III. — Operations secondaires
D’autres opérations secondaires se sont déroutées dans le Sud, où nous avons obtenu en juillet un important succès politique : un accord conclu entre les Glaoua et le cheikh Bou Xailat a apporté au parti maghzen du Stîd l’appoint important de la tribu des Ida ou Blal qui tiennent, à la lisière du Sahara, les principales voies d’accès menant vers le Sous.
Aux confins espagnols, dès le début de juillet. Abd El Krim pénétra dans notre zone et parcourut avec une escorte de lliffains les tribus du Nord échappant encore à notre influence, avec l'intention d’organiser politiquement à son profit les tribus du Ilaul-Ouergha, el surtout d'obtenir d’elles des contingents pour continuer la lutte contre les Espagnols. Amarel Hamidou, notable influent des Maruissa el Abd El Malek entrèrent ouvertement en lutte contre les lliffains el contre Abd El Krim. Celui-ci. après de violents combats, fut obligé de sc retirer plus au nord, (d, depuis, n’a plus essayé de gagner ù. sa cause les gens du lfaul-Duergha.
Enfin, dans la région d’Ouezzan. le général Poey mirait n’a pu. faute de moyens militaires suffisants, réaliser la rectification de front prévue pour 1922. Mais il a procédé, les 23, 29 el 27 septembre, au ravitaillement, du poste avancé d’Issoual. Les Beni-Mestara et les tribus limitrophes de la zone espagnole ont échoué dans leurs attaques et ne nous ont causé au cours de ces ravitaillements cpie des pertes légères.
Dès ([uc nos possibilités le permettront, il faudra envisager de ce côté une opération qui. quoique limitée, est absolument nécessaire.
Telle est la situation; que restera-t-il d’essentiel à faire pour 1923?
D’une part, sur le théâtre d opérations Ouest, rétablissement de la courtine qui doit reber les deux bastions, c’est-à-dire les deux verrous entre Ouaouizert et Alemsid, s’imposera.
Où devra être constituée cette courtine? Sera-ce aux coh même du Moyen-Atlas? Sera-ce sur son
versant Sud? Sëra-ce sur l’Oued El Abid même? C'est ce qu'il est impossible de préciser aujourd’hui. L’occupation de Ouaouizert, les réactions qui se produiront autour d’Alemsid. les dispositions des tribus avec lesquelles nous allons nous trouver en contact sur l’Oued El-Abid, et que nous ignorons à peu près totalement, nous donneront seules les précisions nécessaires.
D’autre part, sur le théâtre d’opérations Est, il faudra achever l'occupation intégrale des Aïl- Tseghrouchen par la réduction du massif du Tlehkout, véritable réduit , opération à monter des plus sérieusement avec tous les moyens nécessaires. en prélevant ailleurs toutes les disponibilités qu’il faudra, mais qui, une fois bien moi lée et préparée, est en somme limitée et pourra probablement sc faire assez vite et de bonne heure.
11 restera enfin la question des rectifications de Iront sur les confins de la zone espagnole: mais elle est fonction de tant de conditions, dont la plupart nous sont extérieures (situation militaire et politique en zone espagnole, relations avec l’Espagne, etc.), qu’il n'y a là qu’à voir venir et à ne rien préciser pour le moment.
Au total, le programme de 1922 a été sensiblement réalisé. Sans doute quelques mécomptes sont venus en contrarier la complète exécution : l’opération des Aït-Tseghroucheü, qui devait achever de vider la poche dissidente de la zone Est, a été différée ; différé également l’élargissement de la région pacifiée autour d’Ouezzan : différées enfin les opérations dans la partie montagneuse au sud du Bif; mais l’effort do nos troupes, dans son ensemble, a donné les résultats qu’on pouvait en espérer.
Nous avons cependant une inquiétude : la région à occuper en 1923 demeure importante, el cette année est la dernière de celles que M le Maréchal Lyautev avait demandées pour terminer l’occupation du Maroc économique utile. Les charges financières que nous avons acceptées ne peuvent être renouvelées; elles ont, été consenties par un acte de confiance raisonné dans un chef étninent et pour atteindre un but précis; une déception jetterait un doute sur toute la méthode employée, proposée par lui et acceptée par nous.
Il faut se hâter et, si c’est nécessaire, se limiter. Le prochain budget, celui de 1924, doit être le budget du Maroc pacifié tenu par 50.000 hommes; nous ne pouvons à eet égard accepter aucun nouveau retard, el ce serait, pour la Commission des finances, une responsabilité trop lourde si, contrairement à l’espoir forme! qu’on lui a fait partager et aux assurances qu’on lui a prodiguées, on sollicitait d’elle de nouveaux sacrifices que les finances publiques ne pourraient plus supporter.
Au cours de la discussion dn budget de la Guerre à la Chambre, le 29 novembre, M. Calary de Lamazière a prononcé le discours suivant ;
J'en arrive au Maroc.
Je tiens avant d’aller plus loin dans le développement que
rulïætix i > r comité de l a fiu que française
je compte consacrer à noire politique au Maroc, à proclamer. une fois de plus, combien la politique* faite là-bas par M. le maréchal Lyautey, homme d’Elat en même temps qu'admirable soldat, a donné des résultats vraiment sans précédent dans noire histoire coloniale. Avec des méthodes qui ont eu peut-être certains côtés magnifiques, mais qui ont été cependant profondément efficaces, il a assuré à notre pays le protectorat d’une nation qui, jusqu’alors n’avait jamais été soumiseànne domination unique. Il faut bien reconnaître qu’à cel égard l’effort de M. le maréchal Lyautey est un des plus beaux de toutes les histoires coloniales.
A pplaudissemenls) .
Nous nous sommes mis d'accord avec M. le maréchal Lyautey. pour lui consentir des crédits et des effectifs à dates fixes et à délais déterminés. Nous lui avons demandé quelles étaient, selon lui. les nécessités de son plan militaire au Maroc et, au début de l’année dernière, il a présenté à M. le ministre de la guerre, dans un rapport remarquable que celui-ci a bien voulu nous communiquer, la manière ilont il comprenait en trois années la pacification de l’empire chérifien.
C’était au lendemain, vous vous le rappelez, des événements qui. autour de Meli lia, avaient brusquement brisé le rêve de domination espagnole et avaient abouti à cel échec dont les conséquences durent toujours, puisque 12.000 Espagnols sont encore retenus prisonniers par les dissidents rifl'ains.
11 y avait par contagion de voisinage une certaine agitation dans la zone du protectorat français. Nous avons considéré qu’il fallait maintenir, pour les exercices 1921 et 1922, les effeclifs que le maréchal Lyautey nous avait demandés et. en échange, il nous a présenté ce programme de pacification qui devait se terminer à la fin de l’année prochaine.
Cet effectif pour l’exercice prochain est de 75.000 hommes en légère diminution sur celui de l'exercice précédent. Il est la représentation de l’effort militaire prévu pour 1925, mais l'importance de cet effort ne se renouvellera pas.
Au cours de la présente année, le Maroc a été le théâtre, sur deux fronts, d’une action militaire qui a abouti à de remarquables résultats.
M. Morixaud. — Etes-vous d’accord avec le Gouvernement pour affirmer que cel effort ne se renouvellera pas en 1924 ?
M. Pau. Bigxom. — Qui peut faire par avance une telle prédiction «
M. Morinaco. — Alors, il ne faut rien dire.
M. Paul Bigno.v. — On ne peut pas prévoir ce qui se passera en 192 4.
M. Moaix.vrn. — Ne peut-on pas dire que, dès l'instant que les Marocains se sont tenus tranquilles pendant la guerre, ils ne feront rien contre nous pendant la paix ? ( Tirs bien! très bien !)
M. i.k Ministre uh i.a Guerre..- — Vous vous rappelez cependant l’incident de Margueritte en Algérie.
M. Morinaud. — Ce ne fut pas très important et cela ne nous a pas obligés à mobiliser !
M. le Rapporteur. — J’indique des possibilités et des espoirs ; ces possibilités, ces espoirs, je les crois raisonnables En 1924, ou pourra envisager une organisation militaire nouvelle du Maroc, qui réduira nos effectifs à 50.000 hommes. Mais il va de soi (pie ce sont des idées personnelles qui' je défends devant l’Assemblée, que le Gouvernement peut avoir une opinion différente et que, d’ailleurs, si tels événements que je ne crois pas probables, mais qui ne sont pus impossibles, venaient à se produire, il serait du devoir strict du Gouvernement de maintenir des effectifs supérieurs à 50.000 hommes. Mais, dans l’état actuel de pacification, après l’effort militaire et financier que nous avons fait au Maroc, on peut espérer que le programme du maréchal Lyautey sera terminé à la fin de 1923, et qu'eu 19 .’ 4 le Gouvernement pourra, en toute tranquillité d’esprit pour la sécurité de notre avenir dans l’empire chérifien, proposer des diminutions d’effectifs qui sc traduiront — c’est, je le répète, une opinion personnelle que j’émets — par une diminution de 25.000 hommes sur les effectifs actuels.
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