Expédition navale du Tanganyika
En avril 1913. l’amirauté approuva un projet destiné à ^enlever aux \llemands la maîtrise du lac. qu’ils conservaient jusque-là au moyen de trois petits navires armés Le plan con-istait à envoyer d’Angleterre au Cap et ensuite par chemin de fer, route et rivière jusqu’au lac, deux bateaux à vapeur d’une vitesse et d’un armement supérieurs à ceux des navires allemands. Les deux bateaux et une faible force expéditionnaire arrivèrent au Cap sous le com
sur des allèges. En raison de l’abondance des rochers et des bancs de sable, des barils furent amarrés sous les bateaux afin de réduire leur lirant d’eau. -La fin du voyage s accomplit de nouveau en empruntant le rail jusqu’au petit port belge de Lukuga, à peu près au milieu de la rive ouest du lac.
Les rapports du commandant Spicer Simson sur son voyage au lac Tanganyika constituent un beau récitde courage etde persévérance Les lignes suivantes sont extraites du rapport dans lequel il décrit la partie la plus pénible du trajet :
Je délire appeler vot-e attention sur l’excellente besogne accomplie parles officiers et les hommes de f expédition qui firent la route avec mot. Iis ont joyeusement travaillé dans les conditions les plus pénibles de chaleur touiours, de pluie souvent et d’épaisse poussière en maintes occasions. La chaleur et la poussière étaient particuliérement pénibles à supporter en raison de la rareté de l'eau. La ration d’eau de la toilette et même de la
OPÉRATIONS DE LA RH0DESIA (Cliché du Times.)
mandement de G Spicer Simson, R. N. vers la fin de juin. Le 23 décembre, les bateaux, nommés le <• 11/imt » et le « Toutou ■ furent lancés avec succès sur le lac ; et, trois jour» après, la première action était engagée.
Malgré les précautions qui furent prises pour tenir sécrété 1 expédition il est difficile de croire que l’ennemi ne reçut aucun avis de son envoi. 11 en sut probablement quelque cho-e, mais refusa de prendre cet avertissement au sérieux L’entreprise devait lui paraître à première vue irréalisable. Après avoir été débarqués au Cap, les bateaux devaient être transportés sur 2.300 milles par le chemin de fer, viâ Bulawayo et Livingstone, jusqu’à la tète de ligne d’Elisabethville, dans le Congo belge Puis venaient 150 millesde portage par des chemins affreux, dans des contrées où l’altitude varie de 2.000 à 6.000 pieds. Une autre partie du trajet devait s’effectuer en empruntant une courte section de chemin de fer ; les bateaux furent ensuite mis à l’eau et descendirent la Lualaba sur une distance de 400 milles tantôt parleurs propres moyens, tantôt
boisson était volontairement réduite au profit des chaudières des tracteurs afin de ne pas retarder la marche de l’expédition. Seuls ceux qui ont dû travailler sans abri, dans l’epaisse poussière soulevée par les moteurs sous un soleil tropical, avec la souffrance surajoutée du manque d’eau, tant pour se laver que pour boire, peuvent imaginer quelle endurance il faut pour conserver l’énergie nécessaire et surmonter les grandes rtilficullés rencontrées en cours de route. CVtait, au d re de tous les hommes compétents et connaissant le trajet, une pure folie d’essayer de faire passer des tracteurs vides et plus encore d’essayer de remorquer ainsi les bateaux. Je voudrais porter à votre connaissance l’effort accompli par le sous-lieutenant A. Dudley, R. N. V. R., chargé de ce transport. C’est en grande partie grâce à lui que le transport des bateaux par la route fut accompli.
La première rencontre avec l’ennemi eut lieu le 26 décembre à 9 heures du matin ; la canonnière allemande Kingani, bateau de 30 ou 40 tonnes, armé d’une mitrailleuse, fut signaléeà 7 milles de Lukuga allant vers le Sud,
BULLETIN DU COMITÉ DE L’AFRIQUE FRANÇAISE
Le « Mimi » et le « Toutou » se mirent immédiatement en mesure d'attaquer. L’ennemi n’ayant pas de mitrailleuse à l’arrière, le « Mimi » l’attaqua de ce côté et, s’étant placé à portée, ouvrit le feu avec des projectiles à grande puissance de sa hotchkiss de 3 livres. Le premier boulet perça le bouclier île protection du canon du Kingani, tuant le capitaine et les deux hommes qui manœuvraient la mitrailleuse. Après quelques coups encore, le reste de l’équipage se rendit et le Kingani. prêt à couler, fut amené au port. La canonnière fut rapidement réparée et armée d'une mitrailleuse de 12 livres jappelée « Fifi «.elle prit place dansle flottille britannique et y constitua une unité de valeur.
Il ne restait plus à l'ennemi que deux bateaux, le Graf von Gotzen, bateau de 400 à 500 tonnes portant une mitrailleuse de 4 pouces et deux plus petites, et 1 ’Hedwig von Wissman , canonnière à peu près de la même taille que celle qui venait d'être capturée. Le 9 février 1916, 1 ’Hedwig von Wissman fat attaquée par le « Fifi » et le « Mimi » et coula après une poursuite et un feu ininterrompu qui durèrent plus de trois heures. Ce résultat est dû en grande partie aux adroites manœuvres des deux bateaux anglais. Le « Mimi » se tint à l’arrière de l’ennemi et hors d’atteinte de sa pièce arrière, le forçant à virer de bord pour l'amener à découvrira mitrailleuseavant et ensuite retardant jusqu’à ce que le « Fifi » puisse entrer en ligne. Finalement, uu obus explosif du « Fifi » détruisit les engins ennemis. Les Allemands abandonnèrent le bateau avant qu’il ne sombrât et tous, excepté deux Européens et trois indigènes qui avaient été tués, furent capturés par le « Fifi » et le « Mimi ».
Il aurait été très heureux que le troisième bateau, le plus important ait pu se mesurer avec la flottille anglaise, mais il ne risqua pas un engagement. Après avoir été bombardé par un aéroplane belge, il fut coulé par les Allemands dans le port de Kigoma, sur la rive est du lac. Ainsi finit la maîtrise allemande sur le Tanganyika. En dehors de la perte matérielle infligée à l’ennemi, le succès de l’expédition navale contribua à accroître le prestige britannique sur les iadigènes, non seulement dans le voisinage immédiat du lac, mais dans les districts du Nord de la Rhodésia et dans les territoires allemands adjacents. La suprématie allemande sur le lac était reconnue depuis des années comme un fait établi et sa destruction totale, peu de mois après le début de l’expédition, fournit une démonstration de la force britannique très opportune et très frappante.