I. ’ A F IU Q U E F H A X Ç A I S E
service d’un Européen, pouvaient être sommairement punis d’une « peine disciplinaire », comprenant la fustigation et la détention, avec mise aux fers. Au nombre de ces crimes étaient le manque de soin, la paresse, la désobéissance et la désertion. Les dossiers de ces causes étaient soumis périodiquement au gouverneur, mais ils n’étaient pas compris dans les statistiques judiciaires du protectorat. Une autre méthode de châtiment, à la disposition de l’agent administratif, était la « coercition administrative ». Elle -semble avoir été étendue à tous les cas de non soumission à un ordre exécutif quelconque que le fonctionnaire intéressé avait le pouvoir de donner.
Les Allemands n’avaient pas de système régulier de tribunaux indigènes, mais une certaine juridiction, limitée aux affaires purement domestiques, était donnée aux chefs officiellement reconnus, comme dans les districts de Victoria et de Buea; et à Victoria une cour indigène, jugeant en appel les décisions des chefs, avait été constituée, de laquelle on pouvait appeler au District officer. Mais les pouvoirs judiciaires, pour leurs propres affaires, étaient très mesquinement octroyés ; en fait, à Ossidinge, toutes les causes étaient jugées par le District officer.
Sous le régime anglais, au Cameroun, le système judiciaire est celui de la Nigeria, sauf que la copr suprême de la Nigeria n’a pas de juridiction. Il y a un tribunal provincial, dont le résident est juge avec pleins pouvoirs. Les fonctionnaires préposés aux divisions sont commissaires du tribunal, avec des pouvoirs limités à deux ans de prison. Tous les commissaires du tribunal ont juridiction sur les Européens, aussi bien que sur les indigènes. Toute condamnation à plus de six mois de prison est sujette à la confirmation du lieutenant-gouverneur des provinces de la Nigeria méridionale, auquel sont envoyées les copies des procès-verbaux pour les causes demandant confirmation. Toutes les condamnations capitales sont revues par le gouverneur, en conseil exécutif. Le droit criminel est le code criminel de la Nigeria, qui est appliqué aux Européens et aux indigènes, sans distinction. Les poursuites administratives et disciplinaires sont illégales. La peine du fou-et n’est permise, d’après le code, que dans des circonstances exceptionnelles, dans le cas d’esclavagisme et de vol de nuit avec effraction. Le droit civil est le droit coutumier anglais, et les doctrines d’équité et les statuts d'application générale, qui étaient en vigueur en Angleterre en 1900. modifiés par les conditions que les cours britanniques doivent reconnaître dans les causes civiles, concernant les indigènes, le droit indigène et la coutume indigène, quand elles ne sont pas contraires à la justice naturelle et à l’humanité, particulièrement dans les questions relatives au mariage, à la propriété foncière et à l’héritage.
En outre, il y a des tribunaux indigènes sur le modèle de ceux de la Nigeria, appliquant la lo; et la coutume indigènes. Ces cours sont établies par le résident pour satisfaire aux besoins des différents districts, et sont régulièrement consti-
tuées par mandat, approuvé par le lieutenant-gouverneur. Le mandat détermine l’étendue de la juridiction de la cour, indique les pouvoirs qui lui sont conférés et désigne les chefs nommés membres. L’étendue des pouvoirs judiciaires conférés dépend du progrès et du degre de civilisation du district en question ; mais jusqu’ici, pas un tribunal indigène n’a une juridiction dépassant six mois de prison. D’après 1 ordonnance sur l’autorité indigène, on peut accorder des pouvoirs exécutifs ümités au tribunal tout entier ou à un seul chef élu. Le District officer, auquel il est fait appel, a le droit d’entrer, en tout temps, dans ces tribunaux purement indigènes ; mais, tout en exerçant une étroite surveillance et en tâchant de faire des chefs des instruments effectifs de justice, en leur enseignant les règles élémentanes du témoignage et en faisant régner une stricte impartialité et intégrité, il évite toute intervention qui n’est pas nécessaire, afin de provoquer l'esprit de responsabilité et de l’initiative indépendante. L’objet est de faire des tribunaux indigènes et des tribunaux provinciaux des parties constitutives d’un système judiciaire, et de décharger ces derniers de la besogne qui peut être mieux faite par les indigènes eux-mêmes.
Police. — La force totale de police, dans la province, est 154 hommes sous un commissaire résidant à Buea. Bien qu’ils soient aimés, c’est une force purement civile, et non semi militaire comme le fut le « soldat de police » allemand. Pour la plupart, ce sont des indigènes du Cameroun.
Prisons. — Il y a une prison au chef-lieu de chaque division, dirigée d’après les mêmes régies que les prisons de la Nigeria. Les règlements allemands pour la direction des prisons étaient semblables à ceux de la Nigeria, sauf que tous les prisonniers étaient enfermés, avec des anneaux au cou et des chaînes, pratique qui est interdite dans la Nigeria.
Service de santé. — Il existe, actuellement, trois medical officers dans la sphère britannique, à ictoria, à Bainenda et à Ossidinge ; il n’a pas été possible, depuis la guerre, de tenir les cadres au complet. Il y a un hôpital européen à V ictoria et des dispensaires indigènes dans tous les chefslieux de division.
Administration militaire. — Les' seules troupes tenant garnison dans la province sont une compagnie de la West Africa Frontier Force, à Bamenda, comptant 237 hommes, avec 3 officiers anglais brevetés et 2 non brevetés. Cette compagnie est placée à Bamenda, en partie pour exercer une influence morale sur les indigènes de certaines portions de la division qui, à l’époque allemande, ne furent pas entièrement sojfhiises, et, en partie, pour la défense du territoire. Les Allemands eurent environ 200 soldats à Bamenda, et une force semblable (le nombre exact est inconnu) à Soppo, près de Buéa. La Schutztruppe était payée sur la subvention impériale. Autant qu’on peut 1 affirmer, il n’y eut pas de conscription, j au temps allemand; il n’y en a pas non plus ac- ‘
tuellement ; tout recrutement a été supprimé.
Religion. Missions et Enseignement. — Sur une population totale évaluée à 358.914 habitants, il y a environ 7.000 chrétiens et moins de 2.000 musulmans ; le reste est formé de païens. La plupart des musulmans sont des immigrés, et leur religion gagne très peu de terrain. D autre part, la religion chrétienne, avec l’activité accrue des missions, est propre à attirer beaucoup de convertis. La religion païenne est un culte des ancê très, avec une croyance à une vie future, sous la terre, formant la contre-partie de l’existence de ce monde.
En matière religieuse, les Allemands semblent avon- assuré la liberté de conscience et le libre exercice de toutes les formes de culte, quoi qu'il faille famé quelque exception pour la division de Bamenda, ou ils établnent la sphère d’activité de chaque mission. Les deux missions établies dans la province furent la mission catholique romaine et la mission protestante de Bâle ; on leur abandonna tout renseignement des indigènes. La première eut de grandes écoles à Victoria, Buea, Ossidinge, Bamenda, tandis que la mission de Bâle, qui donnait aussi l’enseignement manuel, avait des établissements semblables à Victoria, Ivurnba, Ossidinge et Bamenda. Les deux mis sions avaient de petites écoles dans differents villages. La mission catholique a été remplacée par la mission catholique française et la Bâloise par la mission baptiste ; malheureusement, leurs ressources ont été tellement appauvries depuis la guerre qu’elles n'ont pu que très peu fournir à l’œuvre de l’enseignement. Le gouvernement a donc commencé à combler les lacunes en faisant les frais de cinq écoles convenablement munies de personnel, et inspectées, afin de donner satisfaction aux demandes croissantes des indigènes. Environ 600 garçons et filles fréquentent ces cinq écoles.
Revenu et Taxation. — Sous les Allemands, la principale source de revenu autre que les douanes était la capitation indigène, dont je taux était fixé à 10 marks par homme adulte et valide. Les agents administratifs locaux étaient autorisés à réduire ce taux à 6 marks dans les districts ou dans les parties de districts où un taux supérieur paraissait dépasser la capacité de paiement des habitants. Ainsi, dans la division de Victoria, la base était de 10 m., mais seulement 6 dans celle de Bamenda. Si les indigènes ne pouvaient ou ne voulaient pas payer en argent, ils s’acquittaient en journées de travail, mais le paiement en argent était la règle générale. Les indigènes incapables de payer pouvaient être çédés à des employeurs privés. Les chefs de village étaient responsables de la levée de la capitation, et 10 % de la somme recouvrée par chacun d’eux était conservée par lui, comme rémunération de ses services. La taxation directe prit graduellement une place de plus en plus importante, comme le montre ce fait que, en 1904, le pourcentage des recettes provenant des taxes était 7 % et celui des recettes provenant des droits de douane 75 %, tandis que, en
1914, l’ évaluation était 32 % pour les taxes et 53 % peur les droits de douane. JLe système allemand de capitation a été conservé dans tout ce qu'il avait d’essentiel, mais le taux a été réduit à 8 sli. dans les divisions de Victoria et de ixum ba, et 3 sh. 6 dans la division de Bamenda. A Ossidinge, les taux varient de 7 sh. à 3 sb. 11 y a cependant une différence marquée dans l’application du système ; sous les Allemands, toute la taxe allait au revenu général ; maintenant, la moitié seulement est versée au revenu, le reste est alloué pour dépenses de travaux et services d'utilité puoiique, destinés à provoquer le développement de la division dans laquelle la taxe est perçue. Dans toutes les parties de la province / la taxe est payée sans difficulté et sans rigueur, et tout travail remplaçant la taxe impayée a été aboli.
En 1912-13, les Allemands encaissèrent 17.725 £. de droits de douanes dans cette province. Les mêmes droits ont produit, en 1919, 8.015 £. Le tarif allemand resta en vigueur jusqu’au 1er novembre 1921, époque à laquelle, avec l’approbation du secrétaire d’Etat pour les colonies, le tarif nigérien fut appliqué, et les frontières fiscales entre la Nigeria et la sphère anglaise du Cameroun furent abolies. La seule autre taxe indigène fournissant des recettes appréciables fut la licence des colporteurs, ou taxe des voyageurs de commerce, taxe de 25 marks, payable, annuellement, par tout indigène qui faisait du commerce hors des limites de son village. Cette taxe aussi a été conservée, mais réduite à 1 £. par an.
Tandis que la partie nord du Cameroun britannique paie, en réalité, ses dépenses (encore a-t-on vu que dans le pays au sud de la Benoué, des sommes ont été avancées par l’administration indigène de l’émirat de Yola), les recettes de la province du Sud-Cameroun ne suffisent pas à équilibrer les dépenses. De 1916 à 1919, inclusivement, la Nigeria dut lui fournir 50.236 £. En 1920, le déficit, qui fut de même comblé au moyen de fonds nigériens, s’éleva à 12.296 £. ; il fut de 16.589 £. pour les trois premiers mois de 1921. A cette date, le gouvernement de la Nigeria abandonna le système en usage et adopta le 1er avril au heu du 1er janvier pour le commencement de l’année financière. D’après les nouvelles estimations, le déficit s’est élevé à 78.834 £. pour l’année 1921-22, et s’élèvera pour 1922-23 à 79.000 £. Ainsi, au 31 mars 1922, le gouvernement nigérien a dû avoir dépensé, en tout, 157.955 £■ pour l’administration du Sud-Cameroun en plus des recettes de cette province, et au 31 mars 1923, ce total montera, suivant les prévisions, à 236.955 £.
Commerce des boissons. — Sous les Allemands, des licences pour vendre des boissons étaient accordées à certaines compagnies et aucune restriction n’était imposée à la vente, si ce n’est que les soldats et les hommes de police n’avaient pas la permission d’acheter des boissons quelconques sans une autorisation écrite. Certaines régions, tomme la division de Bamenda. étaient entière-
ment fermées à l’importation ou au trafic de boissons fermentées d’origine étrangère, bous les Anglais, par une proclamation du 15 novembre 1916, l’importation de tous les alcools de traite a été prohibée, et par une autre proclamation du 3 juillet 192U, l’importation des alcools nuisibles, comme l’ absinthe, a été prohibée, et la distillation de tout alcool, dans la sphère anglaise, est considérée .comme un crime. Cette dernière clause ne s’applique pas cependant à la boisson fermentée habituellement faite par les indigènes.
Armes et munitions. — Le gouvernement permet le port des armes de précision, moyennant licence, à ses propres agents et aux patrons qui ont un long service et de bonnes réferences. D'autres indigènes sont autorisés à se servir de fusils à balle pour protéger leurs récoltes et pour chasser, mais l’importation de ces fusils est étroitement limitée, et leur distribution contrôlée.
Esclavage. — Par un ordre impérial du 28 juillet 1895, la traite et la réduction en esclavage ont été prohibées, mais l’état d’esclavage n’a pas été aboli. Les lois allemandes sont toujours en vigueur, mais après que le mandat aura été approuvé, la loi nigérienne, qui abolit le statut légal d’esclavage et supprime toutes les formes de traite des esclaves, sera, sans doute, apphqué à cette province. Quand elle sera promulguée, elle pourra donner des craintes aux propriétaires d’esclaves ; toutefois, à mon avis, loin de produire des troubles sociaux graves, elle n’aura pas d’effet appréciable, maintenant que les esclaves, dans les divisions de Eumba et de Ossidinge, ont été si longtemps dans cet état que beaucoup d’entre eux ne connaissent pas leur propre foyer et ne sont pas sûrs d’être bien accueillis s.’ils s’v rendaient. Ils resteront probablement avec leurs maîtres, surtout s’ils ont été humainement traités. Bien n’empêche, aujourd’hui, un esclave de gagner sa liberté. Le gouvernement n’aide pas les maîtres à recouvrer leurs esclaves si ceux-ci s’en vont, et ne fait aucune pression sur les esclaves pour qu’ils demeurent en cet état; mais, malgré cela, il y a eu, depuis notre occupation, un nombre négligeable d’affranchissements. Il faudra proba blement une génération avant que la classe des esclaves disparaisse.
Politique agraire. — T/effet général de la politique agraire allemande peut être résumé ainsi: dans la partie nord de la sphère anglaise, aucune atteinte ne fut portée, en réalité, aux droits des communautés indigènes sur leurs terres. Dans la partie sud, autour du massif du Cameroun, les droits des indigènes ont été aliénés, sauf que certaines étendues furent réservées pour leur usage. Il n’y eut pas de changement apporté à cette situation depuis l’occupation anglaise, et aucune demande de location de terres faite par des étrangers n’a été reçue. Les plantations et autres propriétés allemandes doivent être vendues, conformément aux termes du traité de paix, et, auparavant, les propriétés sont gardées par le gouver nernent nigérien.
Plantations. — Elles sont au nombre de- 28 et
couvrent 245.000 acres, dont environ 45.000 sont cultivés. Dans cette superficie sont comprises les réserves de Buea et autres villages. De 1 avenir de ce s plantations dépendra, dans une large mesure, la prospérité future de la division de "Victoria. À la condition qu’il soit fait droit aux légitimes revendications des indigènes, les plantations passeront aux mains de compagnies européennes et américaines qui, seules, amont un capital et une expérience suffisante pour les maintenir au degré élevé de production qu’elles avaient atteint, et conserver le renom du Cameroun pour la haute qualité du cacao.
Conclusion. Attitude des indigènes. — Les indigènes, en général, sont pacifiques et soumis aux lois. Us paient leurs taxes régulièrement et sans difficulté. Tl n'y a pas d’hostilité à l'égard du gouvernement par l’Européen. Quoique les plus âgés et plus conservateurs d’entre eux puissent regretter les temps passés, où la loi n’existait pas, la jeune génération, et particulièrement les femmes préfèrent la sécurité, la propriété, la liberté d’action et une vie plus civilisée qu’un gouvernement central, stable, peut donner. Il est peu douteux que les indigènes de la partie occidentale du Cameroun eurent une prédilection presque historique pour le gouvernement anglais, sentiment que trente ans de gouvernement allemand n’a pas déraciné ; ils ressemblent, par les coutumes, le vêtement, etc., aux tribus qui habitent à la frontière orientale de la Nigeria.
Le principal grief des indigènes est le coût des marchandises importées et les bas prix payés poulies produits. Ils savent qu'il y eut une guerre et qu’elle est maintenant finie; ils ne peuvent comprendre pourquoi les jours fortunés de l’avantguerre ne reviennent pas, et, naturellement, ils associent ces heureux jours passés avec l’administration allemande. Il est pratiquement impossible d'essayer d’expliquer aux populations d’un type aussi primitif le trouble profond ie la balance économique causé par la guerre.
Tableau des recettes et dépenses pour 1921-22.
Ilerellc s en livres.
Licences et recettes intérieures 4.400
Droits île justice et remboursements 17.645
Douilles 12.2'20
Postes et télégraphes 1.216
Marine « 525
Devenu des propriétés du Gouvernement 1 .000
Taxes directes 24.950
Déficit couvert par les fonds nigériens 78.834
Dépenses en livres.
Pensions 5 016
Administration 34.794
Trésorerie, 351
Postes et télégraphes 14.858
Police civile 7.704
Prisons ; 4.091
Agriculture 6.768
Dépenses.
Service médical 14.266
Enseignement 2.705
Douanes ....'. 2.175
Marine 11.501
Troupes coloniales 13. 330
Divers 3.921
Département des Travaux publics. 4.470
Travaux publics dépenses périodique 4.400
Travaux publics dépenses extraordinaires 13.2,0
1 1 n 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 ii 1 1 1 1 il 1 1 1 1 hum 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 uni 1 1 h H 1 1 1 in 1 1’
BIBLIOGRAPHIE
Fulani Grammar, by Sylvia Lkith-Ross; 1 vol. in-8° de 210 pages. — London, Waterlow and Sons, 1922. (En vente à la librairie du Secrétariat, Lagos, Nigeria, au prix de 10 shillings 6 pence).
Nous possédions déjà un certain nombre de livres sur la langue peule ou foulant. Mais [celui que vient de publier M“’« Leith- Koss, par l'intermédiaire du gouvernement général de la Nigeria, se place au premier rang des ouvrages anglais sur la matière et il est destiné même à rendre les plus grands services aux Français qui voudront étudier ce langage si attachant et si important.
Veuve et sœur de coloniaux britanniques extrêmement distingués, coloniale elle-même pour avoir accompli de longs et nombreux séjours dans la Nigeria, solidement préparée aux travaux de linguistique africaine par ses études antérieures et son assiduité aux cours de l’Ecole des Langues Orientales de Paris, \|me Leith-ïtoss possédait à la fois l’expérience et la science nécessaires à l’accomplissement de l’œuvre qu'elle avait entreprise. En outre, sa parfaite connaissance du français lui a permis de mettre à profit les données qui ont été fournies par M. le gouverneur (laden dans son bel ouvrage intitulé Le Poular, le meilleur certainement qui existe sur la langue peule. Il faut ajouter à cela que la merveilleuse clarté de son esprit l'a puissamment aidée à rendre lumineux l’expose d'une théorie grammaticale dont la complexité apparente rebule bien des débutants : ceux qui prendront pour guide la grammaire de .M,u» Leilh-Ross ,-eront entièrement à l'abri de pareilles déceptions.
Le dialecte qui a servi de base à cette grammaire est celui qui est le plus couramment; parlé entre le bief inférieur du Niger et le Tchad, c'est-à-dire dans la Nigeria du Nord et dans lo Territoire du Niger. Il diffère très peu des dialectes usités dans l'Adamaoua, dans le nord du Cameroun et au Baguirmi, comme aussi des dialectes parlés à l’intérieur de la Boucle du Niger. Par ailleurs, l'auteur a eu soin de noter les- principales différences qui le distinguenl des dialectes occidentaux et notamment de celui du Sénégal, différences qui, du reste, ne sont ni très nombreuse* ni très considérables. Aussi son livre sera utile, non seulement aux Anglais de la Nigeria, mais également aux Français appelés à voyager ou à séjourner dans n'importe quel pays de langue peule ou parmi les Toucouleurs.
Maurice Delafosse.
Le fil de la planche, par Jean Fleurier; 1 vol. de 188 pages ; 4 fr. 50. — Editions de Foi et Vie, 48, rue de Lille.
M. Jean Fleurier a passé sa vie à préparer ou à faire la guerre en Afrique, au front de France el au Levant et il a su observer hommes et choses. Il nous avait déjà donné les réflexions de son bon sens et de son expérience dans Mon Sac. Il nous donne un second sac tout aussi bien rempli. Retenons-en ceci ;
« Les plus fermes soutiens de la France dans ses populations indigènes, ce sont les anciens soldats de carrière qui ont vécu longtemps à l'ombre de son drapeau, et auxquels elle assure par une pension, le riz ou le couscous de leurs vieux jours. Sans parler ici de motifs plus nobles, honneur de la nation qui les employa comme de ceux qui l'ont si fidèlement servie, l'intérêt attache le vétéran arabe, sénégalais ou annamite à la domination française, parce que le jour où les Français seraient jetés à la mer, les trimestres de sa retraite y disparaitraieut avec eux. La grande guerre nous a obligés à faire flèche de tout bois, à instaurer ou à développer outre mesure le service obligatoire dans
tt U L L E T IN DU CO M I T li 1 ) E L A F R I Q Ü E F H AN ÇA ISF
nos colonies. La garde du Rhin, la garde au Levant l’aggravent, en maintenant loin de leurs foyers des indigènes, appelés et non plus volontaires, que ni le patriotisme ni le lucre n'attachent à notre cause. Carthage tenait ses mercenaires par l’appât du gain ou du pillage. Par quels ressorts maintiendrons-nous assemblées et solides les pièces de notre armure ? Le Français actuel semble craindre le service militaire plus que la guerre. S’il veut rétablir le remplacement sous une l’orme détournée par l’emploi massif des troupes indigènes, si pour assurer sa tranquillité d’aujourd’hui, il leur délègue le soin de sa sécurité de demain, il lui faut savoir que pour ne pas payer trop cher un jour celle abdication du premier de ses devoirs, il doil la payer fort cher tout de suite (1). Le soldat indigène, quel qu'il soit, n’est solide, instruit, fidèle, que s’il sert longtemps. Il ne serf longtemps que s’il sert volontiers, il ne sert volontiers que s’il sert volontaire, ment, il ne sert volontairement que s’il sait que la France l’a. dopte du jour de son incorporation à celui de sa mort. Le tirailleur d’autrefois, le tirailleur en bleu, quittait à regret les officiers qui l’avaient mené au feu et l’avaient fait médailler, la compagnie, l’escouade où il avait gagné ses chevrons. Le tirailleur d’aujourd’hui, le tirailleur en kaki, compte les jours comme un « homme de la classe ». 11 obéit certes, car la discipline est innée dans les races primitives que nous avons ralliées à notre drapeau, et la justice des chefs la maintiendra longtemps encore, Mais ne comptons pas trop sur sa valeur professionnelle et sur son attachement à ce 'drapeau. En matière de tirailleurs comme en toute autre chose, on n’en a jamais que pour son argent. »
Notes de géophysique sur Dakar, par Hbnry Hubert.
— E. Larose, éditeur, Paris.
Le Bulletin du Comité d’Eludes historiques et scientifiques de LA fri que Occidentale Française, dont la présentation nouvelle fait grand honneur à la fois à la direction et à l’éditeur, contient, dans le numéro 1 de 1922, un curieux article intitulé : .Xotes de géophysique sur Dakar, par M. Henry Hubert.
Des causes géologiques diverses (notamment des actions tectoniques et la mise en place des coulées volcaniques) ont permis l’individualisation de baies profondes, bien abritées et où ne se manifeste pas ce qu’on appelle la « barre ». C’est dans l'une de ces baies qu’a pu être construit le grand port d’escale de Dakar.
Si l’on examine le détail des formations géologiques sur lesquelles la ville est bâtie, on remarque qu'elles sont très complexes. Sous l’influence des agents extérieurs, chacune d’elles a réagi différemment, et cela nuit à la stabilité générale. Certaines constructions, celles placées sur les argiles en particulier, ont déjà souffert de la fissuration du sol.
Dans le complexe des terrains de Dakar, les eaux souterraines s'élèvent très rapidement avec le terrain, comme si le sol était homogène, et, fait anormal, au voisinage de la mer, la salure des eaux souterraines augmente dans l’ensemble avec l'altitude.
Cet article est accompagné de huit planches photographiques, très suggestives, et d’un calendrier des vents dominants à Dakar.
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