisatrice de l’Allemagne, voilà. Messieurs, le motif profond et la raison véritable de cette décision. Cette indignité était connue avant la guerre; elle avait été depuis longtemps dénoncée; mais qui pourrait en douter aujourd’hui après la publication du Livre Bleu anglais et des documents français ? Elle est établie de la façon la plus nette et aussi la plus triste, hélas! pour l’honneur d’une partie de l’humanité blanche.

La violence, allant jusqu’à l’extermination des peuples faibles, Instaurée en théorie de droit; les sévices et les peines corporelles érigés en moyens de gouvernement et

inscrits dans un code colonial; le travail forcé, moderne et pharisaïque appellation de l’antique esclavage, organisé par des textes législatifs, voilà quels étaient les moyens et le terme de la colonisation allemande.

Je ne veux pas abuser des citations. Vous m’en permettrez cependant quelques-unes, car, apportant devant vous des affirmations de cette nature, je tiens à vous en donner les preuves et à indiquer mes sources ;

« Le code colonial allemand a été publié au mois d’avril 1896. Son titre II définit et décrit les peines qui sont dans l'ordre :

U Bastonnade.

U Flagellation.

« Prison avec amende.

b Travail forcé.

M Enchaînement.

« Peine de mort.

« Elles sont applicables (circulaire du gouverneur du 1‘) octobre 1901) pour :

« L’oubli du devoir.

« La paresse.

« La désobéissance. »

Et des statistiques allemandes indiquent que 4.583 flagellations ont été appliquées dans une seule année.

Voici l’article 420 du code allemand indigène du Cameroun, ([ui institue vraiment l’esclavage :

« Dans tous les cas où des indigènes seront redevables de travail pour couvrir le montant des frais de justice, d’amendes ou de dettes privées, chaque journée de travail sera comptée à 20 pfennigs. »

L’amende était monnaie courante et d’un taux variant de 30 à 125 marks, soit 200 à 750 jours de travail forcé.

M. Jean Bon. — Dans l’affaire Toqué, ce n’était pas seulement la bastonnade.

M. LE MINISTRE DES COLONIES. — Je trouve excellent que vous le rappeliez; Toqué est une exception dans 1 administration française. Toqué a été poursuivi et condamné. Et voyez. Monsieur Jean Bon, comme son esprit était disposé à la culture allemande ; dès qu’il a été parmi les .àllemanas il les a suivis et servis. (Applaudissements.)

M. Je.an Bon. — 11 ne les aurait pas suivis, si vous l’aviez puni comme il le méritait, par le peloton d’exécution. Il aurait dû être fusillé, cet homme-là; et l’on sait bien pourquoi il ne l’a pas été.

M. LE MINISTRE DES COLONIES. — Je continue mes citations : « L’Etat moderne, en tant que puissance coloniale, commet vis-à-vis de ses sujets le plus grand des crimes, lorsque, se laissant hypnotiser et dominer par de confuses idées humanitaires, il épargne aux dépens de ses propres nationaux, des races nègres vouées à disparaître. L’est pourquoi il est nécessaire de faire, dans le Sud-Ouest, table rase. »

Cari Otto (Sud-West Africa).

Je lis dans la Kolonial Geschichte der Neuzeil (1915) :

« Les conquérir signifie donc les anéantir. » 11 s'agissait des indigènes.

L’explorateur Karl Peters, à ([ui l’Allemagne doit en grande partie l’Est africain, ne se vante-t-il pas de n’avoir jamais visé « qu’à faire passer dans les os des Noirs la peur des Allemands »?

Je pourrais continuer longtemps ces citations, mais je les arrête Je veux cependant vous en faire une dernière; elle vous fera voir la différence qu’il y a entre les méthodes allemandes et les métliodes françaises.

Voici ce <[ue disait la Kolonial politische Korrespondenz : « Le but de la colonisation est d’enrichir sans scrupules et avec décision son propre peuple aux dépens d’autres peuples plus faibles. »

Enfin, le général von Liebert, gouverneur de l’Afrique occidentale allemande, ne déclarait-il pas : « En Afrique, il est impossible de réussir sans cruauté »? (Mouvement.)

Messieurs, je ne veux pas continuer, je soulèverais encore votre indignation, mais assurément pas votre étonnement car vous avez vu pas loin de nous, pendant cinq ans, .s’épanouir avec le même cynisme ce système raisonné et appliqué de barbarie et de dévastation. (Applaudissements.)

Empêcher le renouvellement de pareilles erreurs, protéger contre de tels éducateurs, car ils avaient la prétention de l’être, les populations indigènes, était le premier devoir de la conférence ; elle n’y a pas manqué.

Je peux donc dire que l’éviction des Allemands de leurs colonies a été faite beaucoup moins pour accorder à d’autres des augmentations de territoire que pour donner aux indigènes des éducateurs éprouvés susceptibles de leur faciliter une ascension plus rapide vers la civilisation.

La preuve est faite par tout leur passé qui les accable que les Allemands étaient incapables de remplir un tel rôle. Là aussi ils portent le poids de leurs fautes et le châtiment de leurs crimes.

Nulle voix ne peut s’élever en leur faveur et c’est l’humanité tout entière qui a jugé contre eux. (Très bien! très bien !)

Cette décision de justice — car elle n'a pas d’autre nom — co'i'ncide, en outre, avec le souci de paix qui, au lendemain de cette épouvantable guerre, devait légitimement préoccuper les vainqueurs.

Chasser les Allemands de leurs colonies, ce n’est pas seulement protéger les populations indigènes contre eux, c’est prendre une assurance contre le risque d’une nouvelle guerre.

Pouvait ou supposer que les Allemands vaincus, débordants d’esprit pacifique, repentis, je veux Bien le croire, et même en marche vers leur conversion, mais restés maîtres de leurs colonies, y seraient revenus pour de tranquilles commerces et de raisonnables mises en valeur?

L’Allemagne, même si la défaite a réveillé son peuple de son envoûtement d’hégémonie, restera longtemps hantée de souvenirs et secouée de tentations. Il était de bonne et sage politique de lui éviter les unes et d’effacer les autres.

Messieurs, je ne veux pas me livrer au facile et irritant étalage de textes, par où apparaîtrait la figure de ce monstre démesuré que fut aussi le pangermanisme colonial. N’oublions pas cependant que la création d’un grand empire africain a été un des buts de guerre avoué de l’Allemagne.

Le MUtel Afrika d'où l’Allemagne maîtresse, grâce à une armée de Noirs levée, dressée, entraînée par les méthodes que vous savez, maîtresse d’un riche continent, aurait dominé les deux Océans, avait toujours fait pendant au Mittel Europa et au rêve européen écroulé se serait substitué, plus lointain, mais poursuivi avec les mêmes méthodes d’inlassable ténacité et de subtile infiltration, un grand rêve africain. N’est-ellc pas étrange cette déclaration du maréchal Hindenburg qui pensait trouver une compensation à la perte de la côte des Flandres, dans des points d’appui pris dans les colonies allemandes et en dehors d’elles ?

Aveu élo(|uemment révélateur! Et qui, l’ayant entendu et com|)ris, oserait blâmer les jeunes nations de souche démocratique, comme les dominions britanniques, d’avoir voulu éviter ce terrible et compromettant voisinage? (Très bien! très bien!)

Le militarisme allemand chassé d’Europe mais installé aux portes de l’Afri(|ue du Sud, à quelques milles de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, personne ne pourrait y consentir, ni l’admettre.

D’autre part, l’Allemagne ne peut exploiter ses colonies et se servir de ses points d’appui que suivant son génie propre et dans le sens de son éternelle nature.

Les Allemands sont sans esprit d’invention... (Mouvements divers.)

,M. Tissier. — Vous avez raison : ils n’inventent pas. mais ils ont le génie de l’application.

M. Jean Bon. — Je ne sais pas si nos coloniaux ont le génie de l’invention, mais ils n’ont certainement pas celui de l’application : nous n'avons pas de chemins de fer dans nos colonies. ( Ex')lamations sur divers bancs.)

M. Ernest Oltrev. — Allez-y voir, dans nos colonies. (Très bien ! très bien !)Yous ne les connaissez pas, les colonies. (Bruit.)

M. LE PRÉSIDENT. — Il s’agit du génie allemand, cela ne s’adresse pas à vous.

M. LE MINISTRE DES COLONIES. — L’inteirupiion de M. Jean Bon me montre une fois de plus, que c’est surtout en France que l’on ignore l’effort colonial de son pays, effort qui est admiré des étrangers. (Vifs applaudissements.)

M. Jean Bon. — Mais regardez donc l’atlas. Monsieur le ministre, vous y verrez combien il y a peu de chemins de fer dans nos colonies!

BULLETIN DD COMITE DE L’AFRIUUE FRANÇAISE

M. LE PRÉSIDENT. — Messieurs, il y a quelques personnes ici qui oui trop le génie de l’inlerruptiou. {Vrés bien! très bien! el rires.)

M. Mistral. — Est-ce pour les memes considérations qu'on a donné le Chantoung au Japon?

M. LE PRÉSIDENT. — Nous n’en sortirons pas, si nous voulons discuter toutes les questions à la fois.

M. LE MINISTRE DES COLONIES. — Je répète que l’Allemagne est sans esprit d inven. ion, mais qu’elle apporte au dévelojipsnxpnt militaire des inventions des autres une puissance étonnante de logique, de méthode et de travail.

Cette science moderne, d’où n’aura t dû naître qu’une civilisation plus douce et plus humaine, c’est toujours à des fins de guerre qu’elle l’a pliée et adaptée. Nous venons d’en Caire l’norrible et douloureuse expérience.

Croyez-vous que, maintenue dans ses possessions d’Afrique. rAlleniagne se fût tenue tranquille? Elle aurait relié par un rail stratégi([ue le Cameroun à son Est africain, barrant ainsi le « Cap-au-Caire », agent de fécondité et de pacification, inquiétant de ses visées les possessions belges et portugaises d’Afrique. Sa marche vers l’Orient, interrompue par la perte de Bagdad, elle aurait développé par son Est africain une éternelle menace de flanc sur les routes des Indes.

Maîtresse enfin d’îles nombreuses dans cet océan Pacifique à l avenir vraiment plein de trouble et d'obscurité, elle y eût continué ses meihodes d'intrigue et de division dont la vieille Europe a eu tant à souffrir. Et tout cela, demain, eût été conçu, conduit, manié, suivant le meilleur jeu allemand. Avec scs stations perfectionnées de téléo-raphie sans fil. ses câbles, ses bases navales, sous marines et aériennes, elle aurait, comme on l’a dit, « ficelé la planète » ; ses intrigues et ses ambitions auraient enveloppé et pénétré des continents nouveaux.

En un mot, maîtriser 1 .Allemagne en Europe, la laisser libre aux colonies, c’était déplacer le risque, mais maintenir le danger [Appl<iudisse7nents.)

La Conférence ne l’a pas voulu ainsi.

Pri ver les Allemands de leurs colonies — qui d’ailleurs avaient manifesté le désir de ne pas retombersous leur joug — n’a été, comme on l'a dit, ni une injustice, ni une faute. C'est, au contraire, au premier chef, un acte de justice, un souci d'humanité et une mesure de sécurité générale. [Approbations sur divers bancs.)

M. Gasparin. — On a très bien fait.

M. Claussat. — Pourquoi ne pas laisser les indigènes tranquilles?

M LE ministre des Colonies. — Les indigènes n’ont demandé qu’à vivre sous notre autorité. Ils ont été consultés, comme vous l’aviez demandé bien souvent, et la consultation a été tout à fait probante : ils ne veulent pas revenir sous le joug allemand. [Applaudissements prolongés.)

M. Gasparin. — Il en est de même partout en Asie et en Afrique.

M. LE ministre des Colonies. — L’Allemagne a donc été ■obligée de renoncer à ses possessions d’oulre-mer. L’article 129 du traité enregistre cette renonciation au profit des puissances alliées et associées.

Les articles suivants leur reconnaissent tous droits d’administration et d’autorité. C’est ainsi que nous obtenons la faculté d’autoiiser ou non les Allemands à résider, à posséder, à commercer, à exercer une profession quelconque dans leurs anciennes colonies. Ces articles prévoient aussi dans quelles conditions les droits mobiliers et immobiliers de l’empire allemand passent au nouveau gouvernement et les conditions dans lesquelles seront liquidés les biens et les droits des particuliers. Bref, la situation est parfaitement nette du côté de l’Allemagne, qui n’a plus à connaître des négociations ouvertes ensuite entre les Alliés.

Quel va être le sort de ces colonies allemandes ? Ici deux questions : leur attribution et leur régime.

Pour leur régime, je ne crois pas qu’il soit utile de revenir sur une discussion par ailleurs épuisée. Internationalisation, fidéicommis ou mandat, annexion ou souveraineté? Je m’en veux tenir pour ma part aux explications que comportent, du point de vue français, l’article 22 du traité relatif à l’idée de mandat et la décision du 7 mai dernier, ■qui nous a donné partie du Togo et du Cameroun.

M. Mistral. — C’est le partage.

M. LE MINISTRE DES COLONIES. — Parfaitement.

Je dirai au préalable quelques mots de la façon dont ont été co iquises les colonies allemandes. La fraternité d’armes britannique et française s’y est révélée infime et victorieuse comme sur les champs de bataille de l’Europe. {Très bien! très bien!)

La Belgique nous a donné un heureux concours pour le Cameroun.

La campagne du Togo, rapidement menée, aboutit dès la fin d’août 1914 à l’occupation totale du pays.

Au Cameroun, la campagne fut plus longue et plus meurtrière Les Allemands y entretenaient environ 3. 500 hommes de troupes régulières; ils incorporèrent les 1.800 Européens civils (lui y habitaient et 12.000 indigènes. Leur résistance fut brisée à la suite d’une offensive générale qui, commencée en octobre 1913, se terminait le l®*^ janvier 1916 par la prise de Yaoundé. L’honneur de cette campagne revient pour la Grande-Bretagne au général Dobell, au général Aymerich pour la France el à nos vaillantes troupes coloniales qui, une fois de plus, ont donné une preuve de leur mordant, de leur discipline, de leur endurance et, j’ajoute, de leur humanité. [Vifs applau dissements. )

M. Jean Bon. — Et les Belges, que vous semblez oublier '?

M. LE MINISTRE DES CoLONiES. — Je ne m’occupe pas en ce moment de l’Afrique orientale, je m’occupe de ce qui concerne la France, c’est-à-dire du Cameroun et du Togo. Je regrette (|ue vous, qui. d’habitude, faites l'honneur aux orateurs de les suivre, ne m’ayez pas suivi jusqu’à présent.

Un accord provisoire, négocié dès 1916, entre la Grande- Bretagne et la France régla la limite, future de l’une et de l’autre au Cameroun, nous attribuant environ les neuf dixièmes du pays.

Accord excellent, dont je me plais à reconnaître l’heureuse paternité à M. Doumergue, celui de mes prédécesseurs (|ui en fut l’inspirateur. (Très bien! très t,ien!)

Au Togo, un simple règlement entre les autorités locales avait stabilisé les situations respectives, laissant aux Anglais le port de Lomé et la plus grande partie du littoral.

Tel était l’état de la question à l’ouverture des négociations.

Messieurs, les résultats que le gouvernement apporte sont de nature à satisfaire tous les Français, aussi bien ceux qui savaient l’importance des colonies pour un grand pays, ([ue ceux à qui l’expérience de la guerre l’a enfin révélée. [Applaudissements.)

Notre titre juridique — je dis juridique, car, du point de vue historique, ethnique, géographique et économique, nos autres titres je les ai portés, défendus devant la Conférence, qui les a acceptés — est constitué, aujourd’hui, par la décision du conseil des Cinq en date du 7 mai dernier. Il est ainsi conçu :

" Togo et Cameroun. — La France et la Grande-Bretagne établiront de concert leur futur statut, qu elles recommanderont à la Ligue des nations :

« Est africain allemand. — Le mandat sera confié à la Grande-Bretagne ;

« Sud-Ouest africain allemand. — Le mandat sera confié à l’Union sud-africaine;

« Iles Samoa allemandes. — Le mandat sera confié à la Nouvelle-Zélande ;

« Autres possessions allemandes du Pacifique au Sud de l’Equateur, à l’exclusion des îles Samoa et Nauru. — Le mandat sera confié à l’Australie.

« Nauru. — Le mandat sera confié à l’Empire britannique ;

« lies allemandes au Nord de TEquateur. — Le mandat sera confié au Japon ».

M. Brizon. — « Mandat » veut dire annexion.

M. LE MINISTRE DES COLONIES. — Vous verrez tout à l’heure que mandat ne veut pas dire annexion.

Vous êtes professeur, monsieur Brizon ; vons auriez dû comprendre la différence qu’il y a entre les deux mots, même dans la bouche d’un ministre des Colonies. [Rires.)

Pour le Cameroun, l’accord de 1916, respecté dans son essence, a été amélioré par l’étude de son application. Que nous donnait cet accord ? D’abord les neuf dixièmes du pays, le port bien outillé de Douala, deux grands chemins de fer, un chemin de fer du Nord de 150 kilomètres environ, un chemin de fer central — le Central Bahn — amorce

RExXSEIGNEMENTS COLONIAUX

de la grande voie par laquelle les Allenoands avaient pensé relier la cote occidentale à la côte orientale. 11 nous donnait aussi les territoires cédés à l’Allemagne par le traité de 1911; les deux piqûres, les deux antennes sur l’Oubanghi et sur le Congo disparaissaient, rendant ainsi à cette colonie la liberté de communication dont la privation aurait pu être grave, sinon fatale pour son développement.

Au cours des négociations, mou objectif constant a été de maintenir, d’une part, nos avantages et de faire ainsi comprendre dans la zone française, avec tous les marchés importants qu’elle traverse, la route carrossable que les Allematids avaient construite entre la mer et le Tchad. Nous y sommes heureusement arrivés. Par une compensation équitable, nous avons laissé aux Anglais les territoires qui, au Nord, avaient toujours relevé du sultan du bornou. An Sud, le fleuve Mongo a été pris pour frontière.

Al. Je.\.\ Bon. — Vous leur avez laissé toute la Nigeria.

Al. LE MINISTRE DES COLONIES. — Elle leur appartenait depuis fort longtemps.

Al. Je.\n Bon — Sans doute, ils nous l'avaient déjà enlevée. vous la leur avez confirmée!

Al. LE MINISTRE DES COLONIES. — Alessieurs, chiffre de la population. 2 .jOO.OüO habitants sur .3 millions; chiffre de kilomètres carrés, 700.000, sur 800 000; commerce : environ 70 millions de francs; longueur des chemins de fer, 320 kilomètres environ Tout cela est très intéressant, mais ce n’est pas, à mon sens, dans leur plus ou moins grande importance que réside le véritable intérêt de l'attribution du Cameroun à la France. Crt intérêt se fonde sur d’autres considérations D’abord, nous faisons revivre des droits anciens sur ce pays dont nous avions été les premiers pionniers, les premiers explorateurs et où nous avions été les premiers à bénéficier de traités authentiques; tous droits que nous avions abandonné.s pour des considérations non africaines, non coloniales, mais purement européennes, alors que nous voulions, une fois de plus, donner une certitude de paix à l’Europe. L'autre grand avantage de cette attribution, c’est qu’elle nous donne, eulin, la clef de celte porte naturelle vers la mer et vers le monde de tout ce haut pays de l’Afri<iue équatoriale (jui, sans elle, serait frappé de stérilité.

AI. Claussat. — Ce sont les femmes qui sont frappées de stérilité aux colonies !

AI. LE MIN.STRE DES CoLOMES. — Les colonies aussi seraient frappées de stérilité, si vous étiez au pouvoir.

Al. Claussat. — C'est une affirmation, et pas autre chose !

Al. LE MINISTRE DES COLONIES. — Nous avoiis daiis cette partie de l’Afrique une colonie qui, malheureusement, a été trop longtemps délaissée On l'a appelée, suivant un mot aussi triste (|ue charmant, « la Cendrillon coloniale ». Elle va, enfin, reprendre sa place dans la grande famille coloniale. Pour elle s’ouvre désormais une ère de prospérité pleine de promesses et fertile en réalisations. (Très bien ! très bien !)

Pour le Togo, l’accord est encore meilleur. 11 suffit de jeter un coup d’œil sur une carte pour s’en convaincre. S’il est, parmi nos jeunes et prospères colonies de l’Afrique occidentale, une colonie qui est gênée dans son expansion par sa configuration géographique, comprimée entre les posses.'^ions voisines, trop large vers l’intérieur, trop étroite sur la mer, c’est notre Dahomey, si riche de possisibililés, habité par des |)opulations robustes, intelligentes et prêtes à recevoir avec les adaptations nécessaires, notre civilisation. Le Dahomey figure assez bien une urne dont le goulot, trop vite étranglé, serait trop étroit pour des flancs trop larges Le Togo est son naturel et indispensable complément. Sa partie essentielle nous est attribuée, c’est-à-dire son entier front de mer, le port de Lomé (600.000 tonnes) et les trois chemins de fer qui en parlent.

AI. Jean Bon. — Et que les Allemands avaient su construire.

Al. LE MINISTRE DES COLONIES. — Ils n’ont pas fait mieux que nous dans d’autres colonies. Pour(|uoi vouloir toujours admirer l’œuvre des Allemands '.•* {Très bien! très bien!)

AI. Ernest Outkey. — Vous feriez bien de faire un voyage dans nos colonies, monsieur Bon. (Interruptions à l’extrême (jaurhe )

AI. LE PRÉSIDENT. — Attendez, pour faire vos invitations, que le ministre ait terminé son discours! {llires.)

Al. LE MINISTRE DES COLONIES. — Tout en laissant dans le Nord certains territoires qui conviennent mieux à la Grande- Bretagne, nous y gardons les cols et les passes de montagnes qui nous permettront de prolonger le chemin de fer d Atakpamé et d’aller chercher le trafic du riche Alossidont le Togo est le débouché naturel vers la mer.

Là aussi, possibilité d'avenir sous réserve de volonté politique et de programme d’ensemble sur lesquels j’aurai à revenir tout à l’heure.

Tel est l’accord géographique actuellement signé entre la Grande-Bretagne et la France.

Reste l accord sur le statut et le régime politique.

Ici. Messieurs, nous sommes en cours de négociations. Je vous dirai, cependant, d’une façon très netie dans quel esprit la France va a ces négociations et Al. Cornudet trouvera ici la réponse aux diverses questions qu’il a posées dans son intéressant discours.

J’ai lu tout à l’heure entièrement la décision du 7 mai et j’ai dit que ce serait utile.

Vous avez pu y voir, en effet, que, pour la partie qui concerne la France, le mot » mandat » n’y est pas prononcé, tandis qu’il est prononcé pour toutes les autres colonies attribuées.

Que faut il en conclure ? J’en conclus d’une façon nette que nous n’avons pas de mandat et j’aurais bien d’autres raisons dans le même sens.

AI. Cornudet. — C'est la conclusion que j’ai tirée.

AI. LE .MLMSTRE DES COLONIES. — Est-ce à dire que nous allons instaurer un régime spécial?

Je ne le crois pas davantage: car la France a signé le traité, et avec lui, l’article 22. C’est lui qui conditionne tout le statut politique en négociant et je vais expliquer quelle est 1 interpréiation que, à mon sens, nous devons en faire.

D’abord, hors de conteste que nous devions rentrer dans la pleine souveraineté des territoires cédés à l’Allemagne après le 4 novembre 1011.

Je ne veux nas grossir ni les mots ni les choses ; je ne dirai pas (|u’il y a là une sorte d’Alsace-Lorraine coloniale. .Mais il n’est pas douteux que l’opinion publique, en France, a été menririe par la cession des territoires du Congo. Il faut faire disparaître ce qu i! y avait de douloureux dans le traité du 4 novembre 1911. (Très bien! très bien!)

A l'extrême qauche. Vous croyez ce que vous dites?

AL LE .MINISTRE DES COLONIES. — Alais ôui. Je ne sais pas comment vous pouvez parler de choses auxquelles vous ne croyez pas. i Interruptions à l'extrême qauche \

Nous sommes les protecteurs naturels des Noirs que nous sommes allés coloni,-er depuis des sièles Voilà la vérité française. Je regrette que vous en conceviez une autre. (Interruptions à l extrême qauche.)

Sous réserve que nous soit reconnu notre droit de recruter des indigènes, comme nous l'avons fait jusqu’ici, dans nos colonies d’Afriipie, de les employer non seulement pour la défense en territoires nouveaux, mais pour celle de la mère pairie, sous réserve aussi que nous puissions établir une union douanière et administrative entre ces territoires nouveaux et les anciens, que nous gardions notre entière liberté dans les travaux publics, nous sommes décidés à donner à tous les membres de la Société des nations le régime de la porte ouverte et d’égalité comriierciale et fiscale tout en restant maîtres des tarifs. Nous y prendrons tontes les me.'.ures pour la pacification du pays, l'abolition de la traite de l’esclavage et du travail forcé; nous limiterons strictement le commerce des armes, des stupéliants et de l'alcool. [Très bien! très bien!) Nous nous engagerons à appliquer toutes les mesures Internationales relatives à ces objets et les mesures contre les maladies endémiques qui désolent ces contrées. [Très bien! très bien !)

J’irai même jusqu’à admettre que nous publiions chaque année un livre jaune sur l’administration de ces nouveaux territoires. (A; plaudisscmen/s à qauche.)

Bref, nous prétendons administrer sans mandat, mais dans l’esprit du mandat.

Ce sont là d'ailleurs les directions de toute la politique coloniale moderne et humaine. Je l'ai déclaré à la Conlérence quand j’ai eu rbonneiir d’y prendre la parole, ce ne sont pas des théories françaises d’après lesquelles un

IGl

BCLLETLN ÜD COMITE DE L’ AFRIQUE FRANÇAISE

peuple supérieur prend dans sa supériorité même le droit de se substituer par l’extermination ou par l’exil en masse à un peuple plus faible et entreprend la colonisation uniquement dans son propre intérêt.

La France a toujours eu une autre conception. La colonie. pour nous, qu’est-elle? Elle est uue sorte d’entité sociale, politicjue, économique, à culture primitive ou retardée. dont un Etat supérieur assume, au nom de la civilisation, la charge d organisation politique et la tutelle sociale et économique. Dans ces conditions, l'Etat colonisateur n’acquiert pas seulement des droits, il se grève de devoirs : devoir de pacification, devoir d’instruction, devoir de protection des indigènes. {Très bien! très bien!) Cela a toujours été l’essentiel de la colonisation française. {Applaudissements.) Tout notre passé colonial et notre tradition séculaire parlent pour nous. Qui, surtout parmi nos alliés, pourrait penser que nous refusions d’assumer dans ces nouveaux territoires des devoirs qu’ailleurs nous avons assumés et partout pleinement réalisés? (Très bien! très bien !)

Il ne s agit jusqu’ici dans mon exposé que des colonies possédées par les Allemands. Mais il est une autre terre africaine sur laquelle l'Allemagne avait échafaudé de vastes conceptions politiques et fondé de grands espoirs. Là aussi, le traité de Versailles marque l’écroulement de son rêve.

Les visées germaniques sur le Maroc sont trop connues de nous tous, elles ont été au cours de ces dernières années trop intimement liées à la vie nationale, et, je dois le dire, beaucoup d’entre nous les ont vécues trop douloureusement au cours des dernières législatures pour (jue je veuille m étendre longuement sur ce sujet. [Mouvements.)

Depuis que nos accords espagnols et britanniques étaient connus, l’Allemagne, venue à peu prés dans le même temps à des visées coloniales, avait vu avec une sorte de dépit lui échapper cet empire chérifien dont la tentaient non seulement la richesse mais aussi la position stratégiciue sur le flanc de notre colonie d’Algérie, Ecartée de sa possession, elle jouera alors ce jeu de se servir du Maroc comme d’un instrument de sa politique générale pour peser sur la notre.

190) : débarquement du kaiser à Tanger. — 1908 ; incident des déserteurs de Casablanca. — 191 1 : coup d’Agadir. Telles sont. Messieurs, les étapes les plus saillantes de cet elïort continu, brutal et perfide comme toujours, par lequel rAlleinagne essayait de se substituer à nous au Maroc, au risque, je n’ose vraiment pas dire avec l’espoir, d’y trouver une raison de guerre européenne.

Et toujours, la France pacifique, dans toutes les occasions, donnait au monde des preuves de sou désintéressement et de son désir de paix.

Après le débarquemeent de Tanger, elle accepte — elle n’y était certes pas obligée — d’aller à la Conférence internationale d’Algésiras et elle trouve, dans sa dignité, dans la justice même de sa cause, le moyen de la faire triompher devant la Conférence elle-même. {Très bien! très bien !)

Après Casablanca, elle porte au tribunal d’arbitrage de la Haye et fait trancher en sa faveur le différend des déserteurs.

Enfin, en 1911, menacée très directement de guerre, elle l’évite au prix d’une rançon, ayant comme compensation la promesse — qui ne fut pas tenue — de retrouver ses mains libres au Maroc.

M. Adrien Pressemane. — Est-ce que vous regrettez. Monsieur le ministre, que la guerre n’ait pas éclaté eu 1911 ? (Exclamations.)

M. LE MINISTRE DES COLONIES. — Ce n’est pas ce que j’ai dit. Je dis qu’en 1911 la France avait fait un sacrifice considérable dans un espoir qui a été déçu.

Nous avons donné le Congo avec l’espoir d’avoir les mains libres au Maroc. Or, l’Allemagne, de 191 1 à 1914, nous a créé des difficultés et a continué ses manœuvres.

Mais ces épreuves, ces alertes continuelles agissaient sur l’opinion publique française, et, on peut bien le dire, ce sont elles qui, pour la première fois, ont révélé à la France trop confiante la politique et les desseins véritables de l’Allemagne.

Aussi, quels yeux et quel cœui avait la France pour le Maroc !

Je disais tout à l’heure que le Congo avait été considéré

comme le Cendrillon de la famille coloniale française. Le Maroc, au contraire, en a toujours été le benjamlu.

M. Jean Bon. — Il n’y a qu’à les marier ensemble! (On

rit.)

M. le Ministre des Colonies. — Ils pourraient faire de beaux enfants! (Nouveaux rires.)

Aussitôt que notre activité se fut portée sur le Maroc, il jouit d’une faveur populaire soudaine et extraordinaire; il exerça une véritable attraction sur tousl»-s esprits; maind’œuvre et capitaux y furent attirés en foule; colons algériens et tunisiens y portèrent le fruit de leur expérience africaine.

Certes, nous avions des colonies plus proches de nous, au climat égal au sien, aussi riches, aux ressources aussi nombreuses, aussi facilement exploitables. Mais aucune d’elles ne nous inspirait ce sentiment bien connu qui fait que l’on aime davantage une chose lorsque se porte sur elle la convoitise d’un voisin ou le désir d’un rival.

M. Adrien Pressemane. — C’est cela, la politique française!

M. LE ministre des Colonies. — D’autre part, la France sentait bien de quelle utilité le Maroc était pour l’Algérie, par sa double façade méditerranéenne et atlantique.

Elle savait aussi cpie b s mêmes raisons d’équilibre et de sécurité qui l’avaient conduite autrefois d’Alger à Tunis, la conduiraient un jour d’Alger à Fez. (Vi/'s applaudissements.) Aussi le gouvernement et le peuple étaient cette fois bien d’accord.

Ils voulaient faire du Maroc un bloc solide qui pût résister aux tentatives les plus audacieuses de l’Allemagne et en même temps ne pas céder en cas de conflagration générale. {Très bien!)

Ce sentiment populaire profond n’était pas trompeur. Tant de sagesse et tant d’eiïorts n’ont pas été vains.

Dans la grande bataille d’Europe comme dans la bataille du Maroc, pour employer ici un beau titre de notre rapporteur général, le .Maroc n’a pas cédé; l’organisme s’est révélé solide, en même temps que le sultan est resté fidèle. Ce Maroc qui, disait-on, devait être une gêne pour nous, nous a été au contraire d’un secours très précieux. 11 serait injuste de ne pas rendre au général Lyautey l’hommage qui lui est dû, dont le large esprit politique et la décision pleine d’initiative et de ressources sont pour la plus large part dans un si beau résultat. (Applaudissements.)

M. Bararant. — Combien de troupes avions-nous au Maroc pendant la guerre?

M. LE MINISTRE DES COLONIES. — Demandez le au ministre de la guerre, {liires.)

Messieurs, je cherche en vain les critiques que l’on a opposées à la partie marocaine du traité. Or. je ne les ai trouvées ni ici ni ailleurs. Ne les ayant pas trouvées, je me dis (|ue l’on ne peut pas en opposer beaucoup, car jusqu'ici on ne nous a guère ménagés.

Je n'hésite donc pas à dire que les clauses marocaines du traité sont les meilleures de l’ensemble excellent que le gouvernement vous apporte. [Très bien!)

Je le dis très simplement et d’autant plus librement que ce n’est pas à moi qu’a incombé la charge ou plutôt 1 honneur de cette négociation. Le mérite eu revient tout entier à M. le président du Conseil et à M. le ministre des Affaires étrangères, qui surent, avec tant de clarté et de force, défendre nos droits et les ont fait triompher devant la Conférence. (Très bien ! très bien!)

Que demandait la France? Qu’a-t-elle obtenu ?

A la nature de ma réponse, vous verrez si j’ai exagéré en disant que les clauses du traité marocain sont excellentes et en proclamant la réalité de nos avantages.

La France demandait d’abord l’abrogation de l’Acte d'Algésiras. des accords franco-allemands du 2 février 1909 et du 4 novembre 1911, l’abrogation de tous les accords entre l’Allemagne et le Makhzen, l’acceptation par l’Allemagne du protectorat, avec toutes ses conséquences, dont la principale est l’abolition des capitulations, le désintéressement de l’Allemagne au cours des négociations au sujet du Maroc entre les autres puissances et la France, l’insertion dans le traité de clauses spéciales pour l’accès des Allemands au Maroc, pour la liquidation des biens, pour les litiges miniers, pour la banque d’Etat.

RENSEIGNEMENTS COLONIADX

Tout cela a été obtenu; la France a satisfaction sur tous les points.

Les articles 141 à 146 du traité règlent comme elle le désirait l’ensemble de ces questions.

Désormais, tout l’ensemble de charges, de liens qui énervait et diminuait notre autorité au Maroc, qui entravait et compliquait notre administration, bref tout ce qu’on a appelé l’ensemble des hypothèques internationales, tout tombe. Nous trouvons enfin notre entière liberté, certains de ne plus rencontrer, ouvertes ou masquées, les éternelles intrigues allemandes. {Très bien! très bien!)

Pour qui connaît la matière, ce n’est pas là un des moindres avantages du traité.

Mais sa partie marocaine a une portée plus considérable encore.

La France a stipulé pour le Maroc tout entier. Son droit à stipuler, comme les stipulations elles-mêmes, n’ont fait l’objet d’aucune opposition ni d’aucune réserve; c’est l’heureuse consécration d’une théorie (|ue notre diplomatie a toujours défendue. En les faisant triompher aujourd’hui, nous enregistrons, grâce à elle, un nouveau succès.

Des conséquences heureuses en découlent déjà. La Grande-Bretagne, les Etats-Unis, l’Italie, cosignataires du traité par lequel l’Allemagne accepte l’abrogation de l’Acte d’Algésiras, en reconnaissent par là même la déchéance. Des accords réguliers seront bientôt étudiés et établis à ce sujet.

D’autre part, les puissances neutres, signataires seulement de l’Acte d’Algésiras, seront logiquement amenées à la même attitude, la principale intéressée, l’Espagne, nous ayant déjà informés (ju’elle se proposait d’appliquer à son tour dans sa zone les articles du traité de paix relatifs au Maroc. C’était une conséquence logique du traité. Soyons reconnaissants à l’Espagne de l’avoir fait spontanément et avec bonne grâce. (Très bien! très bien !j

Bref, il ne subsiste plus aujourd’hui pour le Maroc que les accords de 1904 avec la Grande-Bretagne et avec l’Espagne, et l’accord de 1912 avec l’Espagne. Ils seront appli- ((ués dans le même esprit qui a présidé à leur établissement.

M. Cl.vussat. — On aurait pu également supprimer les accords secrets conclus par M. Delcassé.

M. LE MINISTRE DFS COLONIES. — Le Maroc entièrement libéré ..

M. Louis Bartiiou, rapporteur général. — Il ne sera libéré. Monsieur le ministre, que si on règle la question de Tanger.

M. LE MINISTRE DES COLONIES. — J’en viens à ce point.

M. LE RAri’ORTEUR GÉNÉRAL. — Très bien, car il me paraissait impossible qu’il n’eu fût pas ([uestion.

M. LE MINLSTRE DES COLONIES. — Le Maroc libéré, les capitulations abolies et, pour Tanger, un régime spécial, qu’il ne faut pas confondre avec un régime international, c’est. Messieurs, la dernière pierre mise à cet édilice magnifique que constitue pour nous l’ensemble de nos possessions nord-africaines.

Après l’œuvre immense déjà accomjilie, et qui force l’admiration générale, la France voit s’ouvrir devant elle de nouvelles perspectives. (Très bien! tj'ès bien!)

Dans cette Afrique du Nord aux ressources incalculables où se forme une jeune race, fille de la nôtre, à natalité puissante, à croissance continue, la France va trouver les éléments d’équilibre qui risquent de lui mantpier en Eliirope.

Messieurs, la vertu du nombre et du poids a été une des certitudes révélées par la guerre. (Mouvements divers )

Désormais, si barbare qu’une telle affirmation apparaisse à nos esprits nourris des traditions intellectuelles d'hier, la quantité tend de plus en plus à dominer hélas ! la qualiié dans ce monde.

11 y a là comme une loi physiipie et il faut veiller qu’elle ne joue pas contre nous. {Très bien! très bien!)

Un peuple, fût il d’élite, ne vaut pas aujourd’hui par sa seule intelligence. Pour être efficace, sa réaction dans le mélange des grands intérêts internationaux est de plus en plus fonction d’autres éléments.

Quarante millions d’habitants, fussent-ils composés d’éléments évolués et supérieurs, risquent d’être demain d’un poids bien léger dans la balance du monde...

M. Brizon. — Quarante millions avant la guerre.

M. LE MINISTRE DES COLONIES. — Avec l’Alsace-Lorraine, nous revenons à 40 millions.

Ce nombre indispensable qu'il paraît impossible pour longtemps d’obtenir sur notre vieille terre des Gaules, l’expérience nous permet de compter qu’il va jaillir avec une puissance étonnante sur ce vieux sol africain. [Applaudissements.)

Messieurs, voilà quatre-vingt-dix ans à peine qu’Alger nous a vus débarquer — c’est pour bientôt un magnifique centenaire à célébrer, digne de la France et de l’Algérie — • et déjà sur ce littoral méditerranéen conquis par notre courage et aménagé par nos soins, 800.000 Français vivent dans la richesse et l’abondance, dirigeant plusieurs millions d’indigènes, travailleurs tranquilles et prospères.

Des villes nombreuses y naissent et toutes y grandissent; des millions d'hectares nouveaux sont mis en culture; le sous-sol nous donne ses richesses et ses secrets. Le commerce a dépassé un milliard. Et aussi, œuvre trop inéconnue, surtout de la France, le Sahara, dernier refuge des rezzous guerriers et pillards, est aujourd’hui entièrement pacifié. ( Vifs applaudissements.)

Et tout cela maigre des tâtonnements, des erreurs de la première heure, car comme l’a dit un grand Anglais, l’art de gouverner des tribus ne s’apprend pas en quelques jours.

Quels espoirs faut-il donc enregistrer pour demain, lorsque, à celte Algérie, à cette 'Tunisie, sera joint le Maroc pour lequel la liberté nous est rendue et qui va bénéficier de toute l’expérience ailleurs acquise!

Je ne sais si, comme on 1 a dit, le vingtième siècle sera le siècle de l'Afrique, mais je ne crains pas d’affirmer que c’est là, en Afrique, que se trouve l’avenir de la France. [Applaudissements.)

Messieurs, j ai terminé l’essentiel de mes explications et mon intervention pourrait se clore ici. mais je ne voudrais pas descendre de la tribune sans examiner le passé colonial de la France et en tirer quelques leçons pour l’avenir.

La signature du traité de Versailles marque l’aboutissement définitif d’une grande œuvre que la France l oursuivait depuis des centaines d’années, et à la((uclle elle s’était plus spécialement consacrée depuis le siècle dernier.

Pendant des générations, navigateurs, explorateurs, soldats, marins, administrateurs célèbres, colons et pionniers obscurs, y ont mis leur passion et leur foi, y ont même donné leur vie. Grâce à eux vers qui va notre reconnaissance, notre Empire colonial est aujourd’hui debout. Et la troisième République, (jui l’apporte à la France en même temps qu’elle lui rend ses provinces perdues, peut être tière de son œuvre! [Applaudissements.)

La période d’expansion se clôt sur ce résultat magnltlque et nous pouvons mesurer avec orgueil le chemin parcouru.

Cet Empire colonial, la France l’a construit au prix de mille peines : elle consentait de lourds sacrifices sans vues d’ensemble; mais, comme avec une obscure conscience qu’elle en aurait un jour la récompense. Elle semblait avoir rintuition (pi’elle ne faisait pas une œuvre apparente ni vaine en donnant ses ressources, en donnant le sang de ses fils pour pénétrer et pacifier des terres iiouvelles, pour répandre sa civilisation sur des peuples arriérés, ou pour attirer vers son clair génie de vieilles nations rebelles jusque-là aux contacts étrangers. [Applaudissements .)

Et cette réponse est venue un jour, plus pleine, plus éclatante que n’avaient osé l’espérer les plus ardents coloniaux. (Très bien! très bien!)

Les colonies ont été d’abord une admirable école où soldats et chefs ont appris le courage, l’initiative et l’abnégation, et cet Empire colonial dont les pessimistes et les sceptiques prédisaient l’écroulement, dont ils se plaisaient à déplorer la stérilité ou à proclamer la faiblesse, la guerre l’a révélé au monde entier — et peut-être à la France elle même.. .

M Ernest Lafont. — Vous êtes sévère pour les Français qui ont combattu la politique coloniale. {Sourires )

M. LE MINISTRE DES COLONIES. — La guerre l’a révélé comme un inépuisable réservoir d’hommes et de matières premières, comme un bloc solide, fait certes de matériaux divers, mais liés entre eux par leur commun dévouement à la France.

Aussi, à l’heure où se commente un traité qui refait le

BULLETIN Dü COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

monde, qui refuserait de joindre son hommage à riiommage que du haut de cette tribune j’envoie une fois de plus à nos colonies ? Elles n’ont jamais balancé à donner — et au delà — tout ce que nous leur avons demandé; elles nous ont apporté sous toutes les formes leur concours efficace, elles l’ont fait avec autant de constance que de généreuse spontanéité. Rendons- leur ensemble la part qui leur est due dans la victoire. (Très bien! très bien!)

Le rôle qu’elles ont joué pendant la guerre ne doit se terminer ni avec la guerre ni avec la victoire; il doit jouer plus fortement encore pour le relèvement économique de ce pays.

Que la France ait besoin des ressources de ses colonies pour le plus grand prolit commun, c’est une évidence et je ne veux pas y insister.

C’est même une nécessité. Mais il ne suffit pas de constater une nécessité, pas plus que de s’y soumettre passivement : il faut au contraire y satisfaire activement. [Applaudissements.)

Je disais tout à l’heure en passant que l'Empire colonial de la France s'était construit sans plan d'ensemble, pour ainsi dire au hasard des entreprises, peut-être même au caprice entêté de certains esprits audacieux (jui, je le reconnais, mirent le pays devant le fait accompli. .Aussi de là mille erreurs, des sacrifices inutiles, du temps gâché, <les forces perdues! Alors, pour la nécessaire mise en valeur de ce domaine colonial aujourd’hui constitué, il ne faut pas que de pareilles erreurs se reproduisent, et c'est la première leçon de la guerre. (Très bien! très bien!)

La deuxième, c’est (|ue les colonies ne doivent ]>as être considérées comme une vaste annexe de la mère ))atrie. Il faut qu elles soient considérées, au contraire, comme son prolongement même.

Il fut bien léger, le ministre qui, même dans un jour de troubles, déclara qu’on ne songeait pas aux écuries quand la maison brûlait. [Exclamations et rires à l' extrême-gauche et à gauche.)

A qui donc faites-vous l’attribution de ce propos?

Je vais renseigner les rieurs, regrettant d’abord <|u’ils connaissent si mal leur histoire! C’est un ministre de Louis XV qui a tenu un tel langage. [Nouveaux rires.) Vous voilà édifiés.

M. Louis B.vkthou, rapporteur général. — Merci pour les ministres de la République !

M. I.IÎ MINISTRE UES COLONIES. — Aujourd’hui, la France et ses colonies forment un tout. Nous devons avoir pour elles le même souci de sécurité et de prospérité que nous avons pour la France. [Applaudissements )

Mais tout cela. Messieurs, ne peut se faire sans une claire vision d'avenir, sans de grandes conceptions coloniales, basées sur des théories solides et éprouvées, appuyées sur des programmes, servies par des hommes dévoués et convaincus. Bref, il faut avoir sur toutes choses et dans tous les ordres une véritable politique.

Dans l’ordre indigène d’abord ; de nombreux sujets de nos possessions d outre mer sont venus combattre en France; ils vont rentrer chez eux, ayant vu de près la civilisation, amenés à des idées nouvelles et imbus d’un esprit nouveau. Il y a là une situation particulière sur laquelle il faut aussi veiller avec un esprit nouveau. Cette situation nous impose, j’ose le dire, une collaboration de plus en plus étroite avec ces indigènes dont la natalité,

I hygiène et la santé doivent <^tre protégées, à qui une instruction générale et professionnelle doit être largement assurée. Nous devons certes garder de hauts postes d'autorité et de commandement, mais nous utiliserons de plus en plus les bonnes volontés et les intelligences qui se font jour parmi ces races qui, à notre contact, ont, les unes perdu leur barbarie native et les autres retrouvé le fil de leur civilisation perdue. [Très bien! très bien!)

Dans l’ordre administratif, il faut aussi se moderniser et se renouveler. Nous ne devons pas laisser se disperser, comme aciuellement. les responsabilités entre divers ministères; il faut concentrer dans les mêmes mains, en France, les directions politiques et laisser, par contre, aux colonies elles-mêmes la plus grande autonomie d’administration.

Dans l’ordre économique, il ne faut plus considérer nos colonies comme de simples comptoirs commerciaux avec les anciens et trop faciles procédés de traite, mais passer

aussi de la période purement commerciale à la période industrielle et de grande agriculiure, créer dans ce but d’importantes entreprises, appeler aux colonies des capitaux nombreux auxquels sera promise une large rémunération couvrant d’abord les risques et permettant ensuite d étendre leur champ d’action.

Je sais bien que. sur ce point, il faut réformer nos théories, notre système bancaire; ne plus drainer notre épargne vers l’étranger, mais, an contraire, l’envoyer féconder nos colonies, nous assurant ainsi le double bénéfice du travail et du loyer de l’argent. [Applaudissements.)

Certes, vers une autre partie de la France, systémati- (piement décimée par nos ennemis, des soins plus urgents nous pressent et les pays envahis ont droit, je le reconnais à nos premiers efforts.

Qu’ils ne considèrent pas les colonies comme d’aigres rivales dont les intérêts sont opposés aux leurs, mais plutôt comme des sœurs secourables qui cherchent aussi à leur venir en aide en développant, pour les leur apporter ensuite, leurs matières premières et toutes leurs ressources.

Il faudra bien qu’il disparaisse ou au moins qu’il diminue ce lourd tribut de change que nous payons à l’étranger. Dès aujourd’hui, les bois, les oléagineux, le caoutchouc ; demain la laine, le coton et les céréales peuvent venir en abondance de ces colonies !

M. Lauche. — Il faut les amener en France.

.M. LE MINISTRE DES COLONIES. — C’est ce quc je vais dire.

M Dubois, dans son discours plein d’excellentes choses, a fait remarquer qu il ne suffit pas de mettre en valeur les colonies, d’en tirer des richesses, mais qu’il faut aussi les transporter en France. Ce point ne nous a pas échappé. Un programme de navigation et de transports est prêt. Je l’ai dressé au ministère des Colonies; M. Claveille en a mis l’exécution sur pied et j’espère que, d’ici peu de jours, il pourra vous les faire connaître. [Très bien! très bien !)

Il faut aussi un grand programme de travaux publics. J'ai dit >• colonies, prolongement de la France ». J’aurais dû dire, en vérité, « union complète de la France et des colonies » .

Aujourd’hui, où la distance, hier déjà réduite par la vapeur, semble disparaître avec l’avion où la télégraphie sans fil et les câbles permettent de faire naître et de régicides affaires entre deux continents en moins de temps qu’il n’en fallait autrefois pour deux villes du même pays ; aujourd hui enfin où tous les intérêts, même géographiquement opposés, se mêlent, se lient et s’influencent, il faut que les colonies soient traitées comme la France.

Le port de Dakar qui, au cours de ce siècle, deviendra certainement le grand port d’embarquement pour le Sud- Amérique, et même le port de Djibouti, ne peuvent plus être considérés comme des ports exclusivement coloniaux. Le transsaharien, le transsoudanais — M. Bernard le sait bien, puisqu'il est président du « Rail » africain — sont pour la prospérité générale de la France d'un intérêt supérieur à certains chemins de fer d'intérêt local. Dans le même ordre d'idées, nous nous devons de construire un grand réseau de télégraphie sans fil. {Très bien! très b>en!j

Ce sont là. comme disent les Anglais, des travaux d'empire. C'estdonc à l’empire d'en assurer la réalisation, sous réserve, s’il y a lieu, de prévoir dans l’avenir certains remboursements.

Il faut, notre avenir l’exige, entrer résolument dans cette voie, suivie d'ailleurs, avec tant de succès par les Anglais. Nos budgets futurs et, je l'espère, le budget extraordinaire des travaux publics de 1920, pour lequel je suis en négociation avec M. le ministre des Finances, comporteront les crédits nécessaires. L’essentiel est de ne pas retarder. Attendre, comme autrefois, que les colonies, par leur seul et lent développement, puissent réaliser ces travaux, c’est une règle périmée, dont la prudence cache mal les périls et les erreurs.

Quant aux hommes entreprenants, convaincus et dévoués, nécessaires à cette œuvre, nous pouvons être tranquilles. La France — son éternelle histoire en fait foi — n’en manquera jamais et, comme hier ils ont surgi, paysans, poilus, grands capitaines, pour son salut et sa gloire, ils surgiront demain pour sou relèvement et sa prospérité. [Applaudissements.)

Messieurs, j’ai fini. Ai-je besoin de conclure ? Si j’ai été assez heureux de me faire entendre, vous avez certaine-

ment conclu avant moi. Désormais, une large politique coloniale se confond avec la politique ualionale de la France elle-même. Elle est devenue une nécessité vitale pour notre grand et cher pays, pour son relèvement qu'il faut accélérer, pour sa richesse qu'il faut accroître, pour son prestige qu’il faut maintenir.

Faisons créance et coniiance à nos colonies: la France en sera pavée au centuple. Toute 1 histoire est là qui le dit et nous l’assure. {Vifs applaudissements.)

il. Lauraine. — Vous nous avez fait espérer des explications sur la situation de Tanger. Je crains de ne pas les avoir entendues.

M. LE MINISTRE DES CoLOMES. — .M’adressant àM.Barthou, qui m’a posé cette question et qui a été ministre des Affaires étrangères, je lui demande de donner à mes paroles leur sens véritable.

J’ai dit et je répète que nous examinerions en toute amitié avec l’Espagne l’établissement pour Tanger d’un régime spécial qu'il ne faut pas confondre avec un régime international. {Mouvements divers.)

Le ministre des Colonies avait dit ainsi ce qui convenait et qui sut'lisait. Mais les questions coloniales sont pourtant revenues çà et là au cours du débat dans les critiques des adversaires du traité. Ce fut tantôt à propos de la thèse des socialistes qui se portent champions des revendications indigènes — entendez de quelques indigènes à idées avancées — et tantôt à propos du traité franco-allemand de 11)1 1 et des négociations latérales alors engagées par M. Caillaux. président du Conseil, et qui tirent déjà tant de bruit à l’époque.

C'est ainsi que dans la séance du 18 septembre, pour faire suite à M. Coude, avocat de l’indépendance égyptienne, M. Jean Longuet, se posant en champion des opprimés du monde entier, a mis en cause notre politique indochinoise, ce qui lui a valu une virulente réponse de M. Outrey, député de la Cocliinchine, et aussi notre politique tunisienne :

Nous voyons en Tunisie, a-t-il dit, sous la couverture du gouvernement du bey, un véritable absolutisme s'exercer contre une population d une civilisation ancienne, chez laquelle, à l'heure actuelle, il n’y a pas de justice, puisque les jugements sont rendus non par les juges, mais par le gouvernement en vertu de la constitution même de ce pays ou de son absence de constitution. La Tunisie est un pays dans lequel, au point de vue de l’instruction, de l’assistance, il y a des lacunes lamentables. Mais surtout par suite d’une systématique expropriation des indigènes — que jadis Jaurès a tlétrie à cette tribune — nous constatons que sur !• millions d’hectares de terres cultivables, 7 millions sont attribués aux colons européens, aux Français en pariiculier. Et pourtant, laissez-moi le rafipeler, ce pays a tait à la France les plus nobles et les plus grands sacrilices au cours de cette guerre.

Sur 55.000 combattants que la Tunisie a donnés à la France, il y a eu 45.000 morts et blessés — ce sont les chilTres officiels — et nous avons le droit de dire que cette nation qui fut pendant des siècles un centre brillant de civilisation arabe a conquis par son sacrifice le droit à plus de justice etplus de liberté v'f/è.sèîen.' très bien ! à l'extrèmc- (jauclie.)

M. I .lAVOiNNE — Vous ne nous parlez pas du Cameroun et du Togo, c'est sans doute que pour vous c’était le régime idéal quand l’Allemagne possédait ces colonies! {Très bien! tréx bien!)

M. Jean Longuet. — L’ .Allemagne, .Monsieur Lavoinne. tout comme les autres nations capitalistes — plus brutalement encore peut-être — maltraitait et exploitait ses indigènes.

C'est la thèse socialiste coloniale. Elle sera

souvent reprise et attirera à ce parti tous les mé~ contents et les aigris... et pas mal d’ambitieux!

Dans la séance du 19 septembre, critiquant le pacte de la Société des Nations, M. Louis Marin a exprimé le regret « que des Protectorats comme le Maroc et la Tunisie, des colonies comme l’Algérie qui ont versé tant de sang pendant la guerre, n’y aient pas leur part » comme les Dominions britanniques. A propos de l’article 124 du traité il a, d’autre part, protesté contre l'octroi d’une indemnité à la Société de la Ngoko-Sangha. Poursuivant le lendemain ses critiques, il a dit ;

M. Tardieu nous a dit : « Nous vous apportons le Maroc, le Congo. » Je voudrais bien voir qu'après une victoire comme celle-ci, le .Maroc que nous avons conquis au prix de notre sang, de longs labeurs, d'une administration habile, ne nous revint pas complètement et (jue ’.es hypothèques ([u’avait l’Allemagne ne soient pas levées.

Dans son discours du 24 septembre M. Pichon, ministre des Affaires étrangères, a tenu à répondre en ces termes à l’argument tiré de la non-représentation des colonies françaises à l'égal des Dominions dans la Société des Nations :

Je vous demande si nous pouvions refuser l’admission des Dominions, Etats libres, se gouvernant eux-mêmes, possédant comme il est dit dans l’article du pacte, des forces et des armées militaires à eux, lorstju’on invoquait en leur faveur l’énormité des services qu’ils nous avaient rendus sur notre front, lorsqu on parlait de riiéro'îsme avec lequel ils étaient venus combattre à côté de nos armées.

Voulez-vous que je vous dise d’un mot quelle a été l’importance des services qui nous ont été rendus par les Dominions et les Indes’? Savez-vous combien ils ont mobilisé d’hommes pour faire la guerre à nos côtés ’? Plus de 2.950.000 hommes, et l’Inde, à elle seule, entre dans ce chiffre pour près de 1.500.U00 hommes. Savez vous quelles ont été les dépenses, non pas de la métrofiole, mais de ces Etats’? 24 milliards 500 millions de francs en chiffres ronds.

M. Lucien Du.mont. — Ils auront vite rattrapé cela.

M. LE MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES. — CroyeZ-VOUS (|ue cela a été un effort bien difficile à faire que de consentir à l’administraliou de ces Etats libres, se gouvernant librement, au milieu de la Société des Nations?

On a dit : « On donne des voix en chiffre trop important à l’Angleterre. »

L'.Angleterre a une voix comme tous les autres pays dans le Conseil de la Société des Nations. Elle a, en outre, les voix des Dominions dans l’assemblée de la Ligue. Peut-on dire, d’ailleurs — c’est un sujet également délicat que je toucherai d’une façon légère, — que les Dominions soient à ce point liés (|u’ils doivent toujours être de l’avis de la Grande-Bretagne?

.Messieurs, j’ai assisté à la plupart des réunions de la Conférence et il m’est arrivé de voir avec quelle indépendance les Dominions savaient défendre leurs droits et les faire prévaloir en cas de besoin...

.M. Jean Bon. — Et notre Algérie?

M. LE .MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES. — ... alorS même que ce n’était pas l'opinion de la Grande-Bretagne.

M. Jean Bon. — Nous sommes en France, pourtant. Et l’Algérie?

M. le Président. — Monsieur Bon, veuillez ne pas interrompre.

M. Lucien Dumont. — Nous n’avons qu’une voix. Vous voulez nous démontrer que nous en avons deux.

M. Jean Bon. — Que le ministre descende de la tribune s’il n'est pas ministre de la République française.

M. LE Président. — Monsieur Bon, je vais être obligé de vous rappeler à l'ordre si vous continuez à interrompre.

M. LE MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES. — NoUS Il’avons pas actuellement de colonie qui soit assimilable aux Dominions.

M. Jean Bon. — Mais si, il y a notre Algérie.

BULLETIN DU COMTÉ DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

M. LE Ministre des Affaires étrangères. — L’Algérie est le prolongement de la France, elle ii’esl pas une colonie. Elle est composée de départements français, elle est représentée an Parlement français, elle n’a pas une indépendance propre. Elle ne peut, à aucun point de vue, être assimilée aux Dominions.

Nous n’avons pas de colonie qui puisse être assimilée aux Dominions. Nous en aurons peut-clrc une à une date prochaine. Cela peut arriver. Ce jour-là, en vertu des droits <[ue nous possédons, nous pourrons demander sou admission à la bociété des Nations.

A quelle colonie faisait ainsi allusion M. leminislre des Allaires étrangères? C’est sans doute dans l’Afrique du Nord qu’il faut la chercher.

Avec M. Rcnaudel, dans la séance du 26 septembre, nous sommes revenus à la thèse socialiste :

Depuis longtemps, nous, socialistes, nous avons déclaré que l’on n'aurait pas dû prendre ses colonies à rAllemagne. Là, encore, pas de sympathie. Si on poursuit la politique du châtiment et de l’expiation, on peut toujours dire qu’il faut prendre à l’Allemagne le maximum ; mais si on poursuit, au contraire, une politique de prévoyance, peut-être vaut-il mieux prendre des précautions.

Au sujet des colonies, d’une façon générale, vous savez quelle est notre opinion. Nous pensons que dans l’état actuel, les colonies ont trop souvent constitué de véritables œuvres de rapine par des nations qui invoquaient un droit de civiliser, mais qui n’ont pas regardé aux moyens par lesquels elles ont conquis les territoires, chose d’autant plus abominable, qu’elles avaient affaire à de maltieureux barbares, à des sauvages qui ne disposaient d’aucun moyen militaire moderne pour se défendre et que, par conséquent, la victoire était vraiment facile et sans gloire.

En tout cas, nous n’irons pas jusiju’à dire, si vous le voulez, que la colonisation doit être repoussée. Au point de développeraant où en est l’humanité, il y a nécessité ou utilité à ne pas laisser inexploitées des richesses aujourd’hui enfermées au sein du sol, même lointain. Admettons donc cette colonisation comme un fait. Mais nous voudrions du moins qu’elle se fît sous des garanties, et, pour nous, il n’y en a pas de supérieures à 1 internationalisation.

Or, ce n’est pas à cela que la Société des Nations a abouti; elle a abouti au système du mandat. Je le regrette. Le système du mandat n’a été qu’une simple hypocrisie {Très bien ! très bien ! à l'extrême-gauche] et qui n’avait d’autre but que de pouvoir dire sans trop de remords apparents : « Nous dépouillons l’Allemagne de tout ce qui a constitué ses colonies. >>

Vous avez eu tort d’enlever scs colonies à l’Allemagne, pour deux raisons : l’une, de politique économique, l’autre, de politique générale. Vous avez eu tort, parce que, lorsque vous avez enlevé à l’Allemagne ses colonies, vous lui avez enlevé ses moyens d’action économique vis-à vis d’elle-même, soit sous la forme des matières premières qu’elle pouvait s’y procurer, soit sous la forme de l’émigration qui pouvait servir d’exutoire pour une population qui continuera sans doute d’être prolifique. Vous lui avez enfin enlevé le moyen d’écouler, le cas échéant, sa surproduction.

Et ici, j’arrive aux faits politiques. Vous avez mis par là même l’Allemagne dans l’obligation de s’assurer une autre colonie qui s’appelle, vous le savez, la Russie.

Certains journaux anglais se sont bien rendu compte que les ambitions de l’Angleterre du côté colonial risquaient de créer, par contre-coup, à l’Orient, une situation qui ne seraitpas sans difficultés ; car l’Allemagne ne pourrait pas manquer de profiter du chaos de la Russie, pour y essayer une véritable colonisation.

Je suis donc obligé de dire à M. Barlhou que nous n’acceptons pas cette idée, formulée dans son rapport, que l’Allemagne subit, en perdant ses colonies, le sort que son état-major avait trouvé logique en 1913. « Il n’y aurait pas, disait l’état-major général allemand, lieu de s’inquiéter du sort de nos colonies, le résultat final en Europe le réglera. » Et M. Barthou d’ajouter : « Il l’a réglé. »

Vous l’avez réglé, oui, mais à la manière de l’état-major allemand. {Applaudissements à V extrême-gauche.)

Vous ne deviez pas faire cela.

M. Renauclel a terminé son discours en revenant aux accords franco-allemands de 1911. La question venait de subir un rebondissement dans l'opinion par la publication dans la presse du 5 septembre (1) de ce que l’on a appelé les « documents verts », c’est-à-dire de télégrammes échangés aux mois de juillet et de novembre 191 1 entre l’ambassade d’Allemagne, à Paris, et le gouvernement impérial, à Berlin, à propos des négociations latérales engagées avec le gouvernement allemand par M. Caillaux, alors président du Conseil, au cours des négociations officielles qui ont abouti à l’accord Maroc-Congo du 4 novembre 1911. Or, dans la séance du 25 septembre, M. Clemenceau, président du Conseil, faisant une allusion « à un parti créé sans dénomination précise dans un dessein de compromission avec les Allemands » et invité à préciser son allusion, avait dit :

Je veux parler des arrangements avec l'Allemagne pour le Congo. Ce n’est pas que, en soi, je condamnasse des arrangements quelconques, sans savoir en quoi ils consistaient, mais dans les conditions où ceux-là ont été faits et imposés, je considère i[ue c’était donner au public le sentiment d'une défaillance morale qui certainement n’était pas réelle.

M. Renaudel a apporté à la tribune la défense de la politique de M. Caillaux, en 1911, d’abord en attaquant ainsi M. Clemenceau :

Si vous avez des reproches à faire au traité de 1911. pourquoi ne pas vous être souvenu que vous aviez, en 1909, signé un traité qui « germanisait» le Maroc ou qui, tout au moins, créait sur ce territoire des intérêts communs entre l’Allemagne et la France'? Pourquoi ce que vous aviez trouvé bon en 1909 n'aurait il pas été jugé bon par un autre en 1911, surtout au moment où la guerre pouvait sortir des discussions et difficultés?

M. Renaudel a ajouté que ce procès se ferait ailleurs — entendez devant la Haute-Cour, — mais il a lu des correspondances de M. Jules Cambon, alors ambassadeur à Berlin, à M. Caillaux, dont l’une le remerciait des encouragements reçus de lui pendant les négociations et l’autre, datée du 3 novembre 1911, à la veille de la signature, disait : « Votre gouvernement aura toujours l’bonneur d’avoir terminé l’œuvre commencée dans l’Afrique du Nord par le gouvernement de la Restauration, ce qui est son plus grand titre de gloire aux yeux de l’histoire. » Et il a protesté contre l’accusation de compromission avec l’Allemagne portée contre le président du Conseil de 1911.

Dans la séance du 1®'' octobre, M. Augagneur est revenu sur la non-représentation des colonies françaises dans la Société des Nations :

Jetez un regard sur le chapitre relatif à la Société des Nations, vous verrez qu’un certain nombre d’Etats sont membres fondateurs de la Société; ce sont les grandes nations qui ont fait la guerre et un groupe nombreux

(1) 'Voir aussi des lettres de M. de Kidcrien-Wæchter, révélées par l'Eclair du 26 seplenibre 1919.

d’autres nations qui, de plus ou moins loin, se sont associées à elles.

Mais l’Angleterre , pour la discussion des questions importantes, disposera, outre sa voix propre, de cinq voix qui ont été accordées à ses Dominions, Canada, Nouvelle- Zélande, Australie, Afrique du Sud et à ITnde simple colonie.

Pourquoi la France n’a-t-elle pas, dans la Société des Nations, une représentation aussi importante [Très bien! Très bien. !)

M. le président du Conseil nous a dit qu’on ne pouvait pas refuser d'être membres de la Société des Nations aux Dominions qui nous avaient envoyé un grand nombre d’hommes, dont beaucoup sont tombés sur les champs de bataille. Soit Mais ne peut-on en dire autant de nos colonies’^ Est-ce que toute l’.\frique du Nord, le Protectorat marocain, l’Afrique occidentale, est-ce que Madagascar, est-ce que l’Indo-Ctiine ne vous ont pas aussi envoyé des soldats ? (Applaudissements.)

N’est-ce pas j)ar milliers qu’ils sont tombés sur les champs de batadle ? Et puisque vous accordiez à l’Angleterre le bénéfice du sacrifice de ses Dominions afin qu isolément ils fassent partie de la Société des Nations, vous aviez le devoir de faire la même demande au nom des colonies françaises. (Nouveaux applaudissements.) C'eût été peutêtre le plus bel hommage à rendre au dévouement et au sacrifice de ces pays.

.le dis plus . Certains de nos Protectorats avaient un droit éminent à entrer dans la Société des Nations. La Tunisie, le Maroc ont des souverains sous notre protectorat. Ils ont déclaré la guerre à l’Allemagne, ils ont spontanément envoyé leurs sujets se battre sur nos champs de bataille ; l’Inde, par exemple, est une colonie d’administration directe qui, pas plus que l’Afritpie occidentale française, n’avait le moindre droit à être représentée directement à la Société des Nations.

Monsieur le président du Conseil, je me suis demandé pourquoi nos colonies avaient été ainsi oubliées. Vous nous avez dit un mot qui, peut-être, est profond :

« Dans des négociations diplomati([ues — avez-vous dit — chacun suit sa physiologie nationale, y obéit plus ou moins, et pour cela considère, avant tout, les avantages de son propre pays. »

En dehors de sa physiologie nationale, chaque homme est prisonnier d’un caractère, d’imprussions antérieures dont il peut se libérer difficilement. Vous nous avez cité ce cas d’un homme d’Etat qui eut avec vous une conversation à Carlsbad il y a plusieurs années. A ce moment, il était convaincu que la France était une puissance dangereuse, capable de compromettre la paix du monde, à tendance bellicpieuse, sans cesse agitée et source de péril pour ses voisins et l’Europe. Vous l’avez détrompé, et il vous a avoué, quand l’Allemagne nous eut attaqués, que ses préventions étaient injustifiées.

Mais, disiez-vous, je ne suis pas certain que cet état d’esprit antérieur, quoiqu’il eût dû être modifié par les événements, n’ail pas persisté chez lui et que, dans les négociations, à propos de la rive gauche du Rhin, par exemple, il n’ait pas été dominé par cette idée persistante du danger créé par la France relativement à la paix du monde.

.le me demande si cet ouhli de nos colonies ne résulte pas d’un retour de votre vieille physiologie anticolouiale. Vous avez été l’adversaire de la politique coloniale de la France, avec quelle imprévoyance, hélas ! Vous en avez été l’adversaire au nom de votre patriotisme toujours en éveil du côté de la trouée des Vosges.

Vous n’aviez point prévu que cette politique coloniale vous donnerait plus de iOO.OOO hommes pour reprendre la trouée des Vosges, bien loin de réduire notre puissance militaire. Pourquoi ce parti pris anticolonial ? Parce que les questions économiques ne vous ont jamais beaucoup passionné et parce que, au contraire, les questions politiques ont toujours pris dans votre esprit la première place. Nous vous avons vu combattre contre Jules Ferry qui a écrit, cependant, une page historique remarqnahle et qui nous a donné la Tunisie sans coup férir et le Tonkin sans beaucoup de pertes. (Applaudissements.)

Je ne vous ai vu colonial qu’une fois. Votre cœur patriotique a saigné le jour où, par le traité de 1911, on a abandonné à l’Allemagne quelques morceaux du Congo. De

quelle valeur? Cette valeur, Ms'' Augouard l’a spécifiée devant la Commission qui s’occupait du traité. Quelqu’un lui disait, on me l’a répété : « Mais, Monseigiœur, on a cédé à l’Allemagne, là-bas, au Congo, des milliers de kilomètres carrés. » Il répondit : « Non, des milliers d’hectolitres. » Le pays, en effet, était fort humide, ce qui n’empêche pas. Monsieur le Président, que vous eûtes une véritable indignation lorsque le traité de 1911 fut conclu.

Eh bien, vous me permettrez de protester contre les paroles que vous avez prononcées à cette tribune la semaine dernière.

Et M. Augagneur , reprenant la thèse do M. Renaudel, a présenté à son tour une défense de la politique de 1911 en lisant une lettre par laquelle tous les ministres du cabinet de M. Caillaux, sauf M. de Selves, lui exprimaient leur reconnaissance d’avoir été associés à ses négociations difficiles et leur solidarité avec sa politique extérieure.

M. Franklin-Bouillon, dans la même séance, a appuyé sur la question de la non-représentation des colonies ;

Vous avez entendu ce que M. Augagneur disait de la composition de la Société des Nations il y a un instant. Lui, je le craius, pèche par un excès de recherches en matière de psychologie ministérielle. Vous croyez, mon cher collègue, que c’est parce qu’il persévère dans son être, comme disent les philosophes, que .M le Président du Conseil nous a fait obtenir une voix dans le Conseil de la Société et six à l’Angleterre '! Vous vous trompez. N’êtesvous pas membre de la Commission? J’ai moi-même posé la question : « Comment se fait-il que nous n’ayons qu’une voix, que nos colonies ne soient pas représentées comme les colonies anglaises, qui Font bien mérité d’ailleurs ? »

J'ai obtenu — je l’ai fait insérer au procès-verbal — la réponse suivante de M Pichon :

« Nous n’avons jamais songé à demander que les colonies françaises soient représentées. » (Mouvement.)

Le traité a été adopté dans la séance du 2 octobre après des explications de vote.

M. de Grandmaison a fait sienne la thèse socialiste :

Si on voulait, a-t-il dit, ne pas faire une paix de force, croyez-vous — et cela est une opinion personnelle, en l’exprimant, je ne parle au nom d’aucun collègue ni d’aucun groupe — que l’on ait bien fait d’enlever aux Allemands, à l’instigation de certains de nos alliés, toutes leurs colonies?

J’en doute fort. Les colonies (pie les Allemands avaient fondées servaient d’exutoires au trop plein de la population de l’Allemagne, nation à grande natalité. Et lorsque les anciennes colonies allemandes ne seront plus là pour recevoir ce trop plein, où ira-t-il?

Dans les Amériques on ne s’en souciera pas, en Australie non plus!

Alors les Allemands iront en Russie.

M. Raynaud. — Les colonies allemandes n’ont jamais été des colonies de peuplement.

Dans la déclaration lue le même jour au nom du groupe socialiste contre le traité de paix, on relève enfin le passage suivant ;

L’Egypte est définitivement soumise au protectorat anglais. source nouvelle de troubles sanglants qni peuvent se répercuter dans tout ITslam et que ne contribueront guère à apaiser les querelles entre Alliés pour la délimitation des zones d’influence en Asie Mineure, ni le geste autoritaire de l’Angleterre décrétant l’absorption économique de la Perse.

Par le partage des colonies allemandes, opéré sous h* couvert d’un mandat de la Société des Nations, les Alliés ont privé l’Allemagne de débouchés précieux et de sources

BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

d’acüvilé indispensables au moment même où tous les espoirs financiers du traité reposent sur le développement de sa prospérité matérielle. C’est une mauvaise affaire comme une mauvaise action (1).

Une discussion d'ordre colonial s’est enfin greffée sur celle du traité de paix, à propos de l’affaire de la N’Goko-Sangha et de l’article 124 qui met à la charge de l’Allemagne la réparation des dommages subis par les ressortissants français dans la colonie du Cameroun ou dans la zone frontière du janvier 1900 au 1®'' avril 1914. Parmi les dommages entrant dans les prévisions de cet article, doivent être envisagés ceux de ta compagnie N’Goko-Sangha à propos des événements de la frontière méridionale du Cameroun et on sait que ses demandes ont soulevé avant la guerre de nombreuses discussions surtout à raison de l’échec du projet de consortium franco-allemand dont il avait été question à ce propos.

M. Maurice Viollette a présenté une proposition de résolution ainsi conçue :

La Chambre invite le gouvernement à ne mettre au compte de l’Allemagne, parmi les indemnités éventuellement envisagées à l’article 124, que celles qui résulteraient d’une disposition législative préalable à la demande présentée devant la commission des réparations ou d’une sentence ayant acquis autorité de chose jugée et émanant de la juridiction régulière, civile ou administrative.

La Chambre invite le gouvernement à poursuivre le recensement de toutes les créances que l'Etat ou la colonie peuvent avoir contre les compagnies concessionnaires visées à l’article 124.

M. Viollette a évoqué à la tribune toute l’affaire de la N'Goko-Sangha. Elle sort de notre cadre. Nous ne signalons ici cette discussion que parce qu’elle a donné l’occasion à M. Pichon, ministre des Affaires étrangères et à M. Briand, ancien président du Conseil, de rappeler les raisons politiques pour lesquelles leur gouvernement s’était

(1) Voici à ce propos le passage colonial de la résolution votée au mois d’août par le Congrès socialiste de Lucerne :

« L’Internationale déclare que, sur la question de principe, en ce qui concerne les colonies, elle maintient les points de vue des anciens congrès internationaux touchant les droits des populations indigènes et sur l’illégitimité de l’exploitation des colonies par le capitalisme des grandes puissances.

« Mais puisque le régime colonial se trouve maintenu, l’Internationale déclare que la Conférence de la Paix n'aurait pas dû enlever ses colonies à l’Allemagne. C’est à la fois une injustice et une faute. Une injustice puisque les autres nations ne peuvent guère invoquer une situation morale supérieure en faveur de leur administration.

(( Une faute parce qu’elles privent l’Allemagne d'une possibilité de développement économique au moment même où certains de ces territoires lui sont légitimement enlevés pour faire retour à leur communauté nationale originelle, et au moment où il lui est demandé de lourdes indemnités pour la réparation des dommages causés.

« Mais tenant compte de la situation de fait créée par le système des mandats adopté par la Conférence de la Paix, l’Internationale déclare que les principes suivants doivent être en tout cas adoptés pour la’ révision de l’article 19 du pacte :

i( 1° L’égalité dans les possibilités économiques doit être assurée par la Société des Nations dans toutes les colonies qui ne se gouvernent pas elles-mêmes.

« 2“ Toutes les colonies de ce genre, et non pas seulement les colonies allemandes conquises, doivent être soumises au système du mandat.

3» Les mandais ne peuvent ’tre cédés que par la Société des Nations, et non par les Alliés. Les colonies conquises doivent être cédées à la Société des Nations et non aux Alliés.

« Il faut donner la possibilité à l’Allemagne de devenir mandataire de la Société. »

efforcé d’appliquer loyalement au Maroc et au Congo les dispositions de l’accord franco-allemand de 1909. Il y avait, ont-ils dit, pour faire le consortium, des raisons diplomatiques de premier ordre, « pour arriver à solidariser le plus possible les intérêts économiques allemands et les intérêts économiques français ». Ce passage du discours de M. Briand résume bien ce côté de la question, le seul qui nous intéresse :

Messieurs, j’avais l’honneur d’êlre président du Conseil, lorsque les atlaires dont vous vous êtes entretenus sont arrivées au point de leur dernière évolution.

•le considère comme un devoir d’apporter mon témoignage à l’appui des déclarations que l’honorable M. Pichon vient de faire devant vous.

A cette époque M. Pichon était ministre des Affaires étrangères dans le cabinet que je présidais.

Comment le consortium a-l-U etc établi’? Dans quel esprit et dans quel but ’? Je m’empresse de vous dire. Messieurs, et suis certain que personne ne mettra en doute ma parole, que tout ce qui a pu se faire au sein de la N'Goko-Sangha ou dans les journaux, tout cela a été complètement ignoré, et il n’en est venu aucun écho au Conseil des ministres. Au gouvernement, nous n’avons été saisis que du point de vue politique et diplomatique de l’affaire.

Nous étions alors en face d’une situation préoccupante; en Allemagne nos agents nous signalaient que deux partis s’y disputaient les directions, que certains hommes d’alïaires n’étaient nas éloignés de tenter un rapprochement avec les intérêts économiques français et de collaborer, que ce serait peut-être le moyeu, en effaçant certaines surfaces de friction qui existaient entre les deux pays, sinon d éviter la guerre, du inoins de manifester de la façon la plus éclatante, la bonne volonté pacifiste de la France, et de ne donner ainsi aucun prétexte à aucune agitation contre nous.

Quelles étaient les deux surfaces de friction qui nous étaient indiquées par nos agents ’? .

Le Congo, la frontière du Congo Cameroun, à propos de laquelle des incidents nombreux étaient nés. Comment ces incidents s’étaient-ils développés? Comment avaient-ils grossi? Sous l'influence de quelle action condamnable et au bénéfice de quels intérêts suspects? Je n’en sais rien. Monsieur Viollelte. Ce sont, comme vous le disiez, de ces impondérables qu’un gouvernement n’a paS le droit de négliger et, lorsqu’ils ont créé un état de fait qui peut dégénérer en conilit sanglant, c’est le devoir d’intervenir du gouvernement et de s’efforcer de régler l’incident au mieux des intérêts du pays.

Des campagnes en France étaient faites, oui; des campagnes en Allemagne aussi. La société du Cameroun n’était pas plus inactive que celle de la N’Goko Sangha et le gouvernement allemand avait affaire à elle comme le gouvernement français se trouvait, par suite de ces campagnes, aux prises avec certaines difficultés dangereuses.

Le gouvernement français pouvait-il s’y refuser ? Non. Il le pouvait d’autant moins que l’accord de 1909, conclu sous le gouvernement précédent, au sujet du Maroc, contenait l’amorce de ces accords économiques. Il indiquait qu’il serait intéressant pour les deux pays que la bonne volonté des hommes politiques s’employât à faire des rapprochements sur le terrain économique de nature à faire disparaître les surfaces de friction les plus irritantes entre les deux pays.

Eh bien, j ai été pleinement d’accord avec mon ministre des Affaires étrangères pour développer les germes de l'accord de 1909.

Tout de suite se sont posées les deux questions : Maroc, Congo-Cameroun. Toutes les affaires du Congo-Cameroun ont été envisagées au point de vue parlementaire, c’est-àdire qu’aucune partie de ces accords ne pouvait être réglée par le gouvernement en dehors du Parlement. 11 a été expressément décidé que toutes les conventions, avec les conséquences qu’elles pouvaient entraîner, seraient portées devant les commissions compétentes : commission du budget, commission des affaires extérieures, et ensuite devant les Chambres.

RENSEIGNE3IENTS COLONIAUX

Oa sait d ailleurs ([iie le j>;ouveraeiiient allemand n’a pas ap[)orté à l’exécution des bonnes |)roniesses de l’accord de 11JU9 la même loyauté ni le même empressement que nous, pas plus au Congo qu’au Maroc.

Finalement la proposition de la résolution a été votée, d’autant plus qu’un procès est engagé devant le Conseil d’Etat entre le ministre des Colonies et la compagnie N (loko Sanglia. Le ministre des Colonies avait d’ailleurs accepté la proposition de résolution, ((ue le Sénat a éga lement votée.

Au Sénat, c’est M. Lucien Hubert qui a été chargé par la Commission des Âiïaires étrangères, du ra[»port sur la partie 1\’ du traité. Le rapport du sénateur des Ardennes n’a pas été publié, puisqu’un seul rapport a été présenté par .M. Bourgeois pour l’ensemble du traité.

M. I ..ucien Hubert, en donnant connaissance à la Commission des conclusions de son rapport, les avait soulignées d’intéressantes observations.

L’Allemagne d’outre mer, a-t-il dit, représentait un domaine de 3 millions de kilomètres carrés, comportant une population de 12 millions d’habitants. Il se composait d’une .\fri(|ue allemaude, avec le Togo, le Cameroun, r.A.rritjue oriental î et l’Afrique du Sud Ouest; d’une Océanie germa nique, avec la Nouvelle-Guinée, les Samoa, les .Marshall, les Carolines et les .Mariannes ; d’une « Allemagne chinoise » entin,avec le Kiao-Tchéou et le (>hantoung, terre d’iniluence sur la richesse future de l’Iv'ctrème (Jrient. A la veille de la guerre, ce domaine donnait lieu, par an, à un mouvement commercial de 57.3.35t. 000 de francs, deux fois et demi supérieur à celui de 1905. Les capitaux placés par nos ennemis datis les « alïaires » coloniales allemandes atteignaient près d’un demi-milliard. L’outillage économi({ue se développait graduellement (voies ferrées, routes, port-, postes de T. S. P., câbles sous-marins). Tel est le gain <pie la Victoire a remis aux Alliés.

R]n sup|>rimant l'.VIlemagnc d’outrc iner. le Traité de Paix a incontestablement arraché des mains de nos ennemis un des leviers de leur fortune. C est un |>oint definitivement accpiis.

Le partage des colonies allemandes n’est [>as encore achevé : c'est l’.Vngleterre. ou plutôt ses Dominions, qui reçoivent les principales dé[)ouilles. L’Afrique du Sud- Ouest et l’Afri(|ue orientale sont attribuées à 1 Union Sud- .\fricaine, les Samoa et la Nouvelle-Guinée à l’Australie et à la Nouvelle-Zélande; la Dcigitjue revendi(|ue certaines parties de l’.\fri([ne oricniale ; la Prance enfin recevra le To|^o et le Cameroun dans leur majeure partie.

En se plaçant au seul point de vue français l’acquisition du Togo et du Cameroun complète heureusement notre expansion sur la côte occidentale d’Afrique; mais — et ici il y a lieu d'appehîr l’attention des pouvoirs publics — si nous ac(iuérons de nouveaux territoires, nous contractons une dette à l’égard de la Société des .Nations. En elïet, ((uelle (|ue soit la forme du mandat imparti au pays colonisateur (|ui recevra la gcistion d’tiue parcelle <lo l’ancien empire colonial allemand, nous aurons à justilier devant elle que nos méthodes colonisatrices valent mieux (pic celles de nos ennemis; il faudra (|u'aux liens de droit qui vont nous attacher à ces populations indigènes s’allient de la part de celles-ci des sentiments d'alïectueuse reconnaissance. .Nous devrons donc faire en sorte (|ue la conliance mise en nous ne soit pas déçue.

En somme, en matière coloniale, le Traité de Paix allège la politi(|U(; française d’outre-mer en sup[)riniaut la menace allemande. Dans uti ordre d’idées |dus immédiat, la cession de la majeure partie du Cameroun va nous iieruiettre de procéder enfin à une mise en valeur rationnelle de r.-\frique

Equatoriale Prançaise, et l’adjonction du Togo transformera l’étroit couloir dahoméen en un plus grand Dahomey vraiment logique et permettant une exploitation normale. Incontestablement, dans la sphère coloniale, la Victoire est pleine et entière: reste à savoir tirer parti des avantages (|ui nous échoient ; c’est une affaire de bonne volonté et de bonne organisation.

Ainsi donc, l'Empire germanique est déclaré inapte à conserver ses colonies : c’est à la fois l’une des sanctions de la guerre ([ui se termine et une satisfaction donnée aux exigences de la civilisation mondiale. Une analyse rapide (1 s ariicles 119 à 127 permet de constater que cet esprit a présidé à la rédaction des stipulations du Traite ; on y découvre aisément une intention très ferme de libérer définitivement les populations indigènes du joug ([ui pesait sur elles cl d’appliquer par des mesures appropriées les principes généraux de la justice ré|)aralrice qui est la base, du nouvel ordre public, instauré par la victoire des démocraties.

.Ainsi, en résumé, c’est toute une lii[uidaliou de l'Empire colonial allemand (|ui se trouve consacrée par 1rs articles dn traité dont nous venons d’analyser les dispositions et par les mesures ([ui s’ensuivent. Est-ce à dire ciu’on ne puisse étendre davantage l’oMivrc de la Conférence et des Commissions tjui s’y ramilienl, |)onr ce cpii touche le domaine extérieur de la Francc?Nous ne le i)ensons pas. Trop de ])roblèmes sont abordés, trop de rai)procheincnls entre les personnes se produisent pour (pi’ou ne prolile pas de ces circonstances alio de réaliser, entre Alliés, certaines améliorations, améliorations dans les textes qui règlent les droits des puissances coloniales, améliorations dans leurs ra|>ports et dans les positions respectives de leurs intérêts territoriaux. C’est ce c|ui se fait, ou, nous l’espérons, ce (|ui se fera. Déjà pour r.\fri(|uc, une refonte complète des .Actes généraux de Berlin et de Bruxelles de 1885 et de 1890 se prépare cl ne doit [cas larder à être définiliveinent élaborée. Il nous paraît également très désirable qu’on se mette vile d’accord avec 1 Italie sur les conditions d'application de l'article 13 du traité du 20 avril 1915, article (|ue nous avons déjà examimC .A moins (|u'on ne veuille lui donner une portée cpi’il n'a pas, rien n'cmpcche de définir promptement les simples recfificalions de limites qu’il prévoit en faveur de nos amis d’Italie.

.Mais entre les puissances alliées, etitre la France et la Grande-Bretagne, notamment, d’aultcs iiueslious se trouvaient posées en .Afrique et hors d Afriipie, quand la guerre de 1914, en ouvrant une ère de violence, est venue reléguer vers un avenir lointain tous les règlements amiables (juc l’on pouvait souhaiter: ici, une addition à un texte, une précision dans les droits des uns et des autres, là une combinaison plus large d’intérêts, une recherche amicale et franche d homogénéité territoriale. Souhaitons que nos Alliés dans l’esprit de bonne entente qui parait avoir présidé, depuis l’armistice, aux négociations coloniales, abordent aujourd’hui ces (pieslions et trouvent des solutions satisfaisantes; c est l'intérêt commun de la France et des Puissances alliées.

Après avoir analysé les articles relatüs au Maroc, .M. Lucien Hubert a ajouté :

La [)artie « marocaine « tlu Traité de Paix réalise donc, au point de vue français, tout ce epu' nous pouvions désirer. l•illo a une portée i)lus grande encore que celle d'une simple tractation entre la France, protectrice de la zone dn .Maroc, on elle exerce sa lut' lie. et l’.Ulemagne, car. ici, la Francs a stifudé pour le Maroc entier, c’est à-dire pour les trois zones, française, espagnole et tangéroise. Cela s’ex- [>lique d’une façon rationnelle. puis(iuc le sultan, notre protégé, est le sultan de tout le .Maroc et (|u’en l’espèce, nous avons agi comme son re|)résenianl direct. (Test là une application fort importante d’une théorie (pie notre diplomatie a toujours eherchi’; à faire prévaloir, et (pii vient d’être définitivement consacrée La conséipience logique de cette victoire di|)lomatique. nous la trouvons dans une note toute récente du gouvernement de .Madrid, par hupielle il nous fait connaître ipi’il se propose d'appliquer les articles du Traité de Paix ridalifs à la zone chérifienne espagnoh>. Dans ces comlitions, il apparaît <pie le Traite de Versailles aura plein et entier effet à ce siiji't.

BULLETIN DU COMI l'E DE L’AE1U(JUE EBy\N(;MSE

Au surplus, la situation internationale du Maroc va se | trouver modiliée non seulement vis-à-vis des neutres, mais aussi vis-à-vis de nos Alliés. En imposant avec nous à l’Allemagne l’abrogation des traités antérieurs, conclus sous sa pression, ceux-ci renoncent inipliciteinent aux avantages (ju’ils tiraient de ces actes. D'ailleurs, ce (ju'ils désirent surtout, c’est l’égalité commerciale; or, ce n’est pas à l’iiilervention allemande (|u’ils doivent ce régime, puisque c’est eu I90r (|ue nous avions pris des engagements à ce sujet vis-à-vis de l Angleterre et de l’Espagne. Les Etats-Unis, dans l’Acte d’Algésiras, n’ont pas demandé autre chose, et ils s’en sont tenus depuis à ce seul désir. Déjà l’Angleterre commence à abroger, en ce qui la concerne, l'Acte (l’Algésiras dans la zone l'ran(;aise. Nul doute que notre diplomatie n’ol»tienue un renoncement général.

Reste une question qui a fait couler beaucoup d’encre des deux côtés des Pyrénées, celle de Tanger, .\llions-nous forcer la main àl’bjspagne? Accepterions-nous un compromis par voie d’échanges territoriaux? <3u préférerionsnous, forts de notr ■ situation de puissance victorieuse, mais tout en res|)ectant les droits acquis, doter Tanger d'un régime spécial ? .\ ce sujet, nous ne saurions mieux faire ({ue de citer quelques lignes de l’exposé fait avant tant de clarté et de force par M, de Peretti de la Kocca. sous-directeur d’Afri(iueau ministère des Affaires étrangères, à la séance du C )nseil suprême du 2,') février dernier ;

« En droit, le traité franco-marocain du 30 mars 1912 qui a établi le protectorat de la France sur le .Marée tout entier et le traité franco-espagnol du 27 novembre 1912 qui a dé limité la zone d’iniluence espagnole au Maroc dan« le protcctoratfraneais, avaient ré-ervé le statut de Tanger. La ville de Tanger et sa banlieue devaient être dotées d’un régime s])écial à déterminer ulh'rieurement en raison de la présence des dilïérentes (ioramissions internationales par I .Vete d’Algésiras. Le projet de statut international, préparé pour Tanger en 191i par les gouvernements français et hrilannique. resta lettre morte parce que le gouvernement espagnol refusa d’y adhérer. En fait, aucun régime stable ne peut être établi au Maroc par une puissance protectrice (pii n’aurait pas la libre dispo-^iliou de Tanger. C’est l’ancienne capitale di()lomati(|ue du .Maroc. c’>-st la porte du •Maroc ouverte sur l’Europe. Refuser Tanger à la France, (jui a la charge du Maroc, ce serait lui refuser la clef de la maison qu’elle babito. Or. justin’ici Tanger est resté en l’état où était tout le .Maroc avant le traité du protectorat. C’est une véritable Babel diplomati(iue où personne ne gouverne, où toutes les intrigues se nouent, oii l'administration est anarchique, oii tous les anciens abus se sont perpétués sous le couvert de.s Capitulai ions et de 1 ,\cte d’Algésiras. Cette situation ne pourrait durer ([u’au grand dommage de Tanger, du .Maroc, de la France et de I Hlurope.

« Pour ces raisons de droit et de fait, la France demande à ses Alliés de reconnaître, chacun en ce ([ui le conccume, qu’après l'abrogation de l’Acte d’.Vlgésiras qui im|)Osait au Maroc l’internationalisation dirigée contre la France, Tanger ne peut plus être soumise, à un régime international. Tanger (j^ni fait partie, en droit du Protectorat de la France, doit être, en fait, rattachée à la zone française. La France ne demande d’ailleurs pas mieux que d’étnd'er l'institution du régime spécial prévu au traité franco-espagnol, régime qui n’aurait rien d’international, mais qui donnerait satisfaction à tous tes intérêts légitimes existant dans cette ville. »

Ce qu’il faut retenir des considérations qui précèdent, c'est que la victoire ouvre au .Maroc d’admirables possibilités d’unilication. Le « Maroc >> est la revendiration essentielle du sultan : elle est la nôtre. Elle est celle (jne coin mandent à la fois l’intérêt du Maroc et celui de notre Empire africain tout entier.

La défaite de l’Allemagne simplifie la question; elle ne la résout pas entièrement.

Il y a là une œuvre à terminer sans beurts et sans froissements. La diplomatie de la France victorieuse a le champ ouvert.

Le rapport de M. Léon Botirgeois. an nom de la Commi-ssion des .VlLiin'S étrangères dn Sénat

(n" 5(52) contient d’abord, à propos dn pacte de la Société des nations, le passage suivant :

Nous espérons aussi (jiie, de même que l’.\ngleterre a obtenu la représentation à l’Assemblée de ses dominions et de ses colonies, nous iditieudrous le même droit. Nos colonies n’étaient pas comme les dominions représentées à la Conférence; elles n’y avaient aucune voix. La France obtiendra, nous n’en doutons pas, dans l’.Vssemblée des nations. la représentation totale à laquelle elle a légitimement droit.

D’autre part, l’éminent rapporteur analyse ainsi les clauses internationales et [tolitiques hors d’Europe :

CIIAI'ITRE IV

Clauses internationales et politiques hors d’Europe.

tWKTIK IV, ARTICLKS IIS V 1 5H OU TK.VITK.

La partie IV du traité de Versailles concerne les droits et intérêts allemands hors d’Allemagne.

De 1880 à 191 1, les pouvoirs publics, le haut commerce, la finance et l’industrie germaniques poiir.-5ui virent par tous les moyens la « Weltpolitik » dont Guillaume avait donné la formule célébré : « Notre avenir est sur l’eau. >.

Il s’agissait de la domination universelle. M fallait, dans toutes les parties du monde, chercher les points d’appui de l’entreprise et les terrains propres à son développement.

L’Allemagne se constitua un domaine colonial en Afrique et en Océanie : elle étendit sa mainmise économiciue sur le .Maroc et l’Egypte, dans le Libéria, le Siam et la Cbine. bille chereba à transformer la Turquie en une véritable colonie allemande, et, pour s’assurer plus sûrement la route du Levant, elle inslalla son influence politiciue et financière eu Bulgarie

fœtte politique, l’abord conciliante ilans ses procédés d’expansion économique et coloniale, se transforma bientôt en une politi(iue brutale de mises en demeure, telles que celle que nous eûmes à subir au Congo et au Maroc.

C’est tout cet é lilice extérieur cpie ruine l’article 118 du traité : « Hors de ses limites en Europe, telles (lu’elles sont fixée' par le présent traité, l’Allemagne renonce à tous droits, titres ou privilèges (pielconques sur ou concernant tous territoires lui appartenant à elle ou à ses alliés, ainsi iiu’à tous droits, titres ou privilèges ayant jni, à quelque litre i(ue ce soit, lui appartenir vis-à-vis des Puissances alli(’‘es et associées. »

L‘>s colonies allemandes.

Les colonies de l’Empire, en 1914, comprenaient, d’une part, une Africpie allemande, avec le Togo, le Cameroun, l’Afrique orientale et l’.\frii|ue <lu Sud-üuest; d'autre part, une Océanie ailemande, avec la Nouvelle-Guinée, les Samoa, les .Marshall, les Carolines et les .Mariannes.

A la veille de la guerre, ce domaine donnait lieu, par an, à un mouvement commercial de 573.3”)4.000 francs, et les capitaux allemands dans les affaires coloniales atteignaient le chilïre de près de 1 milliard t/2.

Trois raillions de kilomètres carrés, une population de douze millions d’habitants échappent désormais à la domination allemande.

On a discuté la légitimité de cette déposession. Les Puissances alliées et associées l’ont justifiée dans leur réponse à la délégation allemande en la représentant comme une |)énalité justement imposée à un Etat responsable de méthodes de colonisation contraires à toutes les lois de l’humanité et contre qui les documents publiés constituent le plus accablant et le plus irréfutable des réquisitoires.

L’esclavage déguisé où les administrateurs allemands avaient réduit les races indigènes ; un système ])énal comportant la bastonnade, la llagellation, institué par des règlements ofliciels pour les moindres infractions aux ordres donnés, ont soulevé l’indignation universelle. Partout où Français et Anglais ont apparu, ils ont été accueillis en libérateurs.

Du reste, les Puissances alliées et associées n’ont pas

RENSEIGNEMENTS GGLONlAtlX

Voulu .s’iinnoxor piirpiiiritt et, simplemeiil ces coioiiies alli-maiiiles.

(](îS terriloires ne sont, pas remis aux Riiissaiiccîs de l’Iùiteiile eu pioiTie pro|)riéle; l'arliclc 22 du l’acle de la Société dos iiatioiis les souiiiel expressément à l’application des principes généraux [>osés pour l’adminislration des pays « habités [>ar des pcmples non encore capables de se diriger eux-nicrnes dans les conditions particulièrement difliciles du monde moderne ». La tutelle do ces populations doit être exercée au nom de la SociiHé des nations par des mandataires choisis parmi les nations développées ([ui sont le mieux à même d'assurer cette responsabilité.

Le traité de paix établit trois sortes ilc mandats, différents « suivant le degré de développement du peuple, la situation géographique du territoire, ses conditions écouonomi({ues et toutes autres circonstances analogues ». Il s’ensuit que certaines communautés qui ap[)artenaient à l Empire ottoman seront soumises à une tutelle puretnenl provisoire, première étape vers une complète indépendance.

En Afriipie centrale, l'état social encore rudimentaire des populations des ex-colonies allemandes exige que le mandataire y assume l'administration, mais toujours à charge d’en rendre compte à la Société des nations.

Seuls, le Sud-Ouest africain et certaines ex-possessions germaniques du Pacifi([ue austral, en raison, soit de leur superficie restreinte, soit de la faible densité de leur population, soit de leur contigu’ité géographique avec le territoire du mandataire, seront — par une troisième sorte de mandat — soumis aux lois et à l'administration du pays mandataire.

Une Commission, qui a tenu déjà un certain nombre de séances, mais qui n’a pas encore terminé ses travaux, doit en soumettre les résultats à la Société des nations. Quelles ([ue soient les limites plus ou moins étroites dans les- (pielles l’action de la Puissance mandataire est appelée, selon les contrées, à s’exercer, il est d’ores et déjà acquis (|iie le statut de la totalité des pays soumis à mandat sera régi par un certain nombre de régies communes, garantissant l’égalité commerciale |)our les ressortissants des Etats membres de la Société des nations, assurant les mesures propres à hâter le développement des races primitives. Les mandataires s'obligent à faire connaître à la Société, par des rap[)orts périodicpies, les progrès obtenus dans les régions placées sous mandat.

Ce sont les obligations ([ui incomberont à la France pour la partie du Togo et du Cameroun qu’un accord avec l’Angleterre doit nous laisser, cl (|u’il lui sera bien facile de remplir, car elle a donne déjà larg(Muent l’exemple de celte politique humaine II siiflil du reste, de rappeler ce ([ii'ont donné d(î dévouement, de vaillance et de lidélité nos belles troupes noires pendant cette guerre de tOrr-l'.MS en reconnaissance de c(^ ((ue la Franco avait généreusement fait pour leur pays.

Si, comme nous en avons l’espoir et la ferme volonté, la Société des nations devient une réalité, si elle exerce rigoureusement le contrôle suprême dont elle est chargée, ce n’est pas l’esprit de conquêtes (jui inspirera les actes des F’uissances mandataires, mais bien l’esprit de civilisation et d’humanité. Et la paix bienfaisante, la paix véritable sera enfin assurée à cet immense continent (|ui a été jusqu’ici trop souvent la proie des conquérants et la source de discordes entre les Etats européens.

Les articles 120, 121, I2'r ne fotil (|ue préciser, pour les colonies, les règles générales itisérées dans les clauses économiques en ce qui concerne les biens, droits et intérêts publics el privés. En résumé, nous y acquérons une partie du Togo et du Cameroun et la reprise des territoires de l’Afri(|ue Eipiatoriale Française ((ue l'accord de toll nous avait obligés à céder à l’Allemagne en compensation des droits acquis au .Maroc. L’.\ngleterre, oti plutôt ses dominions reçoivent r,\frique sud-onest et l’Afrique orientale, les Samoa, la Nouvelle-tluinee et la Non velhi-Zélande.

On a regretté (pie notre part dans l’immense étendue des colonies allemandes d’Africiue et d Océanie n’ait pas été [dus considérable. La France n’a pas de politicjue (le con- ([uête. Ce ([ui lui importait, c’était la consolidation du domaine ([lie ses ex[)lorateurs el ses soldats lui ont acquis

dan.s le [>ass('\ c’etait la reclilication de.s limites de son domaine dans des conditions (|ui en assurent l’umte el le libre dévelop[iemenl.

La France n a [>as (dierché à aller au (hdà de son droit. Rien, dans les dispositions (|iii la concernent, ne peut troubler la conscience de notre (lémocratie.

Le Maroc.

Les articles du traité relatifs au régime du Maroc peuvent se résumer en une proposition : l’Allemagne est désormais exclue du Maroc.

La lutte (|ue, depuis tant d années, nous avons soutenue contre les intrigues el les menées allemandes est terminée. Avec le consmilemenl de tous les peuples alliés et associés, les stipulations du traité s a[)pliqiient, bien entendu, au Maroc toui entier, y coin >ris la zone espagnole el Tanger : le sultan, notre [irotégé, est le sultan du Maroc, et, en l’espèce, nous avons agi comme son représentant direct.

Ce qu’est cette disparition de l’.AIlemagne de la région marocaine, nous n’avons, pour en mesurer l’importance, qu’à rappeler les incidents graves, le.s menées constantes (le nos ennemis, allant jusqu au risque de guerre, à Agadir, à Casablanca.

Tout cela est maintenant le passé.

Les articles lU à 146 détruisent la situation spéciale faite à l’Allemagne par l'Acte d’Algesiras et les accords de 1909 et 1911 : plus d’exterritorialiie. plus de capitulations, pins d'hypothèques ([uelconques, plus de part dans le capital de la Banque d’Etat du Maroc

L article t 't4 fait passer à l’Empire chérifien, sans aucune indemnité, tous les biens et les propriétés de 1 Empire el des Etals allemands, et l’article 146 dispose que les marchandises marocaines bénéficieront, à t’entrée en Aile niagne, du régime appli'pié aux marchandises françaises.

La disparition de l’Allemagne, l’adhésion des grandes Puissances aux articles du traité de V'ersailles annoncent, en outre, pour nous, prochainement, la levée des autres hypothèques internationales qui pesaient jusqu'ici sur notre Protectorat. En effet, la situation internationale du .Maroc va se trouver modifiée, non seulement vis-à-vis des neutres, mais aussi vis à-vis des Alliés. En imposant avec nous à l’Allemagne l’abrogation des traités antérieurs, conclus sous sa pression, ceux-ci renonicent im[dicitemenl aux avantages ([u ils tiraient de ces actes. D’ailleurs, ce qti ils désirent surtout, c’est l égalité eommerciale ; or, ce n’est pas à l’intervention allemande ([u’ils doivent ce régime. |)uis([ue c’est en 1904 (puï nous avons pris des engagemenis à ce sujet vis-à-vis de 1 Angb terre et de rEs[)agne Les Etats-Unis, dans 1 Acte d Algésiras, n’.ml [;as demandé autre chose; et ils s’en sont tenus depuis à ce seul désir. Déjà l’Anglelerre consent à abroger, en ce (|ui la concerne, l’Acte d’ Algésiras dans la zone française. Nul doute que notre diplomatie n’obtienne une renonciation générale.

Il reste encore des questions à régler avec l’Espagne, ce (|ui implique aussi une entente avec l’Angleterre La [dus im[)0rlanle de ces ([ueslions est celle de Tanger. L’attitude de la France a été exposée à la séance du Conseil suprême du 2:1 février dernier, el le gouvernement maintient encore' aujourd hui le texte suivant ([ui la détinit clairement :

« La France demande à ses alliés de reconnaître, chacun en ce (|ui le concerne, ([u’après l abrogation de l’Acte d’AIgesiras, ([ui imposait au Maroc l'interr.ationalisation dirigée contre la France, Tanger ne [)eut plus être soumise à un régime international. Tanger, ([ni fait [lartie. en droii, du Protectorat de la France, doit être, on fait, rattachée à la zone française.

.< La France ne demande d’ailleurs pas nueux (|ue d’étudier rinstituliou du régime S|'écial prévu au traité franco- (ispagnol, régime c[ui n’aurait rien d’international, mais ([ui donnerait satisfaction à tous les intérêts légitimes existant dans cette ville » .

Il y a donc là une œuvre à déterminer, nous n’avons pas besoin de dire dans quel es[H'it.

L Espagne, voisine nécessaire de la France on Euro[)e et en .Afrique, doit être, par là même, nécessairement notre amie. Tout ce qui contribuera au rapprochement de nos deux pays, tout ce qui assurera entre eux. |)ar d’équitables arrangements, le développement des intérêts communs et le resserrement des liens de sympathie, de cordialité mu-

BULLETIN DD COMITÉ DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

tuelle, tout ce (Jui rapprochera les esprils el les cieurs des deux côlés des l’yiahiées coiitrihiiera à sceller dcliiiilivement ce (jiic nous avons déjà ap[>elé la paix incdilerrauéenne. ('.omnie la Belgiiiue. comme l'Ilalie, l’iispagnc forme naturellement av*c la France le bloc des frontières de l’Union latine. L amitié de la France et de l’iispagiie doit être une des bases de notre politi<iue occidentale.

L'Egypte.

Les stipulations que nous venons d'indi(|uer pour le Maroc se retrouvent exactement semblables dans les articles du traité qni se rapportent à l'Egypte.

Le traité de paix annihile tous les efforts faits par l’Allemagne avant la guerre, pour augmenter son inllnence .en Egypte.

L’identité des dispositions prises pour le Maroc et pour l’Egypte est le gage de l’entente parfaite déjà établie entre les (teux grandes puissances de l’Ifsl et de l'Ouest africain et que devra compléter l’accord également indispensable avec nos amis d’Italie.

Ainsi, la paix de l’Africjne tout entière se trouvera pour l’avenir délinitivement assurée et, par surcroît, se trouvera enlin fondée la paix méditerranéenne, que les incidents de la politi(|ue africaine ont si souvent menacée et (|ui ne saurait être troublée sans danger pour l’avenir de toute l’Europe.

Chine, Siam el Libéria. (Art. 128 à 140.)

Les articles 128 à 140 sont ilestinés à supprimer tous les droits et intérêts politi(|ues et économiipies acquis par l’Allemagne en (^bine, au Siam et au Liberia.

En Chine, elle renonce aux avantages (|u’elle avait obte nus par le Protocole signé à Pékin le 7 septembre 1901 et par les arrangements de 1905 et de 1912, au reliiiuat de l’indemnité due à ses ressortissants; elle rétrocède à la Chine les propriétés publiiiues allemandes sises dans les concessions de Tientsin et de Hankéou et ces concessions elles-mêmes, sous réserve des droits de propriété des ressortissants des Puissances alliées.

Au Siam, tous les traités, conventions et accords conclus avec l’Allemagne sont abrogés, y compris les conventions relatives à la juridiction consulaire.

Il en est de même dans le Libéria, on l’Allemagne avait acejuis une situation qui |)Ouvait permettre de considérer ce pays comme une étape sur la route maritime du Cameroun.

Ces documents avaient dit tout ce qu’il fallait dire et l’avaient très bien dit. Aussi la discussion publique du Sénat n’a pas porté sur les clauses coloniales.

RENSEIGNEMENTS DIVERS

Oécorat iims. — Sont promu-, ou nommes dans lu Légion d’iionneur :

Ministère de i.’iNTÉniEUR. — Au grade d’officier : M. Héze, chef du service de- affaires algériennes au minisière.

Ministère des Colonies. — Au grade d'oflicicr : M. Gerbinis, gouverneur des Colonies; au grade de chevalier ; MM. Plantey, administrateur-directeur do la compagnie générale de l’Afriipie française ; Philippe Millet, rédacieur colonial au Te»ips; Charles Mourey, publiciste colonial, collaborateur de \' Afrique française ; Aynina Seck, interprète principal en Afrique occidentale.

Ministère des Affaires ÉrRANoÊRES. — Sont nommés : au grade d'oflicier M. Michaux-Bellaire, chef de la Mission scientili(|ue du Maroc; au grade de chevalier : MM. René Moulin, membre du Comité du Maroc, Bontoux, agent général de la Compagnie des Messageries maritimes en Egypte; Piazza, directeur de l’enseignement en Tunisie ; Mocqueris, ingénieur en chef du Bône-Guelma.

A'oiiiinations — M Gaden, administra'eur en chef de 1” classe des colonies, a été nommé gouverneur de 3® classe des colonies, pour continuer à exercer les fonctions de commissaire

du gjuveniement général de l’Afrique Oc.-identale Française en territoire civil de la Mauritanie

Sont nommés gouverneur.s de fr* classe, MM. Lucien Fourneau et Auguste Brunet ; de 2* classe, M. René Fournier.

BIBLIOGRAPHIE

La Bataille du Maroc, par Louis Bartiiou, de l’Académie française; un vol. iii-lG de 120 pages. — Edouard

Champion, 9. quai Malatiuais.

M. Louis Barthou a visité le Maroc, au printemps de cette année, et en a rapporté cette étude qui a paru d’abord dans la Revue de Paris. Nos parlementaires aiment à visiter le Maroc. Nous nous en félicitons. L'équipe île ceux qui ont vu le Maroc est déjà respectable dans l’unt' et l’autre Chambres. 81 nous ne nous trompons, elle comprend au Sénat : MM. Chastenet, Becker-David, Paul Doumer, Herriot, Lucien Hubert, Ordinaire, Réveillaud ; et à la Chamiire : MM. Barthou, Bergeon, René Besnard, Bluysen, Bouge, Boussenot, Chassaing, Cosnier, Paul Beschanel, Dutreil, Flandin, Long, Messimy, Mignot-Bozérian, Perreau- Pradier, Houlleaux-Üugage, Henry Simon, André Tardieu, Viollette. Et saiLS doute nous en oublions. Souhaitons que la liste s’allonge encore dans la prochaine législature. Tout visiteur devient, en effet, un ami de plus pour le Protectorat et peut-être les parlementaires sont-ils particulièrement les bienvenus en te moment où ils peuvent dire des choses justes sur l'agitation sociale, économique el même quel<|ue peu électorale à laquelle le Maroc n'a pas plus échappé que le reste du monde.

L’étudede M. Barthou est courte, claire et lumineuse.

Dans la première partie il fait à grands traits l’histoire de la bataille marocaine, bien connue de nos lecteurs, mais qu’il n’est pas mauvais de rappeler de temps en temps au grand public ; .« La France ne sait pas, écrit justement l’ancien président du Conseil, toutes les batailles qu elle a gagnées. C’est ainsi que la bataille du Maroc lui est inconnue. Pourtant le Maroc a eu sa bataille, une âpre elrude bataille, que la guerre de 19U avait trouvée engagée et qui dure encore. L'armistice du 11 novembre 1918 n'a interrompu les hostilités sur aucune partie du front marocain. » En quelques pages, l’histoire de guerre du Maroc est bien résumée à la gloire des officiers et des .soldats qui, sous le haut commandement du général Lyautey, ont gagne la bataille du Maroc.

La seconde partie est consacrée à faction politn|ue et économique sous le titre : « Un Protectorat qui protège. » C’est l’exposé de toute la politique liabile et prévoyante qui, à côté de l’action militaire, a sauvé, pacifié et agrandi le Maroc, politique du sourire, maintien du progrès économiqua, renforcement de l’autorité du Sultan et du Makhzen, politique d’attraction des grands caïds, politique indigène, lutte pour la conquête des positions commerciales de l’Allemagne et de l’Autriche, etc.

M. Louis Baiihou termine ainsi :

« Sur sept ans d’une administration heureusement continuée pendant quelques mois par l’habile intérim du général Gouraud, le général Lyautey' a subi, sans parler de sa guerre propre, quatre ans d’une guerre continentale qui a, de toutes façons, pesé lourdement sur le Maroc. Combien de projets ont été ajournés, diminués ou sacrifiés! Avec la paix tout va reprendre et se développer, refleurir et revivre. L’heure est venue d’un plus grand libéralisme et d’une place plus large faite à la représentation élective. Nul ne comprend et n’admet mieux que le Résident général cette nécessité.

« Aidé par une feinme admirable, dont seule une discrétion respectueuse m’mterdil d; louer en détail l’œuvre bienfaisante, qui lui vaut la gratitude publique et une émouvante popularité, le général Lyautey a le sens social. Si tout dans notre temps ne lui plaît pas au même degré, il n’en est pas moins de son temps, qu’il sait comprendre, et de son pays, qu’il a servi superbement. Le Maroc est son œuvre et c’est lui, vraiment, qui l’a donné à la France Quand la France saura tout le prix de cette conquête, elle appréciera la contribution magnifique que la bataille du Maroc a apportée à sa victoire. Elle saura aussi que la libération du Maroc, arraclié à 1 emprise allemande et .iégagé des entraves du traité de 1911, est une des clauses les plus heureuses, dont les conséquences peuvent à peine se mesurer, du traite du 28 juin 1919. Le Maroc est, pour tout dire, l’un des plus importants facteurs de l’avenir de la France. »

Le Gérant J. Legrand

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