‹ Renseignements coloniaux et documents (volume 5)Chapitre 39 sur 123 · I. — Opérations dans l’Ouest · texte numérisé non relu

I. — Opérations dans l’Ouest

En septembre 1914, il fut décidé, afin de diminuer l’agitation dans les tribus indigènes voisines des territoires anglais, et de sauvegarder les routes commerciales du Zambèse, d’occuper Schuckmannsburg , poste allemand situé à l’extrémité est de la Pointe de Caprivi. L’occupation fut effectuée le 21 septembre par un détachement de police commandé par le major A. E. Capell D. S. O. Il n’y eut pas de résistance, le Résident allemand et son adjoint furent faits prisonniers de guerre. L’autorité britannique sur la Pointe de Caprivi a été représentée depuis lors par un commissaire spécial, désigné par le Protectorat du Bechouanaland et directement responsable devant le Haut Commissaire.

(1) Afrique française, 1916, p. 253; 1917, Rens. Col., p. 94

et 137.

(2) London Gazette, 2* supplément, du 13 juillet 1917.

Les efforts des troupes rhodésiennes dans cette région furent ensuite dirigés de façon à prévenir une incursion venant du Sud Ouest Africain Allemand. Il paraissait possible, quoique peu probable, que devant l’avance des troupes de l’Union vers Windhuk, de faibles bandas composées de troupes ennemies et de rebelles essayeraient de se retirer vers le Nord. En vue de cette éventualité, des détachemeuis de la police de la Rhodésia septentrionale furent envoyés de Mongii, de Livingstone et de quelques autres postes sur la ligne du Zambèse.

Le 8 juillet 19i5, des renseiguemenis provenant du quartier général du général Botha à Windhuk indiquèrent que Maritz et d'autres rebelles, avec des montures et des vivres, progressaienl dans la direction des chutes Victoria, le long de la rivière Oko'’ango. 100 hommes de la police sud africaine avec 2 mitrailleuses Maxim furent alors expédiés de la Rhodésia méridionale pour renforcer les postes de police sur le Zambèse. Les forces entières furent placées 9ons la direction du lieutenant-colonel H. M. Stennett D. S. O , de la police de la Rhodésia septentrionale.

En août, on fut in'ormé que Maritz et ses partisans étaient retenus dans l'Angola, que la contrée était libre vers 1 Ouest et que, en raison de l’assèchement de« points d eau il- serait impossible à une troupe de quelque importance de se mouvoir vers le Nord. Eu conséquence, la police fut rappelée de la ligne du Zambèse et l’effort qui restait à accomplir fut confié aux éclaireurs du service des renseignements de la Rhodésia, sous les ordres du major R. Gordon, D S. O. Sauf la capture d’un officier allemand en août et de quelques réguliers pendant les moii suivants, il ne s’est rien passé dans l’Ouest qui mérite d’être signalé, mais je liens à mentionner les grands services rendus par les éclaireurs, dont l’action entraîne une responsabilité con-idérable et de grands risques personnels. Je désire spécialement mentionner le major R Gordon. D. S. O., et les éclaireurs Arnold Weinholt et Benjamin Johnson.

H. — Opérations sur la frontière nord-est.

Au début de la guerre, l’ordre fut donné de renforcer les postes d’Abercorn et de Fife et de patrouiller sur la frontière de l’Est Africain Allemand. L’officier commandant la police dans la Rhodésia septentrionale reçut l’ordre de tenir ces deux postes ou de se retirer vers Kasama s’il le jugeait nécessaire. Une colonne mobile fut envoyée de Livingstone à Kasama au commencement d août 1914; le lieutenant Stennett reçut le commandement de la région frontière.

Le 5 septembre, Abercorn fut attaqué et l’ennemi repoussé. Comme l’on s’attendait à des attaques ultérieures effectuées avec des forces plus importantes l'officier commandant à Abercorn demanda des renforts à Kasama. Le lieutenant-colonel Stennett s’avança avec 100 hommes à marches forcées — 99 milles en 72 heures — et arriva à Abercorn à 3 heures du matin le 9 septembre. Ce jour-là même, à 6 heures, l'ennemi commença à bombarder Abercorn et l’attaqua dans la soirée, mais fut repoussé. Le lendemain, il se retira et campa sur la Lumi ; il y fut attaqué le 1 1 à l’aube par un détachement de la police de la Rhodésia septentrionale, commandé par le lieutenant J. J. Mc Carlhy, et chassé au delà de la frontière.

Rien d’intéressant à signaler en septembre en dehors de uelques patrouilles ennemies et de la rupture constante e nos lignes télégraphiques Le 26 du même mois, les troupes d’Abercorn furent renforcées par l’arrivée d’un bataillon belge composé de 500 soldats indigènes, commandés par des officiers européens, avec de l’artillerie de campagne et des mitrailleuses. Par suite d’un malentendu, ce bataillon fut rappelé peu après en arrière, mais il fut renvoyé à Abercorn le 26 janvier; à partir de cette date, il continua à coopérer avec les forces anglaises jusqu’à son retrait définitif en octobre 1915.

En raison de l’incertitude de la durée de la coopération belge, des mesures furent prises pour renforcer les troupes du colonel Stennett par l’envoi de volontaires européens et d’éléments empruntés à la police de la Rhodésia septentrionale. Il fut décidé que toutes les forces de la région frontière seraient ensuite placées sous le commandement du lieutenant-colonel F. A. Hodson, commandant la police

BULLETIN DU COMITÉ DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

de la Rhodésia septentrionale. Cet officier quitta Broken- Hill pour Abercorn le 25 novembre.

Le 17 novembre, les troupes allemandes, amenées par deux bateaux à vapeur de Bismarckburg, débarquèrent à Ki'uta, à 14 milles à l'Ouest d’Abercoru, et, après avoir détruit un petit vapeur et brûlé les magasins de {'Africain. Lake Corporation, poursuivirent jusqu’à Kasakalawe, à 28 milles à l’Ouest d’Abercorn. Elles y débarquèrent le 20 et s’emparèrent d’une grande quantilé de matériel télégraphique. Elles furent attaquées ce jour-là même, par des forces combinées appartenant à la police rbodésienne et aux troupes belges Eu raison de la nature du pays, couvert d’épais buissons et de hautes herbes, les deux partis perdirent le contact- et l’ennemi réusait à se rembarquer à l abri du feu des canons de ses navires.

Le poste de Fife fut attaqué sans succès le 6 décembre, puis de nouveau dans la nuit du 27 décembre; l'ennemi fut alors chassé en désordre par une contre-attaque et une charge à la baïonnette conduite par les lieutenants A. C. Cussans et R. M. Smith.

En décembre, les renforts dont il est question au paragraphe précédent furent envoyés. La colonne composée par la police de Rhodésia septentrionale s’avança de Saka nia à travers le territoire belge sur Fort-Rosebery, puis sur Abercorn, où elle arriva le 3 février.

Les volontaires européens, Northern Rhodésia Rifles (fusiliers de la Rhodésia septentrionale), munis de bœufs de transport, partirent de Kashitu et arrivèrent à la frontière le 13 février : très beau résultat si l’on considère le mauvais état des routes détériorées par des pluies abondantes. Sur ces entrefaites, le bataillon belge rejoiguit Abercorn. L’arrivée de ces renforts fut suivie d'un renouveau d’activité sur la frontière.

Dans le courant de mars, d’avril, de mai et de juin 1915 eurent lieu un certain nombre de petits engagements. Dans l’un d’eux, le lieutenant Stannus Irvine, des fusiliers de la Rhodésia septentrionale, fut mortellement blessé, alors qu’il dirigeait vaillamment une attaque heureuse sur une position fortifiée. En une autre occasion, les ennemis attaquèrent une patrouille de police belge et rhodésienne avec beaucoup de décision, mais furent repoussés après un engagement de plus de deux heures. Le sous officier Verschueren montra une grande bravoure. Il refusa de quitter la ligne de feu, quoique deux fois blessé, et finalement fut tué à son poste Son corps fut emporté hors de l’action par le sergent Senior Borazi, des troupes belges, et le sergent Mwambera, de la police de la Rhodésia septentrionale Ces deux hommes témoignèrent d'une remarquable bravoure; le servent Borazi fut d’ailleurs blessé.

Vers la fin de juin, les rapports signalèrent que l’ennemi, ayant reçu des renforts avait l’intention d’attaquer notre position de Saisi. Ces rapports étaient exacts; le 28, à 6 heures du matin, le poste fut attaqué par une centaine d Européens, 300 Askaris, avec des mitrailleuses et environ 100 Arabes et Ruga-Ruga. L’attaque fut soutenue avec persévérance pendant toute la journée et dura jusqu’à 8 heures du soir Le lendemain, l’ennemi se montra de nouveau, mais se retira après un court engagement. Nos pertes s élevaient à un Européen tué. deux indigènes morts des suites de leurs blessures et 9 blessés. Les pertes de l’ennemi furent estimées à 15 Européens tués et60 blessés. Nos troupes montrèrent une belle tenue au feu. Le colonel Hodson, qui les commandait, cita spécialement à l’ordre du jour les officiers et les soldats suivants (Suit une liste de noms).

On signala au début de juillet qu’une importante force ennemie, comprenant des Européens, des soldats indigènes et des Arabes, avait débarqué à Bismarckburg et qu’une partie de la garnison de New Langenburg se portait vers l’Ouest. En prévision d’une attaque ultérieure, le colonel Hodson eut l’heureuse idée d’augmenter la garnison de Saisi, dont les défenses avaient été considérablement accrues depuis la dernière attaque. Le 26, après avoir détruit la ligne du télégraphe et . ainsi isolé Saisi d’Abercorn, l'ennemi attaqua en force. L’attaque se maintint pendant huit jours. Le récit suivant de la défense de Saisi a été publié dans la Gazette du haut commissaire:

On suppose que les forces d’attaque, placées sous le commandement du général Wahle, comprenaient les 18®, 23e. 24e et 69e compagnies de campagne, 4 autres compa-

gnies et les contingents de Tabora et de Rukwe, de 400 Européens et de 200 Arabes. Une field compagnie allemande renforcée comprend 10 officiers, 10 volontaires et 200 Askaris. La garnison se composait de 470 indigènes rhodésiens ou belges et de 19 Européens. Elle n’avait que peu de vivres et ne pouvait se ravitailler en eau que la nuit, sous le feu de l’ennemi, et en trompant la vigilance des sentinelles

Le 31 juillet, un parlementaire arriva des lignes allemandes porteur d’un drapeau blanc et d’une lettre demandant si le commandant était prêt à délibérer sur les conditions de la reddition. La réponse du major O’Sullevan fut un refus catégorique.

Le total des pertes de la garnison était de 19, tous indigènes, comprenants soldats et 4 porteurs tués et un servant indigène mort de ses blessures.

Un détachement de secours, sous les ordres du major de Koninck, tenta saus succès d’entrer en contact avec la garnison; il perdit 5 soldats indigènes lués, 10 blessés et 3 disparus Le major O’Sullevan estime que l'ennemi perdit au moins 40 Européens et 50 à 60 Askaris et Arabes. Envirou 216 obus et au moins 90 000 coups ont été tirés par l’ennemi. On pense qu’une mitrailleuse Maxim et une mitrailleuse allemande furent mises hors d’usage. Les troupes belges offrirent un utile secours. Les rapports mentionnent tout particulièrement les services du lieutenant Clynmaus et du sous-officier Derycke, qui se trouvaient tous deux à Saisi pendant le siège. Le commandant en chef estime qu une partie du succès de la résistance de Saisi est dû" aux grandes qualités militaires, à l’infatigable endurance et à la personnalité du capitaine (major à litre temporaire) J. J. O Sullevan Cet officier a été promu au rang de major dans la police de la Rhodésia septentrionale pour les services rendus en cette occasion et dans quelques autres ; il a été également proposé pour la décoration du Distinguished Service Order, en raison de sa belle conduite pendant la défense de Saisi.

Le rapport du commandant en chef mentionne spécialement les officiers et le» hommes suivants ( Suit une liste de noms d officiers et soldats).

La fin de 1915 a été sur la frontière du Nord-Est une période d’inaction relative. Le retrait des troupes belges nécessita 1 envoi d'autres renforts, empruntés à la Rhodésia, destinés à renforcer les troupes commandées par le colonel Hodson et composés de 300 Européens recrutés dans la Rhodésia méridionale, à laquelle se joignirent des forces de police de la Rhodésia septentrionale aussi nombreuses que possible. L’appel aux volontaires fut transmis avec une promptitude admirable par les Résidents de la Rhodésia méridionale. Les unités ainsi recrutées furent désignées sous le nom de Spécial Service Companies of the British South Africa Police (Compagnies spéciales de la Police Britannique Sud Africaine) et consistaient surtout en volontaires de la Rhodésia méridionale (Southern Rhodesia Volunteers ) auxquels on joignit quelques troupes de police et d’anciens éléments du premier régiment rhodésien. Une partie de ces renforts fut envoyée par Livingstone et le reste à travers le Nyasaland; le 16 octobre, toutes les troupes avaient atteint la frontière.

Au début de 1916, le brigadier général Northey prit le commandement des forces de la Rhodésia et du Nyasaland et des contingents qui avaient été levés dans l’Union Sud- Al'ricaine et envoyés par le Nyasaland. A son arrivée, les opérations sur la frontière, qui jusque-là avaient eu nécessairement un caractère défensif, entrèrent dans une nouvelle phase.

Avant l'arrivée des troupes belges sur la frontière et durant leur absence temporaire en novembre et décembre 1914 le fardeau de la défense retomba sur la police de la Rhodésia du Nord. Je ne puis trop louer la manière dont les officiers européens et les simples soldats indigènes ont accompli leur devoir, consistant à fortifier Abercorn et Fife au moyen de blockhaus et de tranchées, à protéger les ligues de télégraphe et à patrouiller constamment par un temps rigoureux. Le moral et la santé des troupes demeurèrent excellents et individuellement nos hommes se montrèrent très supérieurs aux troupes indigènes allemandes.

Le ravitaillement et le transport des troupes àla frop-

tière a été très difficile et très coûteux. Du 1er avril au 31 décembre 1915, 20.000 porteurs ont été employés à transporter plus de 1.000 00" delivres de vivres depuis les bases de ravitaillement éloignées, en plus des 50.000 indigènes transportantdes céréales des districts voisins. Mais sans les efforts infatigables des officiers des districts, un insuccès aurait été inévitable. Les tribus indigènes ont loyalement joué leur rôle en fournissaut des porteurs.

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