B. — HISTOIRE DU PAYS MOUSGOU
Le pays mousgou, à cheval sur le Logone, a été occupé par les derniers représentants de la race Massa chassée du Baguirmi méridional et dont les avant-gardes s’étaient établies au Mandara et dans les pays kotokos.
Ces païens Massas ne formaient pas une nation compacte, mais bien un assemblage de familles sans autre lien entre elles que celui de la commune origine. Le pays où ils se fixèrent, avec ses tertres étroits qui ne permettent pas les agglomérations, et ses inondations qui, pendant six mois de l’année, rendent les communications difficiles, contribua à maintenir la division. Il n’y eut jamais de grands chefs, mais seulement des chefs de familles plus ou moins nombreux.
La division des Massas en fit une proie facile pour leurs voisins musulmans et leur pays devint le territoire de chasse des Baguirmiens et Bornouans et même des Kotokos et Foulbé. Quand les captifs se faisaient rares à Ivoukaoua ou Massenia, quand on avait besoin de monnaie pour des achats, sultan du Bornou et m’bang du Baguirmi envoyaient une bande armée razzier les Mousgous. Barth qui accompagna l’une de ces bandes dit textuellement : « La grande question était peut-être la pénurie dû trésor et de la hutte aux esclaves ».
(1) Rens. Col., 191S, p. 94.
Contre ces razzias qui dépeuplaient leur pays, les Mousgous ne surent jamais s’unir. Quelques petits chefs, pour éviter de trop grandes rigueurs, consentirent à se dire tributaires du Bornou, ce qu’ils pouvaient facilement éluder plus tard, maisaussi àguider les bandes contreleurs parents. Ainsi cet Adischen dont parle Barth. Il ne fut point fait d’esclaves chez lui, mais tous ses biens furent pillés. Il est vrai qu’il reçut une belle chemise bleu foncé pour remplacer son tablier de peau.
Les razzieurs entraînaient avec eux les femmes et les enfants dont beaucoup mouraient en route. Les bommes adultes étaient tués ou laissés sur place avec une jambe coupée.
Les plus impitoyables chasseurs de captifs furent les m’bangs du Baguirmi. Quelques-uns se distinguèrent particulièrement :
Abdallah (1568-1608) qui soumit les Mousgous. Son fils Dalaï (1625-1635) qui mena une expédition dans le pays; Bourkomanda (1635-1665) qui, après avoir pillé le pays kotoko, combattu victorieusement le Mandara et fait incursion au Diamaré, revint à travers le pays Mousgou qu’il dévasta. Après avoir passé le Logone, il établit son camp près de Mousgoum II n’en partit que contraint par l’impa tience de ses soldats. Son butin en chevaux, bœufs, esclaves était fabuleux;
Bourkomanda (1807-1846) qui mena lui-même de fréquentes razzias particulièrement dans la deuxième partie de son règne. Son successeur Mohamet l’imita consciencieusement.
L’actuel m’bang Gaourang n’oublia pas la tradition et les incursions de ses dignitaires ne sauraient être comptées.
Ces razzias ne cessèrent qu’après l’occupation du pays par les Européens.
Précédemment, certains petits chefs pour éviter d’être «mangés », se rendaient annuellement à Massenia porter un tribut (de captifs naturellement). C’étaient : Segueula (père du sultan Mati); Ani (père du patcha Doba) ; Segueula-Anankar (pêred’Allou).
Les peuhlsdu Diamaré, et particulièrement les lamidos de Kalfou et de Bogo, avaient étendu leur domination nominale au moins jusqu’au Logone. Cette domination était loin d’être acceptée par les païens qui profitaient de chaque occasion pour se rebiffer.
Quand les Allêmands occupèrent le poste de Maniling, ils utilisèrent comme chefs, entre Logone et Cliari, ceux qui antérieurement payaient tributau Baguirmi. De Mati, ils firent le sultan du pays, de Doba le patcha de Mati, et Allou fut interprète.
En 1904, à la création du poste de Bongor, les Allemands furent amenés à faire de la répression chezles Massas delà rive gauche qui ne voulaient point obéir aux Foulbé. Ils supprimèrent le lamidode Kalfou qui commandait presque exclusivement des païens et rendirent ces derniers indépendants. Un an plus tard, ils rétablirent le lamido, mais ne lui rendirent pas son autorité sur tous les pays kirdis ; la plupart de ceux-ci devinrent indépendants et relevèrent directement du poste de Vagoua.
Peu après l’arrivée des Allemands et avec leur appui, le lamido Sali de Maroua arrêta le lamido Bakaride Bogo et rendit indépendants les chefs païens Agourda et Alikai. Postérieurement, les Allemands rendirent à Bakari le commandement de Bogo, mais diminué du payskirdi.
' En 1911, les Allemands nous cédèrent le Bec de Canard. Ils entraînèrent avec eux Mati, Doba, et Allou, laissant ainsi le pays sans chefs; ils emmenèrent une bonne partie de la population, si bien que le village de Mogroum, par exemple, étaitvide ; ils donnèrent alors à Mati le commandement des Massas de Pous sur la rive gauche.
Peu après, Doba s'enfuit et vint chez nous, il reçut le commandement du pays de Mogroum ; de Hadji, fils du chef de Gonaï, nous iîmes le chef des villages de la rive droite du Logone.
L’autorité de ces chefs, qu'ils soient sur la rive droite ou sur la rive gauche, est presque nulle. Les Mousgous sont restés anarchiques et sauvages. Au moindre bruit, les villages sont désertés, les troupeaux passent le fleuve. Il faudra naturellement plusieurs années d’une administration patiente et bienveillante pour apprivoiser complètement ces gens qui depuis des siècles ont été traqués comme des fauves.