Lettre de Dayas, interprète
On peut diviser les résultats de cette enquête en deux parties : 1° crimes des Allemands avant la guerre, et 2° crimes des Allemands au cours de la guerre.
1° Les Allemands au Cameroun avant la guerre.
Ainsi que le précédent rapport le démontre, par calcul comme par système, les Allemands ont toujours traité les indigènes avec inhumanité. Ils les considéraient comme une sorte de bétail dont il y avait lieu de tirer le plus grand profit possible et ils n'hésitaient pas à employer dans ce but les moyens les plus odieux.
C’est ainsi que :
a) Lorsqu'ils avaient besoin de main-d’œuvre, ils exigeaient un certain nombre d'hommes par village et punissaient durement les chefs s’ils n’étaient pas tous fournis.
b) Ces hommes étaient transportés de force loin de chez eux, souvent pour un an ou davantage, étaient peu payés, mal nourris et devaient cependant accomplir de durs travaux. Aussi dans ces équipes de véritables esclaves, la mortalité a-t-elle dépassé 30 0/0 et souvent 50 0/0.
c) Sans se préoccuper des conséquences que ces mesures pouvaient entraîner et dont la principale était parfois de provoquer la disette dans toute une région, les indigènes étaient obligés d’apporter des vivres dans certains centres, à intervalles rapprochés , et ces vivres ne leur étaient pas payés ou l’étaient d’une façon dérisoire.
d) Pour entretenir l’ahondance sur les marchés, les habitants des villages étaient tenus d’y apporter des approvisionnements et, au cas où ces approvisionnements n’étaient pas vendus, les propriétaires devaient en faire abandon.
e) Dans lés prisons les détenus étaient l'objet de brutalités et de nombreux prisonniers sont morts des suites des mauvais traitements qui leur étaient infligés.
/) Des hommes punis disciplinairement étaient frappés violemment de coups de corde ou de chicotte et étaient attachés par les pieds et les mains à quatre crochets fixés en terre, le ventre sur un tonneau.
g) Les indigènes n’aimaient pas les Allemands et ceux-ci se rendaient compte de leur impopularité. Aussi, essayaient-ils de les terroriser. C’est ainsi qu’en 1914, avant la guerre, ils incarcérèrent et pendirent un chef Douala Mango Bell, qui jouissait d’une certaine popularité et qu’ils accusaient de faire de l’opposition au gouvernement local. Ils poursuivaient en même temps de leur haine tous les chefs influents qu’ils soupçonnaient de sympathie pour Douala Mango Bell.
Au hasard des dépositions dont l’énumération a été reproduite, citons les témoignages suivants :
« Jingi-Î3anem, le 19 octobre 1918.
« En 1913, je reçus l’ordre de fournir20 hommes -(ou 25, je ne sais plus bien le nombre exact) pour différents travaux à Douala. Assez souvent les chefs recevaient des ordres semblables et, s’il manquait un homme, un policier venait au village et arrêtait tout le inonde. Je fournis les hommes demandés qui furent employés ài divers travaux de route, en forêt, au delà de Yapomo. Les hommes n’étaient pas payés; on leur promettait qu’après deux ans on leur remettrait une certaine somme, mais jamais aucun ne vit d’argent. Sur le chantier, beaucoup d’hommes, exténués de fatigue et mal nourris, moururent. Je vous ai donné des noms. 11 ne rentra que deux hommei au village : les nommés Coumba Nimbong et Benda Boulon, qui rentrèrent au début de la guerre. Le reste était mort.
« On était mis en prison pour peu de chose et les gens dont je vous ai donné les noms, qui étaient des condamnés à la prison, sont morts des suites de mauvais traitements. Les prisonniers à Yabassi étaient employés à la briquetterie, près du poste, et ceux qui étaient vus travaillant peu étaient frappés à coups de crosse de fusil sur la poitrine. C’est pourquoi beaucoup' sont morts.
« N’Gogbuma est toujours présent au village et peut certifier ce que j’ai avancé.
Grand chef,
« Signé : Essusé, »
« Bodiman, 20 octobre 1918.
« Tous les chefs -de Bodiman étaient mis en prison à cause de 1 impôt.
c Les Allemands avaient arrêté cent hommes par force. Le chef en nom de Ngando Moukoui est mort en prison. Au moment où le nommé Kotto Ngalé était employé du gouvernement, le gouvernement avait l’habitude de recruter les gens par force sans rien dire aux chefs. Le
gouvernement avait vendu ma concession, ils ont mis ma maison en feu et elle a été brûlée avec tout son contenu. J’allai réclamer au gouvernement et, au lie* de m’écouter, ils m’ont mis sur un tonneau et m’ont donné vingt-cinq coups de corde. Le gouvernement m’avait mis en prison, mes deux enfants ainsi que tous mes sous-chefs. Les chefs restaient trois jours en prison ; mes enfants et moi-même avons passé un mois et demi en prison. Le gouvernement avait obligé les gens à couper du bois sans qu’ils fussent payés.
« Les Allemands avaient fait une construction à Naaké, ils m’avaient fait venir là-bas et commençaient par me donner des coups de fusil. Ils ont tué un de mes sous-chefs du nom de Ngalé Yang. Les Allemands ont rattaché le village de Dibombé à Douala qui dépendait de moi. Le chef du nom de Eso Besong, qui était allé demander pourquoi cela était arrivé, avait été mis en prison et on lui avait cassé un pied. Si les gens avaient manqué de venir au marché, ils étaient*mis en prison ainsi que mes sous-chefs, et, avant de sortir, nous étions obligés de^payer chacun la somme de 100 marks. Le nommé Dika Soso était mis en prison pour deux mois parce qu’il avait mangé ses oranges qu’il avait plantées, sous le prétexte que les oranges appartiennent seulement au gouvernement. Au moment de la guerre, le gouvernement allemand avait pris toutes nos pirogues. Il nous était impossible de circuler en pirogue; à ce moment-là les Allemands tuaient les gens à coups de baïonnette. Quelques-uns ont été tués à coups de fusil. Les Allemands ont tué cinq hommes dans mon village de Bonanyamsi. Ils m’ont pris la somme de 7.000 marks ainsi que tout mon bien. Ils ont tué quarantecinq hommes dans les autres villages. Ils ont tué dans le village de Bonalembé,chef NyamaMbonjo, vingt-deux hommes. Ils ont tué îe chef Eloka Sambé. Ils ont mis tous les villages des deux côtés de Bodiman en feu. Nous étions obligés, à notre rentrée, de construire d’autres maisons. Ils faisaient tout cela sans que nous fussions en guerre avec eux.
« Les notables certifiant la vérité de ces déclarations sont les suivants :
« Nsia Nvamsi et Lk.miie Nvamsi.
« Le chef supérieur de Bodiman , « Signé : chef Mfomou Ngallé. »
2° Les Allemands au Cameroun pendant la guerre.
Les Allemands sont les mêmes sous toutes les latitudes. En Afrique comme en Europe, ils croyaient servir leurs intérêts en inspirant la terreur dans les régions où se déroulaient les opérations de guerre. Ils ont de façon systématique exécuté des massacres et des dévastations.
On peut ainsi résumer les actes odieux qui ressortent des documents du dossier.
a) Beaucoup d’indigènes ont été fusillés ou tués
à coups de baïonnette sans distinction d’âge ou de sexe.
b) Des maisons, des villages entiers ont été incendiés volontairement en dehors de tout fait de guerre.
c) Des razzias considérables de vivres ont été faites sans aucun payement, sans même remise de bons.
d) Des indigènes vaguement accusés de ne pas fournir de vivres ont été enfermés dans des cases et brûlés vifs. Lisons à cette occasion la déposition du grand chef Esusé, de Jingi Banem, dont un autre passage a été reproduit ci-dessus :
« Les Allemands chassés de Yabassi sont restés près d'un an dans mon village. Ils nous accusaient de préférer les Anglais et les Français et, sous le prétexte qu'on ne les aidait pas assez, ils ont fusillé un certain nombre d'habitants en différentes fois. En quittant le village, ils ont mis le feu à plusieurs maisons; d’ailleurs pendant leur séjour, plusieurs fois, ils ont amené dans mon village des habitants de différents villages de Banem, les ont enfermés dans des cases et y ont mis le feu. Les indigènes ont alors été brûlés dans les cases. Des Européens surveillaient ces exécutions. »
C’est par centaines que, dans la seule région de Yabassi, les Allemands, au cours de leur retraite, ont tué des indigènes, hommes, femmes ou enfants, parce qu’ils considéraient que les sentiments de la population leur étaient visiblement peu sympathiques et que les chefs de villages n’hésitaient pas à accueillir les alliés en libérateurs.
Les chefs et les habitants déclarent unanimement, en effet, qu’ils ne veulent plus d’Allemands dans le pays. Si leurs anciens maîtres revenaient, ils fuiraient en Nigeria, disent certains chefs, d’autres déclarent qu’ils se tueraient.
Voici un spécimen des avertissements comminatoires que les Allemands adressaient aux indigènes du Cameroun dans les premiers mois de la guerre.
Le 4 novembre 1914, le capitaine von Hagen, commandant la région d’Ebolowa et de Kribi, faisait répandre dans tous les villages la proclamation suivante :
Avis-.
« A tous les habitants des régions d’Ebolowa et de Kribi je dis ceci : lorsque les Anglais et les Français viendront dans le pays, vous devrez tous vous enfuir dans la forêt. Ceux qui resteront dans leurs villages ou iront devant les Anglais et les Français seront tous tués par moi, hommes, femmes et enfants.
« Je tuerai également ceux qui fourniront des vivres, indiqueront les chemins ou serviront de porteurs.
« Dieu a donné le Cameroun aux Allemands. Il a dit que nous le garderions toujours. Nous ne partirons donc pas.
« Les soldats allemands dévastent actuellement les pays des Français et des Anglais, aussi la guerre sera-t-elle finie dans deux mois. Vous ne
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devez pas avoir peur. Je vous répète que ceux qui aideront les Français et les Anglais seront tués, parce que je suis plus fort que tous. Je vous salue.
« Von H agen. »
Dans la bouche de cet officier allemand, qui se targuait d’avoir mérité l’appellation du « terrible d’Ebolowa », ces menaces n’étaient pas vaines et les listes de scs victimes sont longues. C’est ce qui résulte des dépositions qui figurent au dossier et qui ont été recueillies avec toutes les garanties nécessaires par M. le sous-lieutenant Réallon, administrateur des colonies, chargé par le commissaire de la République de faire une enquête sur les faits reprochés aux Allemands.
M. Johnston, directeur de la mission protestante américaine à Etat, a déclaré à cet officier, le 28 octobre dernier, que toute la sympathie et l'assistance de la mission étaient acquises à la France. 11 reconnaissait en même temps le désir réel et évident que les indigènes éprouvaient de rester sous la protection de notre pays, il y a dans ce sens au dossier toute une série de déclarations probantes faites le 28 octobre par Belinga N’djié, chef de N’galenakong, le 31 octobre derniei>qmr Avinapinko, chef d’Ozem, et le 3 novembre par Njemba Ekoto, chef d’Ekumduin.
A mesure que le dossier grossit, aussi bien pour le Togo, où les faits le rendent de plus en plus probant, que pour le Cameroun où le système allemand se révèle partout dans ce qu’il a d’impitoyable et de criminel, il est établi que les populations indigènes n’ont cessé, depuis l’occupjt on française, d’exprimer avec l’épouvante qu elles gardent du régime précédent leur sympathie et leur confiance envers nous. Au Togo comme au Cameroun, les chefs indigènes multiplient actuellement leurs protestations d’attachement à la France. Si Jes mots étaient ici à leur place, alors qu’il s’agit de populations primitives, on pourrait répéter, pour le Togo comme pour le Cameroun, la phrase qui a si bien résumé les sentiments de l’Alsace- Lorraine : « Le plébiscite est fait. »
Pour bien montrer la terreur qu’inspire aux indigènes la domination allemande, on ne saurait mieux faire que de rappeler les faits qui se sont passés au moment où nous avons dû, par application d’un accord que la guerre a rendu caduc, céder des territoires dépendant jusqu’alors de notre Afrique équatoriale et qui ont constitué le nouveau Cameroun.
Dès que le traité du 4 novembre 1911 fut connu des indigènes, un grand nombre d'entre eux manifestèrent le désir d’abandonner leurs villages et de venir s'installer sur le sol français.
« Ce mouvement spontané de sympathie et d’attachement, écrivait M. le gouverneur général Merlin, le IG février 1912, à M. Lebrun, ministre des Colonies, m’a paru devoir vous être signalé; les sentiments dont il est l’expression font l’honneur de la méthode à la fois bienveillante et ferme suivie en Afrique Equatoriale Française sous ma direction et l'impulsion des lieutenants
gouverneurs. Ils montrent qu’on a su s’inspirer largement ici des principes qui dirigent notre politique coloniale; ils indiquent bien enfin que, procédant par comparaison, nos administrés ont apprécié des procédés auxquels ils savent bien que leurs congénères ne sont pas accoutumés ailleurs. Cet état d’esprit s’était déjà manifesté il y a quelques mois quand, après avoir été attirés au Cameroun par des promesses de traitement particulièrement favorable, un assez grand nombre d’indigènes originaires des circonscriptions touchant à la frontière, revinrent avec quelques désillusions et le désir évident de ne plus rechercher d’autre tutelle que la nôtre. »
Dans une lettre du 4 juin suivant, M. Merlin ajoutait : « De nouveaux renseignements récemment portés à ma connaissance indiquent que le mouvement de population prévu s’est déjà partiellement opéré, qu’il se précise et s’étend.
« C’est ainsi qu'au Gabon de nombreuses tribus ont, par l’intermédiaire de leurs chefs, exprimé le désir de rester sous la tutelle de la France. Le lieutenant gouverneur de cette colonie m’écrit, à ce sujet, ce qui suit: « Les commandants des divisions administratives de la côte nord du Woleu N’Tem et de l’ivindo m’ont signalé que de nombreux chefs et notables, à l’annonce des modifications qui vont être apportées aux limites de la colonie, ont protesté de leur dévouement à notre cause et demandé à être régis par nos institutions.
« Dans le Woleu N’Tem, les notables des environs dOyem et de Minvoul, qui ont pu apprécier les bienfaits et les avantages de notre civilisation et qui, ajoutons-le, ont connu l’ère de l’occupation allemande, ont sollicité l’autorisation d’émigrer dans le Como aussitôt qu’ils auront défriché leurs plantations et effectué leurs récoltes.
« Il est certain que les populations du Nord de la Djouah, qui ont déjà une tendance à se déplacer vers le Sud, suivront aussi cet exemple.
« Au Moyen-Congo, plusieurs villages installés sur la rive droite de la Likouala aux Herbes se sont transportés sur la rive gauche peuplée déjà de nombreux groupements qui, m’écrit le lieutenant gouverneur, sont venus à Loukolela protester de leur fidélité en réclamant des drapeaux français. Des chefs de la Sangha ayant demandé des instructions sur le point de savoir où et comment ils pourraient s'installer avec les populations qu'ils dirigent, en territoire non annexé, le chef de la subdivision destiné à les recevoir s’est rendu sur les lieux pour guider les émigrants dans le choix de leurs emplacements. Les mêmes démarches ont été faites par les chefs de la Koudou dont le mouvement d’émigration a paru pouvoir être utilement dirigé vers la Haute Mambélé, affluent de gauche de la Lécoli, elle-même tributaire de la Likouala-Mossaka. »
Naturellement les Allemands protestèrent contre cet exode et reprochèrent aux autorités françaises de pousser les indigènes à quitter les régions annexées au Cameroun. Or voici les instruc-
tions données par le gouverneur général de l'Afrique Equatoriale Française à ses collaborateurs :
« Ce mouvement parait devoir prendre des proportions telles qu’il doit retenir notre attention non pas seulement en nous plaçant à un point de vue sentimental, mais en considérant le côté pratique de la question.
« 11 ne vous échappera pas, tout d’abord, que, dans la circonstance, la prudence et le tact s’imposent d'une façon particulière; aucune pression qui pourrait nous être reprochée par les autorités allemandes ne devra être exercée, et, à cet égard, il sera d’autant plus aisé de se montrer patient et réservé que — je viens d’en être informé — un délai d’une année sera accordé aux indigènes des territoires cédés désireux d’émigrer. Vous devrez donc mettre vos collaborateurs en garde contre toute mesure intempestive, mais je ne saurais trop vous dire de leur recommander en même temps la plus grande bienveillance envers ceux de nos sujets qui demanderaient à se retirer \ers les régions soumises à ce que nous pouvons appeler, avec satisfaction, la paix française. »
On constatera la correction de notre attitude en la circonstance. Alors, comme aujourd’hui, forts de nos droits et confiants dans nos méthodes, nous étions sûrs des sentiments des populations indigènes dont la spontanéité comme la sincérité excluait d’avance l’intervention et rendaient inutile le zèle de nos officiers et de nos agents.
L AGRICULTURE AU TIBESTI
Le massif tibestien est considéré Ajuste titre comme une zone montagneuse désertique. La population tedda a été estimée, en 191 A, comme ne dépassant pas 15.000 âmes.
Il est plus que certain qu’elle a dû diminuer depuis, par suite des pertes subies au cours de la colonne d’occupation et au cours de la pacification, du départ volontaire d’une partie de la population réfractaire à notre influence, et aussi des maladies et famines habituelles.
Dans un tel pays, l’agriculture n’existe qu’à l’état embryonnaire, elle existe néanmoins et est caractérisée par certaines formes : il nous a paru intéressant, au point de vue documentaire, d’apporter sur ce sujet les réflexions que nous a suggérées un séjour de dix- huit mois dans ce pays.
Il s’agit de cultures dans une région désertique caractérisée plutôt par des chutes d-’eau irrégulières que par leur absence totale, où la question de la nappe souterraine, et par conséquent des pluies, prend une importance capitale.
Il ne saurait être question, comme dans les pays du Soudan, d’attendre le retour annuel de la
saison des pluies, pour faire des lougans (kindor). La configuration physique du pays s’y oppose d’abord, car on ne peut tenter de cultures que dans les parties de la montagne où les torrents ont apporté une épaisseur suffisante d’alluvions, et où la largeur du lit du torrent a permis ces dépôts alluvionnaires sur une certaine étendue.
La nécessité impérieuse de trouver, dans un pays montagneux très pauvre, les céréales indispensables à leur alimentation, a amené les habitants à compenser le manque de surface cultivable par un meilleur rendement des terrains cultivés. L’irrégularité des pluies, l’obligation d’obtenir plusieurs récoltes chaque année, les ont fatalement conduits à la culture en jardins ( touri ou bciré), la seule usitée au Tibesti.
D’une manière générale, cette culture est limitée aux oasis (palmeraies) que l’on rencontre dans les vallées des torrents de la montagne. (Nous verrons dans la dernière partie de cet exposé comment ces palmeraies sont réparties dans l’ensemble du massif du Tou.)
Ce mode de culture exige en effet des puits peu profonds (inférieurs à 10 mètres), une nappe d'eau souterraine abondante et une main-d’œuvre continuelle, conditions que l’on rencontre rarement en dehors des palmeraies, qui sont les centres de population les plus importants.
La question du débit des eaux nous amène tout naturellement à dire quelques mots de la division des saisons et de la répartition des piuies au Tibesti.
Les Teddas ne distinguent pas comme nous, au point de vue des saisons, quatre grandes divisions principales; ils ont une série de saisons, et le nom qu’ils leur donnent correspond, soit à un état atmosphérique constant, soit aussi à une époque de maturité de céréales semblables.
Nous utiliserons notre calendrier pour situer ces saisons dans un cadre qui nous soit familier, sous cette réserve que les Teddas ne connaissent que le mois lunaire (àouri), et que la correspondance n’est qu’approximative.
(a) Les saisons :
Biirondaga. — Janvier à mi-février.
Boro. — Chier bop (l’orge est à maturité), mifévrier à mi-mars. Alkam bop (le blé est à maturité), mi-mars à mi-avril.
Sogouni (l’époque bienheureuse). — Onéré bop (le mil est à maturité) se récolte de mi-avril à mimai. Arsebopkienne (les dattes sont formées mais encore vertes), mi-mai à mi-juin.
Ebergé ou ébéré (maturité des dattes), mi-juin à fin juillet.
Mbi. — Cueillette des dattes, août.
Ebéré yina. — Toucouli tiné, haucouboué, ongolli tobezé (toutes les dattes sont coupées; on les fait sécher sur des claies), septembre, mioctobre,
Domoso. — (L’hiver), mi-octobre à fin décembre.
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(b) Les pluies : I
Les pluies reviennent, en principe, à des épo- ' ques fixes, et il y aurait, dans cette région du Sa- ! hara, deux saisons de pluies bien nettes, ce qui ne paraît pas extraordinaire, étant donnée la latitude du pays. Mais dans une même région, ces saisons sont plus ou moins marquées suivant les années; elles peuvent se réduire quelquefois à une seule chute d'eau, parfois peu abondante. Il est permis cependant d'affirmer, que tous les ans, au moins dans une partie du massif, il tombe suffisamment de pluie pour remplir les lits des torrents de la région,
La sécheresse de 1913, qui avait fortement éprouvé les régions septentrionales du massif (régions de Zouar, Tao, Abo, Bardai), n'avait pas été ressentie avec la même rigueur dans les par«ties méridionales (Zoumri, Ybi, Doumar). La grosse saison des pluies de juillet 1914 avait été, par contre, générale dans tout le massif. La première saison d’orages et de pluies se trouve vers la mi-avril, c’est la moins importante, — la plus forte est celle de mi-juillet à fin août.
Les chaleurs recommencent dès les débuts du mois de mars, où la température s’élève très rapidement. L’écart est très sensible entre les chaleurs tempérées des mois de janvier et février, ui ressemblent, à Bardai, à nos mois de mai et e juin en France (altitude de Bardai, 1.000 mètres). Elles subissent une légère baisse au moment de la première saison des pluies vers avril, puis reprennent leur marche ascendante jusqu’à la deuxième saison des pluies (fortes chaleurs étouffantes, le thermomètre monte facilement dans la cuvette de Bardai à 50 degrés). La température décroît pendant septembre et octobre, elle redevient tempérée, comme dans nos pays, en novembre et décembre. A cette époque de l’année, il fait froid dès que le soleil est couché; il gèle parfois légèrement, et nos tirailleurs sénégalais, pourtant acclimatés depuis quelques années dans nos régions désertiques de Bilma et l'Azbin, ont été malheureux pendant le deuxième hiver de l’occupation (1914-1915).