‹ Renseignements coloniaux et documents (volume 5)Chapitre 50 sur 123 · I. — Les pays Kotoko et le Balgué · texte numérisé non relu

I. — Les pays Kotoko et le Balgué

Les pays Kotoko et le Balgué occupent une partie asséchée de la cuvetie tchadiennc exhaussée par le limon argileux du Chari-Logone, et le sable de désagrégation apporté du Mandara par le Yadseram, la Komadougou-Goma et les autres torrents.

Le terrain ainsi formé, que les Bornouans nomment « lirji », est constitué par un manteau d’argile limoneuse recouvrant un sous-Sol sablonneux. 11 est identique au « berbère » des Arabes que l’on trouve au Fittri, par exemple. D’une façon générale, il se présente sous la forme d’un sol presque uni, doucement incliné vers le Tchad très couvert d’épineux dans le pays Kotoko, largement découvert dans le Balgué. A la saison sèr che, Faire est grisâtre, profondément crevassée, divisée en compartiments par les lits à sec des nombreux ruisseaux d’hivernage, émaillée dê quelques mares permanentes. A la saison des pluies c’est un vaste bourbier tout couvert de hautes herbes.

A travers l’argile, le Chari et surtout le Logone se fraient un cours sinueux. Le premier, dont lé lit d’une largeur de 400 à 2.000 mètres suivant les endroits est limité par des berges à pic hautes de 10 mètres en moyenne, se jette dans le Tchad par un delta formé de nombreux bras peu profonds séparés par des masses vaseuses. Le Logone a des berges moius élevées et une largeur de 3 à 400 mètres en moyenne.

Entre les deux fleuves se trouve le u Bec de Canard », constitué par deux dos d’âne à peine esquissés et très boisés longeant le Chari et le Logone et qui, en s’accolant, forment une vaste dépression herbue où coule, à la saison des pluies, le Ba-lllique de nombreux bras secondaires mettent en communication avec leCharietle Logone. Au Nord du confluent de ce dernier lleuve et du Ba-Illi, d’autres canaux transversaux réunissent à nouveau Logone et Chari.

Entre Mousgou et Diwel, le Logone présente

(1) Barth Voyages et découvertes dans l'Afrique septentrionale et centrale (Paris, Bobne 1860) t. II, page 64.

(2) Commandant Lenfant.

deux bras latéraux : à gauche, le Mao Matia auquel les Maos Guirvidig et Balda apportent les eaux de la partie nord-est du M and ara ; à droite le Waleache qui par l’ensablement récent de l'ancien lit principal est actuellement le véritable thalweg du fleuve.

Sur la rive gauche entre Gofa et Karnak-Logone de nombreux bras secondaires font communiquer

Afrique Française.

d’une part le Logonc avec le Chari (Kalia-Lemskale-Lorme), d’autre part le Chari-Logone avec le Tchad (Serbeouel, Kalia, M’boulou). Tous ces bras envoient, vers l’intérieur du pays, des ramifications étendues et sont en liaison entre eux par de nombreux canaux.

Du Mandara descendent des torrents : Yadseram, Komadougou-Goma, etc., qui sont en relation avec les ramifications des bras secondaires du Chari-Logone, ou bien vont simplement se perdre dans les marécages du bas pays.

MNSUGNKMCNTI COLONIAUX. — N°* 7 et 6.

Au commencement de la saison des pluies, les tornades accumulent l’eau dans les cuvettes argileuses, qu’alimentent de plus les petits torrents du Mandara septentrional. Il se forme bientôt une série de mares réunies entre' elles qui déversent leur eau dans le Chari-Logone par les ramifications des bras secondaires. Mais quand la crue arrive du Sud, comme la faiblej’pentejjde la cuvette

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tchadienne ne permet pas un débit rapide, les bras latéraux s’emplissent, refoulant l’eau dans les bras secondaires et leurs ramifications. A ce moment, le pays compris entre le Chari, le Mandara et le Yadseram ressemble à un vaste polder. En année très pluvieuse, la crue monte encore, les canaux deviennent insuffisants, l’inondation recouvre le pays qu’elle transforme en un marécage herbeux et boisé.

Là où le sous-sol sablonneux se bosselle et perce la croûte argileuse, une dune basse appa-

BULLETIN DU COMITÉ DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

raît, entourée d’une mince bande de terrain fertile mi-sable, mi-argile, nommé « naga » (bien diffé- • rent du terrain semblablement nommé au Territoire, qui est une argile infertile, plate et nue).

A la saison sèche, le Ghari et le Logone, fortement diminués, serpentent au fond de leurs lits tout encombrés de bancs de sable ; les bras secondaires, les canaux de communication, les torrents sont à sec et ressemblent à des chemins sablonneux, coupés çà et là par des mares. La masse argileuse subit une dessiccation intense et rapide, elle se lézarde ; de profondes crevasses la découpent en polygones irréguliers. Avec son sol gris que l’on dirait figé, avec ses épineux effeuillés, rouges talhas et sombres garads, le pays de la « terre cassée » semble lugubre au voyageur dont le pied trébuche contre les mottes inégales et enfonce dans les crevasses.

Dans le pays Kotoko les villages sont bâtis en général au bord des cours d’eau en un point où la berge n’est jamais submergée. De hautes murailles percées de portes étroites les entourent, soit complètement, comme à Karnak-Logone, soit seulement du côté de la terre, comme à Kousscri. Les cases en argile séchée sont couvertes en paille ou, beaucoup plus fréquemment, en terrasses, que flanquent quelquefois deux tourelles aux toits de chaume très aplatis. Les maisons à étage ne sont point rares et dans certaines, comme dans l’ancien « palais ».) du mianraï Mamédou, de Karnak-Logone, on trouve, luxe ignoré du Versailles de Louis XIV, des cabinets au premier.

Entre les bâtiments et les murs des cours, les ruelles sont tortueuses et étroites ; de place en place aux carrefours, on trouve un hangar dont le toit est à un mètre au-dessus de terre et l’aire à 1/2 mètre au-dessous de la rue. Là se réunissent les vieux à barbe blanche qui, tout en devisant,' réparent leurs filets de pêche, tissent des nattes ou cousent des tapis, ou bien, le regard perdu dans le vague, égrènent interminablement leur / chapelet. Peut-être songent-ils au temps de la prospérité où le mur d’enceinte ne semblait pas trop vaste, où les cases en ruines étaient moins nombreuses, ; où le mai (1) enrichi par la vente des captifs, se montrait généreux.

Les villes les plus importantes du pays Kotoko sont actuellement : KaTnak- Logone, Goulfeï, Kousseri, etc.

Dans le Balgué, les villages bornouans et arabes sont retirés sur le sommet des dunes basses qui émergent à peine de la plaine. Les villages bornouans n’ont aucun caractère particulier : on y trouve soit la case ronde à muraille d’argile et toit de paille conique, soit la case en paille dite « bornouane », ayant la forme d'une ruche.

Dans les villages des Choas (2) les vastes cases en paille aux toits surbaissés sont disposées en couronne comme les tentes d’un campement de pasteur^. 11 semble que, même dans le bourbier où ils ne peuvent vivre qu’en sédentaires, lesChoas veulent se donner, par la disposition de leurs

(1) Sultan.

(2) Arabes du Bornou.

cases, l’illusion d’être encore les libres nomades qui erraient dans les sables du Batha.

Dikoa, ancienne capitale de Rabah, actuellement résidence du cheikh Sanda, chef du Bor- nou allemand, est l’unique grande ville du Balgué. Les seules belles constructions sont les anciens « palais » de Rabah et de ses fils Fad el Allah et Niébé ; dans le reste de la ville quelques maisons à terrasses, beaucoup de toits de chaume. La scission du Bornou en deux parts, allemande et anglaise, l’établissement du cheikh Guerbaï à Maïdougouri mieux située, ont amené le déclin de Dikoa.

IL — Pays Mousgou.

Déjà dans la partie sud du Sultanat du Logone la forêt s’éclaircit, de larges clairières apparaissent, des palmiers de Judée, desroniers rompent l’uniformité du paysage.

Dans le pays Mousgou, ces caractères s’accentuent. Le terrain plat est largement découvert et se présente sous l’aspect d’herbages immenses, émaillés de mares permanentes dont le rizsauvage orne les bords, interrompusçà etdà pardes champs de mil rouge et de légères forêts d’épineux et de roniers.

Plusau Sud, s'étend jusqu’au Toubouri le pays Woulia aux magnifiques cultures, aux beaux arbres touffus.

Entre Logone et Ghari, le pays Mousgou n’est que la continuation du pays Kotoko du Bec de Canard et présente les mêmes caractères : près du Logone un léger dos d’âne que surmontent quelques épineux el roniers, au centre la vaste plaine herbue du Ba-IIli, le long du Chari une épaisse forêt aux arbres magnifiques et par endroits uniquementcomposée deroniers.

A la saison des pluies tout le pays est inondé ; seules de petites buttes émergent du marécage, en particulier sur les bords du Logone. LeurétroileSso ne permettant pas l’installation de villages, elles ne sont occupées que par des fermes. H n’existe dans tout le pays que deux villages groupés : Mousgou et M’bala; parcontre, les deux rives du Logone présentent une suite ininterrompue de fermes peu distantes. Chacune de celles-ci se compose de plusieurs cases servant d’habitation, d’étables et de greniers, réunies entre elles par des murs. Les cases des Mousgous sont caractéristiques. Ce sont des tiares d’argile ornées extérieurement de moulures qui canalisent l’eau des tornades et permettent de grimper jusqu’à l’orifice pratiqué au sommet.

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