LE MOZAMBIQUE
I — Notions géographiques et historiques.
La ville de .Mozambique, perchée sur son ilôt rocheux, fut, pendant plusieurs siècles, le seul port de relâche accessible aussi bien aux voiliers d’Europe qu’aux boutres arabes venus de Mascate ou de la mer rouge. Entre l’ile et la côte s’étend en effet une rade profonde et sure, et c’est là qu’en HON Vasco de Gaina vint jeter l’ancre, sans réussir toutefois à faire accepter la souve rainelé portugaise aux sultans locaux. Ce n’est que quatre ans plus tard, à son second voyage, qu’il pul établir à Mozambique une garnison défendue par trois forteresses, dont les restes dominent encore la vieille capitale, aujourd’hui bien déchue de son ancienne prospérité. Deux fuis attaquée sans succès par lu flotte hollandaise en 1 (il) / el I 608, puis a la fin du xvn° siècle par une expédition du sultan de Mascate, elle a gardé, malgré l’origine diverse de ses 10,000 habitants' son aspect de village nègre aux huttes basses de
bambou et d’osier. Par une étrange anomalie qui a subsisté quatre siècles, la capitainerie générale de Mozambique relevait de Goa, dans l’Inde, — situation aussi paradoxale que si Madagascar était gouvernée de Pondichéry!
Il est curieux de rappeler aujourd’hui que ces pays à peine connus ont vu se dérouler un épisode de cette lutte séculaire des Latins contre les Maures dont la partie principale se jouait sur les deux rives de la Méditerranée. La domination portugaise s’étendit un instant jusqu’à Mombasa et Zanzibar. L’iman de Mascate qui revendiquait le titre de Commandeur des croyants et s’efforcait de le justifier au moins dans sa zone d’influence du cap de Donne Espérance au golfe Persique, réussit à la fin du xvir® siècle, à refouler les Portugais jusqu’au sud du cap Delgado. Depuis lors, la colonie vécut sans histoire, jusqu’au jour où les Allemands déchaînèrent la guerre mondiale. Une légère rectification de frontière a été consentie au Portugal sur la Movuma par l’Angleterre, héritière de l’Allemagne en Afrique orientale.
En réalité l’occupation portugaise resta toujours confinée à quelques points de la côte.
Campés au milieu de tribus guerrières, qui leur firent une guerre constante de guérillas, les Por lugais n’exercèrent longtemps dans ce pays qu’une seule industrie : le trafic des esclaves.
Mais, sans voies de communication, manquant de cet appui naturel des conquérants que constitue une population agricole et relativement civilisée, ils n’ouvraient des débouchés au commerce que les armes à la main. Sans cesse harcelés par les Macouas, leurs plus dangereux ennemis, par les Mondjus et les Muzimbés, les Portugais renoncèrent à tout effort quand la traite des esclaves fut interdite. On peut dire qu’à part quelques tentatives sans lendemain, la pénétration portugaise s'arrêta au seuil de la forêt, que défendait contre eux la faune animale et humaine la plus riche peut-être qui ait jamais peuplé une forêt vierge.
A vrai dire, les négriers qui parcouraient et décimaient ies hauts plateaux du Zambèze n’étaient que des « Pombeiros », métis adaptés au climat, habiles à recruter des Cafres pour se procurer grâce à eux le « bois d’ébène » destiné aux com-
Suppléinent de I Afrique Française d’octobre 1922.
BULLETIN DU COMITÉ DE
missionnaires européens qui tenaient hou l iq ne sur* la cote. Les négriers chasseurs d’esclaves ont à peu près disparu, mais le souvenir des « Pombeiros ». persistera longtemps encore sur la moitié du Mozambique que la forêt protège contre l'emprise européenne.
A part les négriers, seuls des paysans boers franchissaient parfois avec leurs lourds convois traînés par des bœufs, la large bande inexplorée de steppes et de montagnes qui sépare la forêt du Mozambique des républiques du Vaal. Quand l'Angleterre amorça la fondation de son empire sud-africain, elle voulut couper court à toule contestation future. En 1891. la Compagnie anglaise des lacs s'annexait, sans autre forme de procès, le territoire qui bordait à l’Ouest le lac Nyassa. En même temps, le Foreign Office signifiait au Portugal (jue le pays des Matébélès. jusqu’à-là considéré comme dépendance du Mozambique, était désormais colonie de la Couronne. Bientôt après, la petite troupe du major Wilson était massacrée tout entière par les Zoulous sur les rives du Cbagani, et une véritable expédition dut être organisée. Le raid qui fut alors accompli par le docteur .lameson est resté célèbre. Les mitrailleuses Maxim firent merveille contre les Zoulous, et dès 1893, une nouvelle colonie anglaise était fondée, avec Buluwayo pour capitale.
La mise en valeur en était confiée à une Compagnie à charte. Celle-ci se préoccupait immédiatement d’ouvrir à la colonie un accès à la mer. et en 1899, elle obtenait du Portugal la concession du chemin de fer de Beira à Salisbury. Bientôt après, une concession analogue était accordée à Lourenço-Marquès. Cétail consentir à la main mise complète de l'Angleterre sur la moitié sud du Mozambique, à tel point que les nouvelles voies ferrées, à peine amorcées, furent immédiatement utilisées pour le transport des troupes et du ravitaillement des armées anglaises aux prises avec les Boers. La rade inhospitalière de Beira, avec la bourgade pouilleuse endormie sur ses rives, est devenue un port très actif, doté d’un outillage moderne, et fréquenté par toutes les Compagnies maritimes qui desservent l’Afrique orientale. Celle de Delagoa, profonde et bien abritée. a vu s’élever à Lourenço-Marquès le meilleur port de l’Afrique australe, y compris l’Union sudafricaine.
Le Mozambique actuel ou Afrique orientale portugaise présente une superficie de 761.000 kilomètres carrés peuplée de 3.120.000 habitants, soit environ i habitants par kilomètre carré. Ces indications sont approximatives, aucun recensement sérieux n’ayant encore été fait dans un pays aussi étendu, dont la côte seule' est effectivement occupée. On y compte 6.000 Blancs et un nombre considérable de métis. Le Portugais s’adapte admirablement aux conditions climatériques des pays tropicaux. 11 s’v établit, volontiers et y fait souche.
La descendance portugaise de sang mêlé est extrêmement nombreuse, au Brésil comme en Afrique et en Asie. Elle n'a pas été, d’ailleurs, sans influence sur la métropole elle-même, dans
L'AFRIQUE FRANÇAISE
an sens qu’on s’accorde généralement à ne pas qualifier d'heureux, Il n'est pas rare, en effet, de rencontrer dans les agglomérations urbaines du Portugal, H notamment à Lisbonne, des types nettement exotiques, dans lesquels la vigueur agile de la race primitive s'est alourdie d'apports étrangers.
Le Mozambique est borné au Nord par la Rovuma qui le sépare du territoire du Tanganyika placé sous le mandat de l'Angleterre, à l'Ouest et au Sud par les possessions anglaises du Nyassaland. de la Rhodésia, du Transvaal et du Natal: à 1 Est, par le canal du Mozambique. Les principales races qui le peuplent sont les Cafres et les Zoulous. ceux-ci dans l’arrière-pays. Les villes et les principaux centres comptent un grand nombre d’Arabes et d’Hindous.
La colonie est divisée en a districts, réunis sous 1 autorité d’un gouverneur général siégeant à Lourenço-Marquès. Les villes importantes sont sur la côte : Mozambique, l'ancienne capitale. Lourenço-Marquès. la nouvelle, Beira. Quelimané. Port Amelia, Ghinde. A l'intérieur, on ne peut guère citer que Chindio et Tete sur le Zambèze.
Situé tout entier dans la zone tropicale, entre le 10e et le 26e degré de latitude Sud, avec 2.000 kilomètres de côtes et une profondeur maxima de 800 kilomètres, le Mozambique est soumis à un climat débilitant, très difficile à supporter pour les Européens. Le long d'un littoral monotone et plat s'échelonnent de nombreuses des très basses <pie relient à la côte des bas-fonds et des bancs de sable, redoutés des navigateurs. Tels sont les archipels Quérimbé, d'Angoche. des Primeras, des Basaruto. De loin en loin des promontoires rompent la monotonie rectiligne des sables : cap Sainl Sébastien, Gap Delgado, Gap des Courants, lis ne donnent, contre les cyclones violents de l'océan Indien, que des abris précaires aux baies ouvertes (pii les avoisinent. Le canal du Mozambique. large de 900 kilomètres, présente au Nord une série d’écueils. Le vent des Moussons s'y précipite avec une incroyable violence, soufflant du Sud-Ouest d’avril à novembre, du Nord-Est le reste de l’année.
Dans ce pays humide et chaud, où la saison des pluies^ dure sept mois, d'avril à octobre, les fleuves sont nombreux et abondants. Ce sont : la llovuma avec son affluent la Luyendé, au Nord : — le Lurio. — le Sabi. — le Limpopo, — l'Iucomali. — le Ghinde qui va du lac Nyassa à la côte et confond son embouchure avec celle du Zambèze: — enfin le Zambèze, un des fleuves les plus puissants de la terre, mais coupé de rapides dans son cours inférieur. Du plateau central qu'il traverse de l'Est à l'Ouest et dont il draine les eaux, il se précipite à la côte en cascades, ne laissant à la navigation que le bief de Chindio à la mer, difficilement utilisable d’ailleurs pendant une grande partie de l’année. Comme dans tout le reste de l'Afrique, il faut recourir au chemin de fer pour la mise en valeur du pays. Le rail seul peut ouvrir à la civilisation européenne ce continent revêche, défendu contre les tentatives de
conquête par ses populations sauvages et ses côtes inhospitalières, ses montagnes côtières et ses fleuves inaccessibles, ses forêts impénétrables et ses déserts infinis.
Celui-là seul s’installe définitivement en Afrique qui la sillonne de voies ferrées.