‹ Renseignements coloniaux et documents (volume 5)Chapitre 66 sur 123 · I/IMP0R1ME DE L'AFRIQUE · texte numérisé non relu

I/IMP0R1ME DE L'AFRIQUE

Sir H. Harry Johnston multiplie actuellement en Grande- Bretagne sa propagande pour ses idées sur la nouvelle Afrique. Aucun des travaux de cet Africain éprouve et toujours original ne peut nous être indifférent, et comme nous nous attachons à faire bien connaître les idées étrangères sur l’Afrique, nous reproduisons in extenso ci-après, en traduction originale, la communication qu’il a faite le 16 avril à 1’ « African Society » et qui a été publiée dans le Journal of tlie African Society, vol. XVII, n° LXVII. avril 1918. Nous remercions l’auteur et PAfrican Society de nous en avoir donné l’autorisation.

L’Afrique et l’Europe ont . été étroitement alliées aux époques préhistoriques, tout au moins à la fin de l’époque tertiaire et au début du quaternaire. Cette alliance n’a jamais subi de longue interruption dans l’histoire connue de l’humanité. La faune de l’Afrique moderne et la majeure partie de sa flore semblent tirer leur origine d’Europe ou d’Asie occidentale et semblent avoir passé de là vers le Sud ell’Ouest jusqu’en Afrique. Plus d'une espèce a survécu dans l’Afrique du

Nord, du Centre ou du Sud, longtemps après qu’elle était éteinte en Europe ou en Asie Mineure. L’Afrique occidentale perpétue la faune et la flore du Miocène de France, du Rhin, d’Espagne et de l’Italie; l’Afrique du Nord, du Centre et du Sud présente encore, comme espèces vivantes, les types de mammifères, d’oiseaux, d'hommes et de plantes qui caractérisaient l’Europe de la période glaciaire ou interglaciaire.

Le type du sous-genre nègre et de 1 homme de la brousse (1) semble avoir fait son évolution dans le bassin méditerranéen — ou, tout au moins, avoir habité les rivages septentrionaux, orientaux et méridionaux de la Méditerranée, puis avoir traversé au Sud le Sahara et remonté la vallée du Nil, de même que le Nègre a été suivi dans l’Afrique du Nord par les premiers créateurs des races à large développement cérébral; ceux-ci, il y a des milliers d’années, traversèrent les diverses zones climatériques de l’Afrique et pénétrèrent jusqu'à ses plus lointaines extrémités méridionales. On retrouve beaucoup de sang nègre de descendance très ancienne chez les populations ibériennes de l’Europe de l’Ouest et du Nord-Ouest, et d’une manière générale, dans le type humain d’Egypte, de Crète, de l’Italie du Sud, de l’Algérie, du Maroc, de Sicile et de Sardaigne.

Mais longtemps après que tout le bassin méditerranéen eut été conquis et colonisé par les races d’Ibérie, des Alpes et du Nord, il y eut un reflux de l’Afrique en Europe méridionale, sous l’influence delà civilisation égyptienne, et, encore plus sous l’inlluence'des établissements phéniciens de Mauritanie et d’Espagne. L’importation de l’élément négroïde fut ultérieurement accentuée par la traite romaine des esclaves de Nubie et de Tibu. La révolte de l’Islam amena l’Asie en Afrique et l’Afrique en Sicile, en Espagne et dans la France du Sud. Cette phase se reflète clairement dans la Chanson de Roland pleine de références déformées, et cependant reconnaissables, à des lieux, à des régions, à des tribus du Nord de l’Afrique et du désert adjacent, le

(1) Bushman.

Supplément à 1 Afrique Française de septembre-octobre 1918.

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Sahara. Les conquêtes répétées de l’Espagne par es Berbères et les Arabes berbérisés — possiblement avec l’adjonction des contingents Fulas du bassin du Nord-Ouest du Niger — importèrent encore d’autres éléments noirs dans la péninsule ibérique; d’auti'e part, pour étrange que cela paraisse, l’élément négroïde partiellement expulsé par le fanatisme chrétien et par l’intolérance latente des Goths fit repasser en Afrique la culture et les principes de la race blanche, assurant ainsi une liaison nouvelle entre l’Afrique et l’Europe.

La répulsion rencontrée par les colons islamiques d’Espagne et Portugal amena la brouille du Portugal et du Maroc; cette querelle jeta les Portugais de plus en plus avant dans l’aventure et la découverte africaines, avec, pour point culminant, la révélation portugaise des côtes de l’Ouest, du Sud et de l’Est de l’Afrique. De cette avance en Afrique des conquistadors portugais du xve siècle résultèrent au siècle suivant le commerce des esclaves entre l’Afrique et l’Amérique, les grandes missions des xvie, xvne et xix° siècles, ainsi que la fondation — il y a moins d'un siècle, de notre commerce moderne avec l’Afrique, puis finalement le dominion africain de sept puissances européennes.

Nous commençons à nous rendre obscurément compte que l’Europe de l’Ouest et du Sud ne peut se développer ni prospérer normalement abstraction faite de l’Afrique comme terrain primordial d’entreprise. L’Afrique, de son côté, ne peut sortir de sa barbarie stagnante et de la sauvagerie noire sans le concours de l’Europe. L’importance de l’Afrique pour la moitié occidentale de l’Europe est infinie, encore que je doive être le dernier à contester que les affaires africaines doivent être également une matière d’intérêt légitime pour la Grèce aussi bien que pour l’Italie, la Syrie, l’Arabie, l’Inde, l’Amérique du Sud, les Indes occidentales et l’Amérique du Nord.

Mais pourquoi donccetteimportancesuprêmede l’Afrique pour la moitié occidentale de l’Europe?

1° Parce que le continent africain, déserts, montagnes, marais, plaines, forêts, prairies, pâturages, est libéralement doté en substances comestibles indigènes ou acclimatées, en substances chimiques fertilisantes, en matières premières pour toutes industries et en minéraux de tous genres.

2° Parce que ce trésor tropical et sub-tropical est tout à proximité de nous. Le Nord de l’Afrique — Maroc, Algérie, Tunis, Tripoli — est à un, deux ou trois jours de steamer de l’Europe méditerranéenne ou occidentale. Avant la guerre, un voyage de cinq jours par rail et par mer permettait d’atteindre, de Londres, les oasis septentrionales du Sahara. Dix jours de voyage seulement séparaient Southampton de Sierra-Leone; deux jours de voyage supplémentaire par chemin de fer amenaient l’amateur enthousiasmé et étonné de la nature dans les forêts épaisses du Libéria occidental — en tout seulement douze jours, comptés sur la machine à mesurer le temps du

xxe siècle après Jésus-Christ, ramenaientle voyageur à la période du Miocène, deux millions d’années en arrière. Cinq ou six jours entre Liverpool, Bristol ou Plymouth et les îles paradisiaques des Canaries et de Madère. Six jours de transit seulement pour les bananes et les ananas de ces îles de l’Atlantique jusqu’à la petite voiture des revendeurs de l’industrielle Angleterre! La route directe jusqu’à l’embouchure du Congo ou au delta du Niger depuis les ports anglais ou français ne demandait qu’une quinzaine; jusqu’au cap de Bonne-Espérance il peut y avoir dix-sept jours, jusqu’en Egypte une semaine, jusqu’à Zanzibar, à peine plus d’une quinzaine, jusqu’au Natal trois semaines, et trois semaines, également, jusqu’au cœur de la Bhodésia, — alors que, il y a quarante ans, il fallait un voyage de cinq mois. Avant les sous-marins, et alors que les difficultés, les retards et les impossibilités causés par eux n’existaient pas, nous pouvions atteindre le fin fond du Congo en un mois, et, dans le même temps, les rives du lac Tchad ou du Tanganyika, en réalité, le cœur même de l’Afrique. Comparez avec ces données la durée du voyage par rail ou par bateau vers l’Asie du Sud, la Malaisie, la Chine, l’Australie et même l’Amérique du Sud, et vous vous rendrez compte qu'en ce qui concerne le commerce des produits tropicaux et sub-tropicaux, l’Afrique est infiniment mieux située, au regard de l’Europe de l’Ouest" et du Sud, que l’Asie, l’Amérique ou l’Océanie.

Avant la guerre, Covent-Garden, les Halles de Paris, les marchés des villes industrielles d’Angleterre, d’Ecosse, et de l’Irlande du Nord-Est étaient dans l’étroite dépendance de l’Algérie en ce qui concerne les primeurs, les fruits et les fleurs. Avant — et encore plus, depuis — la guerre, nous avons constaté que, en Ouest-Afrique, nous avions, à une distance de huit ou quatorze jours de route, la plus grande région productrice de végétaux comestibles du, monde entier. Les plantations des îles Canaries ne peuvent fournir qu’une fraction des bananes nécessaires à la population des Iles britanniques et de la France; mais, sur toute la ceinture côtière de l’Ouest-Afrique, de la Sénégambie à la Gold Coast, nous avons une région productrice de bananes, cent fois plus vaste que celle des Indes -occidentales britanniques, et également, sinon pius, rapprochée par voie de mer et par vapeur. Les Allemands nous ont appris (dans leurs factoreries et leurs plantations achalandées du Cameroun) un procédé pour dessécher, concentrer et conserver la pulpe de banane, procédé qui, convenablement développé, devrait fournir à toute l’Europe occidentale une nourriture essentielle singulièrement agréable.

Il en est de même pour le café— dont l’Afrique produit naturellement toutes les variétés et toutes les meilleures espèces — pour le thé auquel le Natal et le Nyasaland fournissent de nouveaux terrains d’élection — pour le maïs, les arachides, les deux espèces d’huile de palme, le coprah ou la pulpe de noix de coco desséchée, la cocose, le sésame, l’huile de sésame, d’arachide ou d’olive

du Nord de l’Afrique, les dattes du Sahara, les amandes, les noix et les figues d’Algérie et de Tunisie. On peut encore citer comme produits comestibles, dont l’exportation est susceptible d’un développement constant, l'orge du Sahara septentrional, le froment de Tunis et d’Egypte, le sorgho de la Nigeria occidentale et du Soudan, le manioc (tapioca) de l’Est et de TOuest-Afrique, les patates douces de TOuest-Afrique, les pommes de terre hâtives du Nord-Afrique, les lentilles, les légumineuses, les haricots du littoral méditerranéen, le riz de Guinée et de Nigeria, le sucre d'Egypte, de Mozambique et des îles Mascareignes, les oranges et les citrons du Nord-Afrique, les ananas de Madère et de TOuest-Afrique, les prunes, pêches, pommes et raisins du Cap et du Natal.

Considérez maintenant les possibilités de l'Afrique en comestibles d'origine animale : elles sont presque illimitées. A la vérité, il y a des maladies épidémiques à combattre et à vaincre, comme il y en a dans l’Amérique du Sud, dans l’Amérique du Nord, dans l’Inde et en Russie. Mais pestes et épizooties sont maîtrisées, le bétail s’immunise, les races sélectionnées prospèrent et multiplient; petit à petit l’homme se rend maître des germes destructeurs et de leurs agents de propagation, insectes ou acarus. Déjà, tout au moins avant la guerre, le Nord de l’Afrique avait une exportation importante de moutons et de chevaux en France, à Malte et en Italie; les vaches laitières fournissaient une quantité rapidement croissante de lait et de fromage à l’Afrique française du Nord. Le bétail de Sénégambie, de la Nigeria orientale et occidentale, du Congo oriental et de l’Ouganda, du Soudan Nilien, de Madagascar et du Sud- Afrique, fournissaient non seulement la viande et ses produits dérivés, mais encore une immense quantité de peaux aux marchés du monde. En 1914, la laine tondue du Maroc et de l'Algérie approchait comme importance de celle exportée du Sud-Afrique ; en Afrique du Sud, d’autre part, le nombre des chèvres d’Angora à poil soyeux est en voie d’accroissement. « Cuir du Maroc », aujourd’hui comme il y a deux cents ans, est une appellation indicative de la meilleure qualité de cuir paré, de chèvre ou de mouton, exportée du Nord de l’Afrique et du Soudan nigérien pour la reliure et la fabrication des gants; Tripoli, l'Egypte, le Nord du Soudan, le Somaliland exportent chameaux, ânes, et — en ce qui concerne le Somaliland— des poneys d’excellent service. L’Egypte, — pour peu qu’on l’y encourageât — devrait exporter aussi, comme bêtes de trait et comme animaux lactitères, ses buffles apprivoisés — entre parenthèses, on s’étonne que les Français n’aient pas encore tenté d'introduire le buffle domestique d’Asie dans le Niger occidental, où il devrait aussi bien propérer qu’en Egypte.

Si la science seule dirigeait tous les gouvernements africains et toutes les colonies britanniques, nous utiliserions à notre profit, au lieu de les abandonner au plaisir destructeur d’absurdes sportsmen, les vastes troupeaux de zèbres de l’Est Afrique, d’antilopes du Soudan et du Centre de

l’Est-Afrique , les admirables tragelaphs de l’Afrique équatoriale de l’Ouest et de l’Est (l’élan est domestiqué avec succès dans le Sud-Afrique), les derniers éléphants de TOuest-Afrique et de l’Afrique équatoriale, les girafes deNigeria, de Sénégambie, du Soudan égyptien et de TEst-Afrique. 11 est malheureusement prouvé que quelques-unes de ces bêtes admirables portent dans leur sang les germes de mortels trypanosomes, origine de la maladie du sommeil et de l’épizootie du Nagcuia. II se peut que la destruction de ces animaux soit un mouvement de défense instinctif de l’homme, blanc ou noir. Mais cette destruction pourrait être rattachée à une production de viande séchée de haute valeur pour le ravitaillement mondial. D’autre part, d’après l’expérience du Sud-Afrique civilisé, beaucoup de ces antilopes, tragelaphs , buffles et zèbres, pourraient être domestiqués, soustraits à l'infection des trypanosomes, et n’être dorénavant pas plus dangereux pour l’humanité que le bétail, chevaux, moutons et chèvres, dont les descendants noussont acquis grâce à l’effort de l’homme néolithique d’il y adix ou vingt mille ans.

En ce qui concerne les oiseaux rares, le Nord et le Sud-Afrique ont déjà montré ce qu’il est possible de faire pour domestiquer l’autruche. Non seulement les plumes et le duvet de ce géant des oiseaux sont utilisables pour l’ornement et le charme du costume, mais, convenablement traités, ils peuvent former un tissu de bonne utilisation. J’indique aussi la possibilité de tirer des œufs d’autruche un aliment singulièrement nourrissant. Le jaune desséché de cet œuf pourrait être exporté dans le monde entier comme base de toute bonne cuisine. En outre, je ne vois pas pourquoi la chair de l’autruche, séchée et hachée, ne fournirait pas sous forme de pemmican une addition très appréciable à notre régime. Considérant combien est économique la nourriture de l’autruche, si cet oiseau était utilisé également au point de vue alimentaire, vestimentaire et comme production d’objets d’ornement, son élevage pourrait être énormément développé dans les régions du Sud et du Nord-Afrique à peu près impropres à toute autre utilisation.

Déjà un petit district du Gold Coast oriental exporte des dindes et des canards. L’élevage du dindon pourrait être grandement développé dans le Nord-Afrique et dans le Sud-Afrique français, au Sénégal, en Egypte et dans le Sud-Afrique. Les Phéniciens avaient acclimaté le paon en Tunisie, où il est encore très abondant. Les paons prospéreraient dans tout le Nord de l’Afrique et en Egypte, en beaucoup d’endroits du Soudan,- dans l’Ouest et dans le Sud-Afrique. Il leur faut peu de nourriture, en dehors des insectes, du gazon et des herbes sauvages ; ils sont aussi bons à manger que les dindes, et leurs plumes pourraient faire l’objet d’un commerce important. Et les huit ou neuf espèces de pintades africaines! Celles-là pourraient être élevées en nombre illimité. La pintade vulturine de TEst-Afrique est un des plus beaux oiseaux du monde, et n’est guère au-dessous de la taille du dindon. La pintade est à

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l’épreuve de toutes les affections locales d’Afrique; elle est l’ennemi juré des mouches porteurs de germes infectants et des acarus qu’elle recherche activement, ainsi que les insectes, pour en faire sa nourriture. Elle gratte la surface du sol, découvre et dévore les larves de la mouche tsé-tsé. Elle chasse sans relâche les cigales et les sauterelles. Rien que pour sa qualité de destructeur d’insectes, les conseillers scientifiques de l'administration coloniale française ont proposé l’élève de la pintade sur une grande échelle.

En ce qui concerne la volaille domestique et les œufs, l’Afrique est déjà un continent d’exportation. Beaucoup d'entre nous ont entendu parler des œufs d’Egypte achetés par millions comme appoint à notre ravitaillement.

Les pêcheries de la côte nord-ouest d'Afrique sont parmi les plus lucratives du monde, de même celles des côtes du Sud-Ouest africain et de l’océan Indien. Les grands lacs et les rivières d’Afrique fourmillent de poissons comestibles. Le Nord- Afrique exporte du miel, et le miel existe en beaucoup de parties de l’Afrique tropicale. La cire s’exporte de l’Ouest Afrique (Sénégambie).

Jusqu’ici j'ai traité des productions et des pos^ sibilités alimentaires de l’Afrique parce que le sujet nous touche plus qu’aucun autre dans les conjonctures présentes ; d’ailleurs, pour de nombreuses annéesà venir, le monde, dontle ravitaillement est compromis par cette guerre actuelle de dévastation, portera une grande attention sur ces régions dotées de sources naturelles d’aliments ou qui possèdent un climat et un sol spécialement susceptibles d’une vaste et rapide production alimentaire. Mais il nous faut aussi des habits pour nous vêtir, et nous réclamons les matières premières nécessaires à nos innombrables industries ; or, le continent africain peut fournir presque à chaque catégorie de manufactures la substance dont elle a besoin. Bien développée, l’Afrique peut devenir le plus grand producteur de coton du monde ; déjà ie coton de l’Egypte, de l’Ouganda, du Nyasaland et du Mozambique méridional estrenommé poursa qualité. Toute la Nigeria produit une grosse récolte de coton, mais elle la consomme en entier, pour le présent, sur ses métiers à main. Le Nord et le Sud-Afrique sont singulièrement bien conditionnés climatériquement pour le développement du mûrier et la bonne santé du ver à soie. Les deux extrémités de ce continent devraient devenir de grandes régions sérigènes. Les alfas du Sahara du Nord, la végétation aquatique du Haut-Nil et du Bahr-el-Ghazal, sont d’excellents matériaux pour la fabrication du papier. Les mauves de l’Afrique tropicale, les aloôs, les sanseviéras à contexture de cuir, les raphias et les palmes du cocotier produisent des fibres utilisables et meme précieuses. Lesforêts du Maroc, del’Ouest-Afrique, du Congo, de l’Est-Afrique équatoriale, du Cap et du Natal produisent des bois de grande beauté pour la menuiserie et du bois plus tendre pour les planchers. De même le bois de palétuvier

des côtes marécageuses, et le bois de fer du Centre Afrique, ont leur valeur et leur utilisation spécialement comme traverses de chemin de fer, étant inattaquables aux termites. Les forêts et les marécages africains produisent aussi de nombreuses espèces d’écorces pour le tannage. La meilleure qualité dégommé du monde, pourl’emploien pharmacie oucommeadhésif, estlagomme d’acacia du Sahara méridional et de la frontière nord du Soudan. Même à notre époque de teintures à l’aniline de goudron, l’indigo conserve encore sa valeur et l’indigo est un produit indigène de l’Afrique tropicale. Les forêts d’Afrique entre l’estuaire de la Gambie au Nord-Ouest et la baie de Delagoaau Sud-Est foisonnent de médicaments utiles, au premier rang desquels on peut citer la noix de Lola et les graines de strophantus. Ces mêmesforêts, cette même brousse, renferment vraisemblablement de nombreuses formes de caoutchouc sauvage dont certaines pourraient être reproduites et cultivées en arbres, en espaliers, ou en racines souterraines. Mais la principale valeur de l’Afrique tropicale au point de vue du marché du caoutchouc est que son sol, son régime de pluies et son climat en font l’idéal terrain nourricier des meilleurs arbres à caoutchouc de l’Amérique du Sud, tout de même que l’Ouest- Afrique, en tant que terroir producteur de cacao, promet de dépasser le terrain natal de l’arbuste à cacao dans l’Amérique centrale et dans le Nord de l'Amérique du Sud, de même encore que la production du maïs sur le sol africain est souvent supérieure en quantité et en qualité à celle du maïs d’Amérique.

11 n’est guère nécessaire d’insister aujourd’hui sur les richesses minérales de l’Afrique : le manganèse, le fer du Maroc (magnétite et hématite), le zinc et le plomb d’Algérie et de lunisie, l’argent du bassin du Bénin et du Transvaal, l’or de Sénégambie, duGold Goast, de Libéria et delà Côted’Ivoire^ u territoire congolais (Nord-Est et Centre- Sud), de la Rhodésia du Sud, de TEst-Zambèse et du Transvaal ; le cuivre du Darfour, de l'hinterland du Cameroun, du Katanga, d’Angola, du Sud- Ouest-Afrique et du Transvaal ; l’étain de Nigéria et du Swaziland, l’aluminium du Libéria, le monazite de l’Ouest-Afrique ; les phosphates, la soude, le sel et les nitrates du Sahara et de l’Est- Afrique; leguano duSud-Ouest-Afrique, la houille du Nyasaland et du Natal ; le pétrole du Sahara et des déserts de Nubie, de l’Etat d’Orange et peutêtre de Nigéria ; les diamants du Libéria, du Katanga, du Sud-Ouest et du Sud-Afrique; les onyx et les marbres exquis d’Algérie et de Tunisie. Nous avons seulement écorché la surface du sol africain à tous ces points de vue. Probablement trouverons-nous le continent tout entier plus riche en minéraux et d’une richesse minérale plus variée que l’Asie, l’Australie et l’Amérique.

Dans les siècles précédents, les efforts du Blanc pour ouvrir l’Afrique au commerce ont rencontré comme principal obstacle les difficultés de transport. C’est un lieu commun delagéographie afri-

caine que, comparée avec les autres continents, l’Afrique est singulièrement peudenteléede golfes et de bras de mer pénétrant profondément dans les terres, de même que tant de ses rivières voient leur navigabilité intérieure supprimée dès leur embouchure par d’infranchissables cataractes au voisinage de la côte. Les transports par animaux de bât ou de trait en Afrique nègre sont rendus impossibles dans beaucoup de districts par la mouche tsé-tsé et autres porteurs de germes infectieux. Bien que les déserts et les steppes conviennent au chameau, au cheval, à l âne, et, à un moindre degré, au bamf de trait, cependant leur circulation est souvent rendue difficile par les tempêtes de sable et par le manque d’eau. En conséquence, la pratique des raids d’esclaves, avec son cortège de guerres de destruction et de dépopulation,avait trouvé dans l’utilisatîon des esclaves pour le portage par hommes une autre raison d'être . Des files d’hommes et de femmes épuisés servaient à transporter les marchandises par petites quantités de et vers les marchés de l’intérieur.

Mais pendant la seconde moitié du xixB siècle, et beaucoup plus rapidement durant les dernières dix-luiit années, un progrès énorme a été réalisé par la construction de railways et de routes pour automobiles. Chemins de fer et automobiles seront vraisemblablement le moyen le plus pratique de pénétration africaine, et éventuellement le meilleur procédé pour vaincre aussi bien les déserts que les marécages. L’aéronautique jouera sans aucun doute un grand rôle pour les transports postaux, peut-être aussi pour les transports de passagers.

Mais l’eau auraaussi un rôle important à jouer dans le développement de l’Afrique. Les transports par eau seront d’ici longtemps le principal moyen de pénétrer le vaste bassin du Cango, le bassin occidental du Niger, le delta du Niger, le Soudan central, le Soudan égyptien et la Zambé/.ia occidentale. Ces grands lacs, aussi bien que le Nil et ses affluents, auront leurs Hottes de steamers et de voiliers. Les cataractes et les chutes même, qui furent maudites par les pionniers lassés du xixc siècle, assument déjà une grande importance dans l’Afrique d’aujourd’hui et feront beaucoup parler d’elles dans l’avenir. — Minuscules torrents montagnards ou merveilles mosdiales, comme les chutes Victoria du Zambèze — on est en train de les atteler au service de l’homme pour en tirer force motrice, lumière électrique ou moyens d’irrigation. Des plans sont sur pied pour utiliser les chutes Ilainilton de la rivière Shiré, plans qui se rattachent à la culture projetée sur une grande échelle, dans la basse Zambézia, du maïs, du coton et de la canne à sucre, à l’électrification de chemins de fer, de chaloupes de rivière et de bateaux automobiles. De semblables projets peuvent se développer pareillement par l’utilisation des cascades des rivières du Cameroun, près de la côte atlantique, des cours d’eau du bassin du Bénué et des monts Bauchi, de ceux existant sur les lianes del’Elgon et du Huwenzori dans l’Est-Afrique Allemand

dans l’Est-Afrique Portugais, en Angola, Libéria Sénégambie et Abyssinie.

L’électricité produite par la force hydraulique eu Afrique peut faire beaucoup pour assurer la marche des trains sur les chemins de fer africains ctcelle des automobiles sur les routes d’Afrique. Le forage de- puits dans le Sahara pourra graduellement corriger le triste aspect du désert au sable envahisseur et modifier son aridité. Les marais de l’Ouest et du Centre-Afrique seront drainés et leur excédentd’eau distribué par des canaux d’irrigation, réparti en étangs pour l’élevage du poisson. Tout cela est possible si le capitaliste européen peut être amené par des garanties convenables à placer son argent en Afrique, et si la main-d’œuvre indigène peut être obtenue par les assurances nécessaires d’un traitement loyal des indigènes et du respect de leurs droits.

Une autre richesse de l’Afrique réside dans sa valeur climatérique. Si certaines partiesde l’Ouest et de l’Est-Afrique sont', dans leur état fruste, excessivement malsaines, d’autres partiesdu Nord, Nord-Ouest, Nord-Est et Sud-Afrique sont exceptionnellement salubres et propres au traitement des maladies européennes De même que la Suisse trouve une source de revenus pécuniaires dans son paysage, et les Rivieras, française et italienne, à la fois dans leur paysage et dans leur climat, de même le Maroc, certaines parties de l’Algérie et toute la Tunisie seront appréciées à leur valeur comme stations de santé. L’Egypte a un climat d’hiver parfait, de même que Madère et les îles Canaries. La colonie du Cap, l’Etat d’Orange, le Basutoland, le Transvaal du Sud-Ouest et le Béchuanaland du Sud — peut-être aussi les districts intérieurs du Sud-Ouest Africain — seront également recherchés par l’humanité souffrante pour leur soleil et leur air vivifiant.

Eu ce qui concerne la main-d’œuvre, la puissance de travail qui doit développer cetterichesse faite de ressources animales, végétales, minérales et«limatériques, cultivateurs, chefsde plantations, forestiers, bûcherons, pasteurs, portefaix, mineurs, travailleurs de la route et du rail, maçons, briquetiers, charpentiers, ingénieurs, chauffeurs, bateliers, policiers, commis, contremaîtres, ouvriers, d’où viendra-t-elle ? Cette main-d’œuvre axiste en Afrique même, déjà réunie pour le combat à livrer à la nature etqui soumettra un grand continent aux desseins de l’homme civilisé.

Cette population indigène d’Afrique au nombre de quelque 120 millions (comparez la population de 30 millions d’Amérindiens, de Nègres, et de demi-sangs éparse dans l’Amérique du Sud !), cette population est déjà habituée à la grosse chaleur ainsi qu’aux nuits glaciales des déserts, aux fortes pluies et aux climats desséchants ; elle est habituée, autant que l’homme peut l’être au>î, maladies épidémiques et aux climats extrêmes, au portage de pesants fardeaux, à la marche pieds nu», sur de long milles de terrain brûlant. Quelle race plus belle que celle des Maures pourriez-

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vous désirer pour lutter avec les conditions primitives de l’agriculture marocaine ? Les Berbères du Maroc, d’Algérie, de Tunisie, de Tripoli et du Sahara comptent parmi les plus grandes, les plus belles et les plus industrieuses races humaines. Les Arabes du Nord de l’Afrique et les Arabes hybrides du Soudan du Nord sont, il est vrai, souvent récalcitrants à la civilisation européenne ; ils sont d’instinct trop nomades, trop rapaces et trop pillards, pour s’assimiler facilement notre conception d’une vie ordonnée et productive. Mais ils se fusionnent progressivement avec les populations environnantes de races berbère, tibu, nubienne ou nègre, leur infusant leurs belles qualités de résistance, d’intelligence et de hardiesse pour affronter la lutte avec la nature dans la conquête du désert et dans la culture de lasteppe. Les Arabes de l’Est-Afrique et du Congo oriental sont en train de devenir un élément précieux : ils disciplinent le Nègre, le dirigent dans l’élevage du bétail, étendent et perfectionnent l’agriculture, créent le commerce.

Les tribus négroïdes de la Haute-Egypte, de l’hinterland tripolitain, des régions côtières de la mer Rouge, des collines d’Abyssinie ou du Sénégal du Nord ont, toutes, leurs qualités spéciales adaptées aux conditions locales ; en d’autrestermes ces populations sont les meilleurs instruments dont on puisse faire usage comme force de travail; elles constituent le type humain qu’ilfautéduquer pour le travail d’exploitation locale. Ce sont elles, sous la tutelle européenne, qui devront faire apparaître les richesses cachées de leur sol natal, richesses jusqu’ici jamais recherchées par la science ; ce sont elles qui lanceront ces richesses dans le courant du commerce mondial, recevant en échange ce que l’Europe, l’Asie et l’Amérique ont à leur offrir en denrées, marchandises et argent.

Au Sud du Sénégal, du Haut-Niger, du Komadougou, du Bahr-el-Ghazal et des montagnes d’Abyssinie, ainsi qu'au Nord du Zambèze et de la rivière Kunene, s’étend principalement le pays de l’homme noir, du Nègre sans mélange, au nombre de 90 ou 92 millions, avecune aristocratie occasionnelle de négroïdes (Fula, Hima, Zande, ou Mangbettu). Ces aristocraties tendent pour la plupart à la vie pastorale. Au sud du Zambèze, il nous faut compter encore avec six millions de nègres et de demi-sangs, imis nous avons d’autre part, de même qu’en Algérie, Tunisie et Egypte, un couple de millions de Blancs qui sont le facteur dominant.

Il n’est pas difficile aujourd’hui de réconcilier tous ces Africains noirs, bruns, jaunes et bronzés avec le contrôle et la prédominance du Blanc, parce que leur désir le plus ardent est d’acquérir la richesse, de jouir de la paix, de sentir leur propriété assurée, de cesser de se combattre les uns les autres et de tirer profit de leurs énergies pour s’attaquer à la nature et la maîtriser en vue d’un gain certain. Le fanatismereligieux se meurt dans le conflit des croyances ; le christianisme des

missionnaires évolue rapidement de l’affirmation de thèses impossibles à croire ou à prouver appartenant à la théologie des âges obscurs, vers un code de morale qui est la morale de l’Evangile, morale réalisable dont la base est amour et loyauté, et qu’on peut voir transformer l’humanité pour son bonheur. Le paganisme, avec ses terreurs et ses entraves, disparaît rapidement. Le mahométisme s’étend, mais il est de moins en moins en conflit avec ce que nous appelons les principes chrétiens ; il ne faut qu’appliquer la morale chrétienne aux relations entre Blancs et Noirs, entre Blancs et Jaunes — sans oublier dans cette morale le côté froidement pratique indiqué par la parabole des dix talents — pour amener une association fructueuse entre Blancs et races de couleur en vue du développement de l’Afrique.

L’homme blanc ne trouve pas dans l’Afrique une autre Amérique ou une autre Australie, un monde nouveau où il lui soit loisible de prendre en petite considération les droits, désirs, préjugés et suspicions des races existantes, des aborigènes dont le nombre se chiffrerait par milliers d’âmes opposés aux millions de la race blanche, ou par dizaines de millions opposées à ses centaines de millions, avec même une infériorité de force physique. En établissant nos plans au regard de l’Afrique nous devons accorder sa pleine valeur à une population existante de 120 millions, pour la majeure partie aussi vigoureuse que les Blancs, aussi amoureuse de son foyer, aussi attachée à ses droits que nous le sommes, aussi hère que nousmêmes d’une lointaine descendance, aussi consciente que pourraient l'être les habitants de n’importe quel Etat européen d'un illustre passé plein de grandes choses.

Cependant ces races indigènes d’Afrique, bien que robustes et souvent très intelligentes, se trouvaient dans une condition presque rétrograde quand l’Europe, il y a un siècle, prit l’Afrique en main. Quelle était la décrépitude misérable de l’Egypte, jadis une des premières nations civilisées ? Quelle déplorable décadence était celle de l’art, à demi-romain, à demi-persan, du Nord Afrique Berbère et de sa littérature ! Tout cela ruiné, réduit à la barbarie, à la stagnation, à la mort par trois siècles de domination turque ! La gloire de Tombouctou et de Jeûné était éclipsée parle fanatisme et le pillage des Touareg et des F ula ; la Nigéria dévastée, de même que le Centre- Afrique, alimentait la traite des esclaves. La sanglante convoitise des roitelets de l’Ouest Afrique ou des belliqueux chefs Zoulous dépeuplait l’Ashanti, le Dahomey, le delta du Niger et tout le Sud-Est Africain. Des épidémies, à quelques années d’intervalle, s’étendaient sur tout le Congo, réduisant de moitié ses vigoureuses populations ; des épizooties prenaient naissance dans les régions méconnues du Soudan nilien qui non seulement ravageaient Egypte, Russie et Asie occidentale, mais encore réduisaient davantage les populations de l’intérieur de l’Afrique qui, pour leur subsistance, dépendent de leur bétail et de leurs troupeaux.

L'intervention du Blanc, qui d une manière persistante et irrésistiblecommençaquand les guerres napoléoniennes furent terminées, a été dans son ensemble un grand bienfait pour les races d’Afrique. Considérez ce que les Français ont fait pourla population indigène d’Algérie et de Tunisie et récemment encore au Maroc. Observez l’Egypte qui, sous l’égide britannique, a augmenté sa population indigène de six à dix millions et ses colons levantins de six ou sept mille à un million. Reconnaissez les bienfaits tangibles que nous avons conférés au Soudan et au Bahr-el- Ghazal. Opposez l’Afrique Occidentale Française d’aujourd’hui à la Sénégambie décrite par Mungo Park, ou à la Nigéria occidentale sousles despotes sanguinaires Mandingues d'il y a trente ans; la Nigéria du Sud telle que je lavis en 1882 et 1888 à celle de 1918, ou le Dahomey français, le Bénin et l’Ashanti britanniques aux royaumes ensanglantés du milieu du xix* siècle — .ou le Congo sous le régime belge de 1918 au Congo décrit par Livingstone, Cameron, Stanley, von Wissmann, Grenfell, Bentley et moi-même dans la dernière moitié du xix® siècle, ou le Zululand d’aujourd’hui au Zululand sous Chakaet Dingane ; le Matabeland de Lobengula à la Rhodésia du Sud, l’Ouganda de Mutesa à l’Ouganda du roi Dandi Chwa, l’Ouadaï sous le contrôle français à ces royaumes néfastes de chasseurs d’esclaves et de fabricants d’eunuquesd’il y a vingt ou trente ans. A l’exception du Damaraland, il n’est aucune partie de l’Afrique qui ne soit beaucoup plus heureuse, plus riche, plus libre, plus sage grâce à l’intervention et à la pénétration européennes qui commencèrent avec l’annexion anglaise de la colonie du Cap en 1800 et la réoccupation française du Sénégal en 1817.

Des forces diverses, souvent antagonistes, ont contribué et doivent continuer à contribuer à ces heureux résultats. Le pionnier imprégné d’alcool, brutal, mais courageux, a tué les lions mangeurs d’hommes qui dépeuplaient et terrorisaient tout un pays; il a poussé sa roule jusqu’aux repaires fétichistes et détruit leur hideux prestige, redécouvert les villes du passé, trouvé l’or où les géologues disaient cette découverte impossible; et, en trouvant l'or, fourni le motif pour la construction de chemins de fer, les travaux d’hydraulique conservatoire, l’établissement d un service suffisant de steamers et d’un hôpital bien aménagé. A côté du pionnier a marché le missionnaire, qui a ruiné le culte fétichiste, l’infanticide, les exécutions exigées par la sorcellerie ; le missionnaire a éduqué les bâtards du pionnier, a enseigné au sauvage à faire des briques, à écosser le café ; à la femme du sauvage ilaapprisà coudre, à laver le linge, à faire la cuisine ; aux enfants du sauvage il a appris à lire et à compter, à conduire la machine d’un steamer, à égrener le coton ou à 'transcrire le folklore et les coutumes de leur pays. Le capitaliste, ayant trouvé des garanties pour ses placements, a répandu son argent fertilisateur sur un pays qui, auparavant, ne valait pas un penny et il a fait, au bout de peu d’années,

les mêmes conditions de crédit à l’Europe et à l’Afrique indigène. Cependant ni le philanthrope, ni le capitaliste n’auraient suffi à assainir et à développer l'Afrique sauvage par leur enseignement, leur appel à la douce raison, ou leurs encouragements à la bonne conduite, sTlsn’avaient été, en casde nécessité, précédés ou accompagnés par le soldat, la canonnière, ou quelque autre forme de la force armée comme ullima ratio. Dans la lutte que je soutins moi-même contre les tyrannies indigènes et leur turbulence, contre la traite des esclaves ou les formes meurtrières des croyances religieuses, il arriva toujours un moment où persuasion et discours manquaient d’ateindre le but, et où il fallait recourir à la force pour faire parvenir à destination notre axiome du droit de chacun à la vie, nos principes de justice, de charité et de liberté. On ne saurait méconnaître le bien accompli parles missionnaires, ni l’intérêt nouveau et l’agrément importés dans la vie indigène par les négociants ; mais si ces ambassadeurs du christianisme et du commerce n’avaient pas été l’avant-garde des armées et des navires de l’homme blanc, les théocraties ou les intérêts commerciaux fondés par eux n’auraient eu qu’une brève et hasardeuse existence.

L’étude de l’histoire d’Afrique pendant les 1.70 dernières années et une connaissance oculaire et intime de l’Afrique depuis l’année 1880 m’ont rendu très orthodoxe dans ma gratitude envers à peu près toutes les formes d’énergie blanche qui ont ouvert l’Afrique à notre vue et à notre connaissance et qui ont donné aux populations africaines une vie entièrement nouvelle, de vastes horizons, d’heureuses opportunités. Je n’ai guère trouvé complètement néfastes que les seules puissances du commerce'de l’alcool distillé et des propagandistes de fausses religions. Pour le premier, je suis si impressionné par les effets néfastes de l’alcool sur la réussite du Blanc et sur la morale du nègre, si conscient de l’étroite relation qui unit l’usage des spiritueux au crime, et — ce qui est quelquefois pire que le crime, — aux plus lugubres imbécillités, que je voudrais, à titre de leçon de choses, voir brûler un ou deux distillateurs à Smithfield, à Tolbooth, à Cognac, à Amsterdam, à Hambourg, à Lisbonne, à Constance, et que je voudrais contraindre les éditeurs de certains journaux et les fonctionnaires de certains départements d’Etat à assister à ces aut.o-cla-fé.

Maintenant que vous avez conçu l’importance de l’Afrique, pour lui donner les armes nécessaires dans l’intérêt de la politique qui devra être celle des nations affamées et appauvries de l’Europe occidentale, le seul procédé efficace consistera à inaugurertouteslesmesures susceptibles d’amener l’union des races blanche, noire et jaune en une loyale association du monde africain. Noirs et Jaunes ne peuvent à aucun degré progresser sans l’argent et sans l’intelligence du Blanc. Ils n’ont ni capital, ni crédit, ils ne peuvent fournir aucune garantie. Mais le Blanc ne peut faire servir l’Afrique à ses desseins et en tirer les richesses

BULLETIN DU COMITÉ DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

qu’elle recèle en se contentant d’y décharger de l’argent ; il ne suffirait même pas qu’il appliquât aux problèmes africains sa magnifique intelligence et son long héritage d'expérience. Un Blanc peut trouver l’argent nécessaire pour un chemin de fer en Ouest-Afrique ou à travers le Sahara, mais il ne peut pelleter lui-même les talus, creuser les tunnels, poser les traverses et les rails: il lui faut la coopération des indigènes et les indigènes ne la donneront pas volontiers s’ils se voient dépouillés de leur terre, si les produits de cette terre sont arbitrairement attribués à des propriétaires absentéistes, si les travailleurs sont miséra- • blement payés, insalubrement logés, mal nourris ou s’ils sont soumis à un régime de force et de contrainte. Par contre, il faut bien assurer quelque chose au capitaliste blanc. L’indigène doit s’attendre à garantir un assez beau dividende pour l’argent hasardeusement avancé. Par une combinaison entre des philanthropes pratiques et des financiers à forte tête — mieux encore avec des financiers degénéreuse imagination et de moderne éducation — il devrait être sûrement possible d’arriver à une entente qui résolve ces problèmes d’Afrique.

Cette combinaison désirable doit être tout d’abord précédée par une juste compréhension de l’importance de l’Afrique. Cette importance mérite-t-elle une si large part de notre attention ? Aussi longtempsque ceux d’entre vous quien sont persuadés n’auront pas introduit leur opinion dansla cité de Londres, dans les cités d’Edimbourg, Glasgow, Belfast, Cardiff, Cape-Town, Durban, Johannesburg, danslesgouvernements de Grande- Bretagne et d’Irlande, dans l’Union du Sud- Afrique, aussi longtemps qu’à leur tour ces autorités imbues du nouvel évangile, n'auront pas pris nos éducateurs par la peau du cou etne les auront pas contraints d’abandonner l’éducation absurde, désuète et ridicule qu’ils distribuent uniformément aux jeunes gens de toutes classes, futurs soldats, marins, négociants, ouvriers, ministres de la religion, éditeurs de journaux, littérateurs, administrateurs, homme's de loi ou parlementaires ; aussi longtemps, en un mot, que nous ne ferons pas en sorte que la nouvelle éducation traite avec étendue les sujets africains, non seulement nous n’arriverons pas à apprécier l’importance de l’Afrique, mais nous serons incapables de former une bonne politique africaine, incapables d’obtenir de notre mainmise sur l’Afrique pour la métropole et pour le reste de l’Empire britannique, un légitime profit; nous serons incapables, enfin, de réconcilier notre Empire avec les sentiments et les aspirations indigènes. Peu des jeunes gens et des jeunes femmes qui abordent l’Afrique ont reçu l’éducation convenable pour comprendre et apprécier l’Afrique où ils arrivent. Dans l'Afrique du Nord, ils ne savent rien de la religion mahométane, de l’histoire de l’Afrique romaine, de l’architecture sarrasine, des ruines amoncelées par la domination turque. Ils débarquent en Afrique occidentale et se trouvent dans une terre de merveilles, d’étranges beautés, |

de poisons et de pièges mortels, de végétation splendide, de faune identique à celle de la France ily a trois millions d’années, peuplée d’une humanité paléolithique ou néolithique d’un intérêt profond pour ceux qui ont appris à remonter le cours des temps et à reconstituer la vie de l’Europe inter et préglaciaire, par analogie avec les peuples primitifs des Tropiques. Mais parce qu’ils ont reçu dans les écoles d’Etat, publiques ou privées, une éducation mal aiguillée, ils sont sans yeux pour voir, sans oreilles pour entendre, sans intelligence pour comprendre les choses nouvelles qui les environnent. Un journal hebdomadaire, le West Africa publiait récemment une critique anodine de la vie menée par les fonctionnaires et les négociants britanniques et leurs femmes à Lagos, au Gold Coast, en Nigéria — soulignant l’ennui, l’anxiété avec lesquels le congé est attendu et escompté — les amusements insipides, le travail-llànerie accompli entre les tournées de cocktail ; les soirées consacrées à d’autres cocktails, à des repas indigestes, à des parties de bridge ou à d’absurdes représentations d’amateurs ! Très peu de ces hommes et de ces femmes semblent être initiés à la magie de l’Afrique, aux privilèges attachés à un séjour africain, avec les occasions qu’il comporte d’étudier la vie des oiseaux, de pêcherdes poissons rares, de collectionner des papillons miraculeusement adorables, de photographier des fleurs incroyables et des scènes peu communes de la vie humaine. Puis-je citer en contraste les propres expériences de majeunesse? J’étais écolier et étudiant au collège, à Londres, vers 1870. J’avais toujours eu le désir d’aller en Afrique, mais j’eus la chance de tomber sous la direction d’hommes de science qui se rendaient compte qu’il convient de se préparer à une carrière africaine dès la première éducation. Ces hommes m’envoyèrent à Kew pour étudier la botanique, au Prosectorium du Zoo et au musée du collège des chirurgiens pour étudier la zoologie, à la bibliothèque du British Muséum et au King’s College pour me rendre maître des langues et de la théorie des langues. Le résultat fut que mes premières visites dans l’Afrique du Nord, del’Est, et de l’Ouest furent une série d’émerveillements à mesure que je reconnaissais, plus ou moins nettement, les types d’humanité, les styles d’architecture, les classes de langues, les bêtes, les oiseaux, les insectes, les herbes et les arbres, que j’avais appris à connaître dans les livres, les ménageries et les Muséums. Je n’ai jamais souffert du manque d’aliment pour l’esprit ou pour l’imagination, où que ce fût en Afrique, encore que, comme bien d’autres de mes contemporains, j’aie succombé plus d’une fois aux fièvres que nous ne savions pas alors éviter. Je faisais alors volontiers des séjours de trois années de suite en Afrique et quittais encore avec regret un continent si plein de problèmes non résolus et d’intérêt si kaléidoscopique.

Je suis convaincu que tout le système et tout les programmes de notre éducation nationale réclament une refonte, telle que toutes les classes

de la société apprennent à comprendre le pays où elles vivent et l’Empire confié au gouvernement de ce pays. On s’occupe à l'heure actuelle, à prendre des mesures extensives de la quantité d'éducation, mais nous ne faisons rien pour améliorer la qualité de cette éducation. C’est le manque d’une éducation appropriée à la lutte avec les problèmes du xxe siècle, qui est à la source de nos amers désappointements et de nos défaillances dans cette guerre. Nation de lions — disait Napoléon — conduite par des ânes. La suprême direction de notre politique sur terre et sur mer, fut, pendant les premières années de la guerre, aux mains d'hommes d’Etat qui ne savaient rien de ce qui vaut la peine d’être su et qui, même, étalaient leur ignorance de la géographie, des langues étrangères, de la politique extérieure et I de toutes les sciences qui se rattachent à la guerre, à l'étatique, et à l'économie modernes. Nous avons eu des généraux sortis* * de Sandhurst qui, comparativement à leur époque, savaient aussi peu la science de la guerre que Wellington, des amiraux qui, en semblable proportion, tombaient bien au-dessous du niveau de Nelson et de ses talents. Mais cequi est par-dessus tout remarquable, c’est la déplorable ignorance dont nous avons souvent fait preuve au regard de l’Afrique. Les porte-paroles du parti travailliste, non seulement, ne savaient rien de l’histoire et de l’ethnologie africaine, mais ils mettaient leur coquetterie à n’en vouloir rien connaître, Parce qu’ils ne possédaient pas la clef de la cassette, et étaient incapables d’apprécier la valeur de son contenu, ils étaient prêts à la jeter sur le tas d’ordures au bénéfice du premier passant. Nous avons des politiciens sud-africains, nés dans le Sud-Afrique mais élevés en Europe, qui sont d’une ignorance complète et absolue pour toutes les questions au Nord de l’Orange et de la rivière Limpopo — qui agissent comme si les territoires de l’Union étaient une île séparée du reste de l’Afrique par une vaste mer, etquià chaque instant préconisent une politique « indigène » qui, suivie, conduirait le Sud-Afrique à la ruine. Nous en avons d’autres, dans la cité de Londres et celle de Liverpool, qui proposent des théories irréalisables et vétustes qui ne pourraient passer dans la législation sans isoler la Grande-Bretagne de ses Alliés et de toute sympathie neutre ; ou qui tiennent hors de toute considération les droits, les sentiments indigènes et les garanties des traités.

Cette situation doit-elle continuer ? Hesteronsnous si ignorants de l’importance et de la valeur de l’Afrique que de laisser chaque année échapper toutes chances d’enrichissement, toutes occasions de nous assurer la coopération des indigènes et de nos alliés européens et tout moyen de rattacher indissolublement le bien-être de l’Europe occidentale àce qui est, vers le Sud, sa grande prolongation, le continent africain avec ses ressources incommensurables ? Ou, au contraire, à la première éclaircie dans notre ciel, à la première certitude de paix, engagerons-nous la lutte ’à fond avec le « hoard of Education », les grandes

RENSEIGNEMENTS COLONIAUI. — N*’ 9 et 10.

écoles (1), les universités, la presse, les conseils de Comité, les églises, et insisterons-nous pour que notre jeunesse, nos candidats aux services publics, nos soldats et nos marins soient instruits, à des degrés variables dans l’application, des us et coutumes de l’Afrique ?

La réponse à attendre de n’importe quel ministre de l’heure actuelle serait immédiatement « pour la négative ».

11 y a certains aspects de la politique africaine et de mon rôle personnel dans cette politique que je n’ai pas abordés dans la présente communication, d’abord, parce que j’ai voulu rester strictement dans les termes du sujet — l' importance de l'Afrique — et en outre parce que j’ai toujours quelque hésitation à mêler aux discussions de l’« African Society » les questions controversées de la politique des partis et de la politique nationale.

Mais comme l’occasion actuelle est peut-être la plus convenable pour répondre aux questions qui me sont posées, je me permettrai ces quelques remarques additionnelles.

Le Dr Soif, secrétaire d’Etat allemand pour les colonies allemandes (à l’heure actuelle sans existence), m a cité récemment sur le sujet de l’internationalisation de l’Afrique tropicale, de la conduite de l’Allemagne à l’égard des Africains, de la politique de libre échange en Afrique et des théories et opinions défendues par moi en face de l’Allemagne dans mon petit livre « Sens commun et politique étrangère », livre paru en 1913.

J’ai énergiquement combattu le projet, appuyé parnotre parti travailliste et parles groupements de socialistes européens, tendant à internationaliser l’Afrique tropicale nègre entre la frontière Nord du Soudan et la limite de l’Enion du Sud- Afrique. Pourquoi ? Parce que je ne crois pas encore à la conscience internationale, parce que j’ai un trop grand respect pour la nationalité africaine et parce que je pense que la. nationalité africaine locale se développera mieux sous le gouvernement local de la Grande-Bretagne, de la France, de la Belgique, du Portugal et de l’Italie. Il est absurde de regarder toute T Afrique tropicale comme suffisamment homogène pour se fusionner en un seul grand Etal. Les populations africaines sont aussi diverses que les nations européennes au point de vue physique, religieux, moral et intellectuel ; elles diffèrent considérablement dans leurs antécédents, dans leur histoire. Mais j’ai la ferme conviction que nous devrions fonder — cela fait partie de la politique de la Ligue des nations — un conseil international qui devrait être le conseiller des six ou sept gouvernements européens auxquels est confiée l’administration de l’Afrique. Je crois fermement à la vertu d’un libre échange universel, sans distinction en faveur d’aucune nation particulière, d 'un bout à l’autre de l’Afrique.

Je crois fermement qu’une politique de faveur au profit du commerce français ne peut pas sub-

(1) l'ublic-schools.

sistcr plus longtemps en Afrique française, non plus qu’une pareille politique en faveur du commerce portugais en Afrique portugaise. Je crois que le Congo belge doit être ouvert librement au commerce mondial sans restriction ni privilège, et, en dernier lieu, je crois que toute tentative pour introduire des droits différentiels ou des privilèges spéciaux au commerce britannique dans toutou partie de notre vaste empire africain aurait rapidement pour résultat de nous aliéner à ja fois l’amitié de nos alliés et celle des nations neutres dont la bienveillance importe tant dans l’équilibre des puissances. Sur tous ces points je suis opportuniste. Je me rallierais à une politique de protectionnisme si, au bout du compte, elle devait nousjdonner des bénéfices. Mais cela n’est pas. Ce qu’elle nous ferait gagner dans une direction, nous le perdrions par l’antagonisme qui en résulterait pour nous à l’intérieur de l'empire. N’oubliez pas qu’à l’heure actuelle nous prétendons contrôler!.! millions de milles carrés sur lasurface de la terre, et 13 millions de milles carrés des meilleures parties delà planète, prétention que l’Allemagne est à peine disposée à contester aussi longtemps que nous resterons « libre-échangistes », mais que nos alliés eux-mêmes, aussi bien que les neutres, contesteraient du jour où nous nous rallierions au système protectionniste et différentiel.

Quant à ‘mes prévisions d’avant-guerre, je suis heureux de penser que je réclamais pour les entreprises allemandes une place légitime au soleil, d’accord sur ce point avec les opinions alors soutenues par le cabinet britannique et le Foreign Office de l’époque. Nous savons maintenant par les révélations du prince Lichnowski que, antérieurement à juillet 1914, ni la Grande-Bretagne, ni les autres puissances de l’Entente n’avaient donné à l’Allemagne la plus légère excuse à provoquer cette guerre mondiale en lui contestant ses chances d’expansion dans les pays barbares, maigrement cultivés ou arriérés. Si, après 1884, au moment du grand courant impérialiste qui emporta non seulement l’Europe, mais le Nord de l'Amérique, si nos Alliés et nous-mêmes avions tenté d’écarter l’Allemagne de toutes chances de se constituer un empire, chances que nous aurions avidement saisies pour nous-mêmes, ce serait nous, et non pas l’Allemagne, qui aurions encouru le blâme de l’actuelle et effrayante catastrophe. Le crime de la Germanie est dans ce fait que, non contente des grandes concessions faites par nous, elle a préparé et provoqué la guerre avec le dessein de s’emparer de l’empire colonial français, de se rendre maîtresse de toute l’Afrique, de l’Asie du Sud-Ouest et de l’extrême-Orient. Bien mieux, il n’y a aucune contradiction de ma part, après avoir été en 1913 l’avocat de l’extension de la sphère allemande en Afrique, à adopter une politique contraire excluant complètement l’Allemagne du gouvernement de toute partie du continent africain. Depuis que mon livre a paru, nous avons appris comment les Allemands avaient virtuellement exterminé l’une des plus dignes et des plus intéressantes populations Bantu, les

Ovahereros ou Damaras du Sud-Ouest Africain.' i Nous avons été les témoins des atrocités com- 3 mises sur de misérables indigènes du Cameroun, du traitement infligé par l’Allemagne aux missionnaires anglais prisonniers de guerre, et nous avons pu lire les menaces révélatrices de ses intentions envers la France et envers nous dès i qu’elle serait redevenue une puissance du Centre- | Afrique. Un homme averti — la chose ne fut pas toujours vraie dans l’histoire d’Angleterre — est un homme armé ; je suis tout préparé à revoir en Afrique comme trafiquants, sans leur inlliger aucun régime particulier, l’Allemagne, l’Autriche et la Turquie, pourvu que nous ayons tout d’abord établi les termes de la paix sur une juste base. - Mais ni l’Allemagne ni la Turquie ne doivent jamais être réadmis en Afrique comme gouvernements : ils ont fait trop de mal à l’Afrique.

H. Ii. Joh NSTON.

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