E L A EH IO LE FRANÇAISE
arch actuellement frappés d indisponibilité. Pareille mesure irait à l'encontre de ceux-là mêmes qu’elle prétendrait favoriser. La colonisation ne pouvant se procurer la main-d'œuvre nécessaire à la mise en valeur des vastes étendues de terre brusquement mises à sa disposition, l’opération, si elle était réalisée, ne marquerait pas un accroissement de la richesse publique ; la spéculation seule y trouverait son compte et finirait par provoquer une crise immobilière. De son côté, l'indigène, tenté par les offres de spéculation, pourrait se, défaire de sa terre avec trop de précipitation. A tout événement, il est sage, en prévision du rapide accroissement de la population indigène, de tenir pour elle, en réserve, une partie des terres collectives. A tous ces points de vue l’intérêt politique commande d éviter tout brusque changement de situation susceptible d’entraîner une rupture d'équilibre. Donc, pas de mesures générales. Pas d'immatriculation obligatoire; ce serait une erreur renouvelée de la loi de 1873. 11 faut, dans cet ordre d idées, se contenter d améliorer la procédure d’enquête partielle de la loi de 1897, en l accélérant, en diminuant ses frais, en accordant la jonction des procédures aussi souvent qu elle sera possible.
Cette précaution prise, il convient de ne pas perdre de vue les situations locales. L imprévoyance des indigènes n’est pas aussi générale qu’on le croit. Si. dans certaines régions, la population a conservé la pratique de la vie pastorale et de la culture intermittente et les habitudes de travail sont peu répandues, il en est d’autres où l’indigène possesseur de terre arch. industrieux, économe, attaché au sol, a déjà pris une conscience suffisante des avantages d’une propriété définie pour qu’on puisse raisonnablement y envisager le lotissement définitif de la terre collective. Une bonne indication est donnée, à cet égard, par la statistique des transactions immobilières conclues entre indigènes el européens. Fait caractéristique ! c’est dans le département de Constantine, où la terre arch est le plus répandue (1) et même dans des arrondissements extérieurs à la Ktibylie, que la balance des transactions penche eu faveur de l'autochtone (2). On pourrait, dans ces arrondissements, procéder immédiatement à la constitution de la propriété individuelle cil terre arch. Dans d autres régions, on pourrait procéder à l'allotissement définitif, mais conserver l inaliénabitité temporairement, par exemple pour une durée de cinq à dix ans, pendant laquelle l'indigène se familiariserait avec les dangers de sa nouvelle situation et s’attacherait définitivement au sol. Il serait, d’ailleurs, facile de permettre à l'indigène de faire renaître l'inaliénabilité en reconnaissant le habous constitué en lerie arch, comme opposable, même aux Européens, pour une part à déterminer. Ce serait l’institution du « bien de famille » adaptée aux habitudes indigènes et au droit musulman. Enfin, dans les régions où l’on croirait devoir maintenir dans
(1) Alger, 868.0(10 h., Orau, 122.000: Constanline, 1. 300. 000.
(2) Expose 'le lit situation générale île l'Algérie, 1921, p. 613.
toute sa rigueur l'inaliéuabilité de la terre arch, ou procurerait des terres à la colonisation, en restaurant l’ancieil bail à ana ou en s’inspirant de l’enzel tunisien, toutes combinaisons qui réservent à l’indigène, en échange de sa terre, une rente, et le garantissent contre la misère.
Aux débuts du Protectorat marocain, les préoccupations du législateur vont surtout à la terre de propriété privative, le melk. Le problème de l’acquisition des terres par les Européens domine toute la politique marocaine, est le grand souci du moment ; mais la spéculation se porte de pré- * lercnce vers les villes, où la propriété revêt, depuis fort longtemps, la forme privative et obéit aux lègles du dira, le droit privé musulman. L'on n’aperçoit, l’on ne peut et veut guère apercevoir que le mëlk. La question des terres collectives ne sera vraiment posée et l’on n’en découvrira l’importance que plus tard (1).
Même après l’important mouvement de législation que marque le Dahir du 27 avril 1919-26 redjeb 1337, il n'est pas sur (pie l'Administration marocaine ait donné au problème de la terre collective toute l’attention qu’il méritait. La réforme de 1919 a trop tardé à venir et, pendant ce temps, la terre collective disparaissait sur de vastes espaces. La réforme venue on tarde beaucoup trop à la mettre en œuvre, pendant que la fuite de la matière qui en est l'objet s’accélère et s’étend au point de menacer des régions entières. Si bien que le Protectorat marocain risque d'encourir le reproche inverse de celui qu'on a pu adresser aux administrations algérienne et tunisienne — d'avoir démesurément agrandi le domaine de la terre collective — et que la législation édictée au Maroc pour protéger les terres collectives pourrait devenir un « je ne sais quoi » d’inutile et de vide qui rendrait ridicule l’appareil déployé. Le danger est trop sérieux pour que nous nous contentions de le signaler sans appuyer cette indication de toutes les précisions nécessaires.
Il faut bien se persuader que. dans l'ancien Maroc, la propriété ne revêtait qu’exceptionncllement la forme privative ailleurs (pic dans les agglomérations urbaines et leur banlieue immédiate. La propriété rurale était, en général, le fait d’un groupement. L’appropriation collective n'était pas commandée par les conditions naturelles de l'existence. Léon l'Africain, déjà, remarquait que le Maghrib El Aqça est beaucoup plus propre à la vie sédentaire qu’au domanisme : et cela est si vrai que les nomades liilaliens, Riàh, Sofiàn, Henî- Màlek, Khloth, transportés par les Almoravides en pays d'Azghar et de Tamesnâ — G harb et Chaouïa actuels — ont été obligés de cultiver la terre et de se construire des cabanes. En Maghreb extrême, les
il") four toute cette partie du présent rapport cf. Milliot, l. es terres collectives, p. 111 et s.
habitudes sédentaires ou nomades sont la conséquence de la sécurité ou de l'insécurité, c'est-àdire, dépendent des circonstances politiques et du milieu social et économique qui en résulte. Dans l'ancien Maroc, il y a de la terre pour qui en veut : mais, seul un groupement fortement constitué peut la conserver.
Vienne la paix, avec la conquête française. L’indigène, — (pie l’insécurité chronique et l'isolement économique du Maroc obligeaient, seuls, à vivre dans un demi-nomadisme, sur des terres qu'il savait parfaitement aptes à la culture et où il ne demandait qu’à s'établir à demeure, parce que. nous le. répétons, le milieu physique et tellurique se prête bien plus aux habitudes sédentaires qu’à la vie nomade — se trouve libre, désormais, de se fixer au sol. En même temps, la spéculation européenne lui révèle la valeur de sa terre; la guerre mondiale et les circonstances économiques dont elle s'accompagne, celle de si récol'e. Stimulé par les promesses de gain, il >e met aussitôt à l’ouvrage et, chaque année, il accroît la surface de ses défrichements.
Seulement, cet effort accompli, il réclame les droits traditionnels du vivificateur, c’est-à-dire, la propriété privative ; et l'on n'a pas assez pris garde à cette prétention. En 1913. tout le pays qui s’étend entre Casablanca et Rabat, en bordure de la côte, était certainement terre de propriété collective. En dehors de quelques jardins ou vergers, les cultures n’occupaient guère que les cuvettes ou bas-fouds fertilisés par les dépôts d alluvions. Dès 1919, la situation était renversée ; des emblavures d’un seul tenant sur des dizaines de kilomètres avaient remplacé la friche. Les occupants revendiquaient sur les anciennes terres collectives un droit do propriété melk (pic l’Administration ne songeait même pas à leur contester, puisque l'inventaire des terres collectives disponibles pour la colonisation, en Chaouïa, accusait péniblement, au commencement de l’année 1921, quelques milliers d’hectares. Le même phénomène est en train de s'accomplir tout le long de la route qui relie Fez et Taza. Au commencement de l’année 1919, cette roule s’engageait encore, aussitôt dépassée la banlieue de Fez, dans do mornes étendues de terre, très fertiles, mais (pic l’insécurité empêchait de livrer à la culture. C’était le « pays de l’abandon », « le pays de la crainte ». En 1921, déjà, les abords immédiats du chemin étaient couverts d’emblavures jusqu’à l’extrême limite de protection de nos postes. Quelques années encore, et les défrichements couvriront des aires immenses, jusque-là incultes. Va-t-on encore laisser les indigènes s’y installer, sans même s’apercevoir qu’ils intervertissent le titre de leur possession? sans réserver à notre colonisation une part de ces% terres dont la possession paisible n’est assurée à l’autochtone que grâce à l’effort de la France ?
Jusqu’en 1919, le Protectorat s'est borné à défendre l'aliénation des terres collectives, s’en remettant aux cadis et caïds du soin de faire respecter cette prohibition. C’était, en môme temps, commettre une erreur législative et bien mal placer
BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE
sa confiance. Le régime des terres collectives est d’origine purement coutumière, et la compétence à l'effet de trancher les litiges immobiliers de relie catégorie n’a jamais appartenu au cadi, mais au Makhzeu ; d’un trait de plume, le Protectorat, sans d’ailleurs *’en douter, supprimait la traditionnelle, compétence administrative. Par ailleurs, les cadis sont, en général, des citadins peu au courant des coutumes indigènes, hostiles à ces coutumes quand ils les connaissent, qui considèrent comme une œuvre pie d’y substituer le chrà toutes les fois qu'ils le peuvent et ne se soucient guère de la législation nouvelle issue des Dahirs. Au mépris des Dahirs et de la coutume, ils ont le plus souvent appliqué le droit musulman à la terre collective et lui ont reconnu le caractère de melk. Un peu partout des droits de propriété melk ont ainsi été établis par des litres difficilement attaquables, là où il n’y avait, jusqu’alors, que propriété collective. Les caïds ont fermé les yeux. Quant aux contrôleurs, on ne peut vraiment leur faire grief de n’avoir pas su mieux protéger une institution que le législateur ne leur avait pas définie.
Le Dahir du 27 avril 1919. 2li redjeb 1337. va inciter de plus en plus les indigènes à se prétendre propriétaires au titre privatif des terres collectives, soit que, désireux de vendre leurs terres, ils cherchent à se soustraire à sa réglementation sévère, soit, que, désireux de le conserver, ils veuillent échapper aux prélèvements opérés au profit de la colonisation. Comment distinguer si cette allégation est sincère? C’est là une difficulté que les autorités de contrôle sont rarement préparées à résoudre. Elles sont d’ailleurs chargées, surtout, pour l’instant, de procéder à l’inventaire général des terres collectives disponibles pour la colonisation. C’est, en réalité, le sommier de fou/es les terres collectives qu’il faut se hâter de constituer; et une besogne de cette ampleur ne doit pas être confiée aux seuls contrôleurs si l’on veut qu’elle soit rapidement menée à bien .
Il ne saurait être évidemment question de revenir sur le passé, de déclarer collectives les terres transformées en melk des Chaouïa ou des Doukkala. 11 ne serait pas moins déraisonnable de dresser le sommier des terres collectives afin de s’opposer an mouvement qui emporte leur transformation en terre de propriété privée. A figer le mode d'appropriation du sol dans une forme déjà désuète, puisque l’indigène marocain, de lui-même, l’abandonne, on ferait une œuvre de réaction. Aussi bien serait-ce impossible; ou ne barre pas un courant de cette force; de toute nécessité, il faut le suivre. Mais, dans l’intérêt de l’indigène comme dans celui de la colonisation, on doit le canaliser, le régulariser.
Laisser l’indigène brusquer la transformation de la propriété collective en propriété privée, c’est h* livrer désarmé à la spéculation, La disposition du Dahir du 27 avril 1919, 2H redjeb 1337, est donc très sage, qui permet aux djcmàâ de demander l’allotissement définitif, mais frappe la
terre d'inaliénabilité pendant une durée minium de -cinq' années. Libre d’aliéner immédiatement, l’indigène pourrait se laisser tenter j»ar les hauts prix qui lui seront offerts. El remarquons qu ici ce n’est pas le spéculateur européen qui est h* plus redoutable. Partout ailleurs qu’au Maroc oriental — où la dépossession de l’indigène a pris, à la suite de la famine de 1920 — 1921 , une forme, si menaçante que le chef do la région d’Oudjda demandait au Protectorat, au commencement de l'année 1921, d’étudier la constitution d’un bien de famille — il est aujourd'hui démontré que l’Européen éprouve les plus sérieuses difficultés à surmonter la répugnance de l’indigène à lui vendre sa terre; qu’au contraire le spéculateur de même race est beaucoup mieux accueilli: et nous pourrions citer tels personnages notoires qui se sont taillé de la manière la plus régulière de vastes domaines composés d’anciennes terres collectives. Le Dahir suffirait largement à protéger l’indigène contre ce danger; mais, encore une fois, toute la difficulté est de savoir ce qui est terre collective; et les entraves de la législation nouvelle vont stimuler encore le désir de la, dissimuler.
Pour être d’nne autre nature, le danger qui menace la colonisation n’est pas moins grave. Il n’entre pas dans le cadre de ce rapport d’exposer le programme marocain décolonisation officielle; mais nous ne croyons pas trahir la pensée du Protectorat en disant brièvement qu’il espère, à l’aide de prélèvements opérés sur les terres collectives, former des noyaux de peuplement français, constitués de colons bien choisis, capables, à la fois, de répandre notre civilisation dans le milieu indigène et d’y maintenir nos traditions. Sans discuter ce programme, nous devons faire remarquer que l’application qui en est actuellement < ommencée procède d’une erreur initiale.
C’est une erreur d’attendre que les groupements fixés au sol aient, à la faveur de la sécurité, défini la part de leurs membres. A vouloir alors, srulement, exercer les prélèvements nécessaires à l’installation des colons, on rencontrera toujours de la résistance chez les indigènes; et plus la spéculation étrangère au groupement aura pénétré sur son territoire, plus tes personnages influents de la région auront arrondi leurs domaines, révélant ainsi au fellah la valeur de sa terre; plus réduites en étendue et inférieures en qualité seront les terres disponibles. 11 ne restera plus à la colonisation que les terres trop légères ou celles trop profondes et fortes pour que leur fertilité soit accessible à l’outillage rudimentaire de l’indigène. Si l’on veut que l’opération soit aisée et fructueuse pour la colonisation, c’est avant cette période qu’il faut opérer les prélèvements dont elle a besoin.
C’est surtout dans les zones récemment conquises à notre influence qu’il faut se hâter de recenser des terres collectives ; car c’est, là qu’il est le plus facile d’apercevoir la propriété indigène dans son état originel et sans aucune des altérations que le contact de notre civilisation lui fait subir. Pour les officiers du Service des Renseignements, témoins de la première heure, cette besogne d'inventaire
ho sérail ni bien longue, ni bien délicate. Informé des résultats de cette enquête, le Protectorat tF aurait plus qu'à choisir l'endroit et l'heure favorables à des prélèvements: il pourrait même, à l’avance, constituer des réserves pour la colonisation. Eu tout cas — qu'on nous permette d’y insister une dernière fois — si l'on veut éviter une disparition générale de la terre collective, il ne suffit pas de procéder à une recherche' de ces terres, limitée aux besoins actuels de la colonisation; c'est le sommier de la terre collective qu'il faut se hâter de constituer dans tout le Maroc; sinon, il faut remettre en vigueur la prohibition canonique de la vivification des terres sans l'autorisation du du Prince.
Des considérations qui précèdent se dégagent ipielques conclusions d’ensemble.
Eu Algérie comme au Maroc, la propriété collective est en plein mouvement d’évolution vers la propriété individuelle. Cette évolution est fatale: la terre collective est condamnée à disparaître. Mais, ici. il est opportun de ralentir le mouvement ; là, de- le hâter. De toute manière, il faut s'abstenir de le brusquer; il ne pourrait qu’en résulter des crises douloureuses. Dans un pays neuf où la race autochtone a disparu et où la propriété est vierge de toute charge, la délivrance de litres par l'Administration peut s’accompagner dune évolution rapide du régime foncier. En Algérie et au Maroc la transformation de la propriété' collective en propriété individuelle est une o*uvre de longue haleine. Elle s’élaborera lentement, par le jeu des intérêts et des initiatives- privées, dans les éludes de notaires et les greffes des tribunaux: et l'autorité interviendra pour la faciliter et la protéger, bien plusque pour la réaliser elle-même.
Loris Milliot.
professeur à la Facilite (le Drnil (TAltrer.
mil iitiiii mm 1 1 iinin
Les Opérations militaires au Maroc
. EN 1922 t
Le rapport de M . Cialary de Lamazière, député, sur le budget de la guerre iu° 479V4795)contient mie noie d’ensemble sur les opérations militaires de 1922. (Test la conquête du Maroc utile ». Nous le reproduisons ci-après :
Nous avons, l'année dernière, indiqué les raisons sérieuses qui avaient déterminé h Commission des finances à accepter pour les crédits du Maroc les propositions du Gouvernement. Suivant ces propositions, après avoir envisagé dans le budget primitif la réduction des effectifs à 60.000 hommes, M. le ministre des Finances, par une lettre rectificative tardivement transmise à la suite des incidents de la zone espagnole et d’un rapport
de M. ic maréchal Lyautey, nous avait demandé, en accord étroit avec M. le ministre de la Guerre, de maintenir les effectifs à loin- niveau précédent de 86.000 hommes.
On connaît le plan de M. le maréchal Lyautey, exposé par lui devant les diverses Commissions parlementaires : terminer sur deux fronts ; l en
. trois ans la pacification du Protectorat, redoubler l'effort pour obtenir la prompte occupation du Maroc économique, puis, cet effort réalisé, diminuer rapidement les effectifs, articuler, par un malériel automobile approprié, des centres nerveux en petit nombre avec les postes de lu périphérie: dans la zom- d’administration civile, augmenter le nombre des gendarmes indigènes, qu'on appelle des mokbazenis el qui suffisent à assurer l'ordre dans les régions dès longtemps occupées.
Ce plan, qui préconisait un avenir relativement court de sacrifices maintenus à l'étiage actuel, n’allait pas toutefois sans de lourdes charges budgétaires; s’il était séduisant par sa simplicité et par sa promptitude, il coûtait cher. La doctrine inverse, d'une pacification ralentie, prolongée au cours d’un plus grand nombre d’années, pouvait, elle aussi, être appuyée par des raisons très l'orl es où l’argument économie n’était pas le plus négligeable. Ce fut cependant la formule proposée par M. le maréchal Lyautey qui reçut l’approbation de la Commission des finances et des deux Assemblées; la grandeur de l’oïuvre magnifique réalisée daus le passé ne justifiait-elle pas la confiance dans les projels du chef éminent qui avait donné le Maroc à la France?
D’ailleurs, aucun malentendu n'est possible: les effectifs soûl maintenus pour une courte période, correspondant à l'étape de la pacification, (rois ans d’efforts et rien de plus. Cette pacification réalisée, notre corps d’occupation doit être réduit à 60.000 hommes, chiffre suffisant pour assurer la sécurité du Protectorat.
I Le souci de. compression des dépenses, même dans l'hypothèse prévue parM. le maréchal Lyautey, n’a pas été toutefois perdu de vue par la Commission el. pour 1923, une réduction importante d’effectifs et de crédits a été obtenue du Gouvernement. Nous l’avons indiqué dans la première partie de ce rappoil; le lableau ci-dessous vient le confirmer :
Effectifs-troupe Crédits votés
Exercices prévus francs
La pacification en trois carrlpagnes, promise en échange de tant de sacrifices par le Résident général au Maroc, sera-t-elle rigoureusement réalisée ? A cet égard nous devons indiquer rapidement à la Chambre la marche des événements militaires au cours de 1 922.
Les opérations menées depuis le début de 1922 au Maroc se sont déroulées sur deux fronts princi-
iti Voir les cartes de VAfiiipi“ franchise. 1922. /}cn.<eiqn',n>'nlx < ‘i/iiiiiiut.r. page- 211 cl 2!9.
BULLETIN DU COMITE
paux l'un au Sud-Ouest de la roule de Fez à Taxa, dans la poche de dissidence déjà fortement réduite des Beni-Ouarain et des diverses tribus Ait, sous le commandement du général Aubert : l'autre dans la direction intermédiaire du Ilaut-Oum cr ltebia. de la Haute-Moulouya et des sources de l'oued El-Abid, sur les deux versants du Moyen-Atlas: ces opérations étaient confiées au général Poeymirau. Enfin d'autres opérations secondaires et accessoires étaient prévues dans la région d’Ouezzan <>1 le long des confins des zones françaises et espagnoles.
1 — Opérations dans /a région de Taza.
Rappelons brièvement que, de ce côté, conformément. aux directives arrêtées pour 1022. les opérations devaient être menées par toutes les troupes disponibles de la subdivision de Taza. renforcées d'éléments venus de Fez; ces opérations visaient à la réduction tics pays situés, d’une manière générale, entre nos avances de 1921 dans la vallée du Zloul au Nord, le massif du Bou- Iblane et la Moulouya à l'Est, la route « Impériale » du Taghzefl au Sud, la vallée du llaul- Sebou à l’Ouest.
Tandis que ces opérations allaient se dérouler, les troupes d’Algérie montaient la garde sur la frontière nord, libérant le commandement de toute préoccupation dans cette zone toujours sensible; elles y remplissaient parfaitement leur mission, en fournissant ainsi un précieux concours à leurs camarades du Maroc.
Après des études aussi complètes que possible, étant donné particulièrement les renseignements très imprécis qu’on possédait sur le pays de Marmoucha,. le général Auberl décidait de former deux groupes de manœuvres :
L’un opérant dans le Sud sous son commandement direct, le plus important par suite, était chargé, en partant de la Moulouya, d’atteindre le front approximatif Engil-Asinous-Almis des Marmoucha, de s’y créer une nouvelle base, prêt à continuer soit vers le Nord môme, par la vallée de la Seghina, soit vers 1c. Nord-Ouest, en direction générale d’Almis du Guigou pour tendre la main au groupe du Nord et réduire définitivement les Aït-Seghouchène ;
L’autre, opérant dans le Nord, au commandement de son adjoint le général Decherf, avait pour mission, en partant delà région de Sefrou-Tazouta, de réduire tout d’abord le pays Beni-Alaham, puis, remontant le M’Dez. de prendre possession de la région de Scourra, se tenant prêt ensuite à concourir à l’encerclement des Aït-Seghouchène avec le groupe de manoeuvre du Sud.
Le groupe du Sud commença ses opérations dès le mois de janvier, pour s’établir sur la base Touggour-Missour, nécessaire à la fois militairement et politiquement; c’est à la fin de mars que les deux groupes entamèrent véritablement leur besogne ; distants au début d’environ une centaine de kilomètres à vol d’oiseau, ils frappèrent d’abord chacun leurs coups en pays Marmoucha et en pays
DE L’AFRIQUE FRANÇAISE
Béni-Alaliam, préparant la campagne qui les amena à agir en liaison contre les Aït-Seghouchène actuellement encerclés, rejetés qu’ils sont dans un massif de hautes montagnes, le Tichkout, où quelques vallées seulement leur procurent de maigres pâturages.
Les résultats obtenus par cette double action concentriqueonl été considérables : l’élargissement complet de la vallée de la Moyenne-Monlouya a été réalisé; le pays est nôtre jusqu’à la ligne Engil-Azinous-Almis ; vers le Nord, le couloir du Tarzelt a été dégagé et un appui précieux a été apporté de ce fait aux opérations du général Poeymirau vers le Sud. En môme temps, par l'aération complète du ilaut-Sebou, l’encerclement des Aït- Seghouchène réduits au massif inhospitalier du Tichkout, est un fait accompli, tandis que le refoulement des derniers insoumis Marmoucha dans les contreforts sud du Bou-lblane les réduit comme les Aït-Seghouchène à de maigres pâturages et à des terrains insuffisants de culture.
L’occupation complète des Aït-Seghouchène reste à réaliser pour arriver à la réduction entière de la « tache » dissidente de la zone Est.
Ce dont il s’agit, c’est de se rendre maître de l'important massif du Tichkout dans lequel se sont concentrés d'abord tous les Aït-Seghouchène, un morceau important de Marmoucha et. avec eux. tous les résidus des dissidents des groupements soumis. C'est une sérieuse affaire, car, d'une part, nos troupes trouveront là la résistance acharnée de gens restés jusqu’ici les plus irréductibles, servis par un terrain particulièrement difficile, boisé cl profondément coupé; d’autre part, il apparaît que la vallée de la Seghina ne pourra pas être utilisée pour les opérations d'un groupe de manœuvre parce qu elle est trop profondément encaissée et il faudra trouver d’autres débouchés d'accès.
C’est donc une opération à monter minutieusement, à faire précéder de nombreuses reconnaissances d’un terrain à peine connu, et à n’engager qu'avec toutes les forces nécessaires.
Dans le plan prévu pour 1922. la réduction entière, dès cette année, de la « tache » dissidente de la zone Est était escomptée. Il ne semble pas prudent d'y compter. C'est un mécompte qui parait, d'autre part, compensé par l'opération d’Ouaouizert dont nous parlerons tout à l'heure; mais les troupes aux ordres des généraux Aubert et Decherf ont combattu sans discontinuer, celles du Sud depuis le mois de janvier, celles du Nord, depuis le mois de mars; elles ont eu à lutter contre un adversaire acharné; elles ont été éprouvées et soid très fatiguées. Elles ont besoin de souffler.
D’autre part, la libération du deuxième contingent de la classe 1920 a privé, à partir du 1er juillet. les unités, particulièrement dans l'infanterie et l’artillerie, de nombreux sous-officiers et caporaux et aussi de soldats spécialistes. 11 faut remettre d’aplomb les unités et instruire les recrues, les amalgamer aux anciens, en un mot, reforger l’outil, si bien que les bataillons ne seront mobilisables vraiment qu'au début de 1923.
Enfin l’organisai ion des arrières s'impose. Nous avons progressé, au groupe sud, de 50 kilomètres en moyenne, au groupe nord, de 25 kilomètres: il en résulte, et cela va de soi. un gros travail indispensable pour la vie des troupes de l’avant r création de pistes dans un pays difficile, création de postes nécessitant l’apport de matériaux, postes dont la construction doit être soignée, la contrée étant 1res rude ; enfin, nécessité d’assurer le ravitaillement de ces postes pour toute la période d 'hiver.
Il y a donc là tout un travail qui demande du temps, des hommes, et ne permet par suite à la troupe que de prendre actuellement un repos très relatif.
A cela il faut ajouter la nécessité, pour la nouvelle campagne, de créer une nouvelle base de départ, d’y amener les troupes, d’y apporter les ravitaillements: il faut aussi voir clair dans la situation politique, lire. >i possible, dans le jeu de l’adversaire, attendre de nouvelles soumissions dont certaines, d’ailleurs, viennent à nous actuellement.
Tout miiifail donc, en faveur d'un arrêt des opérations de ce côté pour 1922: il fallait s’organiser militairement et politiquement, et n’étudier la reprise des opérations que pour le début de l’année 1923. D’ailleurs, les fractions encore* insoumises ( Aït-Tsegroughen. Beni-Bou-Zerl) ont réagi à plusieurs reprises très violemment : il y a eu eu particulier du 7 au 17 septembre toute une série d'engagements dans la région du Sud-Ouest de Ta/.a : un groupe mobile réuni aux ordres du général Decherf dans la région de Souk-el-Arba a dispersé les rassemblements hostiles après avoir ou dans ces combats 20 tué- dont I officier et 39 blessés dont 3 officiers.
11. — Opéra lions dans ta région do iOnm-cr /tobin , do la Hanto-Moulouya et de / oued /•„’/- Abid, et la région de Marrakech , dirigées par le généra l Voeynnrn a .
Ces opérations avaient pour objet la soumission des tribus dissidentes occupant les deux versants du Moyen-Atlas entre le llaut-Oum er Rebia, la I laute-Moulouya jusqu’à ses sources d’une part, et les sources de l’oued El -Abid d’autre part, c’està-dire la zone de partage des versants de la Méditerranée et de 1’Atlnnliquc, pays accidenté, qui contient d’importants massifs foreslierset constitue le véritable « château d'eau » du Maroc.
Le général Poeymirau disposait, pour la réalisation de cé programme, des forces disponibles du Tadla et delà subdivision de Meknès, do partisans Beni-M’Guid el Zaïans, et d’unités prélevées sur les subdivisions de Casablanca, de Marrakech, de Eez, et le territoire de Bou-Denib, au total 15 bataillons, 7 escadrons, 10 batteries. 7 goums. Formant avec ces forces trois groupes de manœuvre, il devait, par une action convergente, réaliser une série de jonctions entre l'Oum er Rebia et la Moulouya par les cols du Moyen-Atlas, découpant par tranches successives la région à occuper.
Le climat froid et pluvieux de la llaute-Moulouya, la neige qui persiste 1res tard dans cette zone du Moyen-Atlas rendant impossible avant le mois de mai tout mouvement de troupes important dans cette région, le groupe de matiœuvre du ^Tadla seul, opérant sur le versant nord du Moyen- Atlas, devait procéder, dès le mois d'avril, à l’occupation de Ivsiba, pour, d’une part, élargir el consolider notre couverture sur la rive gauche de l’Oum er Rebia, et, d’autre part, protéger efficacement sou flanc droit au cours des opérations ultérieures vers Ivebbab et les cols du Moyen-Atlas.
Réuni à Ghorm-El-Alem à la fin de mars, sous le commandement du colonel Freydcnberg, le groupe de manœuvre, fort de G bataillons, 3 escadrons, i batteries, 3 goums et renforcé par les partisans zaians, enlevait, le 9 avril, après une série de combats vigoureusement menés, Ksiba, défendu par de nombreux dissidents descendus de la montagne à l'appel de Moha-ou-Saïd. Après avoir relié par un réseau très complet de pistes el de postes le terrain nouvellement occupé avec nos postes existants de Ghorm-el-Alem el de Deehra-el- Oued, k* colonel Freydcnberg venait se concentrer près du pôste d’Aït-Isaq, le 12 mai.
En même temps, les deux groupes de manœuvre de 4a Jlaute-Moulouya. comprenant ensemble 31 compagnies, 4 escadrons, 4 goums, 7 batteries sous les ordres respectifs du général Thévency el du colonel de Ghambrun. se concentraient au Nord de Rou-Dra et aux Aït-Mouli.
Pour dégager son flanc droit, le général Poeymirau avait fait exécuter, le 10 mai. par les goums et partisans du cercle Béni M Guild une reconnaissance qui. se portant de Békrit sur Itzcr par les gorges opposées de l’Oucd-Serroual et l’Oued-Bou- Ladjoul. dans un pays difficile, fut bien accueillie par les tribus rencontrées et ouvrit au travers du Moyeu-Atlas une première transversale. Ainsi couverts, les groupes de manœuvre entamaient, le 12 mai, leur mouvement 'sers l’Ouest.
Martelés puissamment par notre aviation de bombardement, les dissidents débordés se repliaient devant nos troupes qui, après avoir occupé Sidi-Tiar, Aït-Bou-Chérif, Arghbalou-N’Serdane, atteignaient Azerzou le 18 mai el s’installaient le 23 à Bou-Guedjij.
Pendant ce temps, le groupe de manœuvre du Tadla atteignait, le 15 mai Tighessalinc, le IG mai Tinteghaline, où il infligeait aux lclikcrn une défaite sanglante et enlevait de vive force, le 22 mai, Bou-Tciouanine (6 km. Sud de Ivebbab), prenant ainsi pied sur le massif culminant du Moyen- Atlas.
Le 20 mai, le général Poeymirau se portait sur la ligne de crêtes du Tizi-Maachou et effectuait une première liaison avec le groupe du Tadla, ouvrant ainsi une nouvelle transversale à travers le Moyen-Atlas entre Khénifra sur l'Oum er Rebia et Azerzou sur la Moulouya.
Le 18 juin, le général Poeymirau, effectuant un nouveau bond vers l’Ouest, se port lit de Bou- Guedjij sur Taouenza où il s’installait malgré de vives attaques des dissidents venus des hauteurs
BV U. ET] N [>!' COMITÉ DÉ L’AFRIQUE FRANÇA ISE
sud de la Moulouya. pendant que. sur le versant nord du Moyen-Atlas, le colonel Frevdenherg, partant de Tinteghaline, se portait sur le massif du Tasfilalet (8 km. Sud-Ouest de Bou-Tsiouanine), faisant subir aux dissidents des pertes sérieuses. Le 19 juin, les deux groupes d’opérations opéraient leur jonction par une nouvelle transversale entre Tasfilalet cl la plaine d’Alemsid, où le général Pocymirau installait un poste assurant en ce point le terminus de notre occupation de la Haute- Moulouya.
Les dissidents, repoussés aux cours de leurs attaques contre le groupe de manœuvre le 18 mai et dans la nuit du 19 au 20 mai. tentèrent dans la journée du 20 d’empêcher la marche du convoi de ravitaillement se rendant sur l’arrière à Aghbalou- YSerdane. escorté par le groupe du général Théveney. Au nombre de 3.000, malgré les attaques répétées allant parfois jusqu'au corps à corps, ils furent repoussés avec des pertes considérables, abandonnant sur le terrain de nombreux cadavres d'hommes et de chevaux, et se retirèrent sur les pentes du Grand-Atlas.
Pendant le mois de juillet, les troupes réalisaient plusieurs liaisons de part et d’autre du Moyen- Atlas, installant des postes entre le Haul-Oum er Kebiaella Haute-Moulouya. Puis, pour rejeter les insoumis vers les premières pentes du Grand- Allas, ou l'hivernage leur sera des pins difficiles, les colonnes du général Pocymirau occupaient Bou- Draa de l'Oulghès. réalisant en même temps l’occupation des hauteurs dominant vers Tounfit les rois du Grand-Atlas. Un assez rude corn liai nous coûtât? tués et 10 blessés, mais il n’y eut pas de réaction ultérieure.
En même temps, le groupe mobile du Tadla parachevait l’occupation du pays Ichkern et complétait le ravitaillement des nouveaux postes, sans incidents.
Nous tenons donc a l’heure actuelle les deux versants du Moyen-Atlas, depuis le col de Tarzefl (route impériale Meknès-Bou-Denib) jusqu’au seuil d'où sortent les sources de la Moulouya et de l’oued El-Abid, dans la région d’Alemsid, c’est-àdire jusqu’à la ligne de partage des eaux des versants de la Méditerranée et de l'Atlantique. C'est là que se trouve établi le « verrou Est » prévu par le programme d’opérations pour 1922.
Durant ces opérations, la totalité des Aït-Ougadir et des Aït-Bougcman (Béni M’Guild insoumis) se sont ralliés à nous; d'importants groupes d’autres fractions, en particulier des Ichkern, se sont également soumis et les irréductibles se bornent à se maintenir sur la défensive.
Mais il reste néanmoins là une masse importante et sérieuse, comprenant des dissidents de toutes origines, qui. jusqu’ici, n'a manifesté encore aucune velléité des oumission. Ils sont nombreux, bion armés, groupés autour de foyers de propagande religieuse très actifs, dont les plus importants sont Tounfit et Sidi-Yahia ou Youssef. Ils ne pourront pas vivre indéfiniment dans ces gorges profondes et resserrées avec leurs familles et leurs troupeaux, mais ils peuvent y vivre un certain
temps, car il s’y trouve de l’eau, des pâturages < ! des cultures, et ils sont alimentés fiai* de- gens du revers du Grand-Atlas. Ils y resteront donc tant qu'ils pourront, escomptant, soit notre départ de la Haute-Moulouya. espérant toujours que, corneilles mehallas des sultans, nous ne sommes qu'un mage qui passe, soit une réduction de nos effectifs affaiblissant nos postes et notre couverture et leur offrant de bonnes occasions de nous bousculer.
La certitude de notre installation définitive que leur donnerait la construction de nos postes de nos lignes télégraphiques, des routes, le maintien intégral de notre force, appuyant l'efficacité de notre travail politique, les déterminerait seule à rentrer, à se dissocier peu à peu et à nous revenir, ainsi qu’il s’esl produit chez les Zaïans dont nous avons pendant quatre ans occupé le pays vidé, avant qu'ils se résolvent à y revenir.
Jusque-là, cette masse va constituer une menace sérieuse contre le flancs sud de notre nouvelle ligne.
Le «verrou Est » ainsi assuré, il s'agissait «rassurer le « verrou Ouest » qui l'ai sait partie des « possibilités » «pie lais>ail prévoir li* programme d’opérations pour 1922.
Celle opération, qui est à l'heure actuelle terminée, peut être vraiment considérée comme une .des plus dures, et des mieux conduites de toutes celles qui ont été exécutées au Maroc. Les troupes du général Daugan, comprenant onze bataillons, cinq escadrons de cavalerie, huit batteries d'artillerie, trois goums et trois mille partisans aux ordres du pacha El Hadj Thami Glaoni. oui livré à partir du lpr septembre une série de combats acharnés; plusieurs bonds ont été rendus nécessaires, tant en raison des extrêmes difficultés du terrain (pays de très hautes montagnes, véritable Suisse) et de la précarité des voie> de communications, qu’en raison de la farouche résislance de l'adversaire, fanatisé par les marabouts de la zaouïa d’Ahansal. Les troupes éclairées et flanquées par les contingents indigènes, ont brillamment enlevé les différentes positions organisées par l’adversaire el ont occupé Ouaouizert le 26 septembre.
Nos pertes pendant toute la durée de ces opérations ont été pour les troupes régulières de 36 tués et de 1 40 blessés, et pour les harkas du pacha de Marrakech de 72 tués et 175 blessés.
Le général Daugan procède actuellement à l’aménagement des postes créés et à l’organisation des communications vers l'arrière, en vue d'assurer avant l’hiver les ravitaillements nécessaires, i .950 familles ont fait leur soumission et l'on peut considérer dès à présent la tribu des Aït-Bouzid comme soumise. Nous enregistrons par ailleurs «les symptômes de détente et des soumissions d’isolés chez les AÜ-Atla et tes autres fractions qui nous ont combattus.
L’occupation de la cuvette d’Ouaouizerl. du nœud important de communications et du grand marché constitués par ce point, réalise 1 établisse-
ment du verrou Ouest commandant le débouché des gorges impraticables de t’oued El-Abid et nous met de ce côté à In limite du Maroc utile. 11 ne semble pas en effet qu'il soit nécessaire d envisager pins au Sud l’occupation militaire d’Ahansal, où. faute d’un concours suffisamment effectif des Iribus de l'extrême sud, les harkas du Olaoui n’ont pu parvenir.
Le souci dominant de limiter l’effort militaire, et par suite les dépenses qu’il nécessite, au strict indispensable, conduit le commandement à ne plus envisager dans cette région, pour 1923. que la constitution de la « courtine » reliant les deux bastions d’Ouaouizcrt et d’Alemsid.
La période d’hiver va être consacrée de ce côté au travail d’informations, de contacts et de reconnaissances, qui permettra de déterminer comment, où et sous quelle forme il conviendra d envisager rétablissement de cette courtine.