CHAPITRE Pr
Les révoltes dans les colonies allemandes : ’ trente ans de guerre.
Et quels résultats splendides nous a valus noire politique coloniale ! Au Sud. à l Ouest, à l’Est, l'Afrique est en révolte... Nous ne savons pas traiter le Noir. — J. -K. Vietor.
« Le but d’une large politique coloniale, dit le général Leutwein, autrefois gouverneur du
Sud-Ouest africain, doit être l’incorporation des peuplades aborigènes se trouvant dans les territoires acquis, et non pas leur oppression effrénée, encore moins leur anéantissement ».
Bien qu’exprimée avec une réserve inévitable, on ne saurait trouver une plus exacte, une plus énergique formule d’accusation de la politique coloniale allemande, car, dans l’administration de leurs colonies africaines, les Allemands ont opprimé, et, dans certains cas, presque anéanti les populations confiées à leurs soins.
Sous couleur de réaliser une politique « d’incorporatio.11 », ils ont détruit les lois et les coutumes indigènes ; ils se sont efforcés, et ils y sont presque parvenus, à renverser le pouvoir des chefs; ils ont saisi les « terres de tribu », ils ont violé à peu près toutes les conventions négociées avec les races indigènes ; dans certaines colonies, ils ont dépeuplé de vastes districts, soit par le moyen du travail forcé et par de systématiques brutalités, soit par leur façon de conduire la
(1) T. Fisher Unwin Ltd., Adelphi Terrace, London, 1918.'
Supplément à l 'Afrique Françahe d’avril-mai-juin 1918.
BULLETIN DU COMITÉ DE L’AFRIQUE FRANÇAISE
guerre contre les races qu’ils prétendaient à gouverner.
Ce faisant, ils ont poursuivi une politique directement opposée à celle de la Grande-Bretagne, de la France et des autres nations colonisatrices dont le but, au premier chef, a été de consener tout ce qui pouvait être conservé dans le système indigène d’administration, de soutenir le pouvoir des chefs, et d’établir une saine administration par l’action et avec l’aide de ceux que la destinée remettait à leur responsabilité.
A peu d’exceptions près, les administrateurs allemands ont gouverné impitoyablement, sans égards pour les droits et pour les sentiments des races sujettes. Une infatuation presque répu gnante a caractérisé l’application brutale de cette politique de violence. L’évangile prussien de la Force a été imposé avec une rigidité de fer aux peuples faibles dont le droit à l’existence, du point de vue allemand, est assuré dans la seule mesure de leur aptitude à alimenter la machine économique du mercantilisme moderne.
Le principe moral de l’Allemagne a été hase sur le fondement de l’opportunisme. Dans la mesure où les races indigènes peuvent contribuer à la prospérité de la mère patrie parleurs sueurs et leur travail, elles sont accueillies comme des collaboratrices au bien-être national ; dans la mesure où elles se montrent irréductibles ou opposées à la politique d’ « incorporation », elles sont opprimées et écrasées.
Au début de la colonisation allemande, Bismarck, alors encore opposé à cette entreprise, exprimait l'opinion que « aucun succès ne pouvait être escompté de la transplantation en Afrique de l’assesseur de gouvernement prussien et de son système bureaucratique » ; et, pour lui, le seul vrai système consistait à fonder non des provinces, mais des établissements mercantiles placés sous le protectorat de l’Empire.
Les colonies allemandes d’Afrique étaient, au premier chef, des Sc/iutzgebiete, c’est-à-dire des Protectorats. L'Empire daignait prendre sous la protection de son pavillon les tribus désagrégées, sur les vastes étendues africaines; il consentait à observer quelques traités passés avec elles, à protéger leurs territoires, à soutenir le pouvoir de leurs chefs, et, d’une manière générale, à observer ses procédés habituels d'administration sous le seul et suprême contrôle de l’empereur. On verra, dans -les pages qui suivent, comment l’Allemagne remplissait ces obligations.
Dès le début, le parti colonial allemand adopta une attitude de mauvais augure pour l’indigène africain. Dans le Sud-Ouest africain, en Afrique orientale et au Cameroun furent établies de puissantes compagnies commerçantes; ces organismes s’arrogèrent bientôt une influence directement opposée à toute haute conception morale des devoirs d’un état suzerain. En Afrique orientale, la charte primitive qui avait été concédée au Dr Karl Peters et à ses associés donnait pleins et souverains pouvoirs à la Compagnie de l’Afrique Orientale Allemande, « y compris ceux de juri-
diction aussi bien sur les indigènes que sur les sujets de l’Allemagne et des autres nations » établis dans ces territoires; dans l’Afrique du Sud-Ouest, les compagnies commerciales ne jouissaient pas de si exclusifs privilèges, mais i I étaient cependant assez puissantes pour dicter au gouvernement sa politique; au Cameroun, les premiers établissements furent fondés sur des traités qui, en théorie, tout au moins, reconnais- | « saient un semblant d’autorité au prolit des chefs de clans locaux. Partout la théorie et la pratique aboutirent à un conflit inconciliable, et il s’en- S n( suivit trente années d'état de guerre avec les |«i indigènes.
Le Dr Bonn, de l'Université de Munich, parlant de l’administration allemande en 1914 (1), affirmait ceci :
Nous avons voulu édifier sur le sol africain une nouvelle Allemagne et y créer une filiation d’Etats .. Nous l avons tenté dans l’Afrique du Sud-Ouest et avons obtenu un formidable soulèvement indigène, eutraîuant une grosse perte de valeurs et celle de nombreuses vies. Nous avons prétendu assumer le rôle de providence, et nous nous sommes efforcés d'exterminer une race indigène que notre défaut de sagesse a poussée à la rébellion. Nous avons réussi à briser à fond les tiibus indigène^, mais nous n’avons pas réussi à créer une nouvelle Allemagne. »
S’expliquant sur les résultats de cette politique, le professeur von Luschan, l’un des premiers anthropologistes allemands, disait :
Je l’ai répété pendant des années, tous les fonctionnaires européens dans les territoires protégés auront tôt ou tard des difficultés s’ils maltraitent les indigènes, c'est-à-dire s’ils les traitent rudement, avec mépris, cruauté et injustice... Je suis absolument convaincu que notre dernière guerre dans l’Afrique du Sud Ouest aurait pu être évitée et qu’elle fut le simple résultat du mépris où les cercles dirigeants tenaient les enseignements de l’ethnologie.
Cette guerre, d’après le député Ledebour,
« visait non pas à poursuivre et à réduire, mais bien à détruire et à exterminer les indigènes » ; le député Bebel, d’autre part, disait : « Une guerre comme^celle de Herr von Trotha, n’importe quel garçon boucher peut en conduire une pareille. »
Ce qui est vrai de la révolte des Herreros s’applique à toutes les guerres allemandes avec les indigènes.
Bebel disait (Reichstag, 13 mars et 1er décembre 1906) :
Il n’est pas une de nos colonies, soit en Afrique, soit dans les îles de la mer du Sud, soit dans les îles de l’Océan, où, aujourd’hui ici, demain là, ne se soit produit quelque soulèvement, grand ou petit...
Messieurs, vous n’arrivez pas comme des libérateurs ou des éducateurs, mais comme des conquérants, des oppresseurs, des exploiteurs. Vous venez comme des conquérants au brutal pouvoir pour voler les indigènes. Vous en faites des ilotes, vous les contraignez au service d’uhe nation étrangère, vous les réduisez au servage d’entreprises étrangères. Voilà votre politique coloniale.
En outre, faire la guerre à l’allemande devenait une sorte de sport pour des individus dont les instincts sportifs se limitent à la cruauté et à l’oppression.
(1) Dans une conférence au Royal Colonial Institute (de Londres),
Un écrivain des Strassburger Neueste Nachrichien décrivant une embuscade en Afrique orientale, dit :
Le 23 août, à 5 heures du matin, nous surprîmes les rebelles à Kibata comme ils essayaient de traverser la rivière. 11 y avait là un pont long et étroit, sur lequel ils devaient passer, de sorte que nous pouvions les en culbuter confortablement. Il y eut 76 morts, sans compter ceux que dépecèrent les crocodiles... Au milieu de la rivière, il y avait un banc de sable où les indigènes cherchaient à s'abriter, mais là aussi notre tir les atteignait. Cela valait d’être vu! Je me tenais près de la rivière, derrière un arbre abattu et j’ai tiré 120 bandes de mitrailleuses. Les prisonniers furent tous pendus.
En vérité, un beau carnier pour un sportsman allemand !
Nombreux ont été les soulèvements dans les colonies allemandes, et presque tous pouvaient être prévenus. Le naturaliste professeur Schillings, un certain moment fonctionnaire du service colonial allemand, estime que par « cette barbare méthode de guerre » 200.000 personnes ont été fusillées en quelques années (1); et le secrétaire d’Etat, Dernburg, admettait que, dans la révolte de l’Afrique orientale, pas moins de 7'i. 000 indigènes avaient été tués (2). C’est un fait connu que, pendant la révolte des Herrcros, au moins les trois quarts des Ilerreros, soit environ 80.000, furent exterminés.
Ce total absolument effarant s’élève comme un record condamnant la politique coloniale allemande et démontre que, dans le traitement appliqué aux indigènes, les Allemands ont poursuivi . les mêmes mesures systématiques qui ont couvert d’infamie le nom allemand pendant la présente guerre. En Afrique, leur crime fut d’autant plus grand que le prestige de l’exemple, bien plutôt que celui d'une barbarie sans pitié, est le seul moyen d’élever l’indigène africain dans l’échelle de la civilisation. Toute autre méthode est un crime de lèse humanité.
Les révoltes dans l’Afrique allemande ont été incessantes. Les annales du Cameroun de 1801 à 1903 sont tachées d’un sang inutilement versé.
11 n’y eut dans cette période pas moins de vingt-neuf expéditions prétendument répressives, y compris trois campagnes régulières et dix batailles, et les révoltes ne furent pas confinées exclusivement aux plus sauvages tribus des profondeurs de l’intérieur, mais englobèrent également des races qui étaient depuis longtemps en contact avec la civilisation européenne. Rien qu’en 1901, douze expéditions furent faites contre diverses tribus. Depuis 1904, il n’y a pas eu dans la colonie moins de dix-sept expéditions militaires de toute espèce, et il est impossible de dire que nulle part la domination allemande ait été bien accueillie.
L’histoire de l’Afrique orientale compte neuf expéditions de répression entre 1891 et 1903, sept autres expéditions contre des chefs et des tribus et quatre campagnes, y compris trente batailles
(1) Compte rendu du député Noske, Reichstag, 1er mai 1912.
(2) Ledebour, députe au Reichstag, le 18 mars 1908.
de plus ou moins d’importance, aboutissant au grand soulèvement de 1905. Dans l’Afrique du Sud-Uuest, les années 1893-1894 virent les expéditions de Leutwein contre les Witbois, et entre 1894 et 1901 il y eut quatre nouvelles campagnes, neuf batailles et une insurrection. En novembre 1903, les Bondelzwaarts entrèrent en rébellion et ensuite arriva le soulèvement des Herreros.
Cette campagne, probablement à tous points de vue la plus sanglante et la plus féroce guerre d’extermination qui se soit jamais produite en Afrique, fut entièrement due aux méthodes d’administration allemandes. Les Ilerreros, qui étaient, en réalité, la plus forte nation du pays, comme les Ovambos dans le Nord, n’avaient jamais été soumis à la domination allemande; c’était un peuple pasteur, nullement guerrier ni pillard. Beaucoup d’entre eux étaient, au moins nominalement, chrétiens. Dans le traitement infligé à ce peuple, les Allemands violèrent toutes les règles d’un gouvernemenl raisonnable. Ils permirent aux trafiquants de les dépouiller de leurs terres; ils faillirent à assurer une exacte justice entre Blancs et Noirs; ils adoptèrent une méthode d’administration rigide et inilexible parfaite pour une petite ville prussienne; ils autorisèrent le grand chef à vendre les « terres de tribu » à des aventuriers sans scrupules pour en boire le prix; et par-dessus tout, ils manquèrent à observer les engagements qu’ils avaient pris lors de la première occupation du pays.
Le résultat d’un pareil mépris des intérêts indigènes fut le désastreux soulèvement de 1904- 1905 et le massacre ultérieur d’une race presque tout entière. L’ancien gouverneur, Leutwein, fut pris à partie pour sa prétendue faiblesse qui avait permis à la révolte de se produire. Le commandant en chef, von Trotha, signala ses opérations militaires en lançant l'infâme proclamation du 2 octobre 1 904 :
Moi, le grand général des soldats allemands, j’envoie cette lettre aux Ilerreros. Les Ilerreros cessent d’être sujets allemands... La nation Herrero doit abandonner le pays. Si elle ne le fait pas, je l'y forcerai aVec le gros tube. A l’intérieur des frontières allemandes, tout Herrero, avec ou sans fusil, avec ou sans bétail, sera fusillé. Je n emmènerai ni femmes ni enfants, mais je les refoulerai chez vous ou leur ferai tirer dessus. Telles sont mes paroles à la nation des Herreros.
Le grand général du puissant Empereur,
Vo,\ Trotha.
Les menaces contenues dans ce document furent littéralement accomplies. Aucun quartier ne fut accordé aux indigènes, et les blessés furent tués. Hommes, femmes, enfants, furent de parti pris fusillés ou pendus, et le restant fut refoulé dans les déserts sans eau pour y mourir de faim et de soif, — un des plus grands crimes commis par un commandant européen contre une race africaine. Aucune tentative ne fut faite pour négocier avec les rebelles, et les horreurs effroyables de cette campagne insensée — insensée parce que les Allemands détruisaient de volonté délibérée la seule main-d’œuvre de la colonie — constituent un exemple de férocité et de ter-
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reur sans parallèle dans l’histoire moderne de l’Afrique.
Ces horreurs sont rapportées par un pasteur allemand Gustav Frenssen dans un livre intitulé Peter Moor's Fahrt nach Siïdwest (1). Une citation suffira à révéler dans toute sa hideur la méthode de guerre allemande en Afrique et à montrer le drame final de cette campagne. Frenssen écrit :
Vers le soir, comme nous longionê le lit de la rivière, nous arrivâmes à un endroit où nous devions trouver de l’eau. Nous trouvâmes quelques anciens trous d’eau, et, auprès, des centaines de nouveaux trous creusés la veille par l'ennemi... On apprit qu il y avait encore un dernier point d’eau à environ cinq heures de là, et qu'un grand nombre d’ennemis y campaient. On décida de les en chasser, et il lo fallait, car uue fois refoulés de ce poiut d'eau, rien ne leur restait que le désert. Du haut d’une colline nous vîmes deux gros nuages de poussière se déplaçant rapidement vers le Nord et le Nord-Est, vers la mort inévitable par la soif... Jetant par hasard les yeux sur des buissons a envir >n cinquante yards de nous, je vis un troupeau d’individus accroupis à leur pied, serrés épaule contre épaule, absolument immobiles. Certains avaient la tète tombant sur la poitrine, les bras pendants, comme s’ils dormaient. D’autres étaient assis, appuyés a un buisson ou contre leur voisin, avec une respiration courte et rude, la bouche ouverte : ils nous regardaient avec des yeux hébétés.
Une pareille méthode de guerre fut pratiquée dans d’autres parties de l’Afrique. Un missionnaire qui se trouvait dans l’Afrique orientale allemande pendant la rébellion de 1905 dépeint dans ces termes l’aspect de cette expédition :
Il y avait une tribu, les Wabunga, qui vivait dans les montagnes de Vidunda. Les Allemands les supposaient en rébellion, ce qui u’étutpas exact. Eh fait un akida indigène n’avait pas sa caisse en règle; pour se tirer d affaire, après avoir incendié sa maison, il avisa les Allemands que les indigènes du district s’étaient soulevés, et qu’il a vait perdu tout ce qui lui appartenait y compris l’argent de scs perceptions. Les Allemands ne prirent pas la peine d’ouvrir une information, mais se contentèrent d’envoyer un détachement de soldats indigènes avec un officier allemand pour attaquer la tribu. Les indigènes s’enfuirent dans la forêt, tandis que les Al emands détruisaient absolument tous leurs villages peuplés de plusieurs milliers d’âmes, ruinaient leurs récoltés et transformaient pratiquement le pays en un désert : ce fut ce qu’on appela une expédition de répression. Plus tard, quand la rébellion fut écrasée, les Allemands contraignirent les indigènes à demeurer dans le district dévasté où il n’existait rien à manger et où la mort par la faim les attendait... La conséquence fut que la tribu fut pratiquement exterminée. C’est de cette manière que les tribus révoltées, ou supposées l’être, étaient traitées.
La rébellion des Maji-Maji commença par le massacre d’un groupe important de missionnaires allemands, parmi lesquels l’évêque Speiss. Elle se termina par l’affamement de milliers d'indigènes, dont les denrées furent détruites de propos délibéré par les Allemands, et qui, après s’être échappés des districts dévastés, y furent refoulés de nouveau pour y subir la peine de leur crime par le terrible châtiment de la mort par la faim. Dernburg prétendit justifier cette action par l’allégation que c’était faute de chemin
' (1) Voir au sujet de ce livre : Afrique française, 1916, p. 153.
de fer que ces tribus n’avaient pu être sauvées de la famine; mais c’était là un absolu mensonge, car les Allemands entreprirent de parti pris la destruction des indigènes révoltés comme avertissement à ceux -qui songeraient à s’insurger contre l’Empire allemand.
Deux incidents caractéristiques des méthodes actuellement employées contre ceux qui outragent l’Allemagne en Afrique (ces deux incidents se réfèrent au fameux capitaine Dominik, à qui les Allemands ont élevé deux statues au Cameroun) démontrent la licence presque incroyable permise à la soldatesque indigène. Le premier incident a trait à une pratique répugnante contre laquelle le gouvernement britannique protesta en 1902. L’affaire fut révélée par Bebel au Reichstag le 1er décembre 1906, et il y fit à nouveau allusion plus tard dans son discours du i mai 1907. On sait que Dominik permettait à ses soldats de couper certaines parties du corps des ennemis tombés pour établir combien il en avait été tué.
Tout d’abord l’ordre avait été donné de couper lesoreilles, mais comme les soldais coupaient aussi des oreilles de femmes pour augmenter artiticiellement le nombre des ennemis tues, il donna l’ordre de couper les têtes Mais ce procédé ayant amené des inconvénients, l’ordre fut donné d’enlever certaines parties du corps.
Quand le gouvernement britannique eut protesté contre cette barbarie, Dominik fut blâmé, mais reçut ultérieurement de l’avancement. Ce sont de pareils hommes que les Allemands ont plaisir à honorer.
Le deuxième incident est encore plus horrible. Dominik fit noyer par ses soldats dans les rapides de Nachtigal cinquante-deux petits enfants qui avaient survécu au massacre général d’un village du Cameroun. Les enfants furent placés dans des paniers et jetés dans les rapides pour lè plus grand amusement de ces soldats brutaux. L’incident est parfaitement établi et n’a jamais été dénié. En vérité Dominik méritait ses statues!
Cette licence permise en Afrique à la soldatesque indigène dépasse presque tout ce qui est croyable. Un officier anglais qui a vécu plusieurs années au Cameroun et qui écrivait quelques années avant la guerre actuelle, dit :
Le soldat indigène allemand est instruit à intervalles réguliers, un jour de revue, du fait qu’il appartient à la plus grande armée du monde; qu’il n’y a qu’un drapeau, le drapeau allemand, que tous les autres ne sont que des guenilles, etc... On lui apprend qu’il est invincible et ne peut rien faire de mal : cela, il le croit fermement. Sa parole prévaut sur celle d’un nombre illimité d’indigènes... L’idée allemande est qu’un soldat allemand est de plein droit au-dessus de tout soupçon. D'après mon expérience personnelle, dans la majorité des cas, le soldat indigène allemand est un menteur sahs scrupule, un voleur et un assassin.
Pour se concilier ces bandits au début de la guerre actuelle, le gouverneur du Cameroun, Ebermaïer, lança la proclamation suivante, d’une profonde signification si on la rapproche du record des flagellations détenu par l’Allemagne :
Celui d’entre vous qui aidera nos ennemis éprouvera
notre sévérité, celui qui marchera fidèlement avec nous sera récompensé. Je décrète que les punitions corporelles ne seront plus appliquées aux soldats de la police et aux fonctionnaires de couleur, en récompense de la fidélité montrée par eux; il en sera de même pour ceux d'entre eux qui auront quitté honorablement le service. Le commandant étend la même décision aux soldats du Protectorat.