‹ Renseignements coloniaux et documents (volume 5)Chapitre 27 sur 123 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

L'Esclavage moderne. — Le travail forcé.

J’affirme que pour des esprits sains notre politique coloniale actuelle doit paraître imaginée dans un asile de de'mehts.

Député Dittmann,7 mars 1914.

En temps de guerre, l'administration allemande en Afrique a été souillée par de nombreux crimes : en temps de paix, son histoire n’est pas moins horrible. Rien n'y a été plus horrifiant que ce qui a trait au travail forcé et à la flagellation.

Dans les colonies allemandes d’Afrique est en vigueur un système proche parent d’un véritable esclavage, et, à certains points de vue, pire encore, car l’esclavage a cessé ouvertement d’exister, et le système allemand est une pure hypocrisie.

Ce crime contre les indigènes est prouvé à fond parles révélations' faites au Reichstag par le député Erzberger, leader du parti du Centre, et par les députés Dittmann, Wels et Wiemer, et d'autre part, par de nombreux témoins désintéressés, aussi bien allemands qu’étrangers, tant missionnaires que laïcs.

L’attitude de l’Allemagne est au mieux mise en lumière par les opinions exprimées par trois Allemands qualifiés qui ont eu une part prépondérante dans le développement colonial. Le lieutenant-colonel vonMorgen, chef d une expédition d’exploration au Cameroun et propriétaire de vastes plantations, aflitfmait en 1907 que:

Le seul impôt effectif, qui soit aussi d’une valeur au point de vue de la culture, c’est le travail obligatoire. Nous ne pouvons rien faire aux tropiques sans les travailleurs indigènes. De même que nous avons en Allemagne la fréquentation scolaire obligatoire, de même il faut avoir aux colonies le travail obligatoire.

Une vue identique était exprimée par le major von Wissmann, un des rares hommes qui, au témoignage de Rismarck, soit revenu d’Afrique avec un « gilet blanc » (1), rare perfection au temps actuel. Quant au t)r Karl Peters, le héros des flagellations et des pendaisons du Kilima- Njaro, il s’exprime ainsi :

Une excellente recette est de lever une taxe par case sur chaque nègre au-dessus de seize ans, et pas moindre de cinq livres, de façon à les contraindre au travail; autrement nous aurions la responsabilité d’une innombrable canaille fainéante de la baie d Algoa à la Grande Syrte, canaille qui contraindrait l’Europe à abandonner la pénétration africaine à moins que les colons... n’exterminent toiu simplement cette racaille inutile. Pour moi, le système le plus avantageux paraît être celui qui forcerait le nègre, suivant l’exemple de la loi militaire prussienne, à consacrer quelque douze années de sa vie à travailler pour le gouvernement. Pendant cette période il recevrait nourri-

ture et abri, avec un petit salaire, soit, par exemple, deux shillings par mois, comme un soldat prussien (1|.

En fait, pour l'exécution de la politique économique allemande, enfants d’un sol et produit de générations de laissez- faire, les indigènes d’Afrique devraient être immédiatement dragonnés et prussianisés pour alimenter la grande machine commerciale allemande. Comment on y est parvenu, cela est rendu sensible par les plaintes amères et par le cri d’agonie qui s’élève de toutes parts dans l'Afrique allemande, en particulier dans le Cameroun et dans l'Afriqne orientale.

Tout d’abord les travailleurs étaient capturés comme un véritable gibier par des recruteurs sans scrupules, et expédiés en bandes enchaînées aux plantations de la côte. Un témoin du Cameroun déclare :

Des soldats indigènes, fusil chargé, battent la campagne en quête de travailleurs, qui sont fréquemment liés ou enchaînés les uns aux autres et conduits ainsi, soit sur les chantiers du gouvernement, soit sur diverses fermes.

Un autre témoin, cité devant le Reichstag, écrit (en 1914) :

Ici tous les habitants se sont enfuis dans la brousse, car justement deux sergents de la police sont là qui attendent avec qninze hommes attachés deux à deux par des cordes passées autour du cou, comme des prisonniers. Nous en demandons la raison aux officiers qui nous disent que ce sont des hommes recrutés par le gouvernement, ou plutôt, devrait-on dire, capturés pour travailler à...

Un autre témoin écrit ce qui suit (29 mars 1914):

Je vis une importante bande d’hommes attachés ensemble par le cou et conduits par des soldats de couleur aux postes où ils seraient distribués. Des gens du pays me disent que c’est un événement fréquent et qu’on a enlevé ainsi des milliers d’hommes pour les chemins de fer et les routes; il est bien connu et ouvertement admis que la mortalité parmi ces travailleurs dépasse 30 0/0.

En Afrique orientale, le même système d’intimidation et de terreur était en faveur. Un missionnaire a rapporté que les hommes

étaient directement choisis par le fonctionnaire indigène local et la police qui, pour s’assurer le nombre de travailleurs fixé, allaient parfois jusqu’à enlever le chaume des maisons dont ils condamnaient les portes de l’intérieur. Les femmes étaient prises comme otages quand - les maris ne se présent aient pas pour le travail. Comme résultat, à chaque instant la majeure partie de la population gagnait le fourré des forêts, ne laissant aux villages que les malades.

Deux des adeptes de ma mission furent bàtonnes et moururent de leurs blessures.

Dans l’Afrique du Sud-Ouest, où pratiquement la main-d’œuvre avait été détruite dans la révolte des Herreros, on assignait aux misérables, survivants les plus lourdes tâches. Des témoins boers ont attesté les brutalités commises sur les femmes et les enfants. L un dit :

Vous les voyez au long de la côte employés au travail

(D L’Eldorado des .Anciens, p. 252 et 278, 1902. Ce livre et cet autre Nouvelle lumière sur l’Afrique noire (du même auteur) sont à lire pour tous ceux qui veulent se former une opinion sur le système lamentable introduit par Peters et ses associés.

(1) Une conscience nette (note du trad. )

BULLETIN DU COMITE DE

des ports avec, sur leur tète, de lourdes charges ; on les fait travailler jusqu’à ce qu’ils tombent... Si l’un tombe de pur épuisement, ce qui arrive constamment, il est frappé à coups de sjambok.

Un autre témoin dit :

J’ai vu de mes yeux, à Angra-Pequena, des femmes et des enfants mourant d’inanition et de surmenage, n’ayant que la peau et les os, fouettés chaque fois qu’ils tombaient sous le poids de leurs lourdes charges. Je les ai vus ramasser des miettes de pain et des débris jetés devant nos tentes... s’ils étaient surpris, on les fouettait.

Un autre témoin rapporte avoir vu une femme portant un enfant de moins d'un an attaché sur son dos, et un lourd sac de grain sur sa tête.

Elle tomba en avant, sur la figure, et le lourd sac s’abattit en partie sur elle, en partie sur le bébé. Le caporal la frappa à coups de sjambok pendant certainement cinq minutes ainsi que l’enfant (1).

Tel est le témoignage désintéressé de témoins indépendants. Le témoignage indigène est également unanime. Un « indigène d’Anecho », écrivant dans le Gold Coast Leader , du 11 juillet 1914, dit :

Que le gouvernement soit au courant que le travail forcé a coûté de nombreuses vies, c’est certain. Pour en citer un exemple, je rappellerai les horreurs de la noyade imminente qui menaçait chaque travailleur employé à la construction de la digue entre Ajido et Gliji, où des vingtaines de prisonniers enchaînés, en re douze et quinze ans, travaillaient dans des canots, disparaissaient et se noyaient ..

Il est inutile de citer les cas de mort attribués aux llagellations par les soldats sur les chantiers de construction de routes.

Ainsi donc, dans les quatre colonies, le même système, digne de Babylone et de Ninive, a été mis en action par les modernes successeurs des anciens tyrans.

Mais le travail forcé actuel n'est pas encore nécessairement le pire de l’affaire. La condition des travailleurs sur beaucoup de plantations a été déplorable, et, sur de vastes superficies, il s’est produit une diminution constante et continuelle de la population indigène.

Le Dr Soif, alors secrétaire d’Etat aux Colonies, parlant à la Chambre de Commerce du Cameroun du Sud, en 1919, disait :

Ç’est un triste état de choses de voir comment les villages sont privés d’hommes, comment femmes et enfants portont de lourds fardeaux, comment toute la vie de ces populations se montre sur les routes. Ce que j’ai vu sur les grandes routes à Jaundé et Ebolowa m’a profondément attristé. La vie de famille est détruite : paronts, maris, femmes, enfants sont séparés. Aucune naissance, car les femmes sont séparées de leurs maris la plus grande partie de l’année. Ce sont là de mauvaises conditions et des difficultés qui doivent cesser.

Le fait que le Dr Soif fut gouverneur des îles allemandes de Samoa renforce notre confiance dans la sincérité de cette assertion ; mais, on le verra, le système militaire prussien s’est montré jusqu’ici plus fort que tous ceux qui ont tenté des réformes humanitaires.

Le 14 mai 1912, le député Wels mentionna au

(1) Cape Argus , 28 septembre 1903.

L’AFRIQUE FRANÇAISE

Reichstag une lettre de l’évêque allemand du Cameroun, où celui-ci affirmait :

Le Cameroun souffre de la dépopulation à un degré véritablement terrible; ce territoire n’a plus que quelques restes misérables de population là où, il y a vingt ans, s’élevaient des villages florissants. Toute cette destruction s’est faite sous la responsabilité et la domination de l’Empire allemand, cependant que les Secrétaires d’Etat aux Colonies (ceci faisait probablement allusion à Dernburg et Soif) édictaient les plus belles prescriptions concernant le développement de ce territoire, mais n’apportaient aucune collaboration au développement économique et pacifique de la population.

Le même évêque, suivant une lettre (12 mars "1915 d’un indigène chrétien du Cameroun, mourait du chagrin que lui causaient les prpcédés de ses compatriotes. Ainsi s’exprime ce témoin plein de naïveté :

Chaque missionnaire fut utilisé comme force militaire, sauf seulement l’évêque 'Martin, qui seul n’obéit pas à la déci-ion du gouvernement et partit en excursion à Dschang... quand il arriva à Edea il fournit de la nourriture aux affamés de guerre, et à Jaundé il agit de même; de là il alla mourir le cœur brisé par les mauvaises actions de son peuple.

Le taux de mortalité sur les chantiers publics a été très élevé, mais, dans certaines plantations, il a été effrayant. Transplantés de leurs habitations primitives dans des conditions nouvelles, avec une nourriture toute différente de celle à laquelle ils étaient habitués, maintenus à un travail épuisant du petit matin jusque tard dans la nuit, non seulement entassés en troupeaux dans des localités insalubres, mais encore provoqués par les brutalités de leurs exploiteurs, fouettés pour la plus légère infraction, les malheureux indigènes sont fréquemment morts au bout de peu de mois de l»ur nouvelle vie.

Sur certaines plantations bien conduites, le taux de morfalité a été normal, sur d’autres il a été excessif. C’est ainsi que Herr Scholze, parlant de certains districts du Cameroun, dit qu’en un an un quart des travailleurs avait péri, tandis que Ilerr Vietor, un négociant de Brême ayant de gros intérêts dans l’Afrique occidentale, estimait le taux de mortalité à 20 0/0. Il dit :

En 1 904, j allais au Cameroun pour la première fois et j’appris, principalement des fonctionnaires eux-mêmes, combien l’état de choses était mauvais sur les plantations. Quand je retournai au Cameroun l’année dernière (1913), on me dit que sur la plantation de Tiko, 30 à 73 0/0 des travailleurs étaient morts en six mois, fait reconnu par le directeur.

Le député Erzberger, le 7 mars 1914, donna les chiffres suivants au Reichstag :

Le taux de mortalité sur la plantation Victoria du Cameroun était :

En 1909 de 7,89 0/0

1910 de 3,31 0/0

1912 de 10,24 0/0

1913 de 9,11 0 0

Sur la plantation Prince Albert, je trouve 20,8 0/0 comme moyenne en 1913.

En présence de tels chiffres, il n’y a pas de doute que les travailleurs indigènes ont été impi-

toyablement sacrifiés à l’esprit avide du lucre. Avec toute leur supériorité si vantée en matière hygiénique et médicale, les Allemands ont été incapables de prévenir ce hideux sacrifice de vies humaines.

Mais l’effet de ce système sur les communautés de village a été encore plus sérieux Des districts entiers ont été dépouillés de leur population mâle. Dans le district de Rio del Rey, par exemple, un négociant déclare :

Le travail forcé, avec ses funestes conséquences de longues périodes de servitude et de brutal traitement a été sans aucun doute responsable de l’effrayante diminution de la population indigène. Il y a trente ans. quand les Allemands prirent possession du Cameroun, la situation sur les deux rives de la rivière Awke-Afe était identique. Aujourd hui sur la rive de la Nigeria (territoire britannique) vous trouvez un district intensément peuple, où les indigènes possèdent en propre fermes et plantations, et développent des intérêts chaque année pins im-

Iiortauts par leur commerce accroissant, en conséquence, eur richesse. Sur la rive allemande, le commerce est généralement en décroissance... Le district a été également très largement dépouillé de sa population indigène, ce qui saute aux yeux de tout voyageur qui l’a traversé avant et après le début de la guerre.

J’ai en ce moment sous les yeux le récit d’un voyageur qui a circulé dans diverses parties du Cameroun en décembre 1913. A chaque village visité, note était prise de la condition des habi tants. Les ressemblances s’accumulent jusqu’à une écrasante évidence. A Bomberi, par exemple, on note : « Aucun homme, sauf un vieillard, dans cette ville. Le village est d’une belle éten due. » — A Masseka : « Les indigènes incriminent le recrutemenl, spécialement le syndicat huilier; sur 30 hommes recrutés, six partirent, dont cinq moururent. » Metoko Bekumbo : « Les indigènes se plaignent amèrement du recrutement. Seuls vieillards, femmes et enfants ont été laissés. » Et ainsi de suite.

Le résultat de cette spoliation systématique des villages est qu’il y a peu de naissances, que la récolte ne peut être ramassée par manque de main-d’œuvre, que des famines locales etde nombreux décès se produisent. Dans un rapport présenté à l’Union des négociants de l’Ouest africain, (Chambre de commerce allemande au Cameroun) le 3 février 1914, l’écrivain dit :

Je me suis appliqué à démontrer jusqu’où la dépopulation autorisée de toutes parts, même sur les plantations, a fait de progrès, mais je n’ai sur ce point, en ce qui concerne le Cameroun, trouvé aucune statistique. Le seul document est un court compte rendu concernant la tribu Maht-a : sur 263 femmes, > 07 n’ont pas procréé, et le restant, soit 96 femmes, n’a eu que 189 enfants.

Tous ceux qui connaissentla vie africaine trouveront là la révélation du mal rongeur introduit par l’administration allemande et comprendront combien est abondamment justifiée la déclaration du secrétaire d’Etat Soif qu’ « il ne naît plus d’enfants ».

En ce qui concerne les famines locales, un document du Togoland, où la situation est identique bien que pas tout à fait aussi mauvaise,

suffira. Un indigène écrivant au Gold toast Leader, le 7 juin 1913, déclare :

Metzger est une autre terreur pour le district d’Anecho. La famine de l’an dernier est due à ce qu’il a embauché de force les fermiers de l’intérieur, sans salaire, pour les travaux du gouvernement.

Il n’y a pas le moindre doute que les indigènes ainsi enlevés ne reviennent jamais chez eux. En Afrique orientale, on les autorisait à revenir des plantations, soit quelque cent milles à parcourir jusqu’à leurvillage par leursmoyens personnels; la situation était la même au Cameroun'. Ou bien ces hommes mouraient, ou bien ils restaient comme des épaves sur la plantation, en proie à la dette contractée envers le cantinier, et par là même dans l’impossibilité de partir. Ce système n’est en réalité que le peonage dans sa plus mauvaise forme.

Voici, sur ce point le témoignage du Père Burg, cité le 7 mars 1914, par le député Erzberger :

Quelques-uns s’échappent des plantations « sundowners » qu’on suppose devoir retourner chez eux. Ils n’y retournent pas; il n’en revient pas un tiers. Beaucoup meurent en route de la petite vérole ou de la dysenterie ; quant aux autres, leur famille n’en entend jamais parler Combien j’ai connu de mères et d’épouses qui ont vainement attendu sept, huit, dix ans leur fils ou leur mari !

Et parlant de l’effet moral produit sur ces nègres frustes, il dit :

Que rapportent donc ces nègres de la région d’où i’s viennent vers l’iniérieur d où on les a tirés ? La récompense qu’ils rapportent outre la syphilis et autres sales maladies, c’est une insolence inconcevable, de la vanité, une teiniure d’islamisme, mais, par-dessus tout un mépris affiché pour tout ce qui est Wasungu — c’est ainsi qu’on nomme les Européens dans le langage indigène. Voilà le bois dont on fait les rebelles, et ils poussent en abondance.

L’incroyable stupidité — pour mettre la chose en fermes modérés — des Allemands, stupidité qui éclaircit ainsi la main-d’œuvre de leurs colonies dans l’intérêt d’une prospérité temporaire et factice, n’a pas échappé au Reichstag. Le 7 mars 1914, le député Erzberger déclarait :

Si le secrétaire d’Etat ne réussit pas à faire disparaître ces fâcheux symptômes de notre politique coloniale aussi vite que possib e, je n'endosserai pas nlus longtemps la responsabilité de voter les subsides d Empire pour la politique coloniale. Je me tiens énergiquement à cette opinion, et suis prêt à en supporter toutes les conséquences.

Une déclaration identique a été faite par le juge prussien, député Roren, le 3 décembre 1906, parlant des atrocités du Togoland :

Avec ce système, les colonies ne peuvent pas se développer sainement, aussi chacun doit-il se faire scrupule d’allouer le moindre heller pour le développement des colonies.

Au début de 1914, le député Dittmann produisit ce qui ne peut être considéré que comme un redoutable acte d’accusation contre le travail forcé dans les colonies allemandes. Son discours, trop long pour être donné ici, représentait l’opinion de la Social Démocratie et des membres

BULLETIN DU COMITÉ DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

indépendants du centre — en d’autres termes l’opinion des députés non asservis à la pression officielle.

Après avoir parlé de l’énorme perte de vies humaines, Dittmann continuait :

L'effet sur les indigènes du régime d'exploitation capitaliste est tout simplement effrayant. Ce que nous avons appris dans les dernières semaines, enterre définitivement cette naïve conception que, depuis l’cre Dernburg, une période de bonheur a lui pour les indigènes grâce aux réformes introduites ; on voit, au contraire, Messieurs, qu'une terrible décimation des populations indigènes se produit parallèlement avec l’avènement de la prétendue kultur capitaliste... Les indigènes sont arrachés par force et par traîtrise de leurs districts d’origine, où ils meurent en masse. Ostensiblement le travail forcé n’existe pas, le secrétaire d’Etat nous l’assure. En vérité, cependant, le système des tickets de travail mis en vigueur par le gouvernement a la valeur d’une astreinte brutale au travail forcé sur les plantations, car tout Noir doit prouver par cette carte qu’il a travaillé au moins vingt jours par mois pour les Blancs. S’il ne peut faire cette preuve, il est officiellement fouetté ou passé au sjambok. Messieurs, sûrement nous avons là, sans aucun doute, la plus brutale astreinte imaginable au travail forcé sur les plantations.

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