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DIFFÉRENTES CULTURES ET MODE DE CULTURE

Les‘ principales céréales cultivées au Tibesti sont, par ordre d’importance :

( a ) Le mil( onéré). — Il est cultivé dans tout le massif et, dans certaines régions favorisées par le climat et où la population est plus dense, on en fait souvent deux, quelquefois troisrécoltes par an.

Il met en général trois mois pour arriver à maturité, mais les épis n’atteignent jamais la grosseur, ni la hauteur de ceux qu’on rencontre couramment dans les zones soudanaises.

Le seul genre connu est celui dit petit mil; néanmoins les habitants distinguent plusieurs variétés suivant l’origine. C’est ainsi que le mil venu de Bilma est plus délicat et s’acclimate plus difficilement que celui venu du Borkou ou du Fezzan. Des expériences tentées avec du mil

venu de Zinder pour le ravitaillement du poste de Bardai ont donné des résultats médiocres, et un mil de qualité nettement inférieure à celui du pays.

b) Le blé ( alka'ma ) est aussi cultivé en assez grande quantité, et il réussit très bien pendant les mois tempérés de novembre à mars.

Les Teddas n’en font qu’une seule récolte par an. Il est plus particulièrement cultivé dans la zone méridionale du Tibesti, qui est en relations très étroites avec le Borkou; mais on en rencontre dans toutes les palmeraies.

c) L'orge (chier) se rencontre en moindre proportion que les deux céréales précédentes: elle est surtout appréciée parce qu’elle arrive à maturité la première, et qu’elle permet aux Teddas de passer les mois difficiles, où leurs ressources alimentaires sont épuisées. Elle est particulièrement cultivée dans la zone septentrionale du massif tibestien.

L’orge et le blé exigent à peine de deux à trois mois pour arriver à maturité.

Parsuitedes contacts que leurs instincts pillards leur ont ménagés avec les populations des pays du Sud (Djermahs, Haoussas, Kanouris, Arabes du Tchad, Touareg) et des relations qu’ils ont toujours entretenues avec les îlots de race tedda émigrés aux alentours du massif (Bilma-Fezzan- Koufra-Borkou) l’agriculture tedda s’est enrichie de nouveaux produits qui réussissent grâce à la méthode du jardinage, pratiquée exclusivement par les agriculteurs et les captifs teddas.

Ce sont : la tomate (tomatum), le pourpier (burdengali ou Sanu), la courge (kalù) et le concombre (fugùs).

Les Turcs leur ont fait connaître, pendant leur occupation du Tibesti, Y oignon (arbasal) et Y aubergine (yalu).

A côté de ces céréales ou légumes, il faut aussi citer pour son importance parmi les produits du pays, la datte ( tiné) qui constitue l’aliment essentiel des Teddas.

Les palmeraies en renferment de grandes variétés, dont la plus appréciée est celle dite de Zeyla, qui est très allongée et aussi trèscharnue. Séchée, elle se conserve pendant très longtemps, dans les Dôbrà (magasins à dattes et à céréales en argile et pierres) qui entourent chaque casetedda. C’est, avec les graines de coloquinte (habra) la seule nourriture qu’emporte le razzieur, lorsqu’il quitte sa montagne, pour se lancer en compagnie de quelques aventuriers comme lui, en quête de caravaniers à détrousser dans le désert.

Le dattier n’exige pas de grands soins, et il fournit, outre ses fruits, une sorte de boisson très alcoolisée que les Teddas apprécient beaucoup (ayibi) et avec laquelle ils se soutiennent uniquement, pendant les périodes de famine. Malheureusement les saignées répétées sur le même arbre arriventàle faire rapidement dépérir, et. il n’est pas rare de rencontrer, dans certaines régions du Tibesti, des palmeraies de moyenne importance en voie de disparition, par suite de l’insouciance et de l’intempérance des habitants.

Eusunni, sur la route de Bardaï au Zoumri, est le plus bel exemple que l'on en puisse citer.

Dans toutes les palmeraies on rencontre aussi des palmiers dcu</»s(sobo) dont les indigènes utilisent les fruits. Certaines palmeraies sont uniuement composées de doums, à l'exclusion de attiers (Wour dans la région d’Abo), et il en existe beaucoup dans les régions du versant occidental (région d’Yoo-Doumar).

On trouve également en assez grande quantité, surtout sur le versant Est du massif, des figuiers borkoy) particulièrement dans les palmeraies du Zoumri, d’Yibi et d'Aozou, qui produisent de petites figues très sucrées, que les indigènes de ces régions consomment. Ils ne paraissent pas être l’objet de grands soins de la part des habitants et sont sans aucun doute d'origine fezzanaise ou lybienne (palmeraies de Koufra).

Signalons aussi dans un autre ordre d’idées, mais ayant une grosse importance pour les indigènes et nos tirailleurs, la présence du tabac en assez faible quantité.

La main-d'œuvre est fournie, soit par des captifs, soit par des affranchis, qui continuent à travailler les jardins de leur patron, tout en jouissant d une assez grande liberté.

Ils constituent une population sédentarisée et rassemblée dans des villages, surtout sur le versant occidental. Assez peu travailleuse, jalouse de ses droits, elle a été en général excessivement réfractaire à notre influence, et a contribué pour une grande part à assurer, pendant notre occupation, le ravitaillement des dissidents réfugiés dans les montagnes.

Les jardins (bara) sont installés dans toutes les palmeraies, sur un modèle uniforme.

L’agriculteur commence par délimiter la surface qu’il veut ensemencer, par une clôture de

I m. 70 de hauteur environ, en branches de palmier (herredo) ou en roseaux (zarra) à l'intérieur de laquelle se trouve un puits (bouni) ; cette surface peut atteindre 50 mètres carrés au maximum.

II fait ensuite brûler sur toute l'étendue du futur jardin, des tas de détritus, tels que des feuilles de palmier sèches, des pailles de roseaux. Il ajoute à ces cendres un peu de fumier d’ànes ou de chèvres, ramassé dans son parc à bétail. C’est le seul engrais qu'il incorpore à sa terre pauvre et sablonneuse, qui renferme parfois une assez grande quantité d'argile magnésienne vulgairement&ppelée « terre à natron ».

11 divise ensuite ce terrain en une infinité de petits carrés, en communication les uns avec les autres, par des canaux d’irrigation qu’il désigne sous le nom de yigodcra. Un grand canal en plan incliné, permet d’amener l’eau du puits dans tous ces petits canaux, c’est le lurrogoyt , dont le lit est entièrement construit en pierres plates. Le puits est du système dit à balancier ; sa profondeur habituelle est d’environ 2 mètres à 2 m. 50. 11 est généralement boisé à sa partie supérieure, et coffré avec des branchages (feuille de palmier) à sa partie inférieure où il s’ensable continuellement.

Lorsque le jardin est établi sur les flancs de la montagne, à une certaine hauteur, on installe un double balancier, le puits alimentant un bassin intermédiaire où l'on puise l’eau pour arroser le jardin (région de Zoumri . Les bois qui servent de supports au balancier, sont des troncs de palmier évidés s’appelant yega. Le balancier est en téfi (épineux) assez long, il atteint généralement de 4 à 5 mètres. A une de ses extrémités est attaché, par des lianes ou des cordes, un contre-poids en pierres; à l'autre, à l'extrémité d'une longue corde en fibres de palmier très résistante, est attachée la puisette faite en paille fori) ou en peau ( tori ).

Nous n’avons vu à Bardaï, qu’un seul exemplaire d'un type de puits utilisant la traction animale (ânes). C'est le grand puits, démoli du reste, qui servait à arroser les jardins qui entouraient la case du chef du pays, le Dardai Chaffami. Ce puits de 8 à 1U mètres de diamètre à l’orifice, et assez profond en raison de son éloignement du lit du torrent, était situé vers le cenlre des jardins, qui avaient une superficie d'environ 300 mètres carrés. Quatre grands yigadéra arrosaient toute la surface grâce à un système assez compliqué de canaux dont les vestiges subsistent encore; ils étaient alimentés par une grande puisette que tiraient des ânes, par l’intermédiaire d'une poulie. Un captif pouvait à volonté basculer le contenu de la puisette dans un des canaux.

Le seul instrument aratoire, dont se servent les Teddas est la petite bêche (bownu), le daba des Ilaoussas. Ils ont aussi rapporté de leurs razzias tous les instruments agricoles des populations sédentaires du Niger, mais ils s’en servent rarement. Leur façon d’opérer ne nécessite guère d’autres instruments, car le jardin étant ensemencé, ils se contentent d’arroser deux fois par jour, et attendent patiemment la récolte.

La situation agricole du pays après la conquête était peu florissante ; les habitauts avaient déserté leurs jardins et, n’ayant pas encore repris confiance, hésitaient à reprendre leurs habitudes antérieures. Néanmoins, peu à peu, d’abord pour les régions éloignées des postes, puis ensuite pour celles situées dans nos zones habituelles de parcours, les cultivateurs (captifs et affranchis) ont repris par nécessité leur travail, et en 1916, la superficie cultivée dans les palmeraies de Bardaï, pour ne citer que cet exemple, était sensiblement égale à la moitié de la surface ensemencée avant notre arrivée; il reste donc encore beaucoup à faire pour redonner à la région son ancienne activité. Les dégâts que les nécessités politiques et militaires nous ont forcés à effectuer dans les palmeraies, seront difficilement réparables avant de nombreuses années ; il y aura des mesures à prendre pour nous concilier les sympathies des habitants, et leur montrer tout l'intérêt et l’attention que nous portons à nos administrés.

L’énumération qui suit porte seulement sur les

BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

régions explorées du massif tibestien : au commencement de 191 4- , il restait encore beaucoup de centres dont nous ignorions l’existence, sans parler des palmeraies d’Omi ou Omou , Oumchi et Guezzindeur situées sur la route de Zoumri à Koufra, dans la partie orientale du massif.

A. — Région nord ou région d' Abo. — Encore réfractaire à notre influence, n’était guère cultivée même avant noire occupation, en raison de la nature pillarde et indépendante des habitants qui constituent la majorité des rezzous pillards, s’attaquent même aux autres habitants du massif, et vivent de la vente ou de l’échange du produit de leurs vols. Ils vont chercher leurs subsistance dans les oasis du Fezzan, avec lesquelles ils sont en relations très suivies. Par suite de l’hostilité de ces habitants, nos reconnaissances ont détruit systématiquement tous les ans, leurs récoltes et leurs jardins, la famine pouvant seule permettre de les réduire.

Elle comprenait :

1er groupe à l'Ouest. — Palmeraies de Madigué, jardins et doums de Wour : constituaient le domaine agricole du chef de la région Barkadji- Kosso, un de nos adversaires les plus irréductibles, bien connu des Touareg.

2e groupe au Nord. — «Jardins de Turkou - Koyeur peu importants et déjà en voie de disparition, avant notre installation dans le pays.

3° groupe à l’Est. — Région de Ouantogoye. — Palmeraies de Bonwa-Toudoufou , avec ses annexes Yichi, Yichidaha et Ofoudui : jardins de Bounigeye et Tougouniy ye. Cette région était autrefois cultivée, si on en croit les restes des jardins que l’on rencontre dans l’enneri Fochi , l’enneri Bounigeye, et tous les cnnerisqui viennent converger dans la cuvette de Toudoufou. Elle a été entièrement abandonnée par suite du refus de toute la population de se soumettre à notre occupation.

B. — Région orientale. — Soumise pour la plus grande partie à l’action du poste de Bardai, et reconnaissant partiellement notre autorité, avait repris son activité d’antan.

Cette région est divisée en deux groupes principaux :

1° Groupe de Bardai. — Palmeraies de Kanoua , Armachibé-Dougueye , Touski , Doudeye, Sobotogueye , toutes situées dans la vallée de l’cnneri de Bardai, au maximum à une demi-heure en aval ou en amont du poste.

Cet ensemble représentait au premier recensement de 1910 un total de 700 individus, ins-, tallés dans des cases en pierres et argile, pendant plus des deux tiers de l’année. A deux heures de marche et faisant toujours partie du groupe, vers le Nord, la palmeraie et les jardins de Zougra ; au Sud, les palmeraies de Zouy, Eusunni , toutes aussi florissantes que celles de Bardai et assez peuplées. Une exception est à signaler pour celle de Tebouroua, entre Zouy et Eusunni, qui appartenait presque tout entière à 1a, famille du Dardai-Chaffami , et qui a toujours été abandonnée depuis notre installation dans le pays.

2° Groupe du Zoumri. — Situé vers le Sud- Ouest à deux jours de marche du groupe précédent, c'était peut-être le plus important au point de vue agricole. Eloignée du poste militaire, visitée seulement de temps à autre par des reconnaissances toujours éventées, cette région n’était qu’à moitié soumise, quoique habitée par une population plus laborieuse.

Les palmeraies sont rangées en demi-cercle sur les rives des torrents descendant de la montagne, et dont la réunion constitue le lit du grand enneri appelé le Bardai. Ce sont les palmeraies dAlbor, Odiouki , Intar , Douneye , Youndiou, etc., les jardins d 'Aderkey.

Tout cet ensemble formait une région riche qui était le domaine politique de Alaï-Chaffami , le Dardai de Bardai, avec le groupe de Bardai et le groupe dissident d'Aozou (sur la route du Tibesti à Wou, oasis senoussiste à l’Est du Fezzan) qui a, lui aussi, connu une grande prospérité. Le Dardai prélevait sur toutes ces régions une dîme sur toutes les réo/ltes, impôt excessivement lourd, en comparaison de celui que nous avons imposé aux indigènes au cours de l’année 1916, ce qui n’a pas peu contribué à les étonner et leur a rendu une certaine confiance.

Plus au Sud, entre les pistes conduisant à Yibi, à Modrona, se trouvent aussi quelques palmeraies et surtout des régions de jardinage restées prospères. Nous ne les avons jamais explorées et n’en avons appris l’existence qu’au début de 1916.

Sur la route du Zoumri à Gouro , par Goumeur, existe un groupe de palmeraies, déjà dans une zone de transition, entre le Tibesti et le Borkou, la région d 'Yibi, visitée par le lieutenant Campenon de l’artillerie coloniale, et traversée en octobre 1913 par le commandant Tilho, lors de l’établissement de la jonction entre le Borkou et le Tibesti.

Cette région frontière entre les territoires de deux gouvernements différents, nous est peu connue. Plus à l’Est de cette région existe un autre groupe de palmeraies, non encore visité, qui s’étend jusqu’à la région d ’Ouri (230 kilomètres de Bardai) parcourue en 1913, par le capitaine Lauzanne, des troupes du Borkou. Ce sont les palmeraies d'Omchi , Ômi ou Omou , et Guersindem ou Guersindao.

C. — Région occidentale. — A cette énumération se termine la visite rapide des régions cultivées du versant oriental.

Le versant occidental ne renferme qu’une seule palmeraie, celle de Goubonne, située dans la région méridionale entre Yoo et Doumar , et visitée en 1914 par le lieutenant Roucaud, mais elle est caractérisée par la présence de centres importants de jardinages : enneri Régahan, enneri Yoo, enneri Goubonne , enneri Maro et région de Doumar. Ce pays visité pour la première fois par le lieutenant Meyer en 1914, présente des cultures variées et abondantes (mil, orge, blé, tabac, tomates) dans les vallées des enneris qui sont tous des torrents importants, et dans lesquelles on trouve des palmiers doums.

Cette région obéit à l'autorité de Guelly Olo, le seul chef du Tibesti qui se soit soumis au moment de la conquête, parent rapproché du Dardai ChafFSmi, et dont la fidélité était plus que douteuse : les événements de 1916 l’ont assez prouvé.

En résumé, la situation du Tibesti était peu brillante, même avant notre arrivée. 11 faut chercher dans la paresse du Tedda et dans son ignorance les raisons d’une situation qui se traduisait par des famines fréquentes. Avec une politique intelligente et ferme, on arrivera assez facilement à supprimer la réunion et le départ des Teddas pillards, et en attachant les habitants à leur pays on lui fera rendre toute sa valeur.

A titre d’indication, des essais d’acclimatement de bœufs venant du Kanem et du Borkou et tentés en petites quantités, ont réussi. Ils avaient été tentés sur l'initiative du capitaine Ferrand, commandant le cercle de Bilma, pour assurer le ravitaillement des postes du Tibesti en viande fraîche.

Si cette expérience était continuée, il serait alors possible de reformer le courant caravanier qiy existait autrefois entre le Fezzan et le Borkou, qui apportait au Tibesti les étolfes et autres objets de luxe, et de développer ainsi la richesse du pays et de ses habitants.

Les ressources minières, qui ne peuvent manquer d’exister dans cette région, pourraient-elles alors être mises en valeur? Ce sont des questions que l’avenir réserve, et dont la solution dépend de la réoccupation du Fezzan par les Italiens, et de la mise à la raison des Senoussistes de Koufra.

Nous nous gardons bien, cependant, d’exagérer l'importance que peut avoir le Tibesti, région semi-désertique, dans l’ensemble de nos possessions africaines.

Mais la question mérite cependant d’être résolue ; elle permettrait de réduire considérablement les lourdes charges de notre-première occupation ; elle supprimerait ces énormes convois de ravitaillement qui, outre les dépenses pécuniaires qu’ils occasionnent^ont ouvert une large brèche dans le troupeau chamelier du territoire du Niger; elle ferait disparaître mieux qu'une forte occupation, avec des effectifs élevés et peu en rapport avec l’importance des pays, le banditisme cl les pillages des Toubbous, qui ont leur origine fondamentale dans le manque de ressources du pays.

Nous n’avons voulu que poser les éléments d’un problème et donner notre opinion sur la question. Il reste à la résoudre par une nouvelle occupation.

Capitaine Boof.r Blaizot,

de l’infanterie coloniale.

Renseignements cartographiques :

Carte du colonel Lœffler sur la colonne du Tibesti {Renseignement* Coloniaux, publiés par l’Afrique française en 1916, p. 173).

Carte du Sahara.

Carte du commandant Tilho : le Borkou et le Tibesti.

La Révision de l’Acte de Berlin

La révision des actes internationaux sera Lune des plus intéressantes questions de la paix coloniale. Voici sur celle de l’Acte de Berlin l'opinion exposée par M. A. Berriedale Keith dans le Journal of the African Society :

L'histoire quelque peu variée de l’application de l'Acte de Berlin a abouti au travestissement des principes sains et sages sortis du Congrès que le prince de Bismarck, d’accord avec la France, avait fait réunir à Berlin en 1884 et a donné à cet acte le caractère d’un imposant étalage de principes qu’aucune des puissances signataires n'a eu l’intention de mettre en pratique. 11 ne serait pas équitable, toutefois, de juger des intentions de chaque partie intéresséepar les résultats présents : quelles qu’aient pu être, à l'époque, les visées de Léopold II de Belgique, on peut difficilement mettre en doute le désir, parfaitement sincère, du gouvernement britannique de voir établir dans le bassin du Congo un régime de liberté politique et économique, et aussi sa persuasion qu’on aboutirait à ce résultat par la reconnaissance de l’Association internationale du Congo, ou mieux de Léopold comme souverain de l’Etat du Congo. L’Allemagne était également intéressée au maintien de la liberté commerciale et se serait engagée à aider la France, principalement en matière de politique générale européenne. Mais la France conservait, sans doute, l'espoir que le droit de préemption qui lui avait été reconnu sur le Congo pourrait se réaliser prochainement, tandis que le Portugal, désappointé dans son effort pour se rendre maître du Congo, s’inquiétait d’étendre son territoire aussi loin que possible vers le Nord. L’Angleterre, ayant renoncé aux prétentions territoriales qu’elle aurait pu revendiquer en vertu des traités du Cameroun, fut en position — les Etats-Unis l’appuyant — d’assurer l’accord sur des principes qui, mis en pratique dans l’esprit où ils furent conçus, auraient conféré d’importants avantages aux peuplades africaines.

On a entendu faire de l'Acte de Berlin une déclaration permanente de loi internationale qui lierait les puissances signataires et celles qui y auraient adhéré, même au cas de guerre entre quelques-unes de ces puissances (1 ). Il pouvait donc, par hypothèse au moins, survivre aux hostilités actuelles; mais il est éminemment désirable qu’à l’établissement de la paix on procède à une large révision de ses termes à cause des graves inconvénients qui en ont résulté, ainsi que l'a montré l'histoire de cette période de trente années qui va de 1885 à 1914, inconvénients qui ne sont pas intrinsèques à l’Acte dont la sagesse est apparue de plus en plus au cours du temps, mais qui sont inhérents au mode d’application dont il a été l'objet. Les buts de l’Acte étaient d’étendre aux indigènes les bienfaits de la civilisation, de développer le commerce et la navigation sur la

(1) Cf. Art. x, xiii,. xxv, xxvi et xxxm.

BULLETIN DU COMITÉ DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

hase d’une parfaite égalité pour toutes les nations et de préserver le pays des ravages de la guerre. Mais les effets de ces buts excellents ont été singulièrement diminués parce qu’on a restreint létendue du territoire intéressé, omis de prévoir les moyens etfectifs qui donneraient une force aux prescriptions de l’Acte, et enfin manqué d’exprimer les prescriptions de l’Acte relativement à la liberté du commerce, à l’égalité religieuse, au développement de la civilisation et à la neutralisation, dans des termes tels que toute échappatoirefùtrendue difficile, sinon impossible.

Le défaut le plus évident de l’Acte, vu à la lumière de l’expérience, réside dans la restriction apportée à l’étendue territoriale de son action bien que ceci ait été dû, sans doute, non simplement au fait que le Congrès était né de prétentions rivales sur le Congo, mais aussi à ce que le Royaume-Uni n’avait pas bien compris l’importance des questions commerciales concernant les régions que la France était sur le point d’acquérir en Afrique occidentale. L’erreur ainsi commise fut partiellement et imparfaitement corrigée par la convention anglo-française du 14 juin 1898 et l’arrangement du 21 mars 1899 qui ont assuré, pour trente ans seulement et au point de vue commercial, l’égalité de traitement aux sujets et protégés britfhniques ainsi qu’aux Français, dans les colonies françaises du Dahomey, de la Côte d’ivoire et de la région du lac Tchad ; ces mômes actes ont réservé un traitement réciproque aux citoyens et aux protégés français dans toute la Nigéria et en Gold-Coast. Les avantages de cet arrangement se manifestent assez clairement quand on compare l’essor du commerce britannique à la Côte d’ivoire et au Dahomey avec les difficultés qu’il rencontre au Sénégal, en Guinée française et au Soudan français (1), bien que là cependant le commerce de la Grande-Bretagne n’ait pas été exposé, comme on doit le rappeler, aux entières rigueurs de la politique protectionniste française (2). On peut tirer semblable morale de l’expérience tentée en Afrique Equatoriale Française : l’Acte de Berlin a placé le bassin de l’Ogoué en dehors de son champ d’action et ainsi le commerce britannique a soutfertau Gabon d’un tarif protecteur, tandis qu’au Moyen-Congo il a pu se développer sous le régime de l’égalité de traitement. Une partie du Cameroun lui est soumise, une autre lui échappe; l’Angola, l’Est- Africain portugais, la Somalie italienne se trouvent dans le même cas; les Somalies française et anglaise dépassent aussi ses limites. A première vue, la conclusion s’impose irrésistiblement que l’application de l’Acte devrait être étendue à toute l’Afrique tropicale entre le Sahara et le Zambèze et que la charge d’exclure une colonie de ce régime devrait être laissée à toute Puissance qui désirerait conserver une situation aussi anormale.

Non moins importante est la question des

(1) Voir, par exemple, Pari. Paper, Cd7048. 52, p. 10.

(2) Voir Ch. Humbert, l 'Œuvre française aux Colonies, p. 38.

mesures effectives à prévoir pour l’exécution des clauses de l’Acte. Au cours des tentatives du gouvernement britannique en vue d’amener des réformes dans l’administration indigène de l’Etat du Congo, on lui dénia absolument le droit d’intervenir diplomatiquement en cette matière; cette attitude fut celle non seulement du gouvernement de l’Etat du Congo, mais aussi celle du gouvernement belge. Le roi soutint énergiquement que les obligations inscrites dans l’Acte en faveur des tribus indigènes n’étaient que des déclarations de principe, liant moralement l’Etat, mais ne conférant aucun droit de protestation de la part d’une autre puissance (1). Le gouvernement belge adopta d’ailleurs une attitude aussi intransigeante à propos de questions commerciales qui touchaient directement les intérêts de la Grande-Bretagne : il refusa de soumettre les questions de ce genre à l’arbitrage à moins que les autres puissances, ayant des possessions dans le bassin conventionnel du Congo, « aient consenti d’avance à intervenir dans les faits courants ou à accepter pour leurs colonies l’interprétation donnée par la sentence arbitrales» (2). De sorte que si l’arbitrage prévu par l’Acte de Berlin est en réalité laissé à la volonté des parties, une telle doctrine équivaut à mettre en échec le propre même de l'Acte; il est donc éminemment désirable que la révision contienne une clause rendant l’arbitrage obligatoire et autorisant les autres puissances dont les possessions seraient affectées par la sentence arbitrale d’être représentées devant le tribunal de l’arbitre. Déplus, on devrait faire comprendre que toutes les clauses de l’Acte sont également valables et qu'un recours à l’arbitrage sur n’importe laquelle de ces clauses pourrait être demandé par toute puissance signataire, que les infractions signalées préjudicient ou non à ses nationaux.

Tandis que dans sa discussion sur le droit du gouvernement britannique d’intervenir, par la voie diplomatique, en faveur des indigènes, le gouvernement du Congo ne pouvait arguer d’aucun principe valable en droit international, il se trouvait en meilleure posture dans la question, au point de vue technique simplement, de la liberté du commerce. L’Acte, en effet, a prévu en termes exprès qu’aucun Etat « ne pourra accorder un monopole ou un privilège d’aucune • sorte en matière commerciale » (3). Rédigé à une époque où l’exploitation par une entremise gouvernementale était embryonnaire, l’Acte ne prit pas la précaution d’interdire à un gouvernement d’exercer lui même un monopole ; dès lors les décrets par lesquels le roi créa en 1891-1892 un vaste monopole d’Etat du caoutchouc et d’autres produits naturels dans la majeure partie du Congo pouvaient se défendre, au point de vue technique, comme ne constituant pas une violation de la prescription précitée de l’Acte. On pouvait cependant les blâmer sous d’autres points de vue, car ils empêchaient l’indigène de trafiquer les pro-

(1) Pari. Paper , Cd. 3002, p. 19.

(2) Pari. Paper, Cd. 3002, p. 19.

(3) Article v.

duits naturels avec d’autres commerçants que l’Etat. Le gouvernement britannique a toujours soutenu que la procédure employée par le souverain était illégale et suspendu sa reconnaissance de la cession du Congo à la Belgique tant que celle ci n’eût pas abandonné formellement la politique répréhensible suivie jusqu’alors. Malheureusement la même politique fut momentanément adoptée au Congo français en 1899 quand, à l’instar du régime léopoldien, la majeure partie du Congo exploitable fut distribuée entre un grand nombre de puissantes compagnies dans lesquelles des Belges étaient intéressés. Par bonheur, le gouvernement français comprit de suite l’illégalité de ce procédé qui avait aussi occasionné quelques frictions avec les commerçants allemands, et il chargea, en 1910, le gouverneur général M. Merlin d’étudier la suppression des traits les plus critiquables du régime concessionnaire et d’assurer la restauration graduelle de conditions plus normales (1). L’injustice qui frappait cependant ainsi les maisons anglaises subsiste, car les compagnies concessionnaires ont tellement pris pied dans le pays, qu’elles rendent la concurrence beaucoup plus difficile qu’elle n’aurait dû l'être en réalité (2).

Mais si la violation de la liberté du commerce est assez claire, les remèdes à appliquer ne se précisent pas facilement. La défense d’accorder un monopole ou un privilège en matière de commerce est une expression si étendue, qu’à l’observer strictement, elle peut devenir une menace pour la sûreté de l’Etat. La défense est à la fois trop large et par sa non-application au gouvernement lui-même trop étroite; il sera utile de l’inscrire à nouveau en l’accompagnant d’une formule qui permette l’octroi ou l’exercice d’un monopole commercial par l’Etat seulement quand il est nécessaire à la santé et à la sécurité publiques ou lorsqu’il est inévitable (comme dans le cas d’une concession de chemin de fer) (3) ; l’assurance d’une juste interprétation de la clause doit reposer sur le droit de recourir à un tribunal arbitral. Il existe aussi des difficultés en matière d’adjudications que le gouvernement donne de préférence ou exclusivement à ses nationaux, ainsi que cela s’est pratiqué dans les colonies des Congo belge et français. Le principe de l’égalité de traitement à ce point de vue se déduit précisément du principe de la liberté de commerce, mais, en pratique il serait probablement facile d’esquiver l’application de la règle sans qu’on puisse recourir à l’arbitrage, et il serait bon, pour cette raison, d’éviter des exigences qui pourraient aisément engendrer des difficultés. Sur le terrain des principes, il est d’ailleurs possible de défendre la

(1) Voir Ch. Humbert, L'Œuvre française aux coloniès

(2) Comme résultat du régime concessionnaire, la proportion des exportations pour le Royaume-Uni est passée entre 1902 et 1911 de 16 à 5,3 0/0, bien que la valeur totale des exportations se soit élevée de 300 0/0 [Pari Paper,] Cd. 7048-66, p. 5)

(3) Le contrôle des mines par l’Etat est sans doute bon, mais l’égalité de traitement pour les nationaux et les étrangers est à souhaiter.

politique qui consiste à laisser libre chaque gouvernement en la matière : l’attribution des adjudications des travaux d’utilité publique par l’Etat peut légitimement être invoquée comme essentiellement comprise dans le pouvoir administratif du gouvernement qui, naturellement, n’est soumis, d’aucune façon, à une loi internationale. Tant que les indigènes conservent la liberté du commerce et ne sont pas dépourvus du moyen de le faire, le but de l’Acte de Berlin semble recevoir satisfaction.

L’imposition de droits tanta l'importation qu’à l'exportation était formellement prohibée par l’Acte de Berlin et il était entendu qu’on devait revenir sur cette question au bout de vingt ans. Cette prescription, comme il fallait s’y attendre, n’a pas pu jouer, car elle privait les administrations intéressées des moyens d'augmenter leurs revenus par une taxe indirecte et on s’est laissé aller à permettre des droits n’excédant pas 10 0/0 ad valorem dans l'Acte de Bruxelles qui devint applicable en 1892 (1). L’égalité de traitement est ainsi assurée ; mais la limite assignée est étroite et il peut être nécessaire, pour l’avenir, d’établir un système plus élastique et plus en rapport avec les besoins fiscaux spéciaux de ces colonies : un des motifs allégués pour montrer que l’imposition d’une taxe directe était quelque peu prématurée au Congo français a été tiré de l’impossibilité de recouvrer autrement l’argent nécessaire au gouvernement pour se défrayer de ses dépenses et de ce que le principe de Légalité n’avait aucun rapport nécessaire avec la limitation actuelle de ce droit.

Beaucoup plus compliquée est la question de la meilleure méthode à suivre pour s’assurer que la civilisation des indigènes si prônée par l’Acte esteffectivementpoursuiviepar les gouvernements ayant des possessions africaines. Des puissances signataires de l’Acte, le Royaume-Uni a de beaucoup le meilleur record dans les trente années qui ont précédé le commencement de la guerre ; les grands exploits de la France sont ternis parles graves erreurs commises au Congo ; le mauvais gouvernement du Congo belge fut si grave qu’il fallut cinq ans pour amener le gouvernement britannique à accepter la validité de la cession à la Belgique ; et les Portugais n’ont pas réussi dans la question irritante du travail pour Saint- Thomé et l’île du Prince, bien que des améliorations aientété apportées au régime ancien (2). Le traitement que l’Allemagne a infligé aux indigènes en Afrique tropicale ou dans le Sud-Ouest africain, a été marqué par une brutalité,* d’autant plus honteuse qu elle est le résultat d’une politique délibérée d’intimidation (3). Les maux toutefois sont beaucoup plus évidents que les remèdes ; un gouvernement effectif et fort est sans contredit nécessaire, mais prévenir un abus de pouvoir est

(1) En ce qui concerne les droits sur les liquéurs, des règles spéciales ont été fixées par la convention de Bruxelles du 3 novembre 1906 ; pour les armes et les munitions, il existe une convention du 15 juin 1910. Une nouvelle réglementation de ces deux sujets est urgente

(2) ' W. A. Cadburry. Labour in Portuguese We°t Africa.

(3) J. H. Harris. Germanÿs Lost Colonial Empire, p. 1T-37.

BULLETIN DD COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

chose difficile, même en territoire britannique. | Une grande sauvegarde, qui prévaut dans les possessions anglaises, manque dans celles des puissances étrangères ; aux termes de la loi le fonctionnaire britannique est justiciable, au civil comme au criminel, pour des actes illégaux, de la juridiction des cours ordinaires, tandis que la jurisprudence continentale ne permet d’appeler pour les actes des fonctionnaires du gouvernement que devant des tribunaux spéciaux où ils sont jugés d’après des principes spéciaux, basés sur la nécessité de préserver le plus possible l'exécutif du contrôle de la justice.

Toute tentative de poserdes principes généraux de quelque valeur pour assurer la protection des indigènes seraitextrêmeinent difficile ; mieux vaudrait appeler l’attention sur la question fondamentale de la propriété foncière. Tous les systèmes de possession de la terre en Afrique tropicale présentent entre eux cette remarquable ressemblance qu’ils présument que les membres de la tribu ont le droit d’user de leur terre mais n’ont pas la possibilité de vendre celle qu’ils cultivent, hors du contrôle de la tribu (1). Il est clair qu’un effort du genre de celui qui fut fait dans l’Etat du Congo et au Congo français pour approprier au profit de l’Etat tous les produits naturels autres que ceux que les indigènes font pousser actuellement dans leurs plantations est totalement inexcusable. Mais le problème devient moins simple quand il s’agit d’un territoire peu habité sur lequel aucune tribu ne peut prétendre avoir des droits réels. La revendication formelle de l’Etat sur ces terres et sur les minéraux peut volontiers être admise à la fois par les lois internationales et municipales, mais si les principes de 'Acte de Berlin doivent être effectifs, il doit être établi que l’Etat, en tenant ces terres, agitsimplement en qualité de gardien des intérêts des indigènes qui, régulièrement, s'accroîtront et occuperont ces terres aujourd’hui vacantes. Avant que le gouvernement belge ait adopté ce point de vue au sujet des terres de l’Etat du Congo, la déclaration de la reconnaissance anglaise n’a pas été formellement accordée (2).

Cependant, même si l’on considère que pour les terres de l’Afrique tropicale, la propriété directe ou indirecte par les indigènes est acceptée en principe, il reste à régler la question du mode d’exploitation. On a regardé en Angleterre comme une indication bien définie d’un changement dans l’administration du Congo belge le fait que le gouvernement eût restauré, dans une grande mesure, les droits des indigènes après avoir abandonné le projet qu’il avait primitivement formé de mettre en valeur un certain nombre de plantations gouvernementales pour son propre compte.

Il est assez curieux, par contre, qu’un des projets de la Commission pour le développement des ressources de l’Empire consiste, pour liquider la dette de guerre, à transférer au gouvernement britannique les profits tirés de l’industrie despro-

([) Ci. Journal oj the A frican Society, vi, 202-208; xi, 325-331

(2) State Papers, cvii, 352. 353.

duits du palmier en Afrique occidentale (1). Il est franchement incroyable que les magnifiques rêves des promoteurs de cette entreprise puissent jamais se réaliser; mais leur conception a le défaut de se trouver en opposition complète avec cette tradition que l’autorité britannique se justifie, que ce soit en pleine souveraineté ou sous forme de protectorat, par les bienfaits qu’elle confère aux indigènes (2). 11 serait impossible de se maintenir au point vraiment haut atteint par la Grande- Bretagne dans l’Ouest africain, si les gouvernements officiels, dans leurs efforts pour sauvegarder les droits des indigènes de tout empiétement, étaient mis en face non de firmes privées et individuelles, mais d’une grande organisation du gouvernement de l’Empire déterminée à réduire la dette nationale; l’opinion publique dans le Royaume-Uni, serait, à la longue, inclinée à admettre que tout était bien avec un système qui délivrait le contribuable britannique de la taxe directe. En étendant le terrain d’application de l’Acte de Berlin, on élèverait un obstacle sérieux à tous efforts de constitution de monopole. Une grande difficulté subsisterait à propos de la question de savoir dans quelle mesure on pourrait affecter les revenus des territoires africains à des dépenses qui ne concernent pas directement ces colonies. Dans le Royaume-Uni, on tend depuis peu à demander que les subsides accordés dans les premières années de la colonie soient rendus avec intérêt et on peut y ajouter cette revendication que chaque territoire devrait apporter sa contribution à la défense commune de l’Empire. Mais même en regardant ces prétentions comme défendables, on pourrait prévenir les abus en limitant le montant de chaque contribution à la métropole au remboursement, avec l’intérêt, des avances; en ce qui concerne la défense générale, la dépense serait basée sur la richesse moyenne par tête d’habitant.

Malgré les termes nets de l’Acte, les questions religieuses ont été assez fâcheusement mises à l’épreuve (3). Dans l’Etat du Congo, comme c’éfait inévitable, les missions protestantes ont trouvé que les privilèges accordés aux missions catholiques romaines leur étaient refusés et que leurs efforts pour étendre leurs opérations étaient, dans plusieurs cas, contrariés par le pouvoir qu’on leur refusait d’acheter des terres. Les incapacités dont elles étaient frappées n’ont été levées que lors du contrôle par la Belgique et même alors elles ne le furent que par déférence pour les protestations renouvelées du Royaume-Uni (4). Actuellement les missions protestantes du Congo belge ne sont pas encore tout à fait sur un pied d’égalité avec les corps catholiques romains. Bien que cette question soit de très petite importance, il serait

(1) Cf. M. H. Wilson Fox, M. P., United Empire, 1918, p. 173 ; M. A. Bigand, M. P., Ibid., p. 183.

(2) Cf. Les critiques incisives de M. V. Buxton, United Empire, 1918, p. 185; M. R. E. Dennet, Ibid., p. 186.

(3) Act. vi.

(4) Ce point est également traité dans la note anglaise reconnaissant le transfert à la Belgique de la souveraineté du Congo, 27 juin 1913 ( State Papers ), cvh, 352.

utile, quand on revisera l’Acte, de prévoir exprès- j sèment que tout privilège accordé à une religion par l’Etat pourra être revendiqué semblablement par toutes les autres; cette règle aurait la grande valeur morale d'éliminer des causes de jalousie et de contestations chez des agents qui travaillent au devoir héroïque, mais dépourvu d’espoir, de convertir les indigènes africains.

Le problème de la neutralisation, que l’Acte de Berlin a traité avec faiblesse el timidité, est beaucoup plus difficile (1). Aucun effort ne fut alors tenté pour placer tout le bassin du Congo sous le régime de la neutralité. On a simplement prévu que les Puissances signataires devraient respecter la neutralité de tout territoire du bassin conventionnel placé sous le régime de la neutralité par une Puissance qui y exerce ses droits de souveraineté. Il a été entendu que cette Puissance remplirait les devoirs de neutralité et que dans l’éventualitéoùunepuissance signataire possédant un territoire dans le bassin conventionnel, entrerait en guerre avec une Puissance non signataire, les autres Puissances signataires s’efforceraient de maintenir, par un arrangement entre les deux belligérants, la neutralité du territoire en question. Seul l’Etat du Congo est tombé sous le régime de la neutralité conformément à la déclaration que fit Léopold II en assumant la souveraineté. A la déclaration de guerre, en 1914, la Belgique a maintenu en neutralité le territoire du Congo, malgré la violation de sa neutralité en Europe, jusqu’à ce que l’Allemagne eût attaqué Albertville sur le Tanganyika, afin d’assurer le contrôle des dépôts de charbon à l’Ouest de ce lac. Bien plus le gouvernement belge suggéra le 7 août 1914, aux gouvernements de France et du Boyaume-Uni de proclamer que leurs territoires étaient compris dans le bassin neutre du Congo; mais ces gouvernements rejetèrent finalement cette proposition, les 16 et 17 août, car l’Allemagne avait osé attaquer le Gabon et la Nigéria, sans crainte pour la plus grande partie de son Cameroun, y compris les vastes étendues que lui avait abandonnées la France au traité du 4 novembre 1911 (2).

Les événements de 1914 n’encouragent pas le désir de faire un effort, lors de la révision de l’Acte de Berlin, pour étendre la zone de neutralisation à toute l’Afrique tropicale et pour la rendre obligatoire (3). La violation de la neutralité belge par l’Allemagne a en effet mis périlleusement en danger toute la conception de la neutralisation et prouvé, ce que les juristes allemands avaient franchement déclaré, qu’en cas de guerre mondiale les conventions internationales cesseraient d’être regardées comme obligatoires. La neutralisation dans le cas de la Belgique a désavantagé gravement les Puissances qui se reposaient sur son observation ainsi que le pays lui-même qui avait négligé naturellement de se défendre comme il aurait autrement dû le faire.

(1) Art. x-Ttii.

(21 Times, History of the War, p. 283 285.

(3) G. D. Morkl. Africa and the Eeace of Europe, p. 63-T8.

La neutralisation en Afrique serait également peu respectée par une Puissance qui aurait avantage à la dédaigner et qui ne se soucierait pas du tout des lois internationales, et les Puissances qui se seraient fiées à la neutralisation se trouveraient en présence de grandes difficultés. En outre, il faut rappeler que la neutralité n’aurait pas d’inlluence sur le danger réel auquel le général Smuts a attaché de l’importance, à savoir qu’on ne pourrait pas empêcher une Puissance ayant des possessions en Afrique tropicale, d’y prélever de nombreuses troupes indigènes et de s’en servir effectivement si elle était décidée à rompre sa neutralité (1). Ce qui est nécessaire, en conséquence, ce n’est pas tant la neutralisation que, d’un côté, l’établissement d’une organisation des natious en Europe, telle qu’elle réduirait au minimum le danger de guerres nouvelles très étendues, et c’est 1 idéal du président des Etats-Unis, et de l’autre, une limitation positive du nombre des troupes indigènes qui peuvent être maintenues ou instruites par un gouvernement ayant des possessions en Afrique tropicale, enfin la préparation d’un système international effectif d’inspection pour empêcher que cette limitation ne soit tournée par une des méthodes bien con- ’ nues en histoire. On ne peut pas trouver de plus sensible argument contre le projet de neutraliser une seule partie de l’Afrique, que de reproduire cette réflexion: une telle neutralité eût-elle existé, l’Allemagne aurait été libre de violer tous les principes de droit international en Europe, mais aurait échappé au danger dans l’Est africain et au Cameroun qui constituaient se principales colonies sous les Tropiques. Les faits de la guerre ont prouvé que les efforts pour diminuer les horreurs de la guerre sont futiles et que le vrai but doit être d’empêcher les causes de guerre.

Le reste de l’Acte de Berlin appelle peu de discussion. La Commission permanente qui aurait dû être établie pour réglementer la navigation sur le Congo n’ajamais été constituée et les clauses qui la concernent devront disparaître (2). 11 faut également éliminer les romanesques stipulations qui prescrivent, non seulement pour le Congo mais aussi pour le Niger, la règle que les belligérants ont le droit de libre navigation, même en temps de guerre (3) et que le commerce d’un belligérant sauf en matière de contrebande, ne doit pas être gêné. Le 6e chapitre de l’Acte qui traite des formalités requises pour prendre possession des parties du continent africain inoccupées jusqu’ici et dont l’importance a souvent été exagérée, a joué tout son rôle et doit disparaître.

, Il est nécessaire d’apporter un dernier changement dans le nouvel Acte. Les Etats-Unis ont été responsables, et non dans une petite mesure de la créa lion de l’Etat du Congo et des clauses de l’Acte; mais l’Acte n’a pas été ratifié par le gouvernement qui a été influencé sans nul doute par sa traditionnelle politique de ne pas inter-

(1) Voir le Journal of the African Society , vni-281.

(S) Art. xvn-xxJll.

(3) Art. xxv et xxxm. -r

BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

venir dans les affaires des Puissances européennes. On ne peut pas supposer qu’il conservera désormais cette attitude et la participation des Etats-Unis à la révision de l’Acte serait indiscutablement de la plus haute importance pour toutes les nations intéressées. Il n’y a pas davantage de raison d’exclure de la rédaction de l'Acte toute Puissance qui exprimera le désir d’y prendre part.

Aucun de ces amendements à l’Acte de Berlin ne peut être regardé comme révolutionnaire ou dépassant les limites des choses réalisables s’il est entendu que ce règlement, à la fin des hostilités, doit prévenir le retour de la guerre en éliminant le plus possible les causes de jalousie et de rivalité internationales. Ils sont indépendants des question!» de changement de souveraineté sur les territoires actuels et sont également à souhaiter, que l’Allemagne perde la totalité ou une partie de ses colonies (I ). D’un autre côté, ils supposent que tout projet de gouvernement international est en principe totalement impraticable et dénué de sagesse. Mais il apparaît heureusement que l’idéal d’un tel contrôle repose sur peu de chose; les propositions ci-dessus énoncées ne contreviennent d’ailleurs pas radicalement aux principes qui ont été énoncés dans le mémorandum sur les buts de guerre adoptés en février dernier par 1’ « lnterallied Labour and socialist Conférence » (2). Cette conférence s’est déclarée, au sujet des colonies de tous les belligérants en Afrique tropicale au Sud du Sahara et au Nord du Zambèze, en faveur de :

« Un système de contrôle, établi par accord international sous l’auspice de la Société des Nations et maintenu par sa propre garantie; respectant la souveraineté nationale, il serait inspiré par de larges conceptions de liberté économique et sauvegarderait les droits des indigènes aux meilleures conditions possibles pour eux et en particulier :

« 1° Il tiendrait compte dans chaque endroit des désirs des peuples exprimés dans la forme qu’il leur serait possible.

« 2° Les intérêts des tribus indigènes en ce qui concerne la propriété du sol seraient réservés.

« 3" La totalité des revenus serait consacrée au bien-être et au développement des colonies elles- mêmes. »

Le mémorandum, qui contraste avec les précédentes déclarations du Labour, porte la marque de l’expérience de M. Emile Vandervelde, à qui le défense des indigènes du Congo a donné tant de crédit, et prouve que l’Allied Labour serait prêt à accepter une révision de l’Acte de Berlin pour remédier efficacement aux graves défauts que le temps a révélés dans son œuvre.

A. Berriedale Keith.

(1) Le Sud-Ouest Africain Allemand, qui est naturellement réclamé par l’Union du Sud-Africain, est en dehors de l’Afrique tropicale.

(§) Tunis, 25 février 1918.

Chronique de l’Armée coloniale

Promotions. — Sont promus au grade de général de division : les généraux de brigade Caloni, Philipot, des troupes métropolitaines, Guérin, des troupes coloniales, et Patey, du cadre des officiers de réserve des troupes coloniales; au grade de général de brigade, les généraux à titre temporaire Hamelin, Schuhler, les colonels Sarton du Joncha/, de la cavalerie; Cresson-Duplessis, Mathy, du génie ; Petitdemange, de l’infanterie coloniale.

Sont promus au grade supérieur : les lieutenants-colon* ls

Georges, Delom, Lagarde, les chefs de bataillon Lambin, Mensier, Lucas, Gross, de l’infanterie; les lieutenants-colonels Jouin, Dugué Mac-Carlhy, delà cavalerie ; le lieutenant-colonel Lacour, les chefs de bataillon Lemoigne, Doré, Tétrel, Bock, Darnault, Durand, Abadie, Foisy, Murat, Clemençon, Huntziger, de l’infanterie coloniale ; les lieutenants-colonels Charlier, Fournier, les chefs d’escadrons Defer, Petit, de l’artillerie coloniale.

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BIBLIOGRAPHIE

L’Elevage dans l’Afrique du Nord, par H. Geoffroy Saint-Hilaire, inspecteur de l’élevage en Tunisie, en congé, inspecteur des services d’agriculture au Maroc, avec préface de M. le professeur Moussu, membre de l’Académie d’agriculture. Uu vol. in-8° de 560 pages, 62 gravures et une carte de l’Afrique du Nord ; prix : 24 francs; A. Challamel, éditeur. 17, rue Jacob, Paris.

Un livre qui vient à son heure, alors que Iss hostilités finies, les énergies françaises, de toutes parts, se tendent pour reconstituer ce qui fut détruit? récupérer ce qui a été perdu, rétablir l’équilibre des productions épuisées. Les colons, les agriculteurs en particulier ont une lourde tâche en perspective pour remettre leurs terres en valeur et en obtenir le maximum de rendement ; la guerre a provoqué chez beaucoup de combattants des revirements d’opinion ; le besoin de liberté et de grand air est devenu un fait général et nombreux sont les candidats qui aspirent à la vie coloniale. Toutes ces bonnes volontés ne seront pas de trop pour l’exploitation rationnelle de notre empire colonial nord-africain, pour en extraire toutes les productions si nécessaires à satisfaire les besoins toujours croissants aussi bien de la métropole que de l’Europe et du monde entier même, dont les exploitations agricoles ou d’élevage ont été, de toutes parts, saignées à blanc.

Dans la question de l’élevage, la production de la viande, la création des animaux de trait qui font à l’heure actuelle un si grand défaut, sont à l’ordre du jour ; les nécessités de laine et de peaux sont grandissants ; la guerre fut un consommateur toujours inassouvi, déterminant des goûts et des besoins qu’il faut aujourd’hui satisfaire à tout prix.

L’élevage doit être une source de fortune pour le propriétaire qui s’y adonnera; encore faut-il qu’il soit aidé, dirigé et conseillé.

C’est bien le but que s'est fixé M. H. Geoffroy Saint-Ililaire en écrivant son livre sur l 'Elevage dans l'Afrique du Nord-, connaissant la Tunisie et l’Algérie dans leurs moindres détails, ayant pu comparer leurs productions avec celles de la Tripolitaine et de l’Egypte, il fut encore un des ouvriers de la première heure du Maroc.

Professionnellement, M. H. Geoffroy Saint-Hilaire était peutêtre le seul ayant une connaissance complète de l’Afrique du Nord lui permettant d’entreprendre la tâche ardue d’examiner comparativement toutes les espèces domestiques dans leurs races, sousraces et variétés, d’en parler en homme de métier et d’en tirer des conclusions pratiques sans ménager les directives, les conseils et les instructions. Bien informé des ressources du pays, il en connaît aussi les écueils, les difficultés qu’il a su mettre au jour en indiquant, toutefois, les moyens de les éviter.

On croit trop généralement dans le public mal informé des choses coloniales qu’il suffit de se présenter dans ces pays, trop souvent apprécié? dans un rêve, pour prendre de la terre et la voir prospérer sans peine, donnant une fortune que le temps seul paut accroître.

Faire l'examen des conditions du milieu en montrant ses inconvénients ou ses ressources, l'histoire des élevages divers, des vicissitudes ou des succès qu’ils ont pu traverser, était une tâche saine qu’il n’était pas donné à tout le monde de tracer, car si les éleveurs expérimentés sauront reconnaître l’intérêt des conseils éclairés de l 'Elevage dans l'Afrique du Nord, certains y verront peut-être s'écrouler bien des illusions.

Après un examen approfondi des conditions du milieu et de la situation de l’élevage avant la guerre, montrant ce qui a été fait et ce qui aurait pu être fait en Algérie, en Tunisie et au Maroc, M. Geoffroy Saint- Ililaire donne un aperçu historique de ces pays afin d’amener le lecteur à comprendre le pourquoi et le comment des origines des espèces ou des races exploitées.

Celles-ci sont étudiées tour à tour en même temps que les méthodes indigènes ou européennes qui président à leur développement et à leur exploitation, enregistrant les résultats de chacune d’elles, le pour et le contre, et ce qu’on pourrait obtenir de prooédés rationnels dans l’avenir tel qu’il se présente déjà à nous.

L’ouvrage est complété par des notions d'hygiène, l’énoncé des réglementations de police sanitaire en vigueur dans chacune des trois colonies pour se terminer par l étude des maladies épizootiques et enzootiques.

Le professeur Moussu, dans sa préface, qualifie bien l’ouvrage en disant :

« Henry Geoffroy Saint-Hilaire a vécu son oeuvre. Depuis plus de vingt ans, il a passé son existence dans la France transméditerranéenne, l’a parcourue dans tous leg sens, durant toutes les saisons et par tou» les moyens ; nul n’était donc plus qualifié pour juger dé ce dont il parle.

« Son Elevage dans l’Afrique du Nord n’est pas, comme on pourrait le supposer de prime abord, un aride traité technique ne pouvant s’adresser qu’au public restreint de ceux qui s’intéressent à la production animale; c’est plus et mieux que cela. C’est un livre charmant, parfaitement documenté, élégamment écrit, de lecture attrayante, dont bon nombre de chapitres présentent autant d’intérêt que des récits d’histoire, de voyages ou de missions coloniales. C’est de l’histoire naturelle appliquée autant que de l'his toire économique de la production des animaux en Afrique du Nord, complétée par des aperçus sur les coutumes, les mœurs, les qualités et les défauts de populations indigènes qu’il importe de bien connaître lorsqu’on se décide à accepter les conditions de l’existence au milieu d’elles.

« Toutes les bibliothèques de colons, agriculteurs ou éleveurs devront posséder ce livre, et je souhaite, en outre, qu’on le diffuse dans toutes nos grandes ou petites écoles d’agriculture...

g Le livre de H. Geoffroy Saint-Hilaire est enfin un livre d’actualité que la secousse brutale et terrible de la Grande Guerre fait apparaître au moment opportun. »

Irrigations et cultures 'irriguées en Afrique tropicale, par M Y. Henry, ingénieur agronome, directeur d’agriculture aux colonies, avec la collaboration de M. J.Lemmet, ingénieur agronome, inspecteurd’agriculture aux colonies. Préface de M. Tisserand, un vol. 292 pages, 35 figures, 10 photographies, 6 cartes et graphiques. E. Larose, éditeur.

Avec le concours du gouvernement général de l'Afrique Occidentale Française et sous les auspices du commissariat général de la production agricole dans l’Afrique du Nord et les colonies, M. Y. Henry vient, en collaboration de M. J. Lemmet, de publier un important travail sur les « Irrigations et cultures irriguées en Afrique tropicale», plus exactement en Afrique occidentale, puisque les auteurs ont exclusivement étudié le bassin du Sénégal et quelques parties littorales. Cet ouvrage vient à son heure, car si nos possessions ouest-airicaines g possèdent d’immenses étendueg d’alluvions irrigables et peuvent utiliser l eau dans les situations les plus diverses et pour les cultures les plus variées », elles ne tirent cependant « aucun parti de cette situation privilégiée pour la production des matières premières dont la France a besoin » et « n’ont fait aucun effort pour organiser la culture irriguée chez l’indigène et parer aux disettes et aux famines qui déciment la population ». Les grandes vallées de l’Afrique tropicale qui possèdent à profusion la terre et l’eau, disent les auteurs, nourrissent avec peine leur population pourtant clairsemée, et cependant elles offrent à la culture intensive préparée avec soin d’énormes superficies et de bonnes conditions de développement.

Le livre de MM. Y. Henry et Lemmet se divise en deux sections bien distinctes comme son titre l’indique.

Dans la première parti* sont passés *n revue la formation, le

régime du sol "et des eaux de la vallée du Sénégal ainsi que dea deltas et cordons littoraux. Du Niger il n’est pas question, bien qu’au point de vue de la formation et du régime des terres, la vallée du grand fleuve africain se rapproche de celle du Sénégal; il serait désirable que des renseignements détaillés fussent publiés sur le Niger comme il vient d’être fait, dans cet ouvrage, pour le Sénégal et le bassin lacustre de Guiers.

L’étude du bassin du Sénégal est répartie en deux chapitres. Le premier s’occupe en détail de la conformation du bassin et de la vallée alluvionnaire, du régime des pluies, des crues et inondations et de l’évaporation. Il faut savoir gré à M. Y. Henry d’avoir, par une documentation et une discussion serrées. « montré les troubles graves qu’un déboisement inconsidéré amène fatalement dans la régime des^ inondations et par suite dans celui des cultures ». Déjà, antérieurement, il avait poussé un cri d’alarme, notamment dans son étude faite en collaboration avec M. P. Amman, sur les acacias à tannin, les gonakies, abattus par peuplements entiers dans la vallée sénégalaise pour la construction des cases, la fabrication du charbon de bois ou l’approvisionnement de bois de chauffage.

Le deuxième chapitre de cette première partie traite des mêmes points en ce qui concerne un bassin lacustre annexe du bassin général: le lac de Guiers. En grande partie maritime, ce bassin de Guiers présente cet intérêt d’offrir, avec des travaux relativement peu importants, de larges surfaces irrigables d’accès facile en relation directe avec une voie d’évacuation par eau.

Le chapitre troisième est consacré à la formation et à la nature des cordons littoraux en Basse-Guinée, au régime et à l’aménagement des rizières maritimes guinéennes.

Dans la deuxième partie de l’ouvrage sont développés les conditions et les facteurs de la culture irriguée : la terre, l’eau, les cultures, d’où trois chapitre. Le chapitres de la terre nous donne des détails complets sur la composition physique et chimique, la fertilité, les qualités culturales du sol dans les vallées du Sénégal et le bassin lacustre de Guiers. On remarquera une comparaison ingénieuse entre les sols et les limons des vallées du Sénégal et du Nil. Ce passage se termine par un paragraphe IV sur le travail du sol contenant des aperçus pratiques intéressants, résultant des observations de l’auteur sur les habitudes indigènes.

Quels sont les besoins en eau des cultures irriguées, tel e^t l’objeis du deuxième chapitre. L’aménagement de la submersion et des irrigations du bassin de Guier» tient une large place.

Enfin, au dernier chapitre, l’un des plus importants du volume, M. Y. Henry a réuni l’état actuel de nos connaissanees expérimentales sur les cultures irriguées en Afrique tropicale.

Quelles sont donc les cultures que M. Y. Henry envisage comme possibles sous la forme irrigué en Afrique occidentale?

L’etud* des cultures irriguées présente pour l’Afrique occidentale un double intérêt. Tout d’abord pour l’alimentation des indigènes. pour les cultures vivrières, dont les pouvoirs publics doivent avant tout se préoccuper, que doivent être leur premier souci avant de songer à des produits d’exportation? C’est sous ce double aspect que l’auteur envisage la question. 11 passe la revue d’abord des cultures alimentaires pour les Noirs susceptibles de trouver de meilleurs rendements avec les irrigations, il étudie ensuite la production de certaines matières dont la France a un besoin pressant pour son industrie. Voyons avec lui rapidement les unis et les autres.

Au premier rang des cultures vivrières, M. Y. Henry place les rizières qu’il divise en deux catégories, les rizières maritimes et les rizières des vallées.

Les rizières maritimes existent aux embouchures du Saloum, de la Casamance, des rivières du Sud, et sur le cordon littoral de Guinée. La sélection des graines et les rendements ont été étudiés; ces derniers sont généralement satisfaisants. A l’intérieur de l’Afrique occidentale le riz est cultivé dans presque toutes les vallées, principalement dans celles du Niger et de ses affluents, fort peu dans le Haut-Sénégal et pas dans sa vallée moyenne et inférieure. Le bassin lacustre du Niger une fois convenablement aménagé offre à l’égard de la culture du riz de belles possibilités. Dans ce bassin de Diafarabé à la hauteur de Tombouctou, on estime que la superficie des rizières actuelles ne dépasse cependant pas 20.000 hectares et que le rendement en bonne année moyenne atteint 1.500 kilogrammes (Vitalis). « Il y a lieu de noter que dans certains bassins secondaires, ceux du Télé et du Faguibine par exemple, la culture du riz se fait par repiquage comme dans les rizières de Guinée. Les rendements y atteignent par bonne crue. 2 et 3 tonnes de paddy à l’hectare. »

La deuxième culture vivrière citée par M. Y. Henry est le.sorgho qui forme, avec le riz, la base de la nourriture des indigènes dans

BULLETIN DU COMITÉ DE

vallée du Niger et remplit » peu près seul cet office dans la vallée du Sénégal. Le chimiste Ammann, chargé de mission p<r manente en Afrique occidentale, a analysé les principales variétés de la vallée du Sénégal.

Le blé dur, identique au blé d’Algérie, se cultive « dans la portion de la vallée du Niger située au Nord du 16° de latitude nord où le climat saharien établit de décembre à mars une saison froide très marquée ». Ce blé donne un pain bis. M. Henry pense que la « sélection pourrait créer une variété donnant un passé de plus bel aspedt » car « il existe des épis dont le grain est à cassure blanche ».

Telles sont les cultures vivrières envisagées par l'auteur. L’irrigation lui parait devoir donner des résultats satisfaisants pour la production du coton, du chanvre de Guinée, des fourrages et des tubercules.

On ne saurait trop le répéter, « la production du coton est devenue une nécessité nationale » d’autant que les Américains tendent de plus en plus à manufacturer toute leur récolte. Il faut savoir gré à M. Henry d’avoir nettement indiqué que « l’expérience acquise depuis plus d’une dizaine d’années sur toute la côte occidentale d’Afrique montre que, sans avoir échoué, les efforts de propagation n’ont donné que des résultats infiniment au-dessous de ce qu’on avait espéré ». Il suffit de voir les statistiques d’exportation pour se convaincre de la modéralion de ce jugement. Ce n’est pas ici le lieu de rechercher les causes nombreuses de cet échec caractérisé* mais il faut constater que soit en culture indigène, soit en culture européenne, la question de production en grand du cotonne sera résolue que demain ou après-demain. Et cependant les Noirs des vallées du Sénégal et du Niger, principalement de qptte dernière, entretiennent de tout temps sur la bordure des bassins d’inondation de petites cotonneraies que les crues inondent plus ou moins chaque année. On en trouve même le long des berges élevées. Ce n’est pas là de la culture intensive. Aussi il est bien certain que les champs indigènes de cotonniers ne s’étendront qu’autant que les Noirs auront intérêt à cultiver le coton: tant que le coton leur rapportera moins tout en leur demandant plus de travail et de soins, ils le délaisseront, sauf toutefois peut-être comme culture d’assolement. En culture intensive, avec les éléments actuels d’information sur la valeur des terres tt les possibilités d’aménagement des eaux « la question de principe peut être considérée comme résolue a priori , du fait qu’il y a une analogie suffisante entre les vallées du Sénégal-Niger et l’Egypte ».

En résumé, une expérience de dix ans a montré qu’en Afrique tropicale, la production du coton « trouvera son principal élément dans la culture par irrigation ». Elle semble dans le cas de la culture par les indigènes et dans celui de la culture européenne avoir de réelles chances de succès. En culture normale il esi « possible [d’obtenir dans nos vallées africaines des rendements aussi élevés qu’en Egypte, mais rien de plus. Tous les facteurs de la production sont à étudier ». On peut fonder sur le coton de légitimes espoirs, mais il faudra « préparer avec méthode cette production et dépenser des sommes importantes pour la mener à bien avec les ressources de la technique. » C’est dire que la solution n’est pas immédiate, c’est dire — et on doit féliciter M. Henry d’avoir démontré cette vérité — que les résultats n’apparaîtront pas de suite.

Il peuvent être bien plus rapprochés pour le chanvre de Guinée aussi bien « pour la culture extensive que pour la culture intensive ». Le chanvre de Guinée (hibiscus cannabinus) est le da soudanais que les Somonos, 'les Bozos et les Bambaras cultivent de longue date, et que Vuillet, directeur d’agriculture du Haut-Sénégal-Niger, a particulièrement étudié dans une brochure récente où il indique les variétés à propager et les rendements élevés en fibres qui peuvent être obtenus. Cette plante est non seulement intéressante par son rendement en fibre, mais aussi en raison de ce fait que la culture exige peu de main-d’œuvre et peu d’entretien; la presque totalité des travaux penvent être exécutés mécaniquement : préparation des terres, semis, coupe, rouissage, teillage. De plus on ne connaît pas de maladie à la plante qui résiste aux sauterelles et aux criquets. Son usage, dans tous les emplois du jute, ne fait aucun doute. Enfin on peut compter sur deux sous-produits : « une tonne de graines et 7 et 8 tonnes de déchets propres à la fabrication de la pâte à papier. »

Parmi les fourrages spontanés qui poussent sur les terres inondées, il est deux graminées qui doivent retenir l’attention : le riz vivace et le borgou. Le riz vivace se rencontre dans les deux val lées du Sénégal et du Niger sur les plaines et les berges faiblement inondées. C’est un riz à rhizome qui- a une valeur toute spéciale comme fourrage (rizières non aménagées, 14 à 27 tonnes par hec-

L’AFRIQUE FRANÇAISE

tare, chiffre qui deviendrait considérable avec des coupes réglées). Donné en vert, il constitue un aliment excellent très recherché; a l’état sec, c’est un fourrage riche. Quant au borgou, il forme dans tout le bassin nigérien la base de l’alimentalion du bétail (bovidés et ovidés) et un appoint sérieux (graine) à l’alimentation humaine. L’existence des borgoutières dépend étroitement du régime des inondations; si la crue est faible, la borgoutière dépérit ou même disparaît si le fait se renouvelle. La crue est-elle trop rapide, elle est noyée. Dans les deux cas les animaux meurent par milliers, faute de nourriture.

En terminant, l’auteur traite du choix des cultures et par voie de conséquence de celle des assolements et il étudie les deux questions dans la vallée du^Nil et dans celles du Niger et du Sénégal.

Ce livre doit être suivi d’un second qui le complétera et qui s’intitule . « Matières premières africaines. L’un et l’autre viennent à leur heure. L’exposé clair et méthodique de M. Henry qui n’a pas caché les erreurs commises et n’a pas voulu faire entrevoir des espoirs exagérés rendra grand service à tous ceux — et ils sont de plus en plus nombreux — qui s’intéressent aux productions de l’Afrique Occidentale Française.

Estudios relativos a la geologia de Marruecos

bulletin de l'Institut géologique d'Espagne , t. XXXVIII, p. 1-360.

Ges études constituent le rapport de la mission géologique qqi parcourut les zones pacifiées du Maroc espagnol en 1915-1916. La mission se composait de MM. Valle et Fernandez Iruegas, qui travaillèrent dans la zone de Melilla. et de MM. E. Dupuy deLôme et J. Milans del Bosch qui ont étudié la zone atlantique depuis Larache et El-Ksar-el Kebir jusqu’à Tanger et la Méditerranée de Ceuta à Tétouan. Les travaux des deux groupes ont été dirigés par l’ingénieur A. Marin qui a fait suivre les notes de ses collaborateurs d’une étude micrographique sur les roches hipogéniques du Maroc.

Etant donnée la situation poli'ique de la zone d’influence espa* gnole au Maroc, il a été impossible à cette Commission de suivre un ordre rationnel pour ses études géologiques; elle s’est bornée à parcourir 2.874 kilomètres carrés sur 23.000 kilomètres carrés que représente la zone de Protectorat. Aussi le mémoire qu’elle a rédigé n’offre-t-il qu’un caractère provisoire, susceptible de révision et dans lequel bien des faits et des hypothèses avancés demandent à être confirmés. Il eût été intéressant cependant de voir compléter les observations du professeur français Gentil sur le Rit. La Commission espagnole n’a pu s’adonner à ce travail ; ses études se réfèrent seulement aux parties orientale et occidentale de celte grande chaîne qui reste ainsi encore inconnue dans son ensemble au point de vue géologique. Nous n’avons même à vrai dire de précisions que sur la petite zone de Melilla, car la région comprise entre Ceuta et Tétouan n’a pas pu être parfaitement étudiée en raison de l’occupation de ce territoire par les tribus de l’Andjera.

Le plan de l’ouvrage consiste à décrire la géographie physique et surtout la géologie de chaqme zone visitée : Atlantique, Ceuta Tétouan, Melilla, études qui sont très intéressantes non seulement au point de vue scientifique pur, mais en tant que science appliquée. Les auteurs n’ont pas manqué de mettre en relief les faits qui peuvent servir au développement de la colonisation dans la zone d’influence espagnole. Ils ont essayé néanmoins de rester dans les limites de la vérité. C’est ainsi qu’à propos des richesses minières du Rif, ils déclarent que les versions contradictoires données jusqu’à ce jour ne sont pas plus vraies les unes que les autres. Cette chaîne n’est pas sans offrir quelque intérêt au point de vue minier; mais elle est loin, par contre, comme certains l’ont écrit, de rivaliser avec Bilbao : les gisements de fer, de zinc et de plomb des Beni-bou-Ifrou, par exemple, ne peuvent pas se comparer, comme richesse, à ceux de la province espagnole sus-indiquée. Il en est de même pour les intéressants minerais d’antimoine et de manganèse de Ceuta. Pour les lecteurs non initiés aux études géologiques dont la lecture rebute toujours par suite de l’emploi des termes techniques, le chapitre consacré aux mines (p. 242-261) pourra retenir leur attention Ils y trouveront des indications précises sur les filons actuellement exploités ou susceptibles d’exploitation. Ils apprendront ainsi que les minerais de plomb, de zinc, de fer, les silicates de chaux et de magnésie sont nombreux à Afra et qu’on y trouve un peu de malachite et de pyromorphite, sans compter l’alunite, sorte de kaolin que la Société Alicantina pourra exploiter, à en juger par les beaux échantillons qu’elle a recueillis. Dans la zone de Melilla on renconlre encore du kaolin et de l’opale dans le Rio de Oro. Dans la région de

Ceuta , le filon d’antirroine de Beni-Msala présente une grande puissance et une certaine étendue; il a été exploité par les indigènes; mais par suite de leurs travaux sommaires et mal dirigés on ne peut guère se rendre compte de la minéralisation du filon. Au Djebel Moussa on a relevé quelques poches d’oxjde de manganèse ainsi qu’un filon de baryte d'une épaisseur d’un mètre sur la côte. Plusieurs Sociétés se sont constituées pour l’exploitation des minerais.: la Compagnie espagnole des mines du Rif, la Compagnie du Nord-Africain, les Sociétés Alicanlina et Sotolazar. Les membres de la mission ont également dressé l’inventaire des pierres de construction, parmi lesquelles les plus fréquentes et les meilleures sont représentées par les basaltes et surtout les andésites qui s'emploient dans les travaux du port de Melila ainsi que les calcaires [iasiques qui entrent dans lâ construction des maisons à Ceuta et à Tétouan où on se servirait aussi d’un calcaire quaternaire d'apparence marmoréenne. Quant au plâtre que l’on trouve à Tidinit et à Arzila, il serait encore peu exploité. On pense trouver des marnes pour la fabrication des ciments.

Plus délicat est le problème des eaux potables et d’irrigation. Celles de Melilla sont impropres à la consommation et on songe à capter celles du Gourougou où sourdent des infinités de fontaines. Leur eau semble de bonne qualité; mais on ne peut pas se prononcer entièrement à ce sujet tant que la détermination des germes pathogènes qu’elle contient n'aura pas eu lieu. Dans la zone atlantique, la question de l'eau est aussi épineuse, sauf dans deux ou trois points où il sera possible de créer des puits artésiens. L’eau est plus abondante et meilleure à Tétouan et à Ceuta.

Au point de vue de la richesse agricole de la zone d’influence espagnole, la mission ne peut pas donner de renseignements définitifs. D’un sommaire examen des terres, il résulte que la fertilité du pays est des plus variables. Les terres noires de Larache et d’El-Ksar-el-Kebir sont très riches en toutes sortes d’éléments et rappellent les tchernoziom russes. De même à Melilla où dans la vallée du Khemisles épis de blé comportent un nombre de grains exceptionnel. Les plaines de Nadon et de Frajaria sont également fertiles. Par contre les champ* de la Meseta des Trois-Fourches, les terrains du Gourougou de l’Anyera sont arides : le sol y est totalement dépourvu de végétation. 8ur toutes ces qualités de terres MM. Dupuy de Lôme et Milan del Bosch développent d’intéressantes considérations. Disons, pour terminer, qu’ils paraissent frappés de l’essor pris par la colonisation dans le Garet où des terres exclusivement adonnées jadis à l’élevage sont aujourd’hui entièrement ensemencées en céréales, grâce à l’action privée qui est très agissante dans cette région. Comme on le voit, ceite étude mérite notre attention, non seulement par sa valeur intrinsèque, mais aussi parce qu’il a encore été publié peu de chose sur le Maroc espagnol. Des photographies et quatorze cartes, coupes ou plans en couleur agrémentent cet important ouvrage.

Relazione al Parlamento sulla situazione politica economica ed amministrativa delle colonie italiane, par Avv. Gaspare Colosimo, ministre des Colonies. Un vol. de 514 p. avec 8 cartes en couleur.

Ce n’est pas seulement toute l’Afrique italienne que M. Gaspare Colosimo, ministre des Colonies présente à ses collègues du Parlement d’Italie dans ce substantiel et intéressant rapport. En le lisant, on apprend aussi et on juge l’action silencieuse mais tenace, modeste mais vigilante du Département auquel est confiée la conduite des affaires coloniales. Certes en Italie comme partout ailleurs, le chemin à parcourir est rude qui doit mener à la reprise de la vie économique normale : on y parviendra cependant avec le concours des bonnes volontés mises au service des sciences économiques nationales et coloniales. Ce problème du relèvement des puissances européennes épuisées par la guerre est inscrit à l’ordre du jour de chaque Etat et une des aides la plus importante eur laquelle on compte est incontestablement celle qu’apportent et qu’apporteront de plus en plus les pays d'outre-mer. L’Italie, à cet égard, réalise de nombreux efforts. Nous avons déjà parlé en son temps du Congrès national de Naples et des questions qui y furent agitées. Le mouvement se continue, ainsi que le prouve la publication du copieux rapport de M. Colosimo.

Sa portée sera grande, car l’ouvrage est frappé au coin des intentions pratiques, positives, qui l’ont engendré. Rar la multitude et l’importance des questions qui y sont traitées, on sent que le but n’est pas limité à un exposé banal de la situation coloniale de l’Italie. Ce livre renferme surtout des enseignements de politique indigène et d’exploitation des colonies, questions particulièrement délicate» si l'on songe que, pendant la guerre sous-marine active,

l’Erythrée et la Somalie sa sont trouvées isolées de l’Italie et que le bloc tripolitain, situé en plein foyer d’hostilités, pouvait rendre d’autant moins de services à la métropole que l’occupation de ce territoire venait à peine de s’effectuer lorsque éclata la tourmente actuelle. L’entr’aide coloniale devait donc, par suite de ces circonstances, être très limitée pour l’Italie. Elle a néanmoins pu se réaliser dans certaines conditions; de même que l’éducation des indigènes déjà engagés dans la voie de la civilisation a pu être poursuivie de façon satisfaisante. En pratiquant ces efforts, le ministère des Colonies ne vise pas tant à travailler pour le momrtit qu’à préparer l’avenir.

M Colosimo nous montre le rapport étroit qui lie, dans une colonie, les problèmes politiques et économiques, et l’association avec l’indigène, facteur premier de la mise en valeur d’un pays, y est placée en vedette Ainsi se trouve dictée la route aux gouvernants : Ils savent qu’avec des principes libéraux ils pourront utiliser des hommes pour satisfaire pleinement aux impérieux besoins de leur patrie. Et cet axiome, si l’on peut dire, s’illustre d’exemples pratiques dans le livre de M. Colosimo, qu’il s'agisse de la Lybie, de l’Erythrée ou de la Somalie.

A propos de chacune de ces possessions, l’auteur a groupé très judicieusement en effet non seulement les faits essentiels de la situation politique et militaire du pays, mais aussi des considérations précieuses touchant son ordre économique et social. On se rend aisément compte de l’intérêt que présentent pour le gouvernement italien toutes les questions se référant, en Lybie par exemple, à la pénétration politico-économique du pays, au problème de l’attraction des tribus dissidentes ou réservées, à la reprise du trafic de la Cyrénaïque et des oasis, à la mise en valeur des terres, à la collaboration des indigènes, à l’administration de la colonie, à la création des écoles, des dispensaires, des voies ferrées, etc., sans parler des recherches archéologiques qui se poursuivent avec succès dans les deux grands centres de civilisation antique de Leptis Magna et de Cyrène, auxquels Nachtigal prédisait jadis un brillant avenir dans la Méditerranée. Et ce n’est là qu’un mince aperçu des études qui composent le corps du livre. Car le lecteur, après s’être pénétré de la situation et de l’importance respectives de chacune des colonies italiennes d’Afrique, trouve à se documenter sur des points spéciaux dans les vingtdeux annexes qui prennent près des trois quarts du rapport de M. Colosimo, et traitent de la confrérie des Senoussistes, des Berbères, des Communautés israélites, des biens Ouakoufs, du mouvement commercial des oasis, des travaux publics, des voies ferrées en Afrique, du coton, des banques, des écoles, etc. Plusieurs testes organiques sont même donnés in extenso dans ce bel ouvrage qu’ornent huit cartes soigneusement dressées par l’office cartographique du ministère des Colonies et dont voiei la nomenclature :

Bassin oriental de la Méditerranée, la mer Rouge et le golfe Persique — 1 : 7.300.000.

Lybie et territoires limitrophes — I : 4.000.000.

Confins de l’Erythrée — 1 : 1.550.000.

Colonie de l’Erythrée — 1 : 500.000.

Esquisse du réseau ferré africain — 1 : 20.000.000.

Somalie et pays voisins — 1 : 4.000,000.

Bassin hydrographique de l’O. Chebeli — 1 : 3.000.009.

Asie Mineure, Arabie — 1 : 6.000.000.

Certaines d’entre elles se recommandent par le souci de mise à jour dont elles témoignent : Telles sont la carte des confins de l’Erythrée, originale et neuve qui, pour la première fois, à notre connaissance, exprime l’histoire des conventions, protocoles et accords d’où est résultée l’assiette actuelle de l’Erythrée; la carte du réseau ferré africain qui indique les voies construites, en cours ou projetées; celle enfin de l’Asie Mineure et de l’Arabie qui est la première complète publiée en Italie sur ces pays. Ainsi, en toutes ses parties et sous toutes ses formes le rapport de M. Colosimo apparaît comme un ouvrage neuf, vivant, bien ordonné et admirablement documenté. Nous nous plaisons à croire qu’il sera goûté comme il convient par les « africanistes » de tous les pays qui éprouvent quelque intérêt pour le continent noir.

Dictionnaire abrégé touareg-français (dialecte ahaggar), par le P. de Foucauld ; publié par M. René Basset, doyen de la Faculté des lettres d'Alger, aux frais

du gouvernement géuéral de l’Algérie; tome Ier ; un vol. in-16 de 652 pages. — Carbonel, place du gouvernement.

Alger.

Les - travaux du regretté P. de Foucauld ont été pieusement recueillis et voient aujourd’hui le jour. M. René Basset s’est atla-

BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

ohé à cette mission pieuse. Il donne dans ce premier volume le dictionnaire ahaggar-français que le F. de Foucauld lui avai1 remis en 1913 à son dernier voyage en France. Les autres travaux du Père paraîtront ultérieurement, comme M. René Basset l’a annoncé dans Y Afrique française (1917, p. 102) et le gouvernement général de l'Algérie s’honorera en assurant la publication rapide de ces précieux documents.

Le dialecte ahaggar dont traite ce premier volume est parlé par es Kel-Ahaggar, les Kel-Ajjer et les Taïtok. Les nobles seuls le parlent correctement et c’est la langue des nobles que contient ce dictionnaire.

Le Petit Atlas de la guerre et de la paix. Les

Pays où nous nous battions et pour lesquels nous nous battions, par F. Maurette. Un atlas in-8°, broché, illustré de cartes en couleurs : 1 fr. 50. Hachette et Cie, Paris.

Voici un petit atlas d’un nouveau genre.

Avec ses cartes véritablement parlantes, il met sous les yeux de tous les renseignements les plus divers concernant la situation territoriale, politique, industrielle et commerciale de tous les pays du monde qui ont été les théâtres de la guerre et qui vont être transformés par la paix.

A toutes les questions qui se posent sur les nationalités, les ressources du sol et du sous-soi et en général l’avenir de ces pays, est atlas répond par une carte et un texte précis.

Mission forestière coloniale. — T. II. Les Bois du Gabon, par A. Bertin. Un vol. in-8° avec 31 reproductions photogr. et une carte. Paris, Emile Larose, éditeur, 11, rue Victor-Cousin.

C’est l’état civil des bois du Gabon que le chef de bataillon Bertin a dressé dans cet ouvrage qui forme le second volume du rapport delà mission d’études forestières envoyée dans les colonies françaises par les ministères de la Guerre, de l’Armement et des Colonies. Ce tome contient un grand nombre de tableaux pour l’identification des espèces ligneuses et des données pratiques qui permettent aux coupeurs et forestiers coloniaux de distinguer les essences sur pied en évitant les confusions. Mais les travaux de la mission ne se sont pas bornés à établir cet état civil des bois usuels, elle a aussi dressé une liste des bois reconnus susceptibles d’être exploités pour une utilisation immédiate. C’est ainsi que 49 bois représentant 60 0/0 du peuplement moyen de la forêt paraissent pouvoir remplacer les bois usuels d’Europe, car pour l’instant, il serait utopique de vouloir utiliser sitnultanémen et brusquement toutes les essences de la forêt. Il est à noter que l’exploitation de ces 49 espèces peut mettre sur le marché, à des prix avantageux, de grosses quantités de produits ligneux propres à alimenter les ateliers de construction, de meubles, de tonnellerie, etc.

La mission a enfin effectué au Gabon des recherches très nombreuses qui ont permis de noter les essences et les dimensions de 280.000 mètres cubes de bois, chiffre que la mission juge ellemême insuffisant, mais qui permet d’éclairer la question d’une manière bien plus précise que ne pouvaient le faire jusqu’à présent les divers voyageurs qui ont traversé ces forêts. Dans le présent ouvrage elle a eu surtout pour but de publier le résultat de ses recherches afin que les exploitants forestiers coloniaux soient» munis désormais de documents précis pour la reconnaissance pratique des arbres qu’ils auront à exploiter. Ce travail montre qu’elle a pleinement réussi.

Les Bambaras, mœurs, coutumes, religions,

par Louis Le Barbier. Un vol. in-80 de 42 pages. — Emile Larose, il, rue Victor-Cousin, Paris.

L’auteur, qui a visité à plusieurs reprises nos possessions de L’Afrique occidentale, s’était plu jusqu’ici à publier soit des notes de route, soit des observations sur la valeur économique des régions qu’il avait traversées. Aujourd’hui c’est le portrait d’un naturel du pays qu’il nous présente et, les circonstances obligeant, son choix s’est fixé sur le type Bambara qui fournit, comme on le sait, l’élite de nos tirailleurs soudanais. M. Le Barbier a sans doute pensé, avec juste raison, qu’il ne suffisait pas d’applaudir à la vaillance et à l’héroïsme de nos troupes africaines et qu’il convenait de les connaître mieux pour les comprendre davantage. La plaquette qu’il vient de publier répond précisément à ce but en

mettant en relief les caractéristiques d’une race grossière, certesmais robuste et susceptible de rendre des services à qui sait l’employer. On trouvera dans ces pages la description physique et morale du Bambara, cet habitant de la vallée du Niger qui a su, malgré les invasions et le contact de notre législation, garder assez pures les vertus et les défauts de sa secte. Ainsi c’est avec beaucoup d’intérêt qu’on lira les chapitres consacrés à la divinité, désignée là-bas sous le nom de « Gnâ », et au culte du « Dassiri » protecteur, qui paraît être la religion la plus ancienne de toutes celles en honneur chez les Bambaras.

Casablanca-La Chaouïa, par Lapeyre et Marchand. In-8°, 132 pages. Prix : 3 fr. 50. — Emile Larose, éditeur.

Cet ouvrage, dans lequel on s’attend à trouver, d’après le titre des données pratiques sur Casablanca et la Chaoula, est plus spécialement orienté vers l’étude de l’outillage économique du pays- Il n’aurait rien perdu cependant à coordonner de façon un peu plus détaillée les renseignements qui d’ordinaire intéressent les immigrants, sur les conditions de la vie urbaine et rurale, étant donné surtout qu’il traite d’une région où la colonisation s’est exercée avec une activité sans précédent dans notre histoire coloniale. On lira néanmoins avec intérêt les pages consacrées au port de Casablanca, au nouveau plan de la ville et à la description du utuv réseau des lignes de tramways. Ces questions constituent a partie fondamentale du livre.

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