‹ Renseignements coloniaux et documentsChapitre 109 sur 154 · SOUS MANDAT BRITANNIQUE · texte numérisé non relu

SOUS MANDAT BRITANNIQUE

Le Gouvernement anglais vient de publier un rapport sur la partie du Togo soumise au mandat britannique. Nous reproduisons, ci-après, les chapitres relatifs à l’ancienne et à la nouvelle administration.

A DUIMSTR.YTI0N A 1.1. KM A K DE

Constitution. — L’ancienne colonie du Togoland était administrée par un gouverneur. Il était investi de tout pouvoir judiciaire éminent, au civil et au criminel. Ce pouvoir était délégué, dans les affaires concernant les Européens, à un juge ( Hezirksrichter ), et dans les affaires touchant les indigènes, aux administrateurs de district (. Dezirl, saint inann ), sauf le droit d’appel au gouverneur. Le siège du gouvernement était Lomé, le principal port.

Politique du gouvernement. — D’une façon générale, il est équitable, semble-t-il. de supposer que le but des méthodes allemandes de colonisation était de rendre la colonie aussi prospère que possible, en développant, complètement, les ressources naturelles qu’elle possède et, par là, de lui donner une valeur économique pour la métropole. Pour obtenir ce résultat, ils adoptèrent une politique, qui est celle du gouvernement direct et, qui a été définie ainsi :

« C’est la forme d’administration qui met le gouvernement du pays, entièrement, dans les mains des fonctionnaires européens, les seuls postes inférieurs, tels que ceux de commis, étant occupés par les indigènes, tandis que le gouvernement du pays est confié aux fonctionnaires européens, avec des subordonnés noirs, portant des uniformes, dans l’exercice de leurs fonctions officielles. Ce système implique, nécessairement, ou l’abolition des Emirs et des chefs, ou bien leur maintien, seulement, à titre décoratif, l’abolition des tribunaux indigènes, ou une réduction de leurs pouvoirs telle qu’elle les rend peu importants, liref. cela signifie le remplacement du dirigeant indigène par le fonctionnaire européen, assisté de son personnel indigène. La politique commandée par ce système est l’établissement, aussi rapide que possible, parmi les indigènes des institutions et des manières de vivre et de penser européennes. » {Notice tiares and the tiulers, by C. L. Toupie.)

Système du Gouvernement. — Le pays fut divisé en 7 districts : Lomé, Lomeland, Misahohe ij compris Kpandu et Ho) Anecho-Atakpame, Solcode, Kete-Kralehi et Sansanne- Mangu (y compris le sous-district de Yendi). Chacun de ces districts était administré par un chef de dhtvict (Jiezirksmntmann). Ce fonctionnaire était souverain, dans son propre domaine, à la fois à l’égard des Européens et à l'égard des indigènes. Sa juridiction était illimitée, sauf que tout jugement impliquant une amende dépassant 300 marks, ou un emprisonnement de plus de 3 mois était soumis à la confirmation par le gouverneur. 11 pouvait, cependant, dans les stations du haut pays, proclamer la loi martiale, et avec deux assesseurs, au moins, entendre, sommairement, une accusation entraînant la peine de mort; et, en cas de condamnation, faire exécuter la sentence, sans recevoir la sanction de gouverneur. 11 était, aussi, investi de pouvoirs disciplinaires. lui permettant de châtier les indigènes employés ou engagés, par contrat, pour travailler.

Des sous-stations étaient dirigées par des administrateurs de second ordre, avec un pouvoir de juridiction délégué par le liezirksa mtmann .

Le contrôle des fonds, pour |le district, était entièrement dans 1rs mains de ce fonctionnaire. Un district était, en fait, pratiquement, une unité indépendante, dans la colonie, avec l'administrateur à sa tête'.

Juridiction indigène. — Les chefs étaient reconnus, uniquement, dans la mesure ou ils servaient le Gouvernement. Le nombre immense de petits Etats existants, dans les districts de Lomé, et Misahohe, a été considéré comme le résultat de cette manière d’agir avec les autorités indigènes, i’er.'onncllcment, j’aurais de la peine à admettre cette raison, et j attribuerais plutôt le fait à la manière dont les Ewe

s établirent, dans le pays, après lour> migrations. L'exode général, parti de Nuatja. fut. Sans doute, un mouvement concerté, à son début; mais, en progressant, les famille- et les clans différents s’établirent où bon leur sembla, et, ainsi, ils formèrent des entités séparées. Cette explication semble fortifiée par le fait qu’on ne trouve pas mention du départ, organisé par un seul individu. En réalité, ce fut, plutôt, le contraire, car tous les anciens avaient été tués' Ce fut une fuite générale, causée par la terreur universelle du chef qu’ils abandonnaient.

La juridiction, que possédaient les Chefs, paraît avoir eu son origine dans une ordonnance sur la justice indigène, avec des règlements faits par l’administrateur. Les grands chefs avaient une juridiction, en matière civile et criminelle. jusqu’à 100 marks, et un sous-chef jusqu’à bn mark-, lui appendice, à la fin du rapport, donne une copie des règlements pour le district de Misahohe, mais, peut-être, la même procédure n était-elle pas adoptée, uniformément, dans toute la colonie. Un autre appendice reproduit le règlement définissant les droits et les devoirs des chefs, règlements dont une copie imprimée leur était remise.

Agriculture. — Les Allemands prirent beaucoup de peine pour stimuler, en ce sens, l’entreprise indigène, et ils réussirent. en tout, particulièrement dans la culture du coton. A ce sujet, six nègres américains, venus des Etats du Sud. furent amenés au Togo pour apprendre aux indigènes à cultiver le coton, et leur enseigner des méthodes perfectionnées. Pour la culture du cacao et du coton, les futurs cultivateurs durent se rendre au chef-lieu du district, où on leur donna des instructions sur la, manière convenable de procéder, et où on leur fournit une certaine quantité de graines. Des graines de coton étaient fournies, tous les ans, aux chefs qui en faisaient la distribution. La vente des amandes de palme était réglée par la loi; l’achat en était limité à certains lieux, où les amandes étaient examinées par un inspecteur indigène. Ge fonctionnaire était payé par les firmes de la localité, chacune d’elles donnant la même somme.

Sylviculture. — La question fut prise très sérieusement. Le gouvernement estimait que, seulement, 2 % environ de la colonie étaient boisés, et des mesures étudiées furent prises, pour remédier à ce défaut. D’énormes plantations furent faites à Sokode et Haho-Haloe. cette dernière localité étant reliée à la ligne principale Atatkpame-Lome, par un chemin de fera voie étroite, long d’environ ï0 milles. Quantité de nouveaux arbres furent introduits dans la colonie et chaque chef-lieu de district eut sa plantation d’essais. Un rapport à ce sujet se trouve dans un livre du Dr A. H. Unwin du Nigérian Forestry Department, intitulé : ■« Déboisement de Togo, au moyen de bois do teck et de grands arbres africains ».

Enseignement. — L’enseignement littéraire semble avoir été, entièrement, dans les mains de deux sociétés de missions, l’une luthérienne : la Nord- Deutsche Missions Gesellschafl. de Brême, et une catholique romaine : la Steyler lîatholische Missions Gesellschafl. Les deux avaient icur siège principal à Lomé. Ces congrégations religieuses avaient, naturellement pour principal objet le prosélytisme, ef, dans ce dessein, il ne fallait que de petites stations, et de petites écoles, pour contenir les disciples qu elles cherchaient, et pour former les groupes de fidèles, qui construiraient leurs églises et leurs écoles.

Des stations principales furent construites dans des centres convenables, avec des maisous pour les Européens des deux sexes, qui demeuraient dans le pays, au minimum, trois années de suite, et contrôlaient la conduite des affaires de religion et d’enseignement, qui étaient gérées par leurs pasteurs et instituteurs indigènes. De cette manière, la mission de Brème, avec stations principales, dans ce territoire, à llo. Kpandu, Amedjope et Akpafu, entretenait 85 écoles séparées, et la mission catholique 3 stations, avec écoles, à Ho, Kpandu et l’eki l’on Blla.

Sauf à Amedjope et Bla, où les indigènes recevaient un enseignement théologique, et laïque, comme évangélistes, catéchistes et ministres, le but était, semble-t-il, un niveau d’études ne dépassant pas celui de la 3e classe, dans le> écoles publiques de la Gold Coasl. et. dans la plupart des

cas. celui de la 2e classe. Le nombre des élèves, en 1913, était, dans le district de Misahohe : garçons : 943 ; filles : 341 ; total : 1284.

Une faible subvention parait avoir été reçue du gouvernement; et, pour compléter renseignement ci-dessus, les élèves étaient envoyés aux écoles dites supérieures de Lomé entretenues, l'une par les Missions, et l'autre par le Gouvernement. Ici. le programme des études atteignait, environ, le niveau de la 7e classe, en Angleterre.

D'autre part, la Mission catholique, et les écoles techniques du Gouvernement, à Lomé, formèrent les meilleurs ouvriers charpentiers, mécaniciens, forgerons, etc. On peut conclure, justement, de là. que le Gouvernement avait en vue, pour les indigènes, plutôt un enseignement professionnel qu’un enseignement littéraire.

Il y avait aussi une institution d’enseignement agricole, à Xuatja. 11 était dirigé par un Européen, et les élèves étaient choisis par les administrateurs de district. La durée des études était de trois ans. Les élèves étaient internes et payaient, par mois, 12 marks la première année, et la marks, ensuite, dont 4 m. 1/2 par mois, étaient déduits, pour la tahle et le logement, ou 30 pf. si le logement seul était demandé.

Les élèves, ayant subi les examens prescrits, à la fin de cette période de trois ans, recevaient, des administrateurs de leurs districts, des outils et 8 hectares de terres qu’ils devaient, en s'y établissant, mettre en valeur. Des semences leur étaient remises, gratuitement, et leurs dépenses étaient payées par les administrateurs, jusqu’à ce que fussent récoltées les premières moissons, lesquelles leur appartenaient.

Finances. — La colonie paraît avoir payé ses frais comme on le voit par le tableau des recettes et dépenses des années 1909 à 1913 (en marks).

Excédent

Années

Recettes

Dépenses

de recettes

Défici t

Les

principales ?

sources de recettes étaient

les impôt

directs. La capitation était payable par tous les indigènes mâles et valides ; et. dans toute l’étendue de la colonie, sauf les villes de Lomé et de Auecho. payable sous forme de travail, fourniture de produits agricoles, ou argent. (L’entretien des routes était un service municipal, et ne pouvait être considéré comme travail rachetant la taxe, i Le montant de la capitation était 6 marks, par tète et par an. ou bien deproduits d'une valeur équivalant à cette somme. Dans les villes de Lomé et Auecho. un impôt sur le revenu frappait les habitants, divisés en quatre classes, la première comprenant les revenus inférieurs à 600 marks cl la quatrième 1ère venus supérieurs à 3.00b. La lr" classe payait 0 marks, la seconde 12, la troisième 20, et la quatrième 2 % du revenu. Les soldats étaient exemptés de la capitation. Les hommes, chargés de la police et de la surveillance de la côte payaient, seulement, la moitié de la taxe imposée.

Un appendice, à la fin du rapport, expose, en détail. Indifférents chapitres du budget des recettes èt des dépenses en 1913.

Tracmu' publics. — Les grands travaux étaient ordinairement exécutés à l'entreprise; on jugeait plus économique d'adopter ce système que de maintenir, d’une façon permanente. un département des travaux publics. Quelques fonctionnaires du Gouvernement étaient employés comme inspecteurs des travaux donnés à l'entreprise. C'est de cette manière que furent construits les chemins de fer, la jetée, la station T. S. F. et la plupart des édifices de Gouvernement, à Lomé.

Communications. — Le système des chemins de fer comprenait 3 lignes: Lome-Palime; Lomo-Alakpame. et Lomo- Anecho. Ces lignes, avec l’excellent système de routes qui > conduisaient, satisfaisaient, admirablement, les besoins de la colonie, en matière de transport.

Postes et télégraphes. — A l’exception de Yendi, tous les chefs-lieux de district avaient le télégraphe ou le téléphone. La station de télégraphie sous-marine de Lomé était en communication directe avec Monrovia, comme la station T. S. F. de Kamina avec Berlin. 11 y avait aussi une ligne terrestre, directe, de Lomé à Accra.

Police. — La police était recrutée sur place par les administrateurs, dont elle dépendait. A Lomé ii y avait un fonctionnaire européen ( Polizeimaster ). Lui, aussi, était sous les ordres de l’administrateur.

Les forces militaires indigènes étaient en garnison à Lomé, et formaient une organisation séparée.

Résultats du système. — On admet généralement qu'un système de gouvernement direct peut faire beaucoup, à condition qu i! y ait de bons administrateurs. 11 faut reconnaître que le régime allemand ne fut pas sans obtenir du succès, étant donné le but qui a été indiqué plus haut. Ce succès peut avoir été dû à la cause mentionnée ci-dessus; il en fut ainsi, sans doute, pour une grande part; ou bien il peut être attribué au fait qu'il n’y avait pas, dans la colonie, de chefs importants; et, par conséquent, la nature des choses se prêtait elle-même, au gouvernement direct. Certainement, c’est par là que les peuples ont été pénétrés de respect pour l'autorité du Gouvernement. Ce facteur facilite l’aide donnée aux chefs, dans leur conduite envers leurs sujets, et tend à réduire au minimum le sentiment d’irritation, quand on est forcé d’adopter la manière d’agir opposée.

Le système présext d'admixistratiox

La partie de Togo, attribuée à l’autorité britannique pa l’accord de 1 919, est administrée comme une partie intégrante de la Go/d Coast. Elle est divisée, en matière administrative, en 3 districts : llo, avec Kpandu, comme sous-district; Kete-Kratchi, et Yendi. Le district de Iloest considéré comme partie intégrante de la province orientale de la colonie de la Go ld Coast , le district de Kete-Kratchi, comme une partie intégrante de l’Àchanti. et le district de Yendi comme une partie intégrante du Protectorat des territoires du Nord.

District tle lia. — Il est composé de : 1° l’ancien district de Misahohe (46 villages) ; 2° ancien district de Kpandu (52) ; 3° ancien district de llo (85); 4° ancien district de Lomeland i7i: en tout : 190 villages, une population de 20.147 h. et 20.430 femmes, et une superficie de 1160 milles carrés à la charge d'un District Polilical Officer.

Des dispositions sont prises pour construire des habitations, pour le personnel administratif, en un lieu convenable. à un mille au delà de la ville indigène. L’ancienne station allemande, qui était située au sommet de la rangée de collines qui dominent la ville, offre une surface insuffisante. et elle est d’accès trop difficile, au gré des nouveaux fonctionnaires.

Le sous-district de Kpandu comprend la plus grande ' partie du reste de ce qui fut, auparavant, le sous-district de Misahohe. Sa superficie est, approximativement, de 2.700 milles carres, et sa population 46.221 . dont 22.045 hommes et 2 4 . 1 7< femmes, à la charge d’un District Polilical Officer qui est subordonné à llo. 11 réside dans l'ancien quartier général allemand, à Kpandu.

Kete-Kratchi diffère peu de son ancienne superficie, et s’étend sur, environ, 160 milles du Nord au Sud, et 90 milles de l’Est à l’Ouest. Le district est faiblement peuplé,, en comparaison avec le district de Ho, le chiffre de la population étant 12.303 hommes, et 12.942 femmes. Un District Polilical Officer est en fonction, avec un assistant. II. habitent l’ancien quartier général allemand de Kete-Kratchis

Yendi. — Superficie : 4.000 milles carrés (approximativement). Population, d’après le recensement de 1921 : Hommes : 39.776 (y compris 4 non Africains). Femmes : 35.869 comprise une non africaine). Total : 75.545 habitants.

Le vieux <c district de Yendi » est maintenant englobé dans quatre des districts des territoires nord de la Gold Coast. à savoir : Mamprussi septentrional, Mamprussi méridional, Dagomba oriental, et Gondja oriental. Les tribus.

RULLETLN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

habitant ces districts furent, au temps de l’administration allemande, divisés artificiellement par la frontière internationale. Le mandat a maintenant corrigé ce grave inconvénient.

La fonction de Senior P olitical Officer est exercée, actuellement, par 3 personues différentes. Pour le district de Yendi, le Chief Commissioner des territoires, du Nord, à Tamale. est le Senior Polilical Officer ; pour le district de Kete-Kratchi, le Chief Commissioner de l’Achauli, à Coumassie; et pour celui de llo, le Proeinciat Commissioner de la province orientale, à lvoforidua.

Procédure judiciaire. — Elle demeure telle qu’elle fut instituée par la proclamation du commandant des forces britanniques, au Togo, en 1914. Les Polilical Officers de district ont le pouvoir judiciaire, en toutes matières civiles, jusqu’à 300 liv. st., et dans les causes criminelles qui peuvent entraîner une amende de 100 liv. st., ou une année d’emprisonnement, avec travail forcé. 11 y a un droit d’appel, en toutes matières, au Senior Polilical Officer , dont la juridiction est illimitée, sauf qu’une condamnation capitale doit être confirmée par le gouverneur de la Oold Coasl. Dans les causes criminelles, c’est le code criminel de la Oold Coasl qui est appliqué, aussi exactement que les circonstances le permettent; les autres matières sont réglées par les proclamations du commandant des forces britanniques, entre 1914 et 1921, et les proclamations postérieures, qui sont maintenant, publiées par le gouverneur de la Oold Coasl.

Justice indigène. — Tous les chefs et sous-chefs ont le droit d’avoir des tribunaux; on peut en appeler de ceuxci à ceux-là, et de ces derniers au District Polilical Officer. Les limites, qui avaient été prescrites par les Allemands, sont conservées. Les fonctions des chefs sont, en réalité, les mêmes que sous la domination allemande, sauf que. maintenant, ils n’ont naturellement aucune obligation de percevoir l’impôt (l’impôt direct fut aboli dans tout le territoire, en 1914).

Finances. — Les fonds sont fournis par la colonie de la Oold Coasl. et compris dans les évaluations budgétaires de ce territoire. Le montant du crédit affecté au Togo pour l’année financière 1921-22, fut, approximativement, 32.787 liv. st., pour le budget ordinaire, et 34.650, pour le budget extraordinaire. Total : 67.437 liv. st. Le service des douanes, qui fonctionnait, autrefois, sur ce qui était la frontière anglo-allemande, fut transféré, en octobre 1920. à la frontière actuelle, qui divise les zones britannique et française, et, en dehors des recettes provenant de ce genre d'opérations (lesquelles, pour les 6 mois d’avril à septembre, se montèrent à 4.223 liv. st.), les recettes, de toute provenance, dans le territoire, s’élèvent à environ 250 liv. st. par mois. Les principales ressources sont les licences, pour les spiritueux, les droits de justice, et les amendes.

Police. — L’ancienne police militaire a été conservée, mais, maintenant, elle est soumise à l’administration de l’Inspecteur général de police de la Gold Coasl. L’effectif est de 90 hommes, commandé par un commissaire de police européen (46 hommes à Ho, 1 1 à Kpandu et 22 à Kete-Kratchi). Le district de Yendi a, pour police, un détachement de 22 hommes de la gendarmerie des territoires du nord, placé sous les ordres du District Polilical Officer. Quelques hommes sont montés.

Travaux publics. — Dans le district de Ho, ces travaux sont exécutés par des agents du département des Travaux publics de la Oold Coasl ', dans les autres districts, ce sont les District Polilical Officers. Le personnel, à Ho, se compose de deux ingénieurs et de quatre agents secondaires.

Agriculture. — Des crédits ont été alloués pour la conservation des anciennes plantations allemandes, que les District Polilical Officers sont chargés d’entretenir.

Enseignement. — Depuis que les Anglais administrent ce territoire, la population a, très fortement, manifesté le désir d’avoir autant de moyens de s’instruire que les habitants de la Gold Coasl, dont, ils connaissent, parfaitement. les ressources à cet égard. 47 écoles de l'ancienne mission de llrème, avec leur personnel enseignant, ont été

adoptées par le Gouvernement qui les paie et qui fait deson mieux pour satisfaire les aspirations, dont on vient de parler. Un enseignement en anglais, avec les méthodes anglaises a été donné, pendant six mois, aux instituteurs, par un fonctionnaire du département de l’enseignement de la Gold Coasl. Les résultats ont été bons. L’œuvre scolaire, quoique principalement contrôlée par le Polilical Officers. est inspectée, de temps en temps, par l’inspecteur provincial des écoles, résidant à Quittah.

Les écoles catholiques romaines sont dirigées par la Société de Missions de ce nom, qui opère à la Gold Coasl. Un Père européen réside à Kpandu; on projette de convertir en une école technique, un grand édifice de cette localité, qui fut anciennement un couvent.

Le nombre total des élèves fréquentant les écoles, dans le district de Kpandu, est de 1.673. Dans ceux de Kratchi, et de Yendi, il n’y a pas d’écoles.

Résultat de ce système. — 11 y a eu très peu de grandes affaires criminelles. Les différends, portés devant les Polilical Officers, sont tellement fréquents qu’ils font perdre beaucoup de temps à ces fonclionnaires ; toutefois cette fréquence ne laisse rien à désirer, car c’est une preuve de la confiance qu’ont les indigènes dans ces façons d’agir avec eux.

La surface mise en culture paraît s'accroître lentement sous notre régime; de ce fait et des faits mentionnés ci-dessus on peut raisonnablement conclure que. partout, la population est contente de son sort présent.

Le District Polilical Officer de llo est aussi appelé Record Officer (archiviste). En cette qualité, il est chargé de toutes les anciennes archives du Togo, et c’est par ses mains que passent les correspondances entre les autorités françaises et le Gouvernement de la Gold Coasl, relativement aux questions de peu d’importance, soulevées par l'occupation de Togo.

Voies de communication. — Tous les voyageurs sont probablement frappés de voir les grandes étendues de terres non cultivées, qu’ils traversent, en parcourant ce territoire. Comme on l’a dit plus haut, la majorité des habitants borne son activité à cultiver tout juste assez pour la consommation ; aussi, la culture est-elle réduite à un faible rayon, dans le voisinage des villages.

Le système des communications allemand était admirablement adapté aux besoins du Togo, tels qu’ils existaient alors. Cependant, la division du Togo, qui a laissé le chemin de fer, entièrement, dans la partie française, a. nécessairement, dérangé ce système, par le fait qu’elle interpose une frontière internationale entre la partie qui est sous le mandat britannique et ses débouchés naturels. En réalité, à l’époque où cette division fut faite, elle laissa la partie britannique sans moyens directs de communication, avec la Gold t oast, dont on put se servir pour les transports automobiles, et sans débouché maritime, pour le commerce, autre que le chemin de fer français, dans la partie française.

Pour surmonter cette difficulté, on construit une route, pour automobiles, entre Ho et Senehi. sur la Volta (longueur : 52 milles); on a pu, pendant la saison sèche, aller en automobile jusqu’à Aboalia, à, environ, 2 milles du fleuve. Celte route passe à Anyirawase, où était l’ancienne frontière entre la Gold Coasl et le Togo. De ce point, dans la direction du nord, la roule continue, franchit le col, accessible depuis peu. de Kpeve-Bame, gagne Kpandu (93 milles, environ, de Senehi), ensuite, Kete-Kratchi (75 milles de Kpandu), et, enfin Yendi (132 milles de Kete. Avant les travaux, exécutés au col, mentionné ci-dessus, le seul moyen d’atteindre Kpandu. avec une automobile, était de prendre la route par Ho et Misahohe. à travers le territoire français. Néanmoins, la nouvelle route ne résout pas la difficulté du transport des produits, en parlant du centre principal, dans le district de Kpandu, la distance à franchir, environ 100 milles, rendant le transport par automobile trop coûteux, et par suite, impraticable. Pourtant, le pays en question n’est qu’à 20 milles, environ, à l'ouest, de la Yolta; on espère venir à bout de la difficulté, en utilisant cette voie fluviale.

Dans le district de Ho-lvpandu, la longueur des roules bonnes pour automobiles légères est de 190 milles; elles ne sont pas praticables pendant la saison la plus humide. 11 y a,

en outre, 152 milles de pisles pour bicyclettes, ou transport en hamac.

Dans le district de lvratchi et de Yendi, c’est seulement sur la grande route du nord qu’on peut se servir d’automobiles.

Postes et télégraphes. — Il y a. deux fois par semaine, un service postal entre Accra et IIo, et entre Lome-Palime-Ho. Le premier a lieu, par voiture automobile, jusqu'à Abuse, par chaloupe, jusqu'à Adidome sur la Yolta. et. d’ici, par coureurs jusqu’à IIo 142 milles . Jusqu’ici, ce service a fonctionné d’une façon exacte. A partir de IIo. il y a un service, hebdomadaire, de coureurs jusqu’à Kpandu et Kratchi. Cette dernière localité et Yendi sont aussi desservies, l une, par Salaga. l'autre par Tamale, dans les territoires du nord. Pur cette voie aussi parviennent les communications télégraphiques. La communication télégraphique entre IIo et la t/otd Coast , a toujours lieu, grâce à un accord avec les autorités françaises, via Palime et Lomé, par l'ancienne ligne allemande. Des mesures sont prises pour construire une ligne d’Accra, via Senchi, à Ho, e? pour la continuer jusqu'à Kpandu et Kratchi.

I I I III I « Il I III 1 I « Il I I I I I I I I I III I I I I I I I I I III I I I I I I II I I I I I III I II I I llll III I III

L’élevage du “ Mouton du Macina ”

DANS LA RÉGION DE TOMBOUCTOU Utilisation de la laine

L’origine du mouton à laine dit « mouton du .Macina » n’est pas élucidée. On lui attribue tantôt le mérinos comme ancêtre, tantôt on le fait dériver d’origines syriennes et germaniques influencées par le mérinos. Il est fort probable qu’il a été introduit dans la région de Tombouctou au moment de l’invasion marocaine (1592).

Caractéristiques . — Il pèse environ 38 kilogrammes, sa taille dépasse rarement 0 m. 69. la longueur de son corps est au maximum de 0 m. 70, le tour de poitrine atteint jusqu'à 0 m. 90. Les dimensions de la femelle sont sensiblement les mêmes que celles du mâle avec un tour de poitrine légèrement inférieur.

L'habitat du mouton à laine est le delta Nigérien, région du Macina et région de Tombouctou. On le rencontre donc dans les Cercles île Mopti. N'iafunké. Goundam. Tombouctou. Bamba. Gao et Sav.

On peut évaluer le cheptel de 1.500.000 à 1.800. 000 tètes. Chaque animal peut donner par an de 0 k. 650 à 0 k. 700 de laine. A la bergerie (TEl-Oualadji, on a cependant obtenu un rendement très supérieur :

Bélier 3 ans 1 k 560

Brebis 3 ans t k 77.'.

Métis castré 2 ans 2 k G00

Des métis confiés à des indigènes dans le Cercle de Niafunké ont produit ;

Bélier 4 ans t k 300

Brebis 3 ans 1 k 820

Moyenne sur un troupeau de 93 animaux 1 k 08 1

En 1918 on estimait le trafic? de cette laine à 1.700 tonnes environ se décomposant en 1.300 tonnes exportées et 400 tonnes consommées dans la Colonie, mais cette estimation n'a rien d'absolu, car il est difficile d évaluer la quantité employée par

les indigènes pour le tissage de leurs vêtements et de leurs tentures Ivountas et Arkilias.

Voici la statistique de l’exportation de 1911 à 1919 :

1914 713 tonnes valant 715.000 francs

Celte laine est passée de 0.25 le kilogramme en 1909 à 3 francs le kilogramme en 1918.

En ce moment le produit est peu acheté, sa valeur sur les marchés d’Europe ne dépassant pas 1 fr. 70 le kilogramme.

La laine indigène actuelle est utilisée dans la fabrication du feutre à papier, dans la confection des matelas ou des tapis. Elle pourrait concurrencer la laine des Indes.

Dans la région de Tombouctou, principalement dans les Cercles de Goundam, Bamba. Gao, mais surtout dans ce dernier, on emploie la laine à la fabrication de tentures de dimensions diverses, dont les plus petites ne mesurent pas moins de 3 mètres sur 1 m. 20. Celles-ci portent le nom de « Ivountas » et sont surtout utilisées comme vêtements par les femmes indigènes.

D'autres, beaucoup plus grandes (de 8 à 10 mètres sur 2) sont fabriquées dans le Cercle de Gao-Ansongo: ce sont les «Arkilias ». employées par les indigènes comme moustiquaires et aussi pour décorer leurs cases.

Toutes ces tentures sont formées de bandes merveilleusement lissées. Les coloris en sont, comme d’ailleurs les dessins, très jolis el très variés.

Cérlaines, principalement celles fabriquées entre Gao, Ansongo. Labézenga, supporteraient très heureusement la comparaison avec les tentures orientales dont elles ont souvent les nuances et les dispositions.

D’autres sont faites de bandes qui, reliées entre elles, forment un immense damier dont chacun est orné d’un dessin rappelant les caractères

« tifinar ».

Toutes ces tentures, sauf celles fabriquées dans le Cercle de Goundam, sont entièrement en laine. Toutes les teintures employées sont uniquement végétales.

Il serait à désirer que quelques beaux spécimens soient exposés à l’Agence économique de l'Afrique Occidentale Française.

Tombouctou le 27 juillet 1922.

Colonel Ma.ngeot, Commandant la région.

fr °

1 m 1 1 il 1 1 r i : j il i ii 1 1 1 1 1 il i ii i ii i ii 1 1 1 1 1 1 1 im ; 1 1 1 . immm

Le montant de la souscription n'est pas limité , mais le Bulletin n est servi pendant un an, qu'aux personnes ayant versé au moins 30 francs. Ce minimum est seulement de 25 francs pour les officiers et fonctionnaires coloniaux.

! I I I I I I I I I I I ! I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I M I I I I I I II I I I I I I I I I I II | | | | | | |(| |] I I I I 141

BULLETIN DU COMITE DE

Les Éléments de l’Histoire coloniale

Il est moins difficile à l'historien de recueillir des éléments d'étude que de les élaborer, c'est-à-dire de restituer les faits, non seulement dans leur cadre matériel, mais aussi dans leur ambiance intellectuelle, morale, économique; et le résultat est parfois terrible, quand, de la meilleure foi du monde, un brave rat de bibliothèque, dont l’horizon se borne aux cartons verts de ses archives, redélivre Orléans avec Jeanne d’Arc, ou aime à nouveau avec Agnès Sorel une lignée de rois. Cependant une bonne méthode, une intelligence ouverte réussissent daus ces tâches délicates. Par intuition, autant que grâce à des recherches documentaires, l’écrivain réveille des souvenirs endormis, vivifie des peintures aux teintes assombries. Sa tâche, facilitée de la connaissance des caractéristiques de sa race et de l'expérience personnelle de son propre pays, se complique pourtant, lorsqu’il s'agit d'histoire étrangère, d'histoire diplomatique, par exemple, dans laquelle eu plus des difficultés ordinaires interviennent celles issues de la nature différente des ; protagonistes. Il ne s’agit plus de déterminer les faits et leurs réactions sur des Français, mais sur des Allemands. des Anglais, des Russes, de formation el d'habitudes tout à fait dissemblables. Toutefois, l'historien moderne possède des données précises sur les nations voisines grâce à l'interpénétration des peuples qui a créé, à côté des particularismes nationaux, une sorte de superconscience européenne.

Mais lorsque l'historien, s’évadant des frontières de l’ancien monde, franchissant les barrières qui encerclent les idées de sa race, prétend étudier l’histoire d’autres hommes vivant dans des contrées très lointaines, dont les atavismes, les traditions, les souvenirs, les habitudes, les croyances, les rites, les travaux, les préoccupations et les occupations, la nourriture, la demeure, le vêtement, la couleur même ne présentent aucun point commun, voire même analogue avec les siens, le labeur devient impossible et il y renonce généralement, et très heureusement d'ailleurs, car des conceptions erronées déjà trop nombreuses ont trop souvent causé les pires erreurs.

Aussi bien doit-on se féliciter de ce que M. Georges Hardy ait signalé les difficultés de ce problème en fixant les éléments de l’histoire coloniale. L’auteur était désigné pour cette œuvre, non seulement, par sa formation, mais par de longs séjours en A. O. F. et au Maroc, au cours desquels il a su résister au mirage ou à l'anémie coloniale et noter avec une impartialité bien rare les erreurs et les vertus qui fleux-issent sous le ciel tropical comme dans la métropole.

M. Hardy a. en effet, multiplié singulièrement les éléments dont il traite. U n'est point seulement question. comme on aurait pu croire, de ce qu'on peut appeler en histoire la documentation morte, archives poussiéreuses, manuscrits, rapports, lettres, journaux, affiches, etc... Tout en n’ayant garde de débuter par autre chose que l’examen de ces sources, il décrit les tribulations du chercheur parisien qui erre des archives du ministère de la Guerre ou des Colonies aux Archives nationales, des Affaires étrangères au Commerce, de la Marine au Yal-de-Gràce, cela pour Paris seul, sans compter les archives des ports de mer, celles des centres importants comme Lyon ou Rouen ou plus spécialisés

1 1 Les lüèwenUt r h • l' histoire colonial'', par Georges Hardy, ilirectfi: ■ni-ral ilo l'Instruction publique, des Beaux-Arls et des

Antiquité au Maroc. 1 vol. iu-ls de lus pages, i fr. La IU-naissarwe du Livre, "s. boulevard Saint-Michel. Paris.

L'A FR [QUE FRANÇAISE

comme Ma/.amet. Et les dépôts étrangers : Londres, Madrid, La Haye. Du moins l'historien colonial a une consolation, il ne trouve rien ou presque rien sur place, grâce aux termites.

La littérature coloniale est également une source à consulter, mais avec quelle prudence faut-il croire ce que vos yeux ont vu, ô naïfs Perrichons ! o sceptique- Broussards! Plus circonspecte encore l’utiüsation de la presse locale, souvent insuffisante, toujours excessive-, et qui, comme les néophytes du téléphone, se croit obligée de hurler pour se faire entendre. Quant à la presse métropolitaine, lorsqu’elle ne participe pas à cette excitation pour alimenter des polémiques qui. parfois, n’ont rien de colonial, elle apparaît, constatons-le tristement avec l’auteur, bien terne, bien mal informée, d’une absence de curiosité bien navrante.

Restent enfin deux éléments d'informations historiques plus spécifiquement locales : les monuments et les traditions orales. Les uns et les autres s’effritent sous la poussée de la vie moderne qui recouvre, avec une surprenante rapidité, les traces du passé. La matière des constructions est fragile : quelles ressources budgétaires ne faudrait-il pas pour la conservation des Ta ta soudanais? Les traditions orales se perdent et parce que les griots hésitent à livrer leurs légendes, ou les modifient pour flatter, pensent-ils. leurs interlocuteurs européens (il y a là des pages charmantes de pénétration psychologique), et parce que des comparaison' hâtives (qui n'en a point commis pour éclairer sur certains faits l’incompréhension métropolitaine?) poussent par exemple vers l’assimilation à Jeanne d'Arc de la Kahéna berbère ou de la disparition de l'empire Songhoi à la décadence de l’empire romain.

C'est ainsi, comme l'écrit M. Hardy, que, faute d’avoir pris les précautions nécessaires, en utilisant lesources proprement historiques, il semble bien que nous ayons faussé la perspective de l’histoire coloniale. Celle-ci, tout en procédant des mêmes principes que l’histoire tout court, exige une éducation spéciale, et ce n'est que par une connaissance approfondie du milieu colonial qu’on peut se tenir en garde contre les principales chances d'erreur et rivaliser de justesse avec la généralité des historiens: si pour écrire une page d’histoire coloniale il n'est pas indispensable d'avoir été gouverneur des colonies ou d'avoir eu la fièvre jaune, de même qu'un historien de l'art n’a pas le droit d'ignorer la technique des arts modernes, un spécialiste d’histoire coloniale ne peut se tenir à l'écart de la vie présente des colonies tout en se défiant des idées toutes faites deTexotisme facile, et en tenant en respect son âme européenne. Et ayant ainsi fixé le' prémices, M. Hardy trace le cadre dans lequel doit se faire, avec patience et prudence, l’éducation coloniale de l'historien.

Il décrit tout d’abord le milieu géographique. Le paysage colonial n’est point un paysage de studios cinégraphiques. Si certains coins lointains ressemblent aux nôtres, la majorité des aspect- en diffère par le contraste qu’ils présentent avec les harmonies auxquellenous sommes accoutumés. Troublants tout d'abord, quels souvenirs ne laissent-ils pas quand on les a goûtés ? La distance, élément important du milieu géographique, est souvent inconcevable pour le métropolitain. Quel rôle n’a-t-elle pas joué dans le passé et ne jouera-t-elle pas dans l’avenir malgré T. S. F. et avion, comme là mort du* général Laperrine en offre un douloureux exemple? Et aussi le climat, plus connu il est vrai. Enfin les avatars divers de la conquête ont empêché de respecter dans l’organisation administrative le cadre des régions naturelles. De même (pie l’on s’est contenté de baptiser Sénégalais tous les noirs. alor< que

l’historien doit discerner les races multiples et disparates englobées dans ce terme, de même, attentif à la distribution géographique des pays, il lui faut concevoir moins une histoire du Sénégal, du Soudan ou du Dahomey qu’une histoire du désert, de la savane soudanaise ou de la forêt. Il ne négligera point aussi le facteur économique, la répartition des monoproductions génératrices de troubles profonds, les lois si particulières de la circulation et des échanges, le bouleversement apporté dans une situation économique millénaire par rétablissement de nos méthodes modernes, par exemple l’interversion dans la direction des échanges, qui de Nord-Sud par caravane à travers le Sahara s'est faite Est-Ouest depuis l’établissement de comptoirs sur la cote atlantique et la construction des chemins de fer.

Dans ce cadre une fois réalisé, l’écrivain pourra camper les protagonistes du drame historique, où les acteurs sont de deux sortes, les indigènes et les coloniaux.

Le Français, entre autres caractéristiques, est féru d'exotisme, amateur d'idées claires, et apôtre ; son amour du pittoresque lui fait accepter comme vraies toutes les légendes qui satisfont sa manie et d’autant mieux les plus invraisemblables qu elles lui semblent plus caractéristiques. Son intelligence préfère aux catégories et aux subdivisions précises les vues d’ensemble, et son goût de généralisation tend à ne retenir des faits (pie ce qui peut cadrer avec des idées préconçues et simplistes. Enfin le Français aimable veut être aimé, et il se dépense sans compter pour faire le bonheur du monde malgré le monde parfois, et entend imposer à tous ce qu'il considère lui-même comme excellent. D'où un manque d’esprit critique dans l’appréciation exacte des indigènes, et l'édification de théories ou d'une politique à priori s te pour l'action coloniale.

Les Français des colonies n'éeliappent pas à ces défauts, et pour d'autres raisons d'ailleurs, ils attribuent souvent aux indigènes une psychologie de convention, soit par des généralisations hâtives de leurs propres expériences, soit parce qu’ils ne prennent contact avec les réalités qu’à travers des intermédiaires douteux ou suspects (boys, tirailleurs, etc.). Néanmoins les coloniaux sont plus proches de la vérité parce qu'ils saisissent mieux, trop souvent en les exagérant d ailleurs, les contrastes entre les indigènes et euxmêmes. C’est dire les difficultés pour l'historien de connaître les protagonistes du drame. Les études de Folklore. les travaux relatifs aux religions, à la magie, fort à la mode depuis quelques années, aident à la pénétration plus exacte delà mentalité indigène, mais que de labeurs sont encore nécessaires pour ce défrichement!

Et il ne s'agit point ici do recherches pour lesquelles les spécialistes disposent de tout le temps désirable. Si l’histoire coloniale était simple curiosité d'un passé plus ou moins lointain, comme les recherches archéologiques sur les Caraïbes à peu près disparus, ou n otait utilisée, comme tant de travaux sur notre propre histoire, que comme exposé de précédents destiné à servir de polémiques momentanées, la question serait peu angoissante. Au contraire l’histoire coloniale a une efficacité immédiatement utile et utilisable, car les données qu'elle nous apporte déterminent l’action métropolitaine, conditionnent sa politique présente par les explications qu'elle offre des problèmes du passé. Les exemples abondent et parmi eux la première question: les races indigènes, dont la civilisation est si différente de la nôtre, sonl-elles inférieures à nous, ou simplement victimes d'un retard dans ‘leur développement ? Comme conséquence doit-on orienter la politique indigène vers l'assimilation au cas où sinon l’égalité, du

moins l’équivalénce des races serait admise, ou faut-il confiner celte politique dans des devoirs de tutelle si l’infériorité des éléments locaux est indiscutable ? M. Hardy conclut à la dissemblance des races et à l’obligation pour notre action d'aider la majorité des populations indigènes à « évoluer paisiblement dans leurs traditions ».

Encore faut-il, pour réaliser ce vœu si juste, connaître ces traditions dont l'auteur étudie les éléments : la race, si vivante dans l’Afrique noire, qui substitue à l’idée plus géographique et historique de patrie une sorte de conscience ethnique laquelle s'incline devant notre force et l’aide à s’imposer en empêchant la formation de grands mouvements antieuropéens nés d’une alliance avec d'autres consciences ethniques voisines et de même nature ; la religion, dont est si fortement imprégnée toute la vie indigène, qui domine son organisation familiale, sociale, politique, juridique, économique, voire même ses plaisirs, et dont le respect, outre qu’il nous est imposé par des raisons de haute justice morale, nous est ordonné par le souci même de la conservation et du développement de notre autorité. On sait par exemple les erreurs des meilleurs esprits au sujet de l'Islam dans l’Afrique noire.

À ces éléments s’en ajoutent d'autres. La psychologie des foules indigènes diffère de la psychologie de nos foules. Tout en présentant certains caractères communs de spontanéité, de brutalité ou de crédulité, les conditions d’une existence inquiète, sans cesse menacée, toujours sur la défensive, ont empêché de se développer ce sens de l’évolution, fruit d'une stabilité sociale inconnue de ces primitifs.

Cependant cette primitivité a revêtu des aspects politiques ou sociaux d'une infinie variété, royauté absolue ou démocratie, aristocratie ou communisme, dont l’étude fructueuse aux ethnographes et aux sociologues ne doit pas être négligée des historiens sous peine de leur laisser ignorer les grands mobiles dominateurs de la psychologie indigène. Est-il vrai d’attribuer à l'indigène le désir de travailler le moins possible parce qu’enl'ermé dans des habitudes (“I des conditions particulières il ne manifeste pas dans ses efforts l’activité, certains diraient l’agitation, des Européens? De même T indigène a-t-il seulement te culte de la force ou est-il -susceptible de reconnaissance pour la nation civilisatrice"? On sait les échecs, dans notre passé, auxquels a abouti l’appel exclusif fait à l'un ou à l’autre de ces mobiles.

Enfin pour en terminer avec les éléments locaux M. Hardy montre à l’historien qu’il lui faut rester en garde contre d'autres préjugés. Croit-on que l’influence de la femme s'est uniquement exercée dans les politiques européennes, et n'a joué aucun rôle chez les autres peuples ? Une erreur énorme imprègne notre histoire coloniale considérée par beaucoup comme essentiellement masculine sous l’impression erronée des fables répandues et admises sur l'anti-féminisme de l’Islam. 11 en est de même pour la situation de l’esclave, vis-à-vis duquel nous gardons toujours les sentimentalités de Mistress Beecher-Stowe sans examiner le statut de ce qu'on pourrait appeler le prolétariat noir.

Après cet examen du milieu indigène, M. Hardy démêle la psychologie des coloniaux ; il décrit le mobile des vocations, l’influence du milieu et les formes qu'elle, impose à l’activité européenne, la formation du « Moi » colonial et la part de l’individu dans l’œuvre collective. Il ne craint pas de signaler les points noirs ou les difficultés dont beaucoup naissent des conditions indispensables. de l'action coloniale, individualisme excessif parfois, rivalités de doctrines, antagonisme d’activités, neurasthénie, et les formes en « ite » du cafard pour lesquelles la métropole est si

BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

sévère ; mais celle sincérité à ne point celer les ombres du tableau donne plus de force à cette véri té que « à toutes les pages de notre histoire coloniale il y a matière pour une nouvelle légende dorée » ; la guerre l’a bien prouvé.

L’étude eût été incomplète si elle avait négligé la Métropole. Avec le grand souci de ne point se livrer à des critiques trop facilement aigres, M. llardy ne peut s’empêcher de souligner combien la mère patrie s’inquiète peu et mal du développement colonial.

Pour beaucoup d’esprits même excellents, ce développement semble s’ètre accompli en dehors et parfois à l’encontre des intérêts métropolitains, sous l'influence d’illuminés inconscients ou d’appétits criminels. Presque toujours l’attention du gouvernement, quelque forme qu’elle ait revêtue, ne s’est préoccupée des questions coloniales qu’à la façon d'un père de famille désireux de réparer les imprudences de l’enfant prodigue. et sans jamais donner à la politique coloniale la place qui lui revient dans la politique générale de la France. Les raisons de cet état d’esprit si navrant sont nombreuses. En premier lieu l'ignorance est prodigieuse et il est douloureux de constater que si en France tout finit par des chansons, les seules données coloniales de beaucoup de Français se résument dans quelque Travadja la Moukère ou quelques idiots Boudoubadabou. Le Français casanier se défie des risques coloniaux; il craint d’aventurer son bien-être pour quelques arpents de neige ; parce qu’il a peur de l’incertain, il se désintéresse de l’expansion coloniale quand il ne la combat point. Et si par hasard il veut manifester une activité moins négative, il entend imposer tyranniquement ses volontés avec un dogmatisme empirique et solennel plus dangereux que sou dédain et son mépris.

Pour la métropole, trop souvent, les colonies, prolongement de la patrie, doivent obéir aux mêmes justes lois. Comment penser à décentraliser l’Administration coloniale, pépinière de proconsuls ou de vicerois, quand on n’ose pas reconstituer les provinces françaises? A ces raisons faut-il en ajouter d’autres moins admissibles encore, nées de la crainte d’une concurrence commerciale? Mais il faut féliciter M. Hardy, s'il a exposé justement toutes ces critiques, de ne s’être point laissé aller au travers si français du dénigrement systématique. 11 note en effet à côté des infériorités françaises, les difficultés el les tergiversationétrangères auxquelles nous n’avons rien à envier, quoi qu’on dise. A ce sujet, il définit les raisons déterminantes pour les divers peuples de leur expansion coloniale et dans une très belle page, décrit le double destin de la France, destin continental par sa situation de centre de nodalité traversé par toutes les ondes qui sillonnent le ciel européen, destin maritime et d'expansion lointaine avec ses rêves et ses risques par les caractéristiques mêmes de son sol incliné vers la mer, entaillé de fleuves et d’estuaires, limité par des rivages où se dessine la courbe heureuse des golfes favorables. Mais si très justement il ajoute : « Entre la barque et la charrue, la France n’hésite guère : elle laboure d'abord et ne hisse la voile qu’aux jours où la moisson est assurée », il souligne, avec trop d’exclusivisme, semble -til. que nos efforts d’expansion coloniale coïncident généralement avec nos longues périodes de paix. Certes, au rebours de tant d’autres, la France ne pêche pas des colonies dans l'eau trouble de la politique continentale; certes aussi « dès qu’un nuage apparaît au ciel de l’Europe la barque rentre de toute allure», mais est-il bien exact de dire, après des exemples récents, que « l'espoir de la pêche ne tient jamais devant le danger que court la moisson? » Il apparaît comme plu»

vrai de considérer notre essor colonial non pas comme le fruit exclusif de la paix, mais comme la manifestation éternelle de l’activité de la France, soit que des énergies surexcitées par des bouleversements européens aient besoin de prolonger leur effort sur des théâtres neufs, comme au lendemain même des désastres de 1870, pour se démontrer à elles-mêmes le caractère très momentané des défaites françaises, >oit qu’une période de calme, en laissant ces énergies inemployées, les incite à se dépenser au dehors. La pérennité de cette activité est le signe certain de la vitalité de notre pays. Aussi bien d’ailleurs, et la dernière guerre l’a prouvé, faudrait-il compléter la formule de M. Hardy : si toutes les forces nationales se sont concentrées pour les luttes continentales, les situations coloniales ne furent pas négligées et criante injustice serait l’oubli de ce que furent, de 1914 a 1918, les réalisations au Maroc el ailleurs.

Cette remarque est bien encourageante d’ailleurs au moment où, comme le signale M. Hardy, « des symptômes imprévus annoncent comme une crise, une orientation nouvelle de l’histoire coloniale, un lourd, obscur et menaçant lendemain de conquête. » L’horizon est incertain, mais du moins conscients de la continuité de nos efforts, et ayant expérimenté la collaboration coloniale pour la défense de la métropole, abordonsnons ce demain angoissant avec des éléments de stabilité que ne possèdent point nos voisins. Ce n’est pas une certitude de victoire, c’est un précieux encouragement pour le succès et qui répondra à cette question de àl. Hardy : « Coloniser est une tâche bien difficile et l'on attend encore le grand peuple qui, en pareille matière, créera un chef d'œuvre incontesté. Qui sait? Ce sera peut-être la France... »

Sur quelques conclusions pratiques (créations ou développements de services des monuments historiques, organisations de recherches historiques, d’archives, publications de bibliographies, etc), M. Hardy clôt son étude.

La matière de ce volume dépasse singulièrement les promesses d’un titre trop modeste, car l’auteur en analysant les éléments de l’histoire coloniale ne s’abstrait pas dans un passé plus ou moins mort, mais apporte au présent des réflexions el des données expérimentales dont l’utilisation est immédiate. Il n'existait pas avant celui-ci dans la littérature coloniale un livre où fussent condensés, sous une forme agréable et spirituelle, tant de remarques justes, tant de conseils féconds, qui réponde aussi bien à des préoccupations d’ordre très divers et dont la place soit assignée aussi bien dans les casiers de la bibliothèque du métropolitain que dans la cantine du colonial.

.1. Larreit de Lacharrière.

uni11 unm n in » jj.ijMjnj l \ »» n i i j »(» i 1 1 1 ? * A! * L1,1 ! ? -1,* ‘ 1 W1

Page 1