RABAT. FONTAINE DE LA RUE DES CONSULS
ricnce! Pour réussir dans un pays neuf, des conditions de trois ordres différents sont nécessaires : conditions d’énergie, d’activité, de présence effective — conditions de capacités techniques et pratiques — conditions de ressources financières. Si vous possédez ces trois facteurs, le succès est certain. Si l’un d’eux vous fait défaut, ne vous en prenez qu’à vous-même lorsque les résultats ne répondront pas à vos espérances. Et j’ajouterai, renouvelant le conseil que je donnais tout à l’heure, unissez-vous pour être plus forts — ne vous jalousez pas, mais prêtez-vous une aide mutuelle — continuez à dauber un peu — cela soulage aux heures d’humeur noire — sur l’administration et sur ses représentants, mais sachez faire une distinction entre les passables et les bons, sachez gré à ceux-ci de leurs efforts et tenez compte à tous de la difficulté de leur tâche. Puis, dans vos rapports avec les indigènes, non seulement ne les traitez pas avec mépris ou violence, mais respectez scrupuleusement les engagements que vous prenez avec eux. Je n’ai jamais vu, dans ma longue carrière coloniale, un colon.
payant régulièrement et convenablement ses ouvriers et ne les maltraitant pas, manquer de main-d’œuvre. Tous ceux qui avaient continuellement recours à l’administration pour s’en procurer étaient ou de mauvais payeurs ou des brutaux.
Et alors, quand, après les hostilités, vous reviendrez au Maroc ou irez planter votre tente dans une autre partie de notre domaine colonial, vous serez parmi les bons ouvriers qui, de ces vastes territoires presque inexploités dansl’avantguerre, feront jaillir toutes les richesses qui y dorment encore et qui doivent permettre à notre France de se passer du concours de letranger.
11 faudra que les importations de provenance étrangère, qui s’élevaient en 1913 à plus cje 4 milliards de francs alors que nos colonies produisent ou possèdent tous les articlesainsi importés, disparaissent graduellement pour être remplacées par les importations de nos possessions d’outre-mer. Avec leur étendue, la variété de leurs climats, la diversité de leur flore, de leur faune, et de leurs formations géologiques, ses colonies doivent, être en mesure de fournir à la France tout ce dont elle a besoin.
Qu’il s'agisse du domaine végétal, animal ou minéral, les richesses coloniales sont certaines, indéniables.
Dans le domaine végétal, c'est le coton pour lequel nous étions jusqu’ici tributaires des Etats-Unis, de l’Egypte et des Indes, et qui poussera admirablement — des expériences concluantes ont été faites — au Dahomey, au Soudan, en Algérie, en Tunisie, au Cambodge. Ce sont les textiles qui ■ peuvent être produits en abondance : le jute au Torikin, le da en Afrique occidentale, l’alfa en Algérie, la ramie elle chanvre en Indochine et à Madagascar. Ce sont les ma- . tières oléagineuses : coprah, amande de palme, sésame, arachide, ricin, dont l’Afrique occidentale et l’Afrique équatoriale, à elles seules, sont à même de fournir des quantités largement supérieures à nos besoins. C’est le café dont la production pourrait être centuplée entre les Antilles, la Nouvelle-Calédonie, Madagascar, la Réunion, la Côte d’ivoire et le Tonkin. C’est le cacao qui, en dehors des Antilles, pourrait être cultivé sur une vaste échelle dans toute l’Afrique équatoriale et à Madagascar; ce sont les bois que nous ne sommes pas pardonnables de faire venir de l’étranger, lorsque nous possédons des forêts comme celles qui existent au Congo, à la Côte d’ivoire, au Dahomey, en liuyane. C’est le caoutchouc, caoutchouc de cueillette dont il y a des réserves encore importantes en Afrique, à Madagascar et en Guyane, mais surtout caoutchouc de plantation qui réussit si merveilleusement en Cochinchine; c’est le tabac, qu’il ne dépend que de nous de tirer de nos colonies, nous n’avons même que l’embarras du choix, il pousse partout admirablement. Enfin, c’est le riz, c’estle manioc, c’est le blé, l’orge, le maïs, ce sont les fruits et
(Phot. Henri Cliünée.)
les légumes, tous produits pour lesquels nous payons à l’étranger un tribut dont nos colons devraient à brève échéance nous libérer.