III. — Mandara-Diamaré-Garoua
Les monts Mandara forment une chaîne granitique, orientée du N.-N.-E. au S.-S.-O., qui s’étend, le long de la frontière anglo-allemande, depuis Mora jusqu’à la vallée de la Benoué. Elle est constituée par un chaos de monts aux formes les plus diverses : pics, tables, dômes, soit étroitement accolés et formant des massifs qui renferment de minuscules hauts plateaux, soit séparés
par des cols bas. Cette chaîne envoie en avant d’elle des contreforts tantôt élevés comme le Seledeba, tantôt doucement inclinés, qui découpent dans le bas pays des compartimentsabrités. belles plaines aux riches herbages comme celle de £asaoua, où, sur un lit de sable, coulent les mayos descendus delà montagne. Comme des îles éparses dans la plaine, s’élèvent en avant des contreforts les bornes témoins de l’ancien substratum : pics et coupoles élevés dans l’Ouest, tables et dômes moins saillants dans l’Est, exception faite du double cône de Mindif.
L’aspect de la montagne elle-même est loin d’être uniforme ; ici apparaît une coupole au granit complètement dénudé, entourée à sa base d'énormes blocs; là le massif dresse ses flancs nus à pic, et son sommet ondulé est recouvert d’une herbe rare ; plus loin c’est un pain de sucre tout blanc de guano ; souvent les monts semblent formés par un entassement de pierres géantes entre lesquelles poussent de longues herbes, de maigres buissons, quelques arbres ; mais le plus souvent le substratum est recouvertd’un solde désagrégationetdonne des collines arrondies, herbues et boisées, toutes parsemées à leur surface de blocs granitiques.
Les hauts sommets sont, en général, dénudés, tandis que toutes les petites vallées intérieures, tous les hauts plateaux, les versants où des murs de soutènement retiennent la terre arable, sont cultivés par les païens que les musulmans, Bornouans au Nord, Foulbé au Sud, ont chassés de la plaine.
Autourde la montagne, l’érosion et le ravinement ont déposé sur l’argile limoneuse de la cuvette tchadienne les sables provenant de la désagrégation du granit, constituant ainsi les terrains lertiles de la plaine du Mandaraetdu Diamaré.
Ces plaines sont sillonnées de « mayos », torrents d’hivernage, semblables aux oueds du pays arabe, aux goulbis du pays Haoussa. Ceux du versant Nord vont se perdre dans les marécages du Balgué ceux du versant Est sont collectés par le Balda et le M. Guirvidig qui se jettent dans le Logone, par le M. Binder et le M. Loue qui se réunissent au Kebbi.
Dans ces plaines du Mandara et du Diamaré, le cultivateur trouve sur le pourtour sablonneux des masses granitiques, dans les bas-fonds arrosés, d’excellents terrains où poussent magniliquement soit du petit mil, soit le sorgho ou le gros mil blanc d’hiver et même le riz, le blé et le mais; au pasteur les collines et les plateaux offrent des pâturages d’hivernage, tandis que, à la saisonsèche, ses troupeaux se nourrissent dans les pâtures du Mayo-Loué. ,
Les gommiers forment des taillis dans largue alluviale des bas-fonds, les tamariniers, les banians, les palmiers, quelques dattiersdonnent au pays l’aspect verdoyant.
Les Peuhls sont groupés en grands villages, soit au pied d’une formation rocheuse, soit à proximité d’un mayo. Leurs cases rondes sont à muraille d’argile et toit conique en paille. Les
principales villes du Diamaré sontMaroua, Binder Bogo, Mindiff.
Les païens habitent des cases étroites aux toits pointus, soit nichées dans les creux et sur les terrasses de la montagne, au centre d'enclos de pierres sèches, soit tassées au bas des rochers à l’abri d’une vaste haie vive.
La plaine de la Benoué est étroite, emprisonnée par les contreforts méridionaux du Mandara, comme le Tengelin, hauts massifs aux parois abruptes, et les hauteurs de la rive gauche. Elle ne s’épanouit un peu qu’à hauteur de Pitoa. Le terrain est bas, largement irrigué, complètement inondé à la saison des pluies.
En amont de Garoua, la Benoué reçoit sur la rive droite le mayo Kebbi venant du Toubouri ; entre Garoua et Yola, elle est grossie à droite par le mayo Tiel descendu du Mandara, à gauche par le Faro. En toute saison, l’eau coule dans le lit de la Benoué, mais le débit est très faible en saison sèche.
Les païens, tout comme au Diamaré, ont été chassés dans les montagnes ; les Foulbé occupent le bas pays, et leurs gros villages, peu éloignés les uns des autres, sont bâtis sur les petites éminences qui parsèment la plaine.
La ville même de Garoua n’a pris de l’importance que depuis l’occupation des Allemands qui ont essayé d’en faire la rivale de Yola. Comme dans tous les centres qui se créent ou s’agrandissent près d’un poste, la population y est fort mélangée : peuhls, bornouans, haoussas, etc. On y compte environ 10.000 cases.