L’ A F R I Q U E F R A N Ç AISE
italien des populations laborieuses et trafiquantes, sera détruit.
Jusqu’à maintenant le gouvernement italien a accordé un peu plus de 4 millions pour les premiers secours et les services publics, mais à Massaouah tout est à refaire, et cette somme est infime par rapport aux besoins.
M. di Fausto, notamment, voudrait qu'on adopte pour la colonie des mesures assez semblables à celles qui furent adoptées en Italie pour les régions victimes de tremblements de terre. Il désirerait en outre que la reconstruction de Massaouah comprenne le perfectionnement de tous les services pouvant faire de ce port une escale de ravitaillement pour tous les navires italiens allant vers l'Orient et qui. jusqu’à maintenant, touchent au port anglais d'Aden.
M. di Fausto propose, en conséquence, de construire à Massaouah de vastes frigorifiques pour la conservation des denrées et des marchandises, d’augmenter les grues mécaniques, d'organiser les services d'embarquement et de débarquement, ceux de charbonnage; de construire de bons hôtels, de munir en somme la ville de tout ce qui ne doit pas manquer dans un port d'une intense activité commerciale.
Le problème ferroviaire,
La rapide poursuite des travaux ferroviaires contribuera sensiblement au développement économique de l'Erytlirée. Récemment il a été réuni au tronçon Massaouah-Asmara, qui a une centaine de kilomètres, celui, de la même longueur, qui va d'Asmara à Iveren. Au delà de Keren les travaux continuent pour la pénétration dans la plaine du Barca.
Un premier tracé, le plus malaisé, le long de la bordure alpestre du haut plateau, a été terminé. On peut espérer que la zone montagneuse la plus difficile étant désormais dépassée,- les travaux avanceront rapidement à travers les grandes plaines de l'Ouest, d’autant plus que. pour le tracé lveren-Agordat. les fonds sont déjà assurés.
La voie ferrée, suivant une direction du levant au couchant, s'avance au delà du petit centre de Daura. éloigné du Soudan anglais d’une centaine de kilomètres, pour s'infléchir au Sud et poursuivre vers Elagliin jusqu’à la frontière de l’Ethiopie,
Ce chemin de fer qui. jusqu'à présent, a dù se limiter exclusivement au trafic de la colonie, aurait peut-être pu assurer déjà un rendement économique considérable en permettant aux concessionnaires des basses plaines de se servir, pour leurs produits, d'un moyen de transport moins coûteux et plus rapide que les caravanes de chameaux. Mais l’importance de la voie ferrée qui reste à construire dépasse l hinterland restreint des territoires d’Erythrée et vise à diriger sur les marchés de l'intérieur la riche production de contrées encore vierges, tel que le bassin du Tsana. fameux par la production du coton et du café, et les vastes provinces du Soudan anglais oriental :
le Taka, le Ghedaref et le Gallabat. De sorte que l’administration italienne espère que l’exploitation de cette ligne se développera dans des conditions économiques très différentes et d’un plus grand rapport que les deux artères parallèles : la ligne Port-Soudan-Atbara, qui unit le littoral de la mer rouge à la ligne de Khartoum, et la ligne française de Djibouti, qui s'élevant jusqu’à l’Harrar, se termine à Abdis-Abeba.
D’après M. di Fausto, ces deux lignes, longues et très coûteuses, traversant pour la plus grande partie de leur parcours des zones arides et dépeuplées, comme le désert de Nubie au nord et celui de la Dancalie au sud, ne peuvent compter que sur le trafic des pays terminaux, ce qui accroît excessivement les dépenses de l’exploitation en limitant le rendement économique et sans avoir l’avantage, que possède la ligne italienne, de pouvoir aboutir à un magnifique port comme celui de Massaoua où les plus gros vapeurs peuvent aborder à quai.
L’importance de cette ligne sera d’autant plus grande que la pénétration commerciale de l'Italie doit se terminer au district de Gondar, vers lequel la voie ferrée doit se prolonger dans l’avenir par la vallée du Setit.
Ce fut une grave faute dans la construction de la voie ferrée de l’avoir conçue à écartement réduit. Le rapporteur du budget italien a noté que les voies ferrées coloniales italiennes ont un écartement qui diffère de peu de centimètres de celui des lignes françaises et anglaises, de sorte que jamais le réseau ferré italien d’Afrique ne pourra se raccorder aux réseaux voisins. Il est vrai que cette possibilité est encore très lointaine.
La culture du coton.
En dehors de son importance commerciale, l’Erythrée peut développer une richesse de produits qui n’attend pour être mise en valeur qu’un accroissement de capitaux et de main-d’œuvre et une plus grande facilité dans les moyens de transport.
La colonie souffre surtout actuellement du défaut d’ouvriers. La population indigène dépasse de peu 400.00U habitants : l'accroissement de toutes les sources de production correspondra à celui de la repopulation. Dans ces régions, l’élément humain est le premier, le vrai facteur de la richesse ; c’est à ces difficiles conditions démographiques qu’a été du en partie, dans l’avantguerre, l’abandon des cultures cotonnières dans le bassin du Gasc et dans la vallée du Barca. La difficulté pourra être surmontée par la suite en faisant appel, dans une mesure toujours plus grande, aux indigènes des pays voisins dont un bon nombre s’étaient établis auparavant dans la colonie, dans les centres de grande culture, et y formaient de caractéristiques colonies ouvrières de cotonniers.
Lorsque la voie ferrée, en abaissant les prix de transport, permettra de mieux rémunérer la main-d’œuvre, la culture du coton refleurira. Les
terrains de l’Erythrée s’y prêtent excellemment, ainsi que le prouvent les beaux résultats obtenus, dans la période du plus intense travail, à Agordat, sur le Giaghé, à Ducambra sur le Gasc, et à Mansoura sur le Barca.
La preuve en est également donnée par les riches productions soudanaises que les Anglais ont obtenues dans les deux centres cotonniers de Cassala et de Tolcar, situés respectivement sur le cours inférieur du Gasc et du Barca, à peu de kilomètres de distance de la frontière occidentale et septentrionale de l’Erythrée. Il y a des centaines de milliers d'hectares susceptibles, d’après les techniciens, d’une culture cotonnière égale à toutes celles qui existent.
M. di Fausto recommande à ce sujet, d’éviter les erreurs antérieures et de choisir entre deux systèmes de culture :
Ou s’en tenir au régime de la coparticipation en accordant une quote-part du produit aux tribus propriétaires du sol. généralement adonnées à la vie pastorale, mais qui. dans la saison des pluies, retournent à la culture dans leur village ;
Ou suivre le système anglais du Soudan qui élimine l’entrepreneur européen en laissant à l’indigène la faculté de cultiver le coton dans les vallées transformées, par le Gouvernement, au moyen de barrages, sauf le droit de surveillance sur la méthode de culture et contre les maladies parasitaires, ainsi que le droit de distribuer les semences choisies et d’acquérir tous les produits obtenus à un prix antérieurement fixé.
En Erythrée, le Gouvernement ne pouvant, par manque de fonds, se lancer dans des dépenses considérables d’installation et spécialement dans l’organisation hydraulique du pays, on a laissé aux particuliers la liberté de traiter avec les tribus et les villages indigènes, mais avec de bien piètres résultats.
Les installations de la Gossypium à Agordat et à Massaoua sont universellement jugées les plus parfaites qui soient actuellement en action dans les champs de coton africains, mais à l’excellence des installations n’a pas correspondu celle des travaux hydrauliques accomplis par les exploitants pour l’irrigation des terrains. Il s’agit de travaux d’une difficulté toute particulière et qui exigent des techniciens experts dans ce genre de construction.
C’est du problème hydraulique, avec celui des ports et des voies ferrées, que dépend en grande partie le développement plus ou moins rapide de l'Erythrée.
11 faut arriver à modifier les conditions existantes pour conserver les immenses ressources d’eaux qui existent dans la saison des pluies et qui se précipitent des montagnes dans la zone désertique avec des débordements soudains et redoutables. Il s'agit de reprendre en somme l’antique politique de captation des eaux au moyen de digues et de barrages, de bassins et de réservoirs, qui fit la grandeur des peuples de l’Orient, en transformant en pays florissants des régions arides par leur nature.
BULLETIN DU COMITE D
Non seulement cette méthode permettra le développement de l'agriculture du pays, mais ello favorisera l'élevage du bétail, elle permettra à de nombreuses industries de prendre naissance eu utilisant la force motrice qu’on obtiendrait en canalisant les nombreux cours d’eau qui. du bord des hauts plateaux, se précipitent dans la plaine d’une hauteur de 1.300 mètres.
Le regretté Gouverneur de l’Erythrée, M. de Martino, avait engagé le Gouvernement de l’Erythrée dans cette politique opportune et avait régularisé ainsi le bassin duBelesa.
L’Erythrée apparaît, en somme, riche surtout de promesses, et l'étendue même du programme soumis au Parlement montre que la réalisation n’en peut être escomptée que pour une échéance lointaine.
La Question des Mandats
' Ee texte définitif des mandats B.
Nous avons annoncé ( Afrique française , août 1922, p. 38G), que la 19° session du Conseil de la Société des Nations, tenue à Londres du 17 au 24 juillet 1922, avait approuvé le 20 juillet, sur le rapport du vicomte Ishii, lo texte définitif des mandats B attribués à la Belgique, à la Grande- Bretagne et à la France sur los anciennes colonies allemandes d’Afrique et nous avons fait connaître les modifications apportées au texte initial du mandat B tel que nous l’avons publié l’an dernier (. Afrique française. 1921, p. 21 IJ.
Nous publions ci-après lo texte officiel définitif du mandat B tel que le Conseil de la Société des Nations l'a approuvé :