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LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE REMET, A MULHOUSE

LA FOURRAGÈRE DOUBLE AU RÉGIMENT D’INFANTERIE COLONIALE l)U MAROC

parsemé de clairières fangeuses, est invisible aux regards de nos troupes et est mis en action à. un simple signal d’alerte donné par un observateur perché dans un arbre.

Celui-ci peut déclencher instantanément un tir général qui couvre les abords de la position d une nappe de projectiles, obligeant les troupes assaillantes à se terrer et les mettant à la merci d’une contre-attaque.

Déjà avaient échoué plusieurs tentatives contre cette organisation formidable, défendue par des troupes d’élite qui en connaissent tout le prix.

C’est au R. 1. C. M., imbu au plus haut point

les bois, tirs dont des patrouilles vérifient les effets.

Le rl au petit jour le tir est raccourci, de façon à prendre sous son feu les fractions ennemies que les destructions de la veille ont incité à se porter en avant.

A Jo h. 20, le tor bataillon Labonne se lance à l’attaque.

Ses patrouilles résolues mènent le combat proprement dit, recherchent et abordent par surprise les nids de résistance.

En arrière marchent en colonnes souples les unités largement articulées qui étayent les pc-

côtés par les mitrailleuses du « quadrilatère », petit ouvrage organisé entre le ruisseau et le mamelon.

En outre, le Roche barre fortement par ses mitrailleuses de position toutes les tètes de ravin qui peuvent se prêter à nôtre progression.

Ses flancs en avant sont tenus par des mitrailleuses légères qui fournissent des feux croisés dans des directions bien définies.

Tout ce système caché dans un taillis touffu,

de l’esprit offensif, qu'est dévolue la tâche de conquérir à lui seul cette véritable taupinière où l'ennemi semble inexpugnable.

L’opération est reprise sur des bases nouvelles. La confiance réciproque des chefs et de la troupe, confiance reposant sur l’habileté manœuvrière et le cran du soldat, est telle que chacun est persuadé du succès.

Le 21 octobre, l’artillerie exécute des tirs de concentration suivis de tirs de ratissage dans

BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

trouilles, nettoient le terrain et l’occupent au fur et à mesure. La lutte est opiniâtre, les adversaires en viennent au corps à corps. Dans la zone ouest, l’ennemi oppose une résistance acharnée à la compagnie Navizet qui est arrêtée sur une crête fauchée de toutes parts par les feux.

Les groupes de combat des compagnies Gaudeau et Letondal progressent néanmoins par infiltrations au centre et à droite, tandis que le canon de 37 musèle plusieurs mitrailleuses au prix de gros sacrifices.

A 8 h. 30, les éléments de tête prennent pied sur la crête. Les groupes de combat Potard, faisant preuve d’un cran remarquable, sont parvenus de leur côté à déborder un important centre de résistance qui en défend l’accès. A coups île fusils-mitrailleurs et de grenades, 12 mitrailleuses allemandes sont successivement réduites. Leurs défenseurs, qui luttent avec l’énergie du désespoir, se font presque tous tuer sur leurs pièces.

La compagnie Navizet qui à son tour est parvenue à l’alignement des compagnies voisines est très éprouvée par un violent feu d’artillerie et perd deux officiers, dont son capitaine.

A 9 heures, la cote 202, le mouvement de terrain qui s’en détache vers le Nord-Est, le col au Nord et l’éperon au Nord-Ouest de celui-ci, sont complètement occupés par le R. 1. G. M.

Pendant que le bataillon Alexandre nettoie le bois et le ravin de Longwe, le bataillon Labonne pousse en avant et à 13 heures tient solidement une ligne surveillant la vallée de Longwe, ligne qu’une contre attaque ennemie ne peut même pas aborder.

Au cours de ces journées particulièrement pénibles, le R. 1. G. M. avait sans coup férir réalise la destruction du pivot de manœuvre de l’ennemi en retraite tout en réduisant au minimum les sacrifices.

Les pertes ne dépassèrent pas en effet 130 tués ou blessés, dont 8 officiers.

Ce succès éclatant complété par la prise de 50 mitrailleuses, 2 canons et 2lff prisonniers valides dont 9 officiers appartenant aux corps d’élite de l’armée adverse, met définitivement en lumière les superbes qualités manœuvrières et la valeur incomparable des marsouins.

La 10e citation à l’ordre de l’armée dont ils ont été l’objet est une juste récompense de leurs prouesses.

Le 11 novembre, à l’heure de l’armistice, le carillon joyeux des cloches de la Haute-Alsace célébrant notre Victoire roule d’échos en échos au-dessus des tranchées où les poilus du R. I. G. M. se tiennent prêts à bondir à l’attaque des lignes ennemies.

Bientôt sur les pas de l’ennemi définitivement vaincu, le Régiment d’infanterie coloniale du Maroc, dans sa gloire rayonnante, s’avance vers le Rhin, défilant à travers les villages de la terre alsacienne enfin délivrés du joug prussien.

Accueilli par les affectueuses démonstrations de ses frères retrouvés, son drapeau flotte fièrement sur les cimes couvertes de sapins neigeux du Sungau.

Dans un recueillement religieux, ne pouvant lutter contre l’émotion qui les étreint, tous se remémorent les heures douloureuses passées, les tourments de la chair et de lame volontairement consentis pendant cinquante-deux mois pour la cause sacrée.

Certes,. bien des compagnons d’armes manquent en ce jour tant attendu par plusieurs générations, mais leur souvenir reste impérissable dans le cœur des survivants qui, serrés jalousement autour de l’emblème sacré de la Patrie, comprennent mieux que jamais la devise du R. I. G. M. :

Recedit Immortalis Certamine Magno.

L’armée coloniale peut être lière de l’enfant qu’elle a engendré et qui en douze mois vient d’enlever à l'ennemi plus de 100 canons, G00 mitrailleuses et 5.000 prisonniers valides.

Mulhouse, le 20 décembre 1918.

René Legrand.

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