POLITIQUE MUSULMANE DE LA FRANCE
Au moment même où noire dernier lascicule signalait l'intérêt pour nous du coulre-coup des événements d’Orienl dans tout l’Islanl africain, AI. I Nuucaré, président du Conseil, exposait en ces termes la même idée dans son discours de Vaucoii leurs du 10 octobre :
Nous ne consentirions pas, certes, à répudier les grands intérêts séculaires que nous avons en Orient; la France se doit à elle-même de veiller, comme par le passé, sur les nombreux établissements qu'elle \ a fondés: elle veut exercer au profit des populations syriennes et libanaises, l’important mandat dont elle esl chargée; elle ne saurait être indifférente au sorl des nationalités chrétiennes qui. pendant tout le cours de son histoire, lui ont fidèlement gardé leur confiance; elle estime, aujourd'hui comme hier, que la liberté des eaux qui méfient eu communication la mer Noire el la Méditerranée est indispensable, non seulement pour les peuples riverains, mais pour loute l’hummiitc civilisée. Dans le règlement de tonies ces questions, elle aura donc, comme ses alliés, son mot à dire et elle est toute prête, bien entendu, à concilier ses intérêts avec ies leurs.
D’autre part, la France esl une grande nation musulmane : elle a été loyalement 'défendue, pendant la guerre, par des centaines de mille de soldats mahomélans : beaucoup d’entre eux se sont fait tuer pour elh : et. quant à moi, chaque fois que je me rends au cimetière de Triaucourt. j’ai toujours une pensée reconnaissante el douloureuse pour les braves Africains qui dorment là. loin des leurs, loin de leur terre natale dans un pays où ils ne sont venus que pour mourir. Même, lorsqu'elles oui dù se battre contre les Turcs, nos troupes musulmanes oui été admirables de discipline el de courage. Mais le télégramme que je recevais ces jours-ci. di\ sultan du Maroc, el les témoignages qui me sont venus de toutes paris, prouvent assez que les victoires récemment remportées par les Turcs en Asie Mineure oui été accueillies par leurs coreligionnaires, dans une grande partie de nos colonies. avec une réelle satisfaction. C'est un fait que nous n'axons pas le droit d'ignorer et qui. s'il ne doit pas commander toute noire politique orientale, est cependant de nature à l’influencer.
En effel. le sultan du Maroc. Moulay Youssef. a adressé au maréchal Lyauley le télégramme suivant :
L annonce des événements qui se déroulen I en Asie Mineure esl accueillies par noire peuple avec un senlimenl d’unanime satisfaction, donl nous vous prions de faire pari au Gouvernement de la République, en voire qualité de ministre des Affaires étrangères de noire Empire. Les entretiens que nous avons eusavee Voire E.veelleuce au sujet des affaires d Orient nous ont permis de nous rendre compte des sympathies que les Musulmans de ces régions oui trouvées auprès de la France. Nous sommes convaincu que leur succès resserrera les liens qui unissent la France à l’Islam, donl tant d inlèrèls sont communs el e'esl dans ce senlimenl que le peuple marocain uni à la France proleelrice se réjouit avec Noire Majesté de ces événements
Le maréchal Lyautey a répondu an sultan par le télégramme suivant :
Me trouvant en traitement à Vichy, je n’ai pu remettre moi-même le télégramme de Votre Majesté. Mais je le transmets à M. le président du Conseil. Je suis certain que ce témoignage . venant de si haut el émanant du souverain le mieux qualifié pour exprimer les sentiments musulmans, ne pourra que satisfaire le gouvernement delà République dans la voie qu’il a suivie avec lanl de fermeté dans l’intérêt commun de la France et de l'Islam et pour la paix du monde, et je m'honore grandement, comme ministre des Affaires
BULLETIN DU COMITE DE L’AERIQUE FRANÇAISE
étrangères de Votre Majesté, d’être l'intermédiaire de celle communication.
Le président du Conseil et ministre des Affaires étrangères, à la réception du télégramme du sultan, lui a répondu :
M. le maréchal Lyauley m’a communiqué le télégramme que Votre Majesté lui a adressé au sujet des événements d’Asie Mineure. Je ue doutais pas que la politique que la France poursuit en Orient et qui est à la fois conforme à ses plus anciennes traditions et aux intérêts de ta paix n’obtînt complète approbation de Votre Majesté. Je la prie d’agréer mes très vifs remerciements pour les sentiments qu'Elle a bien voulu exprimer à ce sujet à M. le maréchal Lyauley.
Le maréchal Lyauley a été prié, pour le Maroc, en sa qualité de résident général, de préfacer le Livre d'Or qui relate le voyage de M. Millerand. Président de la République, dans l’Afrique du Nord.
Voici celle préface où le maréchal Lyauley résume l’œuvre déjà accomplit' cl précise la politique musulmane de la France :
Je ne m'arrêterai, comme commandait en chef et comme résident général, que sur deux points : l'encouragement apporté aux troupes, la consécration donnée à la politique de protectorat.
Pour les troupes, trop peu de gens savent à quel degré leur tâche est ingrate et dure. Cette méconnaissance ne provient pas seulement de la prépondérance si légitime, qu'a tenue la Grande Guerre dans les préoccupations de l’opinion publique, naturellement peu disposée à s’occuper des théâtres lointains alors que l'ennemi occupait le sol national et que s’y livrait une lutte sans égale.
Cette méconnaissance remonte beaucoup plus haut.
11 y a près de trente ans que j'entendais le maréchal Gallieni, M. Eugène Etienne, déplorer l'indifférence marquée par le public à la lutte que livraient nos soldats, aussi bien que nos administrateurs et que nos colons, sur toutes les parties du globe, pour donnera notre pays son Empire colonial.
Ce n’est pas le lieu de disserter sur les causes de cet état d’esprit, mais il est incontestable qu’il y a là. pour des troupes qui ne connaissent jamais ni repos ni détente, sous des climats durs, dans des conditions de vie quotidienne particulièrement sévères, l'épreuve la plus douloureuse. M. Millerand ne s’est pas borné à faire un voyage d’apparat eu suivant les voies tracées et faciles. Il a expressément voulu aller voir ces troupes, à leur front le plus avancé, au milieu de leurs bivouacs, sur le terrain qu’elles venaient de conquérir, en vue de celui où elles allaient combattre demain. Il leur a dit les mois qu'il fallait, parce qu’ils venaient de son cœur. Il leur a apporté la plus haute récompense, le plus précieux des encouragements et des stimulants.
Grâces lui en soient rendues.
Pour ce qui concerne la politique de protectorat, il n'y a pas un geste do M. Millerand qui n’en ait souligné l'importance, la portée et l’efficacité.
Les indigènes marocains, à commencer par le premier d'entre eux. Sa Majesté le Sultan, l’ont profondément ressenti.
De quoi s’agissait-il t Donner à ce peuple la cerlilude que notre présence ne signifie et ne signifiera jamais son asservissement ; qu'il reste et restera une Nation, conservant ses institutions, ses traditions et, avant toutes, celle à laquelle il est le plus profondément attaché : sa tradiliou religieuse — évoluant dans sa norme. Assuré de celte garantie, il reconuait sincèrement les bénéfices que lui apporte notre association avec lui. Tous se souviennent encore, au Maroc, de l'anarchie d'hier, de l’insécurité des personnes el des Liens, de la difficulté des communications, des entraves apportées au commerce et au développement industriel et agricole, de l’ignorance dans laquelle étaient tenues non seulement la masse, mais aussi l’élite. Ce peuple laborieux
remarquablement ouvert au progrès, ne méritant nullement la réputation de xénophobie que la légende lui avait donnée, s’intéresse prodigieusement au développement économique que ces dix dernières années lai ont apporté, et il en est bien peu. parmi les Marocains, qui admettraient de revenir au passé. L adhésion el la sympathie que nous apporte l’élite de la jeunesse dans nos collèges, nos administrations el nos entreprises en donnent une preuve manifeste.
Mais il y a, à cette adhésion, une condition absolue, c’est la sauvegarde de la nationalité et des traditions.
Beaucoup se sont souvent demandé si le respect qui était témoigné à ces choses n’était pas le fait de sentiments personnels chez ceux que la France avait envoyés au Maroc et n était pas destiné à disparaître avec eux.
La liante consécration que M. Millerand a donnée à Ion t < ■ occasion à celte politique, a marqué à Ions qu’elle était bien conforme à la volonté du gouvernement de la République.
Le Président a pu constater quelle haute force morale représentait la personne de Fa Majesté le Sultan. l’Imam couronné, le chef religieux el temporel. Celui que tous les Musulmans de son obédience regardent comme leur Commandeur des Croyants. La lignée dont il descend se rattache directement au Prophète. Il est, pour tous les Musulmans de I Ouest, le symbole de l’islam. Il en a lui-même la pleine et haute conscience. Aussi a-t-il profondément ressenti la valeur des égards que lui témoignait le Président de la République lorsqu'il le reçut entouré de son maghzen, du corps diplomatique accrédité auprès de lui, avec toute la dignité du protocole traditionnel.
Ces égards, la cordialité des entretiens que M. Millerand eut avec lui, avec ses ministres, avec les plus hautes notabilités indigènes, le soin qu'il prit d’aller saluer les saueluaires les plus vénérés à Moulay blriss et à Fès. eurent une profonde répercussion parmi toute la population musulmane.
Tous comprirent qu'il y avait là un acte de la plus haute portée politique, qu i 1 n'y avait là l’affirmation de la sympathie et de l'intelligence affectueuse que la France apporte non seulement aux Musulmans marocains, mais à loti! l'Islam.
Aujourd’hui, des temps nouveaux s'annoncent. Dans l agilation qui le secoue, c’est vers la France que l'Islam regardé le plus volontiers, et l’on peut dire que le voyage de M. Millerand au Maroc est venu, avec une singulière opportunité, lui donner un gage de plus des sentiments que la France lui porte et de la conception libérale, généreuse, et profondément respectueuse des libertés nationales qui caractérise scs rapports avec les peuples musulmans associés à ses destinées.
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BIBLIOGRAP HIE
La propriété foncière au Maroc, avec un glossaire de t ermes arabes, par Amure Mesureur. Préface de M. Albert Sarraut, ministre des Colonies; l vol. de 1 2 1 pages 1921 Vuihert. 6 J, boulevard Saint-Germain.
L'étude de cette importante question a été exposée par 1 auteur en trois parties.
Il présente d'abord la condition traditionnelle des terres indigènes au Maroc, avec toutes ses complications depuis l'aequisitiou d’après l'acte d'Algésiras jusqu’à l'immatriculation, ainsi que la variété des terres indigènes < Melk. Arcli. allons, etc. ). Puis il présente l'œuvre du Protectorat, c'esl-à-dire rétablissement de l'immatriculation et la colonisation des terres Maghzen. el enfin la législation du dahir du 21 avril 1919. Nos lecteurs connaissent bien ces questions clairement exposés par le commandant Leclère dans son étude sur les terres collectives de tribu au Maroc (/fms. Col., 1922, p. 33,). M André Mesureur les expose à son tour a ver plus de détail.
La solution du dahir (1e 1919 soulève de sa part quelques appréhensions et quelques réserves : elle est absolue, elle est peutèlre trop habile et trop de restrictions en gêneront le fonctionnement. Il blâme aussi le choix des colons par l'Etat el le système de l'adjudication publique dont il redoute le < mécanisme aveugle >> et il voudrait une amodiation européenne plus large des terres en friche. Encore faudrait-il laisser à la réforme de 1919 le temps de sortir ses effets : eu pareille matière il faut aller lentement.
Le iiércin.t J Legrand.
PARIS. — SOC. Ou n’iw ET B EBIT., 17, RPE CASSETTE-
ET
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