‹ Renseignements coloniaux et documents (volume 5)Chapitre 77 sur 123 · I. — Administration · texte numérisé non relu

I. — Administration

L’administration était assurée dans chaque Résidence par un capitaine assisté d’officiers et de sous-officiers. /

BULLETIN DU COMITE DE L’ AFRIQUE FRANÇAISE

Les directives données aux Résidents étaient les suivantes (1) :

Utiliser les chefs indigènes intelligents et influents, ayant normalement un commandement territorial, comme intermédiaires entre les Européens et la population.

Fortifier le prestige de ces chefs dans la mesure conciliable avec la domination et la « kultur » allemandes.

S’efforcer de leur persuader que c’est leur intérêt matériel et moral d'appliquer les moyens politiques et de civilisation européens, de façon à pouvoir se borner au rôle de conseiller et de protecteur.

Leur faire entendre qüe leur autorité n’est qu’une délégation du pouvoir allemand et que la moindre tiédeur ou résistance entraînera implacablement leur chute.

Ces chefs sont nommés ou déposés par le gouverneur sur proposition du Résident. Tout en suivant les coutumes locales, le Résident s’eff’or cera de faire substituer la descendance en ligne directe à la tradition coranique (2).

En cas de différends entre chefs musulmans et tribus païennes, veiller à ne pas attenter au prestige des chefs ni à leur autorité. Par contre, éviter d’employer l’autorité administrative pour soumettre à des chefs musulmans des tribus païennes jusqu’ici indépendantes. Grouper cellesci sous le commandement de chefs de leur race dépendant directement des Résidences. Si des chefs de tribus païennes demandent à être placés sous l’autorité d’un chef musulman et si ce rattachement est jugé utile, l’autorisation préalable devra être demandée au gouverneur.

Aucune autorisation préalable à demander pour les opérations de police; bien veiller toutefois à ne pas les exécuter si elles doivent soulever des questions dont le règlement dépasse le cadre des actions de police, car toute action laissée en suspens nuit au prestige de l’autorité.

Dans le cas où une opération militaire s’impose, demander l’autorisation au gouverneur et prendre les mesures de précautionindispensables.

Surveiller les éléments étrangers séjournant dans le pays, tout en respectant les traités et conventions.

Le gouverneur du Cameroun terminait ainsi : « Pour que la tâche imposée par les présentes directives aux Résidents soit complètement remplie, il est nécessaire que le Résident possède aux yeux des sultans, de leurs dignitaires et de toute la population, en tant que représentant de la domination et de la culture allemandes, un prestige tel que ses avis et ses ordres aient une indiscutable autorité.

« Pour augmenter son influence, il faut que le Résident s'attache à parler couramment la langue la plus importante du pays; se familiarise avec les idées, mœurs et coutumes des habitants; qu’il acquière la sympathie des personnes influentes et

(1) Circulaire du il août 1913 du G. G. Ebermayer.

(2) Le successeur d'un chef peut être son frère ou son fils préféré qui n’est pas forcément l’aîné.

des grandes familles et qu’il les habitue à lui.

« Dans ses relations avec l'indigène, le Résident doit se comporter avec la dignité qui convient au représentant de l’autorité la plus élevée de la colonie. Il doit veiller à ce qu’on ne néglige pas d’employer avec lui les formes de la politesse et du décorum qui, selon l’usage du pays, conviennent à la plus haute et plus puissante autorité; il proscrira toutefois toute basse servilité qui ne conviendrait pas à notre conception d’humanité plus libre.

'( Les mêmes remarques s’appliquent aux. sultans et grands du pays, principalement en ce qui concerne la forme extérieure des relations. 11 faut éviter surtout tout ce qui pourrait être considéré comme une atteinte volontaire ou involontaire à leur dignité ou à leur prestige. Il va de soi que les voies de fait et peines infamantes doivent, dans toutes circonstances, être évitées à ces personnes. »

IL — Instruction publique.

Il existe dans tout le pays, comme dans les autres contrées musulmanes des écoles coraniques. Elles sont tenues soit par des fakihs habitant le pays, soit par des fakihs ambulants qui ne font que séjourner quelques mois ou quelques années en chaque endroit, jusqu’à ce qu’ils aient trouvé une situation agréable.

Le maître est ordinairement revêtu d’un ample kalek, son chef s’orne d’un bonnet blanc, entre ses doigts fi lent rapides les grains d’un chapelet. Ses élèves n’ont d'autre vêtement qu’une peau de bête garnie de son poil. Matin et soir, accroupis à l’ombre d’un mur, ils ânonnent les versets du Coran qu’ils s'efforcent d’apprendre par cœur ou les écrivent sur des planchettes de bois avec un fétu de grosse paille taillé en biseau.

A midi et à la brune, ils vont par les rues et sur les places tendre une petite calebasse, implorant la générosité du passant auquel Allah doit rendre au centuple ce qu’il aura donné. Il convient en effet que l escholier qui aspire à la science du « Livre » soit détaché des biens de ce monde et vive uniquement d’aumônes. Plus tard, il se rattrapera. Drapé dans un ample vêtement, le savoir minime, mais la langue experte, il saura débiter des amulettes qui guérissent de tout pourvu qu’on y mette le prix, et rendre des jugements boiteux non sans avoir préalablement reçu des épices; son maintien digne, sa dextérité à jouer du chapelet, quelquefois son titre de El Hadj (I) couvriront ses turpitudes.

Nietzsche disait : « La langue allemande garde toujours des sons rauques et durs qui ont l’air de sortir de la forêt ou des demeures enfumées dans des contrées sans politesse », et ailleurs : v< Le style allemand a peu de rapport avec l’harmonie et avec l’oreille. » Il semble donc que cette langue aurait dû être à la portée des indigènes « sortant à peine de la forêt ». Il n’en est rien. La lour-

(1) Titre donné à ceux qui ont fait le pèlerinage de La Mecque.

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deur, la pompe solennelle », le manque de simplicité, de clarté et de logique qui choquent si fort les Latins ont rendu cette langue à « physionomie barbare » (1) inaccessible à l’indigène. C’est pourquoi l'anglais est couramment substitué à l’allemand non seulement pour commander la troupe, mais encore dans les postes administratifs.

Pour remédier à cet état de choses, les Allemands avaient créé une école à Garoua. Elle devait « former des interprètes indigènes, connaissant le pays, sachant lire et écrire l’allemand, destinés au service du gouvernement et, en outre, des jeunes gens qui resteront près des sultans et serviront à faciliter leurs rapports verbaux ou écrits avec les autorités ». Les élèves devaient être recrutés parmi les jeunes gens de bonne famille. Plaignons ces pauvres élèves interprètes.

Enfin, les Allemands pensaient faire à Garoua pour la langue peuhle ce que les Anglais ont fait à Kano pour le haoussa : la substituer à l’arabe dans les médersas, car, dans ses instructions, le gouverneur du Cameroun disait : « On favorisera le « foulbé » comme langue écrite en caractères latins afin de détrôner l’arabe. »

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