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Renseignements coloniaux et documents

Le commissaire de la République au Cameroun vient d’inaugurer la route automobile reliant le chemin de 1er du Nord à Foumban. en passanl par Dsehang. On sait que des difficultés insurmontables avaient fait renoncer les Allemands à la continuation de la construction de cette voie ferrée el que c’était une des branches du fameux Mi tel-Hahn en projet, de Douala à la Sanga, qui detail >e diriger vers Garoua. Il n’était pas possible, cependant, de n’offrir aux 160 kilomètres de rail construits de Douala à iXkongsam ba. que dos voies d’accès conslituées par des pistes indigènes : aussi, à défaut de la voie ferrée, .M. le gouverneur Carde, commissaire de la I république, estima-t-il que la route actuelle de Baré-Dschang-Foumban devait être transformée en piste automobile, afin d’ouvrir au courant commercial considérable que réclament ses ressources la région populeuse de

Dsehang en même temps que le pays Bamoun, où le sultan Njoya, dans un pays protégé par ses montagnes et non encore évolué socialement, faute d'activité économique, se laissait aller à des actes d’arbitraire auxquels l’administration française devait mettre fin. Foumban se trouve maintenan à deux jours d’automobile de Douala, alors que

Chemin, de fer

Route praticable aux automobiles.

LE PAYS BAIIOUN

loul récemment sept jours étaient nécessaires pour s’v rendre.

On se rendra* compte, du reste, par l’itinéraire ci-dessous de la rapidité avec laquelle il est possible d’évoluer maintenant, dans celle région où cependant, les difficultés inhérentes à la configuration du pays sont considérables, puisque les principaux points de passage obligatoires de la nouvelle roide se trouvent respectivement aux

cotes 900™ — 800™ — l.iOO™ 1 800"' et

Mi[i[i[i“in<“iit < 1< • 1 Afrique b rançuise du janvier 1922.

BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

£ Parti de Douala le 1er décembre 1021, M. le gouverneur'Carde arrivait dans l'après-midi au lerniinus du chemin de fer : Nkongsamba, et, dès le

I A ROUTE BAKÉ-DSCUAKG An passag > du campement delSovcn-Hôusos.

lendemain matin, se mettait en’cbemin sur la route fi inaugurer. L'administrateur" en chef Fournier, chef de la circonscription de Dschang, à qui avait incombé la tâche de diriger les travaux de route, s’était rendu à la rencontre du commissaire delà République, à Xkongsamba. Arrivé à Dschang, le soir même, après être passé au col de Fondenera où un travail gigantesque de rodage avait été effectué pour permettre l’accès du plateau de Dschang, le chef du territoire repartit le lendemain, dès la première heure, pour Foumban. Le

DSCHANG

passage du Noun (90 kilom. de Dschang) s'effeclua sur un bac que remplacera sous peu un pont définitif et, à 5 heures de l’après-midi, le commissaire de la République faisait son entrée à Foumban, reçu par le chef de subdivision, entouré du sultan eQdes principaux notables de la cour de Njoya.

Celui-ci fut convié par le commissaire de la République à monter dans son automobile, ce qu'il accepta avec un contentement expressif mêlé d'un peu d’inquiétude, car c’était la première fois qu’il employait un pareil mode de transport; le gouverneur et lui se rendirent alors au palais. Parti de Foumban, le i au matin, M. le gouverneur Carde était, Ici au soir, à Dschang, et rentrait à Douala le lendemain à G heures du soir, salué par les chefs de service qui le complimentèrent de l'issue heureuse duu voyage à la possibilité duquel quelques sceptiques n’avaient osé croire.

Nous avons eu l’honneur d’accompagner dans ce voyage d’inauguration le commissaire de la République et nous avons pu nous rendre compte de l’effet considérable produit sur les indigènes par le passage des deux voitures automobiles qui transportaient le gouverneur et sa suite. Quel con- Iraslc entre ce pays où se révèle une nature grandiose sans artifice, ces habitants qui cultivent leurs champs, courbés vers le sol à le toucher, à peu près nus, complètement nus même dans le pays Grasfield, et ces derniers perfectionnements de la science des nations civilisées! Il était curieux de constater le sentiment d’effroi manifesté d'abord par les indigènes au passage des voitures, pui> leur confiance peu à peu acquise lorsque, aux arrêts obligatoires d’essence ou d'eau, ils étaient appelés à s’approcher des voitures et aies toucher. Ils se rendaient compte que les bêtes monstrueuses qu'agrandissait encore leur imagination étaient des organes'pacifiques ; on les voyait appeler leurcamarades restés à quelques pas. tapis dans la brousse, et tout le monde se mettait à commenter la puissance des « Blancs ». Us comprenaient que ce n’était pas en vain que les travaux de route leur avaient été demandés; ils toucheront mieux

JÆ N'Ol'NÏ

Filtre Dschang et Foumban

encore du doigt leur utilité lorsque circuleront les camionnettes commerciales chargées de produits ou de marchandises. Ils se familiariseront du reste très vite avec ce nouveau mode de transport, à en juger par leur attitude au passage de retour qui

différait complètement de celle du voyage d’aller : ils se tenaient alors au bord de la route, poussaient des cris de joie et saluaient de la main jusqu’au tournant prochain où les voyageurs disparaissaient.

Il est certain qu’au point de vue politique le A oyage entrepris par le commissaire de la République a été du plus heureux effet pour notre cause.

Au point de vue économique, la mise en circulation de moyens de transport rapides est de nature à ouvrir un champ nouveau d’action au commerce, tandis qu’elle permettra l’essor social de populations robustes et travailleuses. La circonscription administrative de Dschang. qui comprend les subdivisions de Baré, Dschang, Bana et Foumban, est une des plus peuplées du Cameroun; sa population peut être évaluée à 300.000 habitants, la densité s’élève, pour la subdivision de Dschang, à 9 habitants au kilomètre carré, ce qui constitue un chiffre fort élevé pour les territoires de l'Afrique équatoriale.

Les indigènes se trouvent d’ailleurs disséminés dans la brousse où s’aperçoivent, de la route, leurs cases à bases carrées ou rectangulaires, suivant la région, et à toit conique du plus curieux effet; d’aspect élégant, réparties par petits groupes, voire isolées dans les touffes de verdure, elles mettent une note de gaieté dans le paysage un peu austère de montagnes et de ravins qui constitue toute celle région volcanique. Ce mode d habitat des indigènes diffère considérablement de celui rencontré dans les autres régions du Cameroun, où de vastes espaces complètement inhabités séparent de grosses agglomérations. Il faut y voir une preuve de l'immense fertilité du terrain qui n’oblige pas à la concentration des habitants près des lieux

LA ROUTE DSCIIAAG-FOIMBAN

d'exploitation. Si la noix de palme constitue le principal produit d'exportation, on peut constater, néanmoins, que les habitants tirent une source de profil important de la vente des noix de kola et de maïs. La région de Baré, Bana, Dschang, est de plus, le terrain d’élection des cultures vivrières indi-

gènes que l’on découvre même sur les pentes voisines du sommet des montagnes, offrant, de la route, l’apparence de champs peignés et ratissés à

COULÉES 1)E LAVES SEMI-LIQUIDES Sur la roule près île Fondonera.

l’instar de ceux d’ Europe ; enfin toutes les cultures maraîchères européennes y réussissent.

Si l’on ajoute que cette région est extrêmement salubre, d’un climat agréable (la température y est analogue à celle des régions de la zone tempérée), propice par conséquent à la colonisation européenne, c’est-à-dire à l' installation à très longue durée, voire définitive, de colons et de leurs familles, on comprendra l’intérêt que présente son rapide accès de la côte.

Enfin, au point de vue touristique, qui n’est pas à négliger complètement, ou peut affirmer qu’il est rare do rencontrer en Europe des sites aussi grandioses que ceux qui se découvrent aux j yeux des voyageurs parcourant la route qui vient | d’être inaugurée.

La construction de celle voie de communication constitue donc un progrès considérable, au sens complet de ces deux mots. M. le gouverneur Carde, à l'issue de son voyage, a remercié chaudement l'administrateur en chef Fournier et ses collaborateurs du travail qu’il leur avait confié et qu'ils ont mené à bonne fin avec une rapidité remarquable eu égard aux difficultés sans nombre qui s’élevaient. S’il est tout à fait légitime qu'ils aient leur part de succès puisqu’ils ont été à lu peine, il est non inoius légitime de s’incliner devant la haute compétence administrative formée dans une expérience | profonde des gens et des choses d’Afrique qui a ordonné l’œuvre à réaliser et qui vient de transformer comme à l’aide d’une baguette magique tout un coin du Cameroun.

Ahmand A.nnet,

Administrateur-adjoint des Colonies, membre de la Société de Géographie.

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