‹ Renseignements coloniaux et documents (volume 5)Chapitre 114 sur 123 · RÉGIMENT D’INFANTERIE COLONIALE DU MAROC · texte numérisé non relu

RÉGIMENT D’INFANTERIE COLONIALE DU MAROC

Son historique depuis août 1914, bien que peu connu du grand public, est une suite ininterrompue de prouesses qui forcent l'admiration.

Aussi le généralissime, commandant les armées françaises, arbitre indiscutable en matière de bravoure, a-t-il tenu à consacrer solennellement aux yeux du monde entier les mérites de cette phalange de héros.

La remise de la double fourragère aux couleurs de la Légion d’honneur et de la Croix de guerre lui a été faite le 10 décembre, à Mulhouse, par le président de la République, au cours de sa première visite à la grande cité industrielle d’Alsace.

Après la*revue des troupes de la 2® division marocaine présentée par le général Modelon, le chef de l’Etat, accompagné de M. Clemenceau, président du Conseil, ministre de la Guerre, des présidents de la Chambre et du Sénat, du général de Boissoudy, commandant la 2e armée, se plaça devant les tribunes. Des centaines de jeunes Alsaciennes, portant le costume traditionnel et ayant pour coiffure le grand nœud de ruban piqué de la cocarde tricolore, formaient une rampe fleurie derrière les personnages officiels.

Au milieu des ovations et de l’émotion générale, le lieutenant-colonel Modat présenta le glorieux drapeau du Régiment d'infanterie coloniale du Maroc, portant à sa hampe la Croix de la Légion d’honneur et neuf Croix de guerre avec palmes.

« Je vous apporte, dit le président de la République, les félicitations et la reconnaissance de la France. »

Et pourtant cet insigne collectif d’honneur décerné seulement aux corps des troupes qui ont été cités neuf fois à l’ordre de l’armée était déjà insuffisant pour marquer sur la poitrine de ces

Supplément à V Afrique Françoise de décembre 4918.

BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

poilus incomparables le nombre de leurs vîc- l’épopée coloniale, la richesse des lauriers moistoires. sonnés tour à tourdans les rizières de l’Indochine,

La conquête de positions redoutables qui barraient à nos bataillons frémissants les défilés de l’Argonne et où ils ont pu abattre la bête fauve aux abois, a en effet, donné lieu à une nouvelle récompense pour le Régiment d’infanterie coloniale du Maroc (ou R. 1. C. M., appellation sous laquelle il est désigné par les états-majors).

A son drapeau vient d’être accrochée une dixième palme. Le R. I. C. M. se .classe ainsi en tête de l'armée française avec sa grande fourragère, bien qu'en raison des circonstances du moment ou par une omission involontaire les titres incontestables acquis par lui à la bataille de la Marne en 191 i, alors qu'il appartenait à la lre division marocaine (citée à l’ordre de l’armée), à Ypres en 1915, à Vaux en 1910, au Chemin des Dames (avril-septembre 1917), soient restés dans l’ombre et ne lui aient pas valu 1 attribution des chevrons particuliers qu’il a mérités.

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A l’encontre de ce que pourrait faire supposer sa dénomination, le Régiment d'infanterie coloniale du Maroc n’est pas composé d’indigènes de nos protectorats de l’Afrique du Nord. 11 ne comprend aucun élément des anciens tabors chérifiens ou des bataillons noirs de l'Üuest africain qui ont si largement payé à la métropole le tribut de leur fidélité et de leur reconnaissance pour notre œuvre civilisatrice. Son contingent est uniquement constitué d’hommes originaires des diverses régions de la France : Rretons, Méridionaux, Parisiens, Lorrains, Basques, Corses, Catalans, enfants de toutes nos provinces y voisinent.

Mais dans les poitrines un même ékin d’amour de la patrie fait battre les cœurs à l’unisson.

Provenant de tous les régiments de notre armée coloniale, officiers ou simples troupiers du R. I. C. M. ont spontanément compris la grandeur de la tâche qui leur était dévolue de ce fait.

Héritiers du lourd héritage des traditions glorieuses des marsouins, ils se devaient à euxmêmes de se montrer les dignes émules de leurs devanciers de la vieille infanterie de marine et de soutenir la réputation des glorieux soldats qui, depuis plus d’un demi-siècle, ont fait flotter fièrement nos trois couleurs sous toutes les latitudes.

Ils ont surpassé les prouesses de leurs devanciers.

Certes la valeur de l’immense empire que les marsouins ont donné à la France avaiA semblé jusqu’ici chimérique à bien des esprits et il a fallu la guerre de 1914-1918 pour faire ressortir l’appoint de nos produits coloniaux pour le ravitaillement de la métropole et 1 étendue des ressources en hommes résultant du recrutement des indigènes de nos possessions.

Mais précisément le caractère fabuleux de

la brousse de Madagascar, les savanes soudanaises, les écrasantes forêts équatoriales ou les inhospitalières régions sahariennes avaient déjà rendu populaires les épaulettes jaunes des marsouins qui s’étaient jadis illustrés à Bazeilles, Inkermann et l’Alma.

Reconnaissant les qualités d’endurance morale des troupes qui ont la mission de défendre les intérêts de la France outre-mer, ne devait-on pas craindre néanmoins que cette spécialisation n’eût précisément pour résultat de détourner l’armée coloniale de la préparation à la guerre européenne qui allait être déchaînée par des nations de proie ? Ses chefs, absorbés parles soucis inhérents aux difficultés de la vie matérielle sous les tropiques, par l’application des principes de colonisation dont nous sommes redevables à Bugeaud, pouvaient-ils se tenir au courant des innovations apportées dans l’armement et la tactiqué’? Les unités éparpillées dans les postes éloignés, souvent isolés par l’absence des moyens de communication, seraient-elles susceptibles de participer avec fruit à des manœuvres auxquelles devaient coopérer des masses qu’aucun général n’aurait songé à commander il y a quarante ans?

Bref, les qualités que l’on se plaisait à reconnaître aux formations ayant pris part aux campagnes coloniales seraient-elles suffisantes pour leur permettre de faire bonne figure à côté des régiments métropolitains entraînés régulièrement aux grandes manœuvres annuelles?

Les événements ont surabondamment démontré que les qualités d’endurance morale de l’armée coloniale trouvaient leur utilisation sur les champs de bataille européens et que ces craintes étaient injustifiées.

La pléiade des grands généraux que la guerre a révélée comprend une notable proportion de coloniaux qui ont brillamment commandé nos armées.

JoflTe, Gallieni, Gouraud, Mangin, Humbert, Gérard, etc., sont des noms devenus familiers à la lecture des communiqués qui, quatre ans durant, ont fait tressaillir nos âmes d’admiration et d’espoir confiant.

Sous l’égide de tels chefs, ses régiments ont élevé à l’armée coloniale un monument impérissable constitué par la liste copieuse de leurs citations, si bien qu'on se demande lesquels par leur ardeur et leur ténacité sont les plus dignes des autres, des chefs ou des soldats.

Sans aucun doute la vie menée par nos coloniaux ne leur avait pas permis de s’enfermer dans un cadre rigide de doctrines et déréglés théoriques découlant .de l’étude de la précédente guerre franco-allemande, des campagnes de Mandchourie ou des Balkans.

Au contraire, par leur existence même, ces hommes élaient poussés à l’indépendance et à

RENSEIGN ËMENTS CO LONIA UX

l’action personnelle qui semblaient inconciliables avec la discipline générale indispensable à la conduite de la guerre.

Mais par contre, mieux que tous autres, les coloniaux étaient imprégnés des principes delà pure tradition militaire française dont ils pouvaient mesurer dans une application quotidienne les mérites et les défauts.

Obligés de faire face à tous moments à des difficultés nouvelles surgissant inopinément, ils ont été fortement trempés par des épreuves de toutes sortes, ont développé leur énergie latente et acquis la souplesse d’esprit et une puissance d'adaptation qui sont l’essence et les caractéristiques de nos meilleures qualités militaires.

Les étapes parcourues par le Régiment d’in fanterie coloniale du Maroc démontrent que ce dressage d’avant-guerre a été en définitive pour les chefs et les soldats de l’armée coloniale une excellente préparation au combat moderne.

Le R. I. G. M. synthétise, mieux quetous autres corps, l’armée coloniale, car il a été constitué en août 1914 à l’aide de bataillons déjà sur pied de guerre et détachés au Bled-el-Makhzen parchacun de nos il i vers régiments coloniaux pour la conquête de l’Empire chérifien, lequel était alors le seul champ de bataille ouvert à l’activité de nos soldats.

Le R. I. G. M. fut donc dès «es débuts un régiment exclusivement composé d’officiers et de soldats coloniaux de carrière, expression vivante de l’arme à laquelle ilestfierd’appartenir.

Les sacrifices ultérieurement imposés, les vides cruels qui en ont résulté ont amené plus tard dans son sein des éléments neufs dont les visages n étaient pas hàlés par le soleil des tropiques, mais les forces insufflées dans le creuset où ils étaient plongés avaient vite transformé les benjamins à tel point qu’il n’était plus possible de les discerner de leurs anciens.

Quel fut le fluide qui permit de transformer ainsi des poilus semblables aux poilus des autres régiments et de maintenir au même niveau la valeur du R. I. G. M. ?

L’exaltation à un degré suprême de l’esprit de devoir et de sacrifice, la vision de tous les instants du but à atteindre, le culte des morts et une fraternité de rapports entre officiers-et soldais qui n excluait pas une stricte disci pli ne, mais avait pour conséquence au combat une confiance réciproque absolue entre le commandement et la troupe.

En un mot le R. I. C. M. a puisé ses forces dans un labeur ininterrompu, sa conviction inébranlable en la victoire finale et la volonté des survivants de venger les camarades morts pour la France.

Pour apprécier le rôle du R. I. C. M. au cours des hostilités, il n’est pas nécessaire de narrer les péripéties de tous les combats auxquels il a participé. ,

Ce serait vouloir écrire l’histoire de la guerre, car partout où il y a eu à lutter, il fut de la fête et à la place la plus périlleuse.

Quelques-unes des pages héroïques écrites du I sang de scs poilus suffisent largement à mettre en ! lumière la valeur de ce corps délite-

Première bataille de la Marne.

Sous les ordres du lieutenant-colonel Pernod, le régiment d’infanterie coloniale du Maroc débarque à Cette le 17 août 1914. Avec le reste de la division marocaine placée sous le commandement du général Humbert, il est dirigé aussitôt sur la Belgique.

Mais, la bataille de Charleroi a modifié les plans du commandement et le R. 1. C. M. reçoit mission de protéger la retraite commencée en s’établissant sur la ligne Signy-l’Àbbaye-la-Fosse à-l’Eau.

L’enthousiasme des marsouins n’a pas été entamé par les revers de notre armée en Belgique. Les hommes sont sûrs d’eux et dès le premier contact avec l’ennemi, ils révèlent des qualités qui les placeront au premier plan.

Suivant les principes de tactique qui, appliqués en 1918, auront raison de la dernière ruée boche

O1 üerigoin Cel AloJal

Gal Modelon Aumônier Baujard

I.F. nRAPF.AU DU RÉGIMENT n’iNKANTF.RIE COLONIALE UU MARoP (Photographie prise le 14 novembre 1918, à l’entrée en Alsace reconquise sur la route deFerrette.)

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vers Compiègne, ils manœuvrent et attaquent les colonnes qui progressent, au lieu de les attendre de pied ferme.

Les officiers entraînent les sections en chantant et dans un magnifique élan le R. I. C. M. bouscule sur 1 .500 mètres de profondeur le boc,he qui se croyait sûr de lui-même.

Les jours suivants la lutte reprend acharnée sur les lignes successives fixées par nos généraux. Le 31 août 1914, le régiment décimé, sacrifié au salut de l'armée, ne comprend plus que l’effectif d’un bataillon, lorsqu’il organise la défense du Châtelet, mais il n’est pas disloqué.

Aussi les troupes teutonnes , malgré leurs avions et leurs patrouilles de uhlans, viennentelles à nouveau se briser sur les bai'ricades défendues avec une farouche résistance, comme une mer qui déferle sur les rochers.

Sous un bombardement terrible, le Châtelet est en feu. Le Ilot envahisseur submerge ses défenseurs. L’ordre est donné au R. I.C. M. de battre en retraite. Comment le pourrait-il, étant presque cerné?

Pour donner le change, une section sort des tranchées pilonnées par les obus et avec une abnégation incroyable se rue sur le hoche. Pendant ce temps, avec calme, ce qui vit encore se retire section par section, par l’étroit goulot encore praticable, passant aux derniers défenseurs qui vont mourir toutes les cartouches qui ne sont pas tirées.

Quoi de plus émouvant que la conduite de ces héros inconnus, dignes de leurs pères à Bazeilles, qui un par un se sont sacrifiés, pour que leurs camarades blessés ne tombent pas aux mains de l’ennemi !

La journée du 4 septembre marque la fin de ce calvaire.

Le R. I. C. M., jeté en avant-postes aux marais de Saint-Gond, maintient en échec les troupes impériales qui le 7 sont contraintes de rebrousser chemiq,.

Les pertes subies, les fatigues sont oubliées à la vue du butin pris, des prisonniers faits. Les forces morales sont décuplées et les poilus sont galvanisés par le succès.

La poursuite implacable commence.

La division marocaine dont le R I. C. M. fait partie est citée à l’ordre de l’armée, à la suite de la victoire de la Marne.

Ces épreuves ojjt achevé de tremper les âmes du petit noyau qui va infuser aux renforts nécessaires à la reconstitution du R. 1. G. M. le culte sacré des morts et la volonté de les venger.

Batailles de Lassigny et de Mametz-Montauban.

Armée de Castelnau

Cependant le 4e bataillon du R. I. G. M., jusqu’alors en réserve, avait été mis à la disposition de la brigade marocaine Savy pour participer aux

opérations engagées sur le flanc droit de l'armée allemande qui occupait Lassigny.

Le 22 septembre 1914, l’attaque générale est déclenchée.

Avec une fougue admirable les poilus s’élancent sous un feu d’artillerie des plus violents.

La voie ferrée est dépassée, les premières tranchées sont enlevées.

Malheureusement les régiments voisins n’ayant pu progresser, la situation du 4e bataillon devient intenable : 130 tués, 308 blessés, presque tous les cadres tombés. Tel est le bilan de l’attaque.

Afin de ne pas sacrifier inutilement des vies humaines, le commandant Leduc donne l’ordre de se reporter à l’alignement des éléments des autres unités de l’armée où le R. I. G. M. organisera son secteur.

La boue, les inondations, l’absence d’abris, la difficulté des relèves, un froid rigoureux, tout semble accumulé par la nature pour dresser des obstacles à l'existence des soldats habitués aux climats torrides.

Bref, ce sont les souffrances supportées stoïquement par tous nos poilus pendant l’hiver 1914-1915.

En décembre 1914, le régiment d’infanterie coloniale du Maroc est brusquement appelé par le général de Grandmaison à renforcer la 330 D. R. dans la grande offensive sur les positions ailefriandes ae Mametz-Montauban.

D’innombrables réseaux de fils de fer, des feux nourris de mitrailleuses avaient antérieurement arrêté l’élan admirable des troupes de la 53e D. R.

Le 17 décembre à 16 heures et le lendemain matin, 2 compagnies du 6e bataillon du R. I. C. M. étaient enlevées successivement à l’attaque des tranchées du cimetière de Mametz.

En vain leurs chefs payèrent-ils de leur personne, la chair des poitrines ne peut lutter contre le fer.

Arrêtées à quelques mètres des réseaux, les compagnies engagées furent réduites à creuser une tranchée sous un feu violent.

Le 20, les 4" et 9' bataillons reçurent l’ordre de reprendre l’offensive par surprise sur la lisière est de Mametz.

Bien que l’attaque fût éventée, les clairons sonnent la charge. Le commandant Ayasse entraîne la compagnie de tête et s’empare de la première tranchée.

Les mitrailleuses ennemies couvrent le terrain découvert d’une nappe de projectiles et causent de grosses pertes dans les rangs.

A la cote 210, l’attaque est arrêtée par un blockhaus puissant.

A 9 h. 45, l’ordre arrive de reprendre l’attaque qui est préparée par un tir de nos 75.

Dans un sursaut d’énergie, les débris des compagnies s’élancent. Bientôt on ne voit plus que des isolés qui s’avancent, mais tombent sous un feu impitoyable, jusqu’au moment où le commandement renonce à cette offensive.

Les pertes avaient été terribles : 19 officiers

avaient été tués et la compagnie Boutet ne comptait plus que 20 hommes.

Or, il est une tradition touchante, née sur la terre ensoleillée d’Afrique, qui veut que les marsouins n'abandonnent pas les corps de leurs chefs aux profanations de l’ennemi. Aussi malgré les fatigues du combat et la mitraille, vit-on les vaillants poilus du 4e bataillon aller pieusement recueillir sur le champ de bataille les restes de ceux qui les avaient jusqu’alors conduits sur le chemin de l’honneur, leur donnant cette ultime marque de respectueuse estime.

Une telle précaution n’était d’ailleurs pas inutile, puisque, lorsque les boches réoccupèrent leur tranchée, leur premier soin fut de mettre sur le parapet les blessés français qui n’avaient pu être enlevés par nous.

Cette lutte épique autour de Mametz avait coûté au R. 1. C. M. 25 officiers et 745 soldats tués ou blessés et lui valut sa première citation personnelle à l’ordre de l'armée de Castelnau, citation qui a été suivie de tant d’autres aussi glorieuses les unes que les autres.

Ypres

Détachement d'armée de Belgique [général Putz).

Au début du printemps 1915 le régiment d’infanterie coloniale du Maroc est dirigé à l’Ouest de Saint-Pol comme troupe de choc de la 152e D. I. en vue d’une offensive projetée à l’Est d’Arras.

Mais les événements modifient les plans du commandement et ce beau régiment est envoyé à Ypres, pour renforcer nos alliés britanniques qui résistent avec courage aux attaques répétées des armées des Flandres.

Ypres doit être dégagé à tout prix.

Le commandant Runser et le capitaine Guérini reconnaissent le terrain de l’attaque. Ce dernier frappé mortellement, la cuisse gauche arrachée, dicte stoïquement ses ordres et ses dernières volontés avant de se laisser emporter.

A 13 heures, le 27 avril, le signal de l’attaque est donné. Les marsouins, alignés comme à la manœuvre, enflammés du désir de venger leurs camarades tombés, font preuve d’une bravoure qui arrache aux témoins des cris d’admiration.

Soudain, alors que les premières vagues sont à peine à 50 mètres de la ligne ennemie, après un sifflement prolongé sur tout le front, un léger brouillard s’élève de la ferme Mortelje. De couleur jaune verdâtre, il roule lentement. Essoufflés par leur course, les poilus aspirent le gaz chloré et à demi-asphyxiés tombent foudroyés.

Le boche, félon à toutes les clauses de la convention' de la Haye, a mis à contribution ses laboratoires de chimie pour annihiler- par des procédés barbares et infernaux des troupes dont il craint de ne pas avoir raison avec des armes loyales.

Malgré les souffrances, les compagnies placées en soutien, bien que plus ou moins intoxiquées,

n’abandonnent pas leurs postes de combat.

En dépit des tirs de barrage et des rafales de 105 et 210, l’attaque est reprise le lendemain vers les lignes de sacs à terre et les chevaux de frise qui abritent l’ennemi.

Les vagues progressent par bonds, décimées par un feu très violent d’artillerie et de mousqueterie; les trois bataillons se portent sur la ferme Mortelje qui est conquise de haute lutte.

Le 30 avril presque tous les officiers sont tombés. L’artillerie allemande arrose copieusement les premières lignes et les mitrailleuses « maxim » qui n’ont pas été détruites gênent considérablement la progression.

A 18 heures nos clairons sonnent « en avant », mais peu après nos vaillants poilus sont arrêtés par un nuage de gaz qui fait échouer l’attaque.

En trois jours le R. I. C M. a perdu en tués et blessés 1.041 hommes dont 30 officiers.

Ordre lui est alors donné de se replier sur la lisière sud de la ferme Mortelje et d’y tenir le secteur.

Par des attaques partielles répétées et qui durèrent jusqu’à fin mai, le régiment harcèle l’ennemi et lui donne l’impression qu’une offensive peut être déclenchée en Flandre d’un jour à l’autre. Il retient ainsi des régiments qui eussent été utilisés sur d’autres fronts (1).

En septembre, il participe aux combats devant Arras, à l’offensive du 25 septembre à Vailly, relève les Anglais après la prise de Loos et tient ensuite secteur à Nieuport, jusqu'au moment où il est engagé dans la bataille formidable dont la forteresse de Verdun est l’enjeu.

Les actions d'éclat de nos troupes dressant autour de cette citadelle un mur d’airain contre lequel seront brisées les hordes du Kronprinz ont acquis à l’armée française une renommée universelle.

Dans cette épopée qui restera comme un monument de l’esprit de constance et d’abnégation qui anima nos combattants, le B. I. C. M. a apporté à l’édifice les pierres imposantes qui ont noms de : Vaux, Fleury, Donaumont, Louvemont.

Verdun.

Armées Nivelle et Guillaumat.

Vaux. — Le 3 juillet 1916, le fort de Vaux, commandé par le chef de bataillon Raynal, est à l’agonie.

Une brigade de marche composée du Régiment d’infanterie coloniale du Maroc et du 2e zouaves est formée pour le débloquer.

Elle est transportée le 6 à Houdainville. Le 7 au soir, le R. 1. C. M. arrive dans le secteur de Tavannes au P. C. Carrières, où se trouve le général Hirsohauer.

(1) Le Méro, soldât de lre classe. Dans la nuit du 4 mai 1915, a fait preuve d’extrême bravoure et de la plus grande énergie en allant enlever à 8 mètres de la tranchée allemande le corps d’uû de ses camarades. A persisté dans cette entreprise périlleuse jusqu’à réussite complète. (Citation).

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La violence des tirs de contre-préparalion, le nombre des voitures qui circulent sur tous les chemins font que la plupart des guides se perdent et que les zouaves ne rejoignent pas à temps.

Il n’y a comme préparation d’artillerie, en dehors des tirs violents d’artillerie de campagne qui ont lieu jour et nuit, que quelques coups de 155 tirés sur le fort.

L’imprécision des positions françaises et allemandes ne permet pas de faire davantage

Bien que seul parvenu sur les positions, le R. I. C. M. s’engagera de suite. Le 321" R. I. qui devait être relevé le soutiendra le cas échéant (1).

Le 8 juin à 4 heures, l’attaque se déclenche

Les compagnies qui ont pour objectif le fort arrivent à la gorge et engagent la lutte à la grenade avec l’ennemi qui est dans les fossés.

Mais elles sont bientôt décimées par les mitrailleuses placées sur la superstructure du fort.

Malgré la rapidité exceptionnelle avec laquelle l’attaque a été organisée, le R. I. C. M. est arrivé six heures après que le commandant Raynal se fût rendu et au lieu de trouver des troupes amies dans le fort, il est en butte aux rafales des boches.

Dans le bataillon du centre, sept officiers sur huit tombent. Les compagnies sont réduites à moins de 25 hommes. Il en est de même à droite et les sections doivent s’organiser sur l'emplacement où elles sont clouées par les mitrailleuses et un bombardement continuel d une violenee inouïe. L’ennemi attaque jour et nuit, mais est repoussé avec des pertes énormes.

La souffrance des défenseurs est affreuse. Les ravitaillements font presque défaut. Les lignes de trous individuels, la piste qui conduit aux premières lignes sont jonchées de morts.

Le 18 lorsque le R. 1. G. M. est relevé, pas un pouce de terrain n'a été abandonné. Le régiment a perdu 1.137 hommes dont 23 officiers, mais le moral de tous est resté sublime.

Malgré la gloire du fait d’armes accompli, Vaux étant resté finalement aux mains ennemies, le R. I. G. M. ne put bénéficier d’une citation à l’ordre de l’armée malgré la proposition ultérieuie du général Hirschauer.

Il devait bientôt conquérir une autre palme.

Fleury. — Le village de Fleury vient d’ètre pris par l’armée allemande qui menace ainsi

(1) Le moral des hommes fut superbe. Les citations suivantes en donnent une idée :

Malvy, Louis, caporal. « Sous an bombardement d’artillerie et une fusillade nourrie, a donné le plus bel exemple à ses hommes le 8 juin 1916 en criant : « En avant, à la baïonnette, il faut faire « voir aux Boches que ce sont les marsouins qui moment à « l’assaut. »

Aymé, Georges, capitaine. « Officier d’une énergie et d’un sangfroid exceptionnels. N’a pas hésité, pour exalter le moral de ses hommes avant un assaut, à monter sur le parapet de la trarichi e pour les haranguer. Le 8 juin 1916, blessé grièvement, a néanmoins conservé le commandemrnt de sa compagnie pendant deux |onrs dans un élément de tranchée où le ravitaillement était reifSu impossible par le feu des mitrailleuses et un bombardement continu. » •

directement la citadelle de Verdun. Il est indispensable d'aveugler la brèche qui se forme.

Le 8 août 1916 le R. I. C. M. est chargé de cette mission.

Se heurtant aux centaines de cadavres allemands qui emplissent les trous d’obus, les marsouins traversent la nuit le terrain où vient de se dérouler la bataille de Souville et relèvent le 134e régiment d’infanterie au Sud-Est et à l’Est de Fleury.

Deux lignes de trous d’obus à peine reliés, trois ou quatre abris, véritables charniers, constituent le seul système de défense des troupes françaises.

Le ravitaillement en munitions, vivres et matériaux est presque impossible, aucun boyau ne relie les premières lignes à l’arrière.

Au milieu de ce champ de carnage les hommes se mettent vigoureusement à l’œuvre, sous un marmitage continuel.

Pendant que les uns enterrent les morts pour rendre respirable l’atmosphère, les autres creusent jour et nuit et poussent en avant deux parallèles aux approches du village.

En dépit de la résistance des grenadiers ennemis, qui disputent le terrain pied à pied, le bataillon Doualin occupe bientôt la corne est de Fleury.

Sur l’ordre du général Mangin, l’assaut général résolu pour le 17 août se déclenche à 18 heures.

Au chant de la Marseillaise et de l’hymne de l’Infanterie de marine, les hommes s’élancent à l’assaut de la poussière de moellons qui seule subsiste des maisons.

Le commandant Doualin est tué sur le parapet. • Par un sanglant combat de détail qui se prolonge très avant dans la nuit, le 4" bataillon [lénètre très profondément dans le village.

A gauche les vagues d’assaut du bataillon Alix, enlevées par le capitaine adjudant-major Alexandre, traversent un barrage d’artillerie formidable arrachant des cris d'admiration aux observateurs du fort de Souville.

Elles descendent irrésistibles le ravin de Fleury, massacrent à coups de grenades et de F. M. la garnison boche, dépassent même l’objectif fixé et doivent être ramenées à l’arrière sur les positions prévues par le commandement.

Une demi-heure après le début de l’attaque plusieurs centaines de prisonniers allemands étaient expédiés à l’arrière.

Néanmoins le coin est du village est resté entre les mains de l’ennemi et l’infanterie allemande qui contre-attaque avec acharnement, cherchant à déborder les marsouins, pourrait y trouver une base de départ.

Malgré les ordres du commandement, le R. I. C. M. refuse alors d’être relevé pour achever son œuvre. Le 18, le 8e bataillon réalise cet objectif, enlevant de haute lutte les derniers retranchements qui sont aussitôt retournés vers le Nord.

Les pertes sont lourdes: 13 officiers, 530 soldats ont été tués ou blessés.

Le chef de bataillon Doualin commandant le

bataillon est tombé face à l'ennemi. Le 21, lorsque le général Joffre passe la revue des braves du i* bataillon, celui-ci ne compte plus que deux officiers.

Le R. L C. M., cité à l’ordre de l’armée, reçoit la fourragère aux couleurs de la Croix de guerre (1).

Douaumont. — A peine descendu de Fleury, le R. I. C. M. apprend avec enthousisme qu’en raison de son héroïque conduite, le commandement lui réserve la tâche glorieuse d’enlever le fort de Douaumont. Aussitôt commence une préparation minutieuse où chacun étudie son rôle.

Le combat sera mené sans répit pour l’adversaire. Les trois bataillons Modat, Croll, 'Nicolaï, disposés en profondeur, se relayeront successivement en tète pour asséner plus sûrement des coups de boutoir irrésistibles.

Le 22 octobre 1916, le régiment gagne ses positions d’attaque à la tète du ravin des Vignes, un peu en arrière de la crête glaiseuse qui entre Thiaumont et Fleury marque la ligne de départ.

Le terrain est détrempé par les pluies, les boyaux et tranchées sont parsemés de mares fangeuses où les hommes s’enlisent.

Sous un ciel gris, le terrain affreusement marmite offre l'aspect d’un paysage lunaire, tandisque sans discontinuer lacanonnade fait rage.

Hypnotisés par la vue du fort qu il s’agit d’arracher aux schwobs et qui apparaît imposant dans les éclaircies de brume, les marsouins attendent impatiemment l’heure de l’attaque générale.

Le 21, jour fixé, un premier combat s’engage pour repousser le boche qui a pris pied dans la tranchée de première ligne, puis à 11 heures 10 au signal de son chef, le 4e bataillon se dresse hors des parapets glissants et s’enfonce dans le brouillard et la boue.

Le spectacle est impressionnant.

Au milieu du crépitement des mitrailleuses, des éclatements de grenades, des silhouettes d’hommes apparaissent en files, chargeant dans la brume et brisant les résistances acharnées des groupes ennemis.

Après une progression de plus d’un kilomètre, le 4* bataillon atteint son objectif. Les 2/5* de son effectif, 10 officiers dont le commandant Modat, sont hors de combat.

A 14 heures commence la 2r phase de la manœuvre. Le 1er bataillon Croll doit contourner le fort de Douaumont à droite, le 8e bataillon

(1) Deux citations dépeignent'ces soldais :

Thépauut Jean-Marie, soldat de lre classe. « Vieux soldat de carrière. Le 17 août 1916, chargé d’un fusil-mitrailleur, s’est élancé arec la première vague à l’assaut du village de Fleury. A fait preuve d’un courage et d’une initiative remarquables en se laçant face à un blokhaus d’où était dirigé un feu intense sur le anc de notre attaque. Chevalier de la Légion d’honneur. » Pinault, soldat. « Le 17 août s’est élancé bravement avec la première vague à l’assaut du village de Fleury. S’est porté au delà de l’objectif aux côtés de son capitaine grièvement blessé et est resté pour le défendre à moins de 90 mètres d’une tranchée ennemie. N’est rentré dans la position organisée qu’après avoir assuré le transport de son chef. »

Nicolaï l'aborder de front. Les patrouilles de tête arrivent sur les fossés, au moment où le rideau de brouillard se déchire.

Profitant de l'ahurissement de la garnison, le capitaine adjudant major Dorey enlève la compagnie de tête du 1er bataillon et malgré le chaos du terrain s’établit sur les superstructures du fort qu’il franchit dès que le 8e bataillon est en position d’abordage.

Indifférents au pilonnage de l’artillerie adverse, fusiliers, grenadiers, lance-flammes ont bientôt fait d’annihiler les nids de résistance. Un avion aux couleurs tricolores plane au-dessus de Douaumont, consacrant la victoire.

A 19 heures commence l’attaque du sous-sol qui s’achève à 20 heures par la reddition du commandant du fort et de nombreux prisonniers.

La forteresse est entièrement entre les mains des marsouins et sa nouvelle garnison commandée par le commandant Nicolaï ne lâchera pas sa proie.

La croix de la Légion d’honneur avec une autre palme est décernée au drapeau du R. 1. C. M. qui a accompli sa tâche sans souci des sacrifices que celle-ci a entraînés et qui se chiffrent par 852 tués ou blessés, dont 23 officiers (I).

Louvemoni . — La délivrance des forts, bien qu’ayant solidement affermi la position de Verdun, doit cependant être complétée par l’élargissement du cercle de fer qui les entoure.

En décembre 1916, le régiment colonial du Maroc reçoit donc l’ordre de participer à la nouvelle bataille qui va clôturer la série des combats épiques qui se sont déroulés pour la défense du principal pilier angulaire de notre ligne de résistance du front nord-est.

Les marsouins attaqueront le ravin d’Heurias adossé à la fameuse côte du Poivre et s’empareront du village de Louvemont.

L'opération fut exécutée avec succès, grâce à la • valeur de la troupe et des cadres.

Le 15, à 10 heures, les bataillons Nicolaï et Modat, suivis par le bataillon Croll, s'élancent à l’assaut dans uue boue argileuse sans se laisser arrêter par les feux de mitrailleuses.

Devant le camp d'Heurias, qui ne communique avec Louvemont que par un col étroit garni de tranchées et de fil de fer, la lutte est violente.

Le commandant Nicolaï y trouve la mort glorieuse digne de ce valeureux soldat.

A gauche, le bataillon Modat déborde audacieusement le col et enlève au pas de course le village qui est entièrement conquis à 11 heures.

“A 13 heures, le bataillon Croll pousse en avant.

(1) Le premier marsouin qui entra à Douaumont fut le capora Barranger, André Quant au commandant Nicoi.aï, Pierre, il fut l’objet de la citation suivante : « Officier supérieur d’une grande valeur et d’une remarquable bravoure personnelle. A la tête de son bataillon est entré dans le fort de Douaumont après une lutte opiniâtre pendant laquelle il a eu à chasser l'ennemi de plusieurs positions organisées. Officier de la Légion d’honneur. Premier commandant d’armes du fort de Douaumont. »

BULLETIN DU COMITÉ DE L’AFRIOUE FRANÇAISE

A droite, les batteries atteintes sont détruites par une de nos compagnies, tandis qu’au Nord- Ouest une contre-attaque boche est arrêtée net.

Le régiment, qui a perdu 765 hommes tués ou blessés, dont 23 officiers, a capturé, au cours du combat, 815 prisonniers valides, 23 mitrailleuses et pris ou détruit 26 canons et un nombreux matériel.

Il avait bien mérité la fourragère aux couleurs de la médaille militaire qui lui fut décernée après cette victoire.

Le 16 janvier 1917, le R. I. C. M. quitte l’armée Guillaumat, qui avait triomphé des efforts désespérés de l’armée allemande, en vue de faire tomber la citadelle de Verdun. Il est alors rattaché à la 6* armée commandée par le général Mangin qui, au début du printemps, va prononcer une attaque de large envergure, sur laquelle de grands espoirs sont fondés.

Chemin des Dames.

Armée Mangin.

Ailles-Hurlebise-Cerny . — Le 15 avril 1917, le régiment passe les ponts de l’Aisne et va occuper le secteur d’Ailles au fameux Chemin des Dames.

Bien que destiné, dans l’esprit du commandement, à être utilisé à l’exploitation de la percée, les circonstances font qu’un rôle moins brillant lui est échu.

Les armées du kronprinz ébranlent par des coups répétés les solides positions organisées par les Français sur la crête qui sépare l’Ailette de l’Aisne. Il est pour nous d’un intérêt majeur de déjouer les projets de l’adversaire et de conserver en nos mains ce boulevard précieux où nos troupes pourront trouver des places d’armes propices à une offensive ultérieure.

Pendant trois mois, le R. I. C. M. s’y emploie sans répit, se mesurant avantageusement avec les meilleures troupes allemandes, notamment dans d’incessants combats à la grenade.

Malgré les pertes qu’il inflige aux marsouins, l’ennemi ne peut entamer les tranchées du plateau d’Ailles, qui sont âprement défendues.

Les posftions étant consolidées, le commandement demande, le 6 mai, au régiment d’enlever l’éperon du Monument qui menace les anciennes tranchées prises aux Allemands à Hurtebise.

Après une marche d’approche en plein jour de plusieurs kilomètres, le 1er bataillon qui gst chargé de l’opération arrive à 17 heures dans la parallèle de départ.

Un dépôt de grenades incendiaires et offensives qui s’y trouve, éclate en ce moment, causant la mort affreuse d’une trentaine d’hommes. L’horreur du spectacle n’arrête pas les compagnies, qui, officiers en tête, se ruent sur les grenadiers de la Garde prussienne, défenseurs du Monument, et

les bousculent. Sans trêve, pendant trois jours, les marsouins luttent un contre quatre.

Sous le commandement du capitaine Vallée, insouciants du bombardement auquel ils sont soumis, par des contre-attaques acharnées, ils se maintiennent sur le terrain conquis, reprenant les corps des leurs tombés sous les coups des grenadiers de la Garde prussienne, qui subissent de leur côté des pertes terribles.

Le mois suivant, le R I. C. M. doit également rétablir la situation compromise à l’Est de Gerny, où nos tranchées sont l'objet d’attaques méthodiques des Stosstruppens. Sous un bombardement inouï, dans un terrain bouleversé, une brillante contre-attaque menée par la compagnie Rusca, fait payer cher aux Wurtembergeois les avantages remportés antérieurement.

Ce fut au cours de ces combats que le soldat Cauchois, bien que blessé, mais décidé à venger ses camarades, se lança isolément à l’attaque. II reprit seul à la grenade une tranchée momentanément perdue et finalement eut la joie, en succombant, de voir les coloniaux solidement établis auprès de lui.

994 tués ou blessés, dont 21 officiers, marquent l’àpreté des combats soutenus par le R. I. C. M. au cours de cette période de défensive active qui allait être bientôt suivie d’un coup de massue formidable asséné à l’ennemi.

La Malmaison.

Armée Maistre.

Le commandement suprême ayant décidé de mettre Soissons à l’abri des entreprises allemandes, il est fait encore appel au R. 1. C. M. pour procéder à la conquête périlleuse des positions formidables qui protègent'le fort de la Malmaison occupé par les Allemands.

Au cours d’une préparation à l’arrière, qui peut être citée comme un modèle, tous les détails de l’opération furent minutieusement réglés et chaque poilu instruit de son rôle.

Le 23 octobre 1917. jour fixé pour l’attaque, le R. I. G. M., sous le commandement du lieutenantcolonel Debailleul, est à sa place dans les tranchées de départ, où il subit des pertes sévères par suite d’un tir d’anéantissement de l'ennemi avisé de l’imminence du combat. Le commandant Alix est tué.

Le régiment est encadré par le 4e zouaves et le 4e mixte. Il a l’ordre d’encercler et de réduire les carrières de Bohéry, d’enlever le plateau de la Malmaison, à l’Ouest du Fort, puis d’occuper dans la vallée de l’Ailette, la ligne : « Briqueterie de Ohavignon-Ferme-Many ».

L’opération présente de très grosses difficultés.

Les carrières de Bohéry s’étendant sur 800 mètres de largeur et 300 mètres de profondeur constituent en effet un labyrinthe de défenses qui paraissent inexpugnables avec leurs cavernes profondes.

Aussi le régiment a-t-il pris un dispositif inusité pour les faire tomber

En tète les deux demi-bataillons Fillaudeau marcheront sur les carrières et les encercleront. Ils seront débordés par la droite et la gauche par les deux demi-bataillons Alix qui les suivent ; ceux-ci doivent se ressouder ensuite pour marcher sur le fort de la Malmaison, après un changement de direction à angle droit.

Le bataillon Croll marchera en soutien et se portera ensuite sur le mont des Tombes.

Les troupes réussissent pleinement cette.manœuvre difficile, bien qu'ayant dû se diriger à la boussole dans un terrain très accidenté et ayant combattu au début en pleine nuit.

En quelques heures les carrières sont enlevées de haute lutte. Les tranchées de la Carabine, de la Danse, le boyau du fort sont pris. Une contreattaque débouchant du bois de la Garenne est arrêtée net.

A 9 h. 15, le bataillon Croll passe à son tour en tête et franchit la crête de la tranchée de la Danse, en butte aux tirs des mitrailleuses et de l’artillerie allemande. Les officiers tombent successivement, si bien qu’au Bois des Pilleries il ne lui reste plus que son chef de bataillon, son adjudant-major et deux sous-lieutenants sur 17 officiers.

Mais l'enthousiasme et l’énergie des hommes sont tels que la marche continue sans arrêt, les mitrailleuses boches sont prises. Après avoir protégé le débouché des troupes engagées dans les bois, le l"r bataillon atteint la vallée de l'Ailette .

Grâce à la valeur intellectuelle et morale des officiers et des hommes, le R. I. C. M. a remporté une fois de plus un succès hors de pair.

Fait remarquable dans l’histoire de la Guerre, le 1er bataillon a marché sans officiers, ceux-ci étant tombés dès le début, etcependantles hommes de chaque unité, comprenant d’eux-mêmes la manœuvre à faire, l’ont exécutée malgré tous les obstacles.

C’est le plus bel éloge qu’on puisse faire d’une troupe. Nos ennemis s’inclinèrent eux-mêmes devant les prodiges accomplis.

« Vous aussi vous êtes la Garde », déclara le soir de la bataille un officier de la Garde du Kaiser fait prisonnier, tandis qu’il montrait la fourragère jaune à 1 épaule d’un marsouin.

Plus de 700 hommes et 27 officiers avaient été tués ou blessés.

En revanche, le R. L>C. M. avait fait 950 prisonniers valides dont 14 officiers de la Garde prussienne, pris 19 pièces d’artillerie dont 12 de 150, 36 * mitrailleuses et un matériel important.

Il avait largement mérité la citation à l’ordre de l'armée qui lui fut décernée.

Bataille de l Oise.

Armée Humbert.

Plessier-de-Roye. — Les suprêmes combats qui se sont déroulés en 1918 devaient donner au

régiment d’infanterie coloniale du Maroc l’occasion de moissonnera pleines brassées des lauriers nouveaux.

Le 21 mars 1918, la situation est critique.

Sous la poussée çle forces très supérieures, le front des Alliés cède. Il faut à tout prix barrer la route à l’envahisseur qui tâche de dissocier les armées franco-britanniques.

Le 26, le R. I. C. M., embarqué en hâte en camions autos dans la région d’Epernay. débarque le lendemain à l’Ouest du bois de Res^pns, sur la route d'Abbeville à Compiègne.

La ville est dévastée par les bombardements d’avions. Les habitants ont dû fuir.

Les cuisines roulantes sont à la traîne, les hommes éreintés n'ont pas mangé. N’importe, le devoir commande d’aller de l’avant.

Coûte que coûte, les marsouins iront à Giry et sans délai occuperont la ligne de Cany-Plessier, de- Roy e.

Pendant que les trois bataillons prennent position, l’ennemi se rassemble lui-même non loin de là. Tous sont électrisés par l’approche du combat.

Du côté français, presque pas d’artillerie, mais l’ennemi, par suite de la rapidité de sa marche, dispose également de peu de canons.

Et puis le marsouin ne craint personne ; il a pris Douaumont, vaincu la garde prussienne au Chemin des Dames, il vaincra encore !

Le 28, un violent bombardement précurseur de l’attaque commence. L’ennemi progresse sur la rive droite de la Matz et des éléments français refluent vers l’arrière. Malgré la disproportion des forces adverses, une manœuvre audacieuse va sauver la situation.

Le bataillon Fillaudeau se jette dans la lutte et contre-attaque sur la gauche qui est découverte jusqu’à Roye.

Le bataillon Dorey se précipite à Roye. Le capitaine van Vollenhoven prend le commandement de la défense du village.

Le bataillon Reboul se porte au Bois du Gui.

11 était temps, car l’ennemi attaque en masses profondes le bataillon Fillaudeau.

La compagnie Rusca se cramponne à la ferme Larroque qui estla clé des débouchés sud de Cany. Les Boches renouvellent attaques sur attaques qui atteignent leur point culminant le 30 au matin.

Les vagues d’assaut succèdent aux vagues d'assaut, mais elles se brisent sur la ferme Larroque, véritable bloc de granit, où le flot ennemi ne mordra pas.

Jamais les marsouins ne lâcheront cette ferme qui a reçu le nom de leur colonel pendant la première bataille de Lassigny et qui symbolise pour eux le souvenir sacréd un passé plein d'honneur.

A 9 heures, l’ennemi est à quelques centaines de mètres de Gury.

La confiance des poilus n’est pas ébranlée par les tirs de mitrailleuses qui fauchent de tous côtés, en avant, à droite et à gauche.

« Qu’ils viennent par devant ou par derrière, dit à ce moment tragique un marsouin, qu’est-ce que cela fait, on tape toujours dedans. »

BULLETIN DU COMITÉ DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

Avec une audacieuse rapidité de conception, le lieutenant-colonel Modat décide de contreattaquer.

Le colonel a une telle confiance en scs hommes qu'il n’hésite pas à laisser ses bataillons sans réserves; tout le monde sera engagé sans exception, tout le monde se battra avec un entrain, un héroïsme qui n'auront jamais été égalés!

Les premiers soldats du monde vont se surpasser. Ils vaincront leurs ennemis vingt fois plus nombreux, ou mourront sur place!

Le 30 au soir, à 17 b. 30, un bataillon formé sous le commandement du chef de bataillon Reboul se lance à l’assaut avec acharnement, franchit les murs du parc de Plessier-de-Rove, envahit les sentiers et taille en pièces les Allemands qui grouillent comme des rats.

Vingt-cinq minutes après, les objectifs sont' atteints, la nuit vient, le silence se fait dans le parc sinistre où les arbres dépouillés se dressent comme des gibets.

Et à travers ce paysage de mort et les pelouses où le sang ruisselle, nos patrouilles s’infiltrent, se reliant à droite aux troupes qui ont chassé le Boche à l’autre extrémité du parc.

La victoire est complète, les Allemands sont refoulés vers Lassignv où ils sont harcelés toute la nuit par les marsouins.

Les mots manquent pour exprimer la beauté de cette lutte épique, aussi bien que l’ardeur et la foijpatriotiques qui ont animé ces soldats dépourvus de vivres, mais fiers de leur volonté inébranlable.

« L’est avec le sourire que les ordres ont été donnés, c’est avec le sourire qu'ils ont été exécutés », rend compte le lieutenant-colonel Modat, commandant le régiment.

La maîtrise des combattants fut telle que le 1 1 avril les pertes s’élevaient seulement à 160 tués ou blessés, dont 6 officiers.

Pourtant 785 prisonniers valides, 50 mitrailleuses, plus de 1 .000 fusils constituèrent le trophée de cette opération du Plessier-de-Roye.

Encore faut-il y ajouter la délivrance de 03 soldats français, cernés le 21 mars, et les pertes considérables de l’ennemi qui laissa plus de 400 cadavres dans le seul parc.

La fourragère rouge décernée au R. 1. G. M., à la suite de cette allaire, ne pouvait être mieux placée.

« Si je n'avais eu au Nord de la poche formée par l’assaut boche de vieux soldats de cette trempe, écrivait, le 30 mars, le général Pellé, je ne sais si nos affaires ne se seraient pas gâtées (1). »

(1) La bataille du Plessier-de-Roje engagée sur l'initiative du régiment lut un succès q i eut une grande répercussion. Officiers et hommes s'y conduisirent tous avec le plus beau courage dont les citations ci-dessous, choisies au hasard, permettent d’apprécier la valeur.

Alexandre, Alfred, capitaine. « Officier d’une bravoure légendaire. Le 28 mars 1918, au cours d’une contre-attaque, a exalté le courage de ses troupes par son héroïque exemple et son admirable mépris du danger, i entraîné magnifiquement le» unités qui montaient à l’assaut et les a conduites aux objectifs désignés. Blessé très grièvement. Officier de la Légion d’honneur. »

S tiret, Marcel, 5e compagnie. « Soldat d’une bravoure éprouvée. Chargé d’une mission périlleuse en plein combat et blessé en

Mont de Choisy.

Année Ilumberl.

L’accalmie est de courte durée. Au début de mai, le 1L I. C. M. est envoyé entre Oise et Aisne en prévision de l’attaque que l’on sent imminente.

Le 30 mai, nos premières lignes abandonnent Varesnes et Pontoise. La 55e D. L, menacée d’étre tournée sur son liane, doit se replier sur la ferme des Loges-Nampcel et l’ennemi s’infiltre dans les bois de Cuts.

À 23 heures, le R. 1. C. M. reçoit l'ordre d'aller fermer l’intervalle qui s’esf formé entre Gaines et Nampcel. Le bataillon somali qui lui est adjoint occupe le mont de Choisy.

Couverts par leurs avant-postes, les bataillons üardenne et Fillaudeau prennent leurs emplacements, gardant chacun un front de près de 2 kilomètres.

Au point du jour, les mitrailleuses entrent en action; le fond de Noyon, le fond Pelletan, sont le théâtre de luttes acharnées, où les adversaires vont jusqu’aux corps à corps. C’est là que l’aspirant Ranimer succombe héroïquement en forçant l'admiration de l’ennemi.

Bien que le colonel ait envoyé sur la ligne de feu toute sa liaison, le front est tellement tenu qu’il risque d’être percé.

Deux compagnies du 4® mixte sont alors mises à la disposition du B. I. C. M. qui, pour décongestionner le bois de Nampcel, exécute une contreattaque de nuit.

L'élan de l’ennemi est brisé et notre attitude agressive lui en impose.

Le 2 juin, après un bombardement massif d’explosifs et de toxiques, le bataillon somali qui ne compte plus que 150 fusils doit abandonner le mont de Choisy et se replier sur Caisnes où il est soutenu par le bataillon Dorey.

Le 4 au soir, après un marmitage violent, l'assaut est donné par l'ennemi. Fauché par nos mitrailleuses et nos F. M., les stosstruppens tournoient et se replient, poursuivies par les marsouins qui capturent 4 mitrailleuses et des prisonniers.

Grâce à sa ténacité, le R. I. C. M. a fermé la porte qui avait été ouverte par l’ennemi.

Pendant ce temps, la compagnie Larcelet qui avait été prêtée à la 76e brigade barrait net le chemin du mont à Lagache, faisant éprouver de sanglantes pertes aux Boches et leur prenant 5 mitrailleuses et des prisonniers (1).

cours de route, a dompté sa souffrance pour accomplir sa tâche. Blessé une deuxième fois au retour, a montré un courage héroïque en se traînant auprès de son capitaine pour lui rendre compte de sa mission. »

(1) B. semble que la gravité de la situation ait eu pour eflet direct de rehausser le moral des hommes. On ne peut que s’incliner devant les soldats qui méritèrent ces citations :

Nouvel, Pierre, sergent. « Vieux marsouin, guerrier de métier, modèle de bravoure. Pendant douze heures avec sa demi-section a arrêté l’infiltration d’un ennemi très supérieur en nombre. » Allard, Théodore, sergent. « Sous-officier remarquable d’audace et de sang-froid, joignant à un splendide courage une haute conception du devoir. Le 28 mai 1918 a commandé une section de

Tracy-le-Val. — Le 10, la bataille à l’Ouest fait rage. Les Allemands progressent le long de la vallée de l'Oise et tournent la gauche de la 38° division.

A 20 heures, le repli général est décidé sur les lignes de Traçy-le-Val.

Ce fut une stupeur sur tout le front du régiment qui devait reculer alors qu’il tenait solidement.

La rage au cœur, les colonnes du R. L C. M. s'écoulent silencieuses dans la nuit après que l’artillerie eut vidé ses dépôts ou les eut incendiés et que le génie eut fait sauter les routes minées.

Pas une cartouche, pas un blessé, pas un' mort ne sont laissés à l’arrière. Deux hommes tués au cours du repli sont emportés sur plusieurs kilomètres par leurs camarades déjà surchargés.

Une marche rétrograde de plus de 5 kilomètres s'effectue posément sous un bombardement violent et à la barbe de l’ennemi. Le 11 au matin, celui-ci se heurte à de nouvelles lignes établies au Nord de Tracy-le-Val et qu’il ne peut aborder.

Nuit par nuit des tranchées sont creusées, des réseaux de fils de fer sont plantés et,, lorsque le 13 juillet suivant l’heure de la relève sonne, le R. I. C. M. remet à ses successeurs une position solide. *

Au cours de cette période très dure, il a perdu 7 officiers et 3S9 hommes tués ou blessés.

Offensive du 18 juillet à octobre 1918.

Armée Mangin.

Parcy-Tigny . — Malgré la lassitude de la troupe, ces soixante jours de contact avec le Boche ne lui vaudront pas de repos. La machine allemande s’ébranle formidable sur le front de Champagne. L’heure est angoissante.

Du chef au plus humble soldat, un même cri s'élève : attaquer !

Le salut du pays exige de ces hommes d’une trempe rare un nouvel effort surhumain qui doit changer la face de la guerre.

Dans lalnuit du 16 au 17, le régiment repart et gagne la forêt de Retz.

Le 17, le R. L C. M. reçoit l’ordre d’attaquer à Longpont, en direction de Fèrc-en-Tardenois, par Vauxcastille, Moulin-de-Villers Hélon, Parcy-

TiBny*

Les bataillons Dorey, Fillaudeau et Marcaire sont échelonnés en profondeur.

L’attaque doit avoir lieu par surprise.

Le 18 juillet à 4 h. 35, le bataillon Dorey tombe en coup de foudre sur l’ennemi stupide d’effroi. Collant au plus près du barrage roulant, il bouscule les résistances et traverse le bois du Mausolée. Les hommes, ayant de l’eau boueuse jusqu’aux aiselles, franchissent le rû de la Savière sans se

mitrailleuses, quia infligé des pertes énormes à l'ennemi, combattant jusqu’à épuisement complet de ses munitions et destruction de son matériel Refusant de se replier, encerclé, a succombé au cours d’une lutte inégale, forçant l'admiration de l’ennemi. »

soucier des tirs de plein fouet des 105 allemands et enlèvent la voie ferrée située sur l’autre rive. A 5 h. 20 le premier objectif est déjà atteint.

A 6 h. 41, la marche en avant est reprise. Les compagnies' Scaronne et Larcelet font de nombreux prisonniers, dont un état major d’artillerie, et prennent plusieurs canons.

Moins d’une heure après, la ferme de Montrambœuf est encerclée et tombe entre les mains du 1er bataillon qui, avec une maîtrise et une fougue incomparables, a accompli sa mission.

Le bataillon Fillaudeau, malgré un tir de barrage très violent qui lui a causé des pertes, s’avance alors pour franchir la ligne. Il est 8 h. 5, la compagnie Rusca s’engage avec son audace coutumière. Ainsi que les compagnies Dessendié et Rossi, elle est soumise à un feu de mtrailleuses terrible.

L progression ne peut s’effectuer par le plateau découvert qui est battu de tous côtés. Une quinzaine de braves parviennent cependant à s’infiltrer sur les pentes boisées au Nord du Moulindes-Comtes, où ils capturent des mitrailleuses et sont bientôt rejoints par lé reste de la V compagnie.

11 est 15 heures, au marmitage boche s’ajoutent des concentrations de tir de 75 et 155 français en avant et sur la droite.

Qu’importe ! Il faut reprendre à tout prix la marche en avant.

Le lieutenant-colonel Modat donne l’ordre au bataillon Marcaire soutenu par le bataillon Dorey de passer les lignes et de progresser sur Parcy- Tigny.

Le mouvement s’effectue avec décision, en dépit des tirs d’interdiction extrêmement violents et des rafales des mitrailleuses invisibles dans les blés mûrs.

L’avance est lente, car l’ennemi, qui est renforcé, combat farouchement. Néanmoins, la liaison est établie avec le 4° mixte à gauche et, lorsque la nuit tombe, le R. I. G. M. n’est plus qu’à 600 mètres du village à conquérir.

L’opiniâtre pression des marsouins a porté ses fruits.

Après une nuit sans répit pour les Allemands la résistance des Boches a en effet considérablement diminué et un bataillon du 8° tirailleurs, mis à la disposition du R. 1. C. M., parvient à Parcy-Tigny d'où il ne peut cependant déboucher.

Une contre-attaque apparaissant imminente en direction de Tigny qui est fortement occupé par l’ennemi, le bataillon Dorey appelé à la rescousse fait face au danger.

A 19 h. 30, l’attaque générale reprend en direction de Contremain afin de couper à l’armée allemande la route de Chàteau-Thierry-Soissons.

Le bataillon Dorey s’accroche résolument à l’ennemi et le contraint à céder malgré sa supériorité numérique et la violence de plus en plus grande des feux de mitrailleuses.

Les pertes sont cruelles. Tour à tour toutes les compagnies du P' bataillon, auxquelles s’ajoute la

BULLETIN DU COMITÉ DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

compagnie Sautet, sont engagées. A 21 heures, la conquête de l’objectif fixé est assurée, malgré une contre-attaque déclenchée par des troupes fraîches massées à Hartennes et Taux.

Le lendemain 20 juillet, le R. I. C. M. relevé est retiré de la bataille.

Il avait perdu 23 officiers et 731 hommes, capturé 825 prisonniers, 24 canons, 120 mitrailleuses, un matériel très important et réalisé une avance de 8 kilomètres.

Enfoncé comme un coin dans l’armée ennemie, le régiment d'infanterie coloniale du Maroc a fait preuve en ces journées d’une valeur morale qui, jointe à ses qualités de manœuvre, lui valurent une nouvelle citation à l’ordre de l’armée.

Les pertes éprouvées ne devaient pas l’afTaiblir, car ceux des siens qui tombent ne meurent pas. Ils vivent dans ceux qui restent et qui viendront!

Le R. I. G. M. a une vie profonde, enrichie chaque jour d’une hérédité continue de sacrifices et d'exemples.

Inclinons-nous devant ces morts, héros inconnus dont la mémoire restera impérissable : le capitaine van Yollenhoven, gouverneur général des colonies, tombé au milieu des frères d’armes qu’il a choisis (1), le capitaine Dessendié, dont la noble figure de guerrier restera légendaire* et tant d’autres...

Leur sang est la semence des nouvelles victoires vers lesquelles va voler le R. I. C. M.

Lombray-Gizeaucourt.

Armée Mangin.

Le 11 août, le régiment colonial du Maroc est à proximité de la forêt de Laigle où il attend le moment de l’attaque.

Le 19, ses bataillons Fillaudeau, Marcaire et Dorey, échelonnés en profondeur, sont en place et attendent l’heure du départ sous un copieux arrosage d’ypérite et d’arsine.

Devant eux se profile nu et plat le plateau qui s’étend de la ferme des Loges au bois des Cayeux. Au delà sont les villages de Lomhray, Gizeaucourt, Gournay, Bourguignon, puis les champs et bois qui conduisent à l’Ailette.

L’ennemi attend l’attaque, mais qu’importe !

L’affaire est courue, classique : rupture et manœuvre alerte, simple, qui ne s’attarde pas.

Le R. I. C. M. s’enfoncera gaillardement comme

(1) Le bulUtin a déjà publié un article nécrologique relatant l’œuvre accomplie par le regretté gouverneur général van Vollonhoven au cours d’unç carrière très remplie.

Sa dernière citation à l’ordre de l’armée témoigne qu’il fut, aussi bien dans l’administration coloniale qu’au combat, homme du devoir et un chef dans* toute l’acception du terme.

Vait Vollemioven, Joost, capitaine. « Officier d’une valeur et d’une vertu antiques, incarnant les plus belles et les plus solides qualités militaires. Mortellement frappé le 19 juillet 1918 au moment où électrisant la troupe, par son exemple, il enlevait une position opiniâtrement défendue. A placer au rang des Bayard et La Tour d’Auvergne et a citer en exemple aux générations futures ayant été l’un des plus brillants parmi les plu* braves. »

un fer de lance dans les flancs ennemis, entraînant à travers la plaie sanglante les voisins de gauche et de droite.

En un mot, avance de 14 kilomètres qui brise, tourne et emporte en un tourbillon tous les obstacles dans la pleine lumière et sous les rayons ardents du soleil d’été.

Le 20 à 7 h. 10, le 2e bataillon débouche derrière le barrage roulant et en un clin d’œil enlève la première ligne allemande, ses mitrailleuses de secteur, 4 canons de 77 et balaye le plateau.

A ce moment, le capitaine Reaufrère, qui remplace le commandant Fillaudeau, tué glorieusement d’une balle à la tête, oriente la manœuvre le long des pentes boisées du bois des Cailleux qui est purgé des Roches tassés dans les creutes.

Rivalisant d’initiative et de vitesse, les compagnies de tête s’infiltrent au delà de Lombray, abattant mitrailleurs et artilleurs ennemis sur leurs pièces.

A 12 h. 15, Gizeaucourt est à son tour débordé. Les éléments avancés du R. I. G. M. précèdent de 2 kilomètres les régiments voisins.

Cette manœuvre type, réalisée sans hésitation, vaut au 2e bataillon d’être cité à l’ordre de l’armée sur le champ de bataille par le général Mangin.

L’ennemi, qui a regroupé des forces, bat furieusement le ravin de sès mitrailleuses et de ses canons.

Le bataillon Marcaire, soutenu par le bataillon Dorey, attaque à son tour. Après une marche extrêmement pénible, Gournay est atteint. Pied à pied le terrain est âprement disputé par les Allemands qui se montrent actifs. Entreprenants, ils déroulent sans trêve leurs bandes de mitrailleuses et lancent des escadrilles d’avions qui bombardent nos premières lignes.

Le 21 à 16 heures, le bataillon Dorey passe à son tour en tête et franchit la ligne à la lisière nord de Gournay.

La progression est bloquée au débouché des bois dans la plaine herbeuse qui s’étend devant Rourguignon.

Sur ce billard, les groupes qui s’infiltrent sont la proie des mitrailleuses ennemies.

Deux épais Saint Chamond cuirassés sont derrière, mais ils n’ont plus d’essence. Avec la nuit, nos mouvements forcent l’adversaire à battre en retraite et le 22 au matin le bataillon Dorey ayant dépassé Rourguignon nettoie le bois de Fèves des groupes ennemis qui l’infestent.

La liaison, parfaite entre le R. I. G. M. et l’artillerie qui l’appuie, permet alors de déclencher automatiquement le tir de nos pièces sur la ferme de la Capelle, blockhaus admirablement situé qui bat 600 mètres de terrain découvert.

Précédé de deux demi-sections en patrouille de combat, le bataillon en entier file en colonne par un à l’abri d’une rangée de pommiers qui le masque, et enlève la ferme.

Malgré la chaleur accablante, il convient de gagner l’ennemi de vitesse pour empêcher la destruction des passages sur le canal de l’Ailette à l’Oise. La compagnie Gaudeau atteint son objec-

tif sans coup férir et pousse des éléments sur l’autre rive de l’Ailette.

La compagnie Brie livre un combat meurtrier, capture 4 mitrailleuses et subit un feu intense de minens qui tue son chef aux abords du canal.

Le 23 août après une avance de 14 kilomètres, le R. I. C. M. avait perdu 347 tués ou blessés, dont 16 officiers.

Par contre il avait fait 1.027 prisonniers valides dont 24 officiers, capturé 20 canons, 8 minenwerfers et 76 mitrailleuses, et était cité à l’ordre de l’armée Mangin.

Crécy au-Mont

Armée Mangin .

Le B. I. C. M. glisse alors sur la droite pour appuyer les deux autres régiments de la division qui attaquent en direction de Crécy-au-Mont. Le 30 août il bouche un trou qui s’était formé entre le 29 tirailleurs marocains et le 4e tirailleurs algériens en les soutenant vigoureusement.

Enfin le 2 septembre, le bataillon Marcaire soutenu par le bataillon Dorey reçoit l’ordre de forcer le canal de l’Aisne à l’Oise, puis l’Ailette et d’occuper le bois de Monthizel à l'Ouest de la voie ferrée de Laon.

L’opération commence à 16 h. 30. Sur trois passerelles deux en mauvais état sont réparées tant bien que mal par le génie.

Le canon de 37 et nos mitrailleuses musèlent plusieurs mitrailleuses ennemies, tandis que les 10e et 9° compagnies progressent vers le canal en formation diluée. Elles le franchissent rapidement et enlèvent les bois de Monthizel et de la Binette malgré un violent bombardement d’obus toxiques.

Les objectifs fixés aux bataillons Marcaire et Dorey sont tous atteints vers 21 heures et lorsque le lendemain le Boche contre-attaque, il est arrêté rapidement sur nos premières lignes.

Le 4 septembre le R. I. C. M. peut céder une place nette au 122e régiment d’infanterie pour aller en Champagne se livrer à de nouveaux exploits.

Offensive de Champagne.

Butte du Mesnil. — Gratreuil.

Armée Gouraud.

Le 19 septembre 1918 le régiment d’infanterie coloniale du Maroc est à pied d’œuvre dans les environs de Valmy. Les effectifs ont été complétés par les cléments nouveaux qui ne sont peut-être pas suffisamment amalgamés. Bah! les anciens montreront la route aux camarades et tous ensemble tiendront à honneur d'être dignes du glorieux Colonial mutilé qui commande l’armée de Champagne.

Gouraud a jadis fait venir en Erance le régiment. Il connaît sa vieille réputation manoeuvrière ; le R. I. C. M. justifiera la confiance que le général a placée en lui.

Le morceau à enlever est important. Il s’agit de s’emparer de la butte du Mesnil, de franchir la Dormoise, de conquérir le plateau de Gratreuil et de pousser sur le plateau de Marvaux, au delà de l’Alin.

Les vallées de la Dormoise et de l’Alin forment de larges bandes marécageuses dues aux pluies et aux inondations artificielles.

Sur le plateau le terrain est nu et découvert. C’est un lacis inextricable de tranchées et de réseaux, d’ouvrages de toutes espèces s’étendant sur une profondeur de plus de 8 kilomètres.

Désorganisations souterraines sont nombreuses, car le Boche s’est incrusté dans le sol depuis quatre ans. Dans la butte du Mesnil même existe un tunnel à plusieurs sorties.

En outre, les troupes ennemies qui font face ont été précipitamment renforcées de la 41e division amenée d’Alsace, car les Allemands ne veulent à aucun prix lâcher leurs lignes puissantes.

Après une brève préparation d’artillerie le régiment s’ébranle le 25 septembre à 5 h. 23, ses trois bataillons en profondeur.

La bravoure légendaire du commandanl Dorey dont le bataillon est en tête, l’impulsion qu’il a toujours su lui donner sont un sûr garant du succès.

Il fait encore nuit noire, la fumée épaisse, le terrain bouleversé, les tirs de mitrailleuses rendent la progression très pénible.

A 6 h. 50, le brouillard se lève peu à peu et la tranchée d’Odessa s’estompe à 300 mètres solidement défendue par le Boche.

A travers les fils de fer barbelés, les explosions du barrage allemand, les colonnes par un des marsouins filtrent souples et légères, s'étalent et se referment sur les nids de résistance, rampent, bondissent et crèvent les lignes ennemies, capturant de nombreux prisonniers.

A 6 heures, la butte du Mesnil est nettoyée et la tranchée de Perthes entre les mains du bataillon Dorey, qui selon son habitude a enlevé d’un seul élan la position ennemie.

30 mitrailleuses, 200 prisonniers valides sont entre nos mains.

Le bataillon Alexandre dépasse alors le 1er bataillon, bien que n’ayant pas eu le temps matériel de se regrouper, et il pousse résolument en avant sans se soucier des rafales de mitrailleuses.

La compagnie Rusca, très en pointe, colle au barrage roulant et après avoir bousculé des nids de mitrailleuses fait irruption dans le Freiburger Lager, où il surprend la garnison enterrée dans des abris. Renforcé par le détachement de liaison Potard et payant d’audace, le capitaine Rusca

BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

nettoie les abris et capture ainsi 2 bataillons entiers avec leur état-major.

Après s’être fait reconnaître par nos avions, il poursuit alors le nettoyage jusqu’à hauteur de Ripont et, laissant quelques patrouilles devant le front du 2e tirailleurs marocains, pique à l’Ouest.

La progression du restant du 2e bataillon est très lente et très pénible. Les compagnies, qui doivent filtrér homme par homme sous un leu intense de mitrailleuses, se trouvent à 16 heures au nord de la rivière de la Dormoise.

Après un arrosage d’artillerie qui pourchasse les nids de mitrailleuses adverses, l’attaque des tranchées de la Limace est entreprise. Le capitaine Rusca, en prenant pied dans la première parallèle, est blessé, tandis que des prisonniers sont faits.

A deux heures du matin, tous les observatoires qui dominent les pentes descendant vers Gratreuil sont aux mains du bataillon Alexandre.

Le 27 à 6 h. 40, le 3e bataillon, prenant ses distances et se déployant avec une précision et un ordre admirables, franchit à son tour les lignes.

Grâce à l’extrême efficacité des tirs du groupement Deschamps qui se déclenchent automatiquement sur les organisations successives de l’ennemi au signal des fusées lancées par les vagues d’assaut, la progression très dure et forcément lente ne cesse pas de la journée.

A 13 heures, la compagnie Carcassonne dépasse le village de Gratreuil et audacieusement gagne la crête à hauteur de l’ancien moulin.

A 18 heures, l’ennemi en forces contre-attaque violemment sur la droite sans pouvoir rejeter le bataillon Marcaire dans la vallée de Gratreuil.

Le lendemain à 6 h. 33, le bataillon Alexandre se lance en avant. A peine les éléments de tète dépassent-ils la ligne du bataillon Marcaire qu’ils sont accueillis par des feux extrêmement meurtriers.

Les Américains ne sont pas encore parvenus à la hauteur du R. 1. C. M. dont la droite est complètement en l’air.

L’ennemi en profite pour déclencher une violente contre-attaque qui surprend tout d’abord, mais la compagnie Dezou se jette sur le liane gauche du Roche et l’oblige à lâcher prise, abandonnant sur le terrain de nombreux cadavres.

Quelques heures après, la liaison est établie avec les Américains qui dégagent vaillamment le flanc droit. La progression générale est reprise et le bataillon Alexandre s’établit à 18 heures sur le mouvement de terrain qui domine la plaine d'Ardeuil.

Le 29 au matin, un dernier effort est demandé au R. 1. C. M. pour presser l’ennemi dans sa retraite. Malgré un feu violent le bataillon Dorey aborde les pentes nord de la crête de l’ancien moulin et prend pied sur la crête ouest du mamelon de Saint-Urbain, capturant 10 mitrailleuses.

A ce moment le chef de bataillon Dorey qui conduit le mouvement avec sa maîtrise habituelle est grièvement blessé, tandis que la compagnie Larcelet se défilant à l'Est menace par une

pointe hardie dans la plaine les communications boches du bois des Biches (1) !

Sans perdre de temps, voyant l’ennemi refluer en masse sur le plateau de Marvaux, le capitaine Larcelet traverse vivement l’Alin et se porte à la voie ferrée.

A 15 heures, les patrouilles de la compagnie Gaudeau entrent au village de Vieux.

Tous les objectifs sont atteints. A d’autres le soin de poursuivre le Roche.

Les marsouins purent dès lors contempler dans la plaine de Monthois l’immensité du désastre ennemi: de nombreux trains, d’importants convois, des colonnes d’infanterie en retraite s’enfuyant vers le Nord. La fumée noire des multiples incendies attestaient le désastre de l’Allemagne s’écroulant dans la défaite.

Le régiment d’infanterie coloniale du Maroc ui avait perdu 616 hommes tués ou blessés, ont 12 officiers, avait à son bilan un butin considérable :

934 prisonniers valides dont 27 officiers, 31 canons, 19 minenwerfer.s, 189 mitrailleuses et un important matériel étaient tombés entre ses mains.

Cité à l’ordre de l’armée, le R. I. C. M. avait désormais droit au port de la double fourragère aux couleurs de la Légion d’honneur et de la Croix de guerre.

Offensive d’Argonne. Cote 202. Olizy.

Armée Gouraud.

Vingt jours plus tard, le régiment d’infanterie coloniale du Maroc couronnait la série de ses faits d’armes en forçant la porte des défilés de l’Argonne et en ouvrant aux troupes françaises le passage par lequel elles allaient une dernière fois saisir à la gorge le fauve germanique, pour le jeter pantelant sur le sol.

L’arête montagneuse qui encadre le ruisseau de Reaurepaire au Nord-Est d’Olizy forme une forteresse avancée qui commande la vallée étroite et les routes.

Elle domine et interdit les communications entre Vouzicrs, Grandpré et la Croix-au-Bois.

Cet éperon est flanqué à l'Est par le contrefort boisé du mamelon de la cote 202, position redoutable qui est en quelque sorte la clef du bastion autour duquel pivotent les armées allemandes sous la poussée méthodique de nos troupes.

Le mamelon est inabordable, étant lui -même précédé d’un glacis battu d’enfilade par des armes automatiques innombrables et balayé de tous

(1) Le R. I. C. M. était momentanément privé d’un de ses plus brillants officiers par l’évacuation du commandant Dorey, qui le 24 août 4918 avait été l’objet de la citation suivante :

« A entraîné merveilleusement le bataillon de tête du régiment à l’attaque de la première position allemande qu’il a enfoncée sur une profondeur de plus de 4 kilomètres, capturant plusieurs centaines de prisonniers, dix canons et plus de 50 mitrailleuses. Porté en avant le lendemain pour étayer la poussée du bataillon de tète, a arrêté une contre-attaque allemande qui prenait de flanc notre première ligne et a ainsi consolidé la progression. Cinq fois cité et une fois blessé. » Officier de la Légion d’honneur.

REiN SEIGNEMEN TS COLONIAUX

" (Service photographique de l’armée).

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