‹ Renseignements coloniaux et documentsChapitre 38 sur 154 · Rien n’est plus inexact qu’une telle interprétation de la · texte numérisé non relu

Rien n’est plus inexact qu’une telle interprétation de la

(1) Le texte ne contient pas de n* 1. [A’ oie du traducteur.]

(2) Le texte de ce document et du document suivant est le texte français officiellement publié dans le Journal Officiel k't/yptien du 2S février 1922. — (Xote du traducteur.)

pensée du Gouvernement de :8a Majesté. La noie explicative a insisté, au contraire, sur ce principe dominant que les garanties réclamées par la Grande-Bretagne n'ont pas pour but de continuer un protectorat effectif ou virtuel. La Grande- Bretagne, y est-il dit, désire sincèrement voir une Egypte « jouissant des prérogatives nationales et de la situation internationale d'un Etat Souverain ».

4. Si, au point de vue de ces garanties, il a paru aux Egyptiens qu elles sont de nature «à dépasser le caractère conciliable avec la situation d’un pays libre, ils onl, par contre, perdu de vue que la Grande Bretagne y a été poussée par le souci de sa propre sécurité en face d’une situation qui réclame, de sa part, une grande prudence, au point de vue surtout de la disposition de ses forces militaires. Néanmoins, les conditions où se trouve actuellement le monde et l'effervescence qui règne en Egypte depuis l’armistice ne sont pn' des facteurs permanents, et il est à espérer que, d'un côté, les conditions mondiales finiront par s’améliorer, tandis que d’autre part, et ainsi que le rappelle la note, « le temps viendra où l’attilude de l'Egypte donnera confiance dans des mesures de garantie égyptiennes ».

5. Quant à vouloir intervenir dans la gestion intérieure de l'Egypte, le Gouvernement de Sa Majesté a assez dit — et il le répète — que son désir le plus fervent est de remettie aux mains des Egyptiens le soin de leurs propres affaires. Le projet d’accord proposé par la Grande-Bretagne ne s’écartait pas de cette pensée et, s’il y était question dé la présence de deux fonctionnaires britanniques aux Finances et à la Justice, il n’entrait pas dans les vues du Gouvernement de Sa Majesté de se servir de ces deux fonctionnaires pour intervenir dans les affaires de l'Egypte, mais simplement pour maintenir un contact que réclame la protection des intérêts étrangers.

6. Telle est uniquement la portée des garanties britanniques. Elles ont été formulées sans le moindre désir de faire obstacle à ce que l’Egypte jouisse des droits complets d’un gouvernemen t national .

7. Animée de t elles intentions, on doit comprendre qu'il répugne à la Grande-Bretagne, aussi bien de voir les Egyptiens reculer par leur propre fait l’échéance de leur accession ;i un idéal désiré de part et d’autre, que d'avoir à intervenir elle-même pour ramener l’ordre quand il arrive à être menacé de telle façon à provoquer les craintes des étrangers et à mettre en cause les intérêts des Puissances. 11 serait déplorable, à cet égard, que les Egyptiens voient dans les mesures exceptionnelles qui viennent d’être prises une atteinte quelconque à leur idéal ou l’indication d'un changement de la règle polique qui vient d’être esquissée. Le Gouvernement de Sa Majesté a voulu tout simplement mettre fin îi une agitation nuisible qui, en s’adressant à la passion de la populace, peut avoir des conséquences telles qu’elle mette en péril tout le résultat de l'effort national égyptien. C’est donc surtout dans l’intérêt de la cause égyptienne — qui gagne à être examinée dans une atmosphère de calme et de sincère discussion — que ces mesures ont été prises.

8. Maintenant que la tranquillité parait renaître grâce à l’esprit de sagesse, qui est le fond du caractère égyptien et qui finit par l’emporter dans les heures décisives, je suis heureux de pouvoir annoncer à Voire Hautesse que le Gouvernement de Sa Majeslé se propose de recommander au Parlement la Déclaration ci-annexée. Cette déclaration, j’en suis persuadé, établira un régime de confiance mulueUe et posera les bases d'une solution satisfaisante et définitive de la question égyptienne.

9. D’ores et déjà rien ne s’opposera au rétablissement de la fonction de Ministre des Affaires Etrangères préparant ainsi la voie à la création d'une représentation diplomatique et consulaire égyptienne.

10. L'institution d'un parlement jouissant du droit decontrôle sur la politique et sur l'administration d'un gouvernement constitutionnellement responsable est une matière dont la détermination revient à Votre Hautesse et au peuple égyptien. Dans le cas où la mise en vigueur de l'Acte d’indemnité (1) applicable à tous les habitants de l'Egypte, mentionné dans la Déclaration ci-annexée, serait retardée par des circonstances quelconques, je désire informer Votre

(1) On sait que dans le droit public anglais on désigne sous ce nom la loi qui, à la fin d'une période de troubles au cours de laquelle.il a été nécessaire d'appliquer la loi martiale, doit in- I tervenir pour mettre les fonctionnaires et les représentants de la

ïïaulesse que je serai prêt, en attendant l'abrogation de la Proclamation du 2 novembre 1914, à suspendre l'application de la Loi Martiale en ce qui concerne toutes les matières touillant le libre exercice des droits politiques des Egyptiens.

1 1 . La parole est maintenant à l'Egypte, et il est à espérer que sachant apprécier l’étendue des bonnes dispositions britanniques, elle puisera dans la réflexion et non dans la passion l'inspiration de sou attitude.

Annexe n° 2 au n° 35,

Déclaration à l’Egypte.

Considérant que le Gouvernement de Sa Majesté, conformément à ses intentions déclarées, désire immédiatement reconnaître l’Egypte comme Etat souverain et indépendant ; *et

Considérant que les relations entre le GouAernement de Sa Majesté et l'Egypte constituent un intérêt essentiel pour l'Empire britannique;

Sont déclarés par les présentes les principes suivants :

1 . Le Protectorat britannique de l'Egypte est terminé, et l'Egypte est déclarée être un Etal souverain et indépendant.

2. Aussitôt que le GouA’ernement de Sa ITautesse aura promulgué un Acte d'indemnité applicable à tous les habitants de 1 Egypte, la Loi Martiale proclamée le 2 novembre 1914 sera abrogée.

En attendant le moment où il sera possible, par la libre discussion et des accommodements amicaux des deux côtés, de conclure, entre le Gouvernement de Sa Majesté et le Gouvernement Egyptien, désaccords en ce qui regarde les matières suivantes, ces matières sont absolument réservées à la discrétion du GouA crnemeut de Sa Majesté :

a) La sécurité des communications de l’Empire britannique en Egypte ;

b) La défense de l'Egypte contre toute agression étrangère ou contre toute ingérence étrangère, directe ou indirecte;

c) La protection des intérêts étrangers eu Egypte et la protection des minorités;

< l) Le Soudan.

En attendant la conclusion de tels accords, le statu quo en toutes ces matières restera intact.

Le Secrétaire du Cabinet présente ses compliments au Sous-Secrélaire d'Etat permanent pour les Affaires étrangères et lui remet ci-joint la copie d'un télégramme qui a été adressé au Premiers Ministres de' Dominions.

Sercice <lu Cabinet. 2. Whitehall Gardais, S. IL. /.

21 /'écrier 1922.

Annexe au n° 36.

Télégramme du Secrétaire d'Etat pour les Colonies aux gouverneurs généraux du Canada, de la Eédération australienne, de Nouvelle-Zélande et de l'Union sud-africaine.

Doiennng Street. 27 février 1922.

Du Premier Ministre pour Aotre Premier Ministre :

« Je suis heureux de aous informerque le Gouvernement de Sa Majesté vient, en complet accord avec lord Allenby. d'arrêter les termes d’une déclaration à l’Egypte (pii met fin au Protectorat, tout en maintenant entièrement le statu quo en ce qui concerne les intérêts spéciaux de l’Empire britannique eu Egypte. Celte proclamation concorde strictement avec les aucs exprimées à la Conférence Impériale et elle applique les principes qui y ont été adoptés.

Les termes de l'accord proposé en novembre par le Gou- Aernement de Sa Majesté vous ont été communiqués en temps utile ainsi que les documents publiés en décembre. A la suite de l'échec des négociations, le ministère égyptien] démissionna et quelques troubles de peu d’importance et facilement réprimés éclatèrent dans diverses Ailles. On a signalé de même quelques meurtres politiques et des tentatives pour organiser un boycottage commercial et une grève

force publique à l'abri des réclamations et des demandes d'indemnité — d'où son nom — auxquelles ils seraient exposé' de la part des particuliers qui auraient à se plaindre de leurs actes ou de leurs décisions. A. du T.

générale des fonctionnaires, d’ailleurs sans grand succès Aussitôt après la Noël, le chef de l'agitation nationaliste Zaghloul pacha, ayant refusé de cesser toute action politique. fut exilé en vertu de la loi martiale aA’ec ses cinq principaux lieutenants. Ils sont en ce moment en route >1 pour les Seychelles.

Entre temps des négociations étaient poursuivies en vue de la formation d’un ministère par lord Allenby qui fit en janvier des propositions à ce sujet, à ce Gouvernement [britannique] . Elles consistaient, en substance, dans l'abolition immédiate du Protectorat britannique et la reconnaissance par la Grande-Bretagne de l’Egypte comme Etat souverain indépendant ; les mesures nécessaires à la protection deintérêts spéciaux de la Grande-Bretagne en Egypte étaient réservées pour une discussiou et un accord ultérieurs. Ces propositions nous parurent inadmissibles, car les réserves proposées nous paraissaient insuffisantes pour la sauxegarde de nos intérêts spéciaux qui ne reposeraient plus, une fois le Protectorat terminé, sur aucune base juridique, et qui , désormais dépendraient uniquement de tels accords que des ministres égyptiens seraient, ou ne^eraient pas prêts ultérieurement à négocier. Aous suggérâmes en conséquence une autre procédure par laquelle nous nous serions déclarés prêts à recommander au Parlement l'abolition du Protectorat, dès qu'auraient été conclus avec les ministres égyptiens des accords assurant la sauvegarde des intérêts britanniques. Lord Allenby déclara alors que cette combinaison était inconciliable aA’ec les promesses qu’il aA’ait faites aux hommes d'Etat égyptiens et qu’il ne pouvait conserver aucun espoir de trouver un ministère égyptien qui consentit à prendre le pouvoir sur ces bases. Nous le priâmes donc de venir à Londres pour en discuter avec nous, ce qui amena des résultats très satisfaisants.

Gomme aucune des négociations récentes n’avait amené de résultats, il a été décidé de procéder à l’abolition du Protectorat par une déclaration unilatérale dont le texte a ous est télégraphié ci-après. Celte déclaration, tout en reconnaissant l'Egypte comme Etat souverain indépendant, définit j la position que nous revendiquons en Egypte vis-à-vis 2) de toutes les autres Puissances el énumère les questions pour lesquelles le maintien de notre situation spéciale est essentiel à la sécurité impériale. Dans toutes ces matières, le statu quo est maintenu, mais nous déclarons que nous sommes tout disposés à négocier à ce propos aA’ec le GouA’erncment égyptien des accords déterminés, à une date ultérieure, quand il le désirera, et quand les circonstances permettront d’escompter le succès. En attendant, les Egyptiens auront toute liberté de développer leurs institutions nationales dans le sens de leurs aspirations.

En communiquant la substance de cette proclamation aux Puissances étrangères, nous nous proposons d’annoncer que l'abolition du Protectorat britannique sur l'Egypte n'implique aucun changement dans le statu quo en ce qui concerne la position des autres Puissances en Egypte. Nous nous proposons également de déclarer que la prospérité et l'intégrité de l'Egypte sont nécessaires à la paix et à la sécurité de l'Empire britannique qui par suite maintiendra toujours, comme offrant un intérêt essentiel au point de Ane britannique, les relations spéciales entre l'Empire el l’Egypte telles que les autres GouA’ernements les ont reconnues depuis longtemps. En attirant l’attention sur ces relations spéciales, telles qu’elles sont définies dans la Déclaration reconnaissant l'indépendance de l’Egypte, nous nous proposons enfin de déclarer que nous n’admettrons pas qu’elles soient mises en question ou en discussion par aucune autre Puissance; que nous considérerons comme un acte inamical toute tentatiA’e d’intervention d'une autre Puissance dans les affaires de l'Egypte et que nous considérerons toute agression contre le territoire égyptien comme un acte à repousser pour tous les moyens dont nous disposons.

La déclaration doit être remise au sultan par lord Allenby le 28 féA’rier. Elle sera présentée l'après-midi du même jour au Parlement britannique. Le télégramme qui suit en contient le texte.

D. Lload George.

(1) En français dans le texte [N. du T.].

(2) En français dans le texte [N. du T.].

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BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

KOUFRA

M. El tore Ceriani, qui a vtc al lâché durant la guerre européenne au Bureau politique et militaire de la Tri poli lame', a publié dans le fascicule de mai I !>20 de /'Africa italiana, une très intéressante élude sur Koufra. La Nuova italia. journal quotidien de Tripoli de Libye, en a reproduit de nombreux passages en octobre 1920.

.Vous sommes certain d'être agréable aux lecteurs du Bulletin de l’Afrique française en publiant à notre tour, à leur intention, la traduction des principaux chapitres du trarail de M. Ettore Ceriani qui complète sur certains points particuliers le rapport de M. Lapierre paru dans le fascicule d'avril 1920.

Pierre Grandchamp,

Chef de bureau à la Résidence générale de France à Tunis.

L'archipel verdoyant des oasis de Koufra, dans les terres du Nord-Afrique, constitue encore aujourd’hui la région sur laquelle nous possédons les données les plus rares et les [tins incertaines. On peut dire que son existence même est restée ignorée du monde civilisé jusqu’à la fin du xvmc siècle, puisque c’est seulement en 1798 que Hornemann, le premier, en donna quelques aperçus. Mais plusieurs années encore devaient s’écouler avant que la science oit acquis des connaissances précises sur sa situation géographique et sa composition ethnique. Les savants qui, dans des œuvres profondes et patientes, se sont occupés des anciennes civilisations méditerranéennes concernant les peuples nord-africains, ont dû s’arrêter devant l’impénétrable mystère qui a enveloppé si longtemps cette vaste zone cachée au cœur du désert libyque. C’est à peine si on a une vague notion d’une dynastie Garamanle qui aurait dominé le pays avant les Tihou (1 ), lesquels à leur tour l’auraient occupée à une époque imprécisée, poussés peut-être par la nécessité de s'assurer la possession de ces oasis, à travers lesquelles devaient nécessairement passer les riches caravanes qui, même dans les temps passés, affluaient des pays du Centre africain vers les rivages méditerranéens. Il parait même que les Tibou y auraient établi le siège de leur sultanat en y construisant des châteaux cl des maisons dont il resterait encore aujourd'hui quelques ruines.

Nous ne pouvons pas même fixer la date à laquelle Koufra tomba au pouvoir des tribus arabo-berbères des Zaouia qui. après avoir conquis l'oasis sur les Tibou. L’habitent encore aujourd'hui, Il est certain, cependant, que, depuis les temps antiques, les visées des tribus du littoral les plus avancées durent tomber sur le fertile archipel, clef du commerce caravanier du Soudan, du Ouadaï, du Borkou ; ces tribus avaient en effet compris

(1) Les Tibou sonl les habitants du Tibesti. 11 faut noter cep ndant rpie l'on a communément 1 habitude de désigner aussi de cette façon les populations, en majeure partie nomades, du Borkou. du Rodélé, de Bilraa (Tibou Kaouar), el de certaines régions septentrionales du Ouadaï.

toute l’importance que possédait Koufra en raison de sa situation particulière.

(Après avoir raconté une légende hors de propos ici,* M. Ceriani ajoute) :

Lorsque, à la seconde moitié du siècle dernier, la propagande senoussiste commença à poser de solides racines et à étendre ses ramifications jusqu'au cœur de I Afrique, Koufra prii. par la force des choses, une importance très notable et fut considérée comme une des localités saintes de la Senoussia. Celle-ci, pour avoir le champ libre dans son organisation politique cl religieuse, répandit parmi ses affiliés la conviction que le pays devait être inexorablement fermé aux infidèles.

(Suivent quelques brèves notes sur le voyage de Rohlfs).

Le seul Européen qui y ait résidé dans ces derniers temps est le soldat italien Stefano Mascio qui, fait prisonnier par des régularisés senoussistes dans un combat près de Zouetiua en 191 1, fut emmené en captivité à Koufra où il resta jusqu’au mois d'août 1917.

Les routes caravanières.

Les routes qui conduisent des rivages méditerranéens aux oasis de Koufra sont au nombre de trois ; elles présentent en général les caractéristiques communes à toutes les routes caravanières.

Les trois routes sont de longueur à peu près égale et partent respectivement de Geddabia et des oasis de Sioua et de Üakhla. prenant des noms différents d’après les localités principales qu’elles traversent.

Celle qui va de Geddabia à Koufra prend le nom de Trik-ez-Zeghen, d’aprèsle puits de Zeghen; celle qui part de Sioua s’appelle Trik-el-Dacar : l'autre qui commence à Dakhla. Trik-bou-Mengar. On ne peut préciser laquelle de ces trois routes est la plus facile à parcourir parce qu'aucune n’offre d'avantages particuliers sur les autres. Les indigènes, en effet, dont un grand nombre sont spécialisés dans le trafic caravanier, les parcourent indistinctement, guidés seulement par leur extraordinaire sens de l'orientation et soutenus par leurs exceptionnelles aptitudes physiques qui leur permettent de supporter des marches très longues et de grandes privations. Le chemin se fait en général de nuit en consacrant au repos les heures du jour, pendant lesquelles la chaleur excessive rendrait insupportable la lourde fatigue.

La route qui intéresse plus particulièrement ntalie est sans aucun doute celle qui part de Geddabia : c'est pourquoi on a eu soin de recueillir sur celle-ci les renseignements les plus détaillés possibles.

Le Trik-ez-Zeghen commence donc à Geddabia. Après avoir laissé à Bou-Gedria, qu'on rencontre , quelques kilomètres plus loin, toute trace de ^végétation el d’habitation, on entre immédiatement dans le désert en allant vers le Sud-Est et en se dirigeant vers les oasis d’Augila et de Djalo. La distance qui sépare Bou-Gedria d’Augila, première oasis qu’on rencontre, peut être évaluée à

environ 250 kilomètres ; elle est en général parcourue par les caravanes en cinq jours et demi environ (1). A une journée de Bou-Gediia, à 40 kilomètres environ, on trouve le puits de .lernaca. qui contient de l’eau potable et à proximité duquel les caravanes font une première halte. Après Bir-Jernaca, à coude distance et toujours dans la même direction, on trouve encore nu puits d’importance secondaire. Pendant les deux journées suivantes on ne trouve aucune trace d’eau et de végétation jusqu’à Ras-Henna qu’on peut situer à 130 kilomètres environ de Bir-Jernaca. Là aussi l’eau est excellente et abondante : elle permet aux voyageurs de bien se refaire. Dans la zone voisine de Ras-IIenna il va encore d'autres mares d'eau non potable.

Après Ras-Henna, on commence à trouver à brève distance les premières traces de l’oasis d’Augila. Cette localité est désormais bien connue; on y reviendra dans ces courtes notes. C'est une oasis vaste, très habitée, riche en végétation et en ean, cultivée en grande partie en jardins, avec des palmeraies étendues qui produisent des dattes succulentes. Les caravanes s’y arrêtent en général vingt-quatre heures environ pour donner un repos nécessaire aux hommes et aux chameaux, pour se munir de provisions et d’eau. L'oasis de Djalo est loute proche d’Augila el les caravanes doivent la traverser avant de reprendre le déserl . Djalo n'offre cependant pas autant de facilités qu’Augila parce que son eau est chargée en sels et peu abondante; les dattiers sont rares el mauvais, les cul lu res très inférieures à celles de la proche Augila.

De Djalo les caravanes affrontent le trajet le plus long et le plus difficile du voyage, tout entier en plein désert, en se dirigeant vers les puits de Zeghen toujours vers le Sud-Sud-Est.

Cette partie de la route ne compte pas moins de 350 kilomètres environ et les caravanes mettent de huit à neuf jours pour la parcourir, Après Djalo an ne trouve plus que le puits de Bet-Tfal (éloigné de l’oasis de 30 kilomètres environ) oii les caravaniers s’arrêtent encore pour prendre la plus grande quantité d’eau possible. Bet-Tfal esl un lieu inhabité, entouré par des ouadis profonds el riches en eau qui affleure en certains points presque jusqu’à la surface du sol. mais avec une rare el maigre végétation arbustive. La route de Bet-Tfal à Zeghen est uniforme et aride. On ni' voit partout que l'étendue sans fin de sable rougeâtre avec sa désolante et sévère monotonie. A 90 kilomètres environ de Bet-Tfal on trouve sur la route deux mamelons de pierre blanche hauts de 25 mètres environ, très rapprochés l'un de l’autre et d’un effet très singulier. Les indigènes 1ns nomment El-llcmamat (les pigeons). De là on commence à apercevoir à l'Est, au bord de l'horizon, une longue chaîne dedunes sableuses connue sous le nom de El-Frigh-el-Faraiegli qui, tournant lentement avec la route caravanière, la borde pendant environ 70 kilomètres (El-Frig signifie

(1) Les calculs sur les distances sont approximatifs. Une journée de marche pour une caravane dure environ douze heures avec une marche horaire moyenne de i kilomètres.

en arabe « à travers »). Après avoir quitté’ les dunes qui, par intervalles, s’étendent encore sur une longue distance vers l'Ouest, on ne rencontre pendant une centaine de kilomètres rien cpii varie la monotonie de la route jusqu’à ce qu’on arrive à une sorte de fossé qui coupe le sol sur une longueur indéfinie. Les indigènes l’appellent Ouadi-el-Farag : il doit s'agir en réalité du lit d’un

cours d’eau desséché qu’on distingue surtout par la couleur blanchâtre du terrain qui en recouvre le lit. peu profond, mais assez large. Le terrain jusqu’à Zeghen ne présente aucune autre particularité. D’après Rohlfs, commence en ce point une très faible pente qui dure jusqu’à Koufra. mais que rien du tout n'indique aux voyageurs. Aucune trace île vie animale ou végétale n’est vue clans cette longue et pénible partie du trajet par les caravaniers perdus dans l’immensité sans bornes du désert. Çà et là seulement blanchissent au soleil des os d’hommes ou d’animaux, brûlés par la chaleur ardente, traces muettes d'un mort plus que toute autre tragique et atroce.

A la fin du neuvième jour au plus tard après Je départ de Bet-Tfal on arrive aux puits de Zeghen. On commence cependant à s'apercevoir de leur présence un certain nombre de temps avant, puisqu’on rencontre les premiers buissons à 30 kilomètres de distance. Zeghen n’est pas une véritable oasis parce que les arbres y font complètc-

BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

nient défaut. On n’y voit qu'une très grande étendue rie buissons assez touffus et mélangés à des plantes herbacées. L'eau 'qu’on y trouve est abondante et sourd à peu de distance du sol, surtout à proximité d’un ouadi qui traverse le centre de l'oasis, bien que cette localité n'offre d’autre avantage que celui, assez important du reste, de permettre le ravitaillement en eau, les caravaniers ont cependant l’habitude d’accueillir avec joie son apparition à l’horizon, parce qu’elle marque presque la fin du pénible voyage. Nous ne pouvons donner sur la position géographique de Zeghen des données scientifiques certaines. Il est cependant bon de signaler (pie d’après les calculs approximatifs et les renseignements concordants recueillis, sa position serait un peu plus à l’Est que le point où elle a été portée par Rolilfs. La différence en question peut provenir des déplacements sensibles de la végétation, composée comme on l'a dit plus haut de seuls arbustes.

Il est à propos d'observer ici que tous les noms de localités citées par ltohlfs et répétés par les autres ne concordent pas tous exactement avec ceux employés par les indigènes. La différence vient probablement de la difficulté de rendre dans les langues européennes l'assonance souvent peu claire des vocables arabes. Zeghen n’est autre que la « Sirhen » de Rolilfs.

De Zeghen on reprend la marche dans le désert vers le'Siul, en se dirigeant sur l'oasis de Haouari qui se trouve à environ 150 kilomètres à peine hors de la zone de broussailles, on remarque immédiatement à l'Est une longue chaîne de dunes basses qui se perdent dans le lointain. Après un jour de marche on arrive auprès d’une autre série de dunes, d’une hauteur moyenne de 20 à 25 mètres qui coupent la roule. Les indigènes les nomment El-Garid.A environ 30 kilomètres d'El-Garid s'élèvent, toujours en travers de la route et dans unedirectionNord-Ouest Sud-Est. les petites collines du Djebel En-Nari (Djebel Neri de Rolilfs) que les voyageurs sont contraints de franchir. Ces petites collines qui ont en moyenne 30 à 40 mètres, sont constituées par de la roche noire, dure comme de la lave volcanique; elles s’étendent uniformément sur une étendue considérable. Elles n'offrent pas de particularités spéciales, bien que l’on affirme qu’elles contiennent une notable quantité de métal, peut-être du fer et du plomb.

Le parcours qui va de El-Garid au Djebel En- Nari, est d’environ 30 kilomètres: c'est peut-être la partie la plus âpre et la plus fatigante à parcourir. à cause de la nature sableuse du terrain. Les caravaniers experts connaissent des [tassages qui permettent de passer avec une moindre difficulté. Il n’est pas rare, cependant, que des caravanes soient forcées de s’arrêter pour alléger le chargement des chameaux qui s'enfoncent dans le sable. Lorsqu’on ne choisit pas bien le passage on est forcé de refaire plusieurs fois le chemin pour reprendre les marchandises abandonnées provisoirement. Des caravaniers peu habiles, en outre d'exposer les hommes cl les chameaux à de bien plus grandes fatigues en leur faisant faire de longs

et tortueux détours, courent encore le risque de perdre la route.

Après le Djebel En-Nari, dans le reste du chemin, on retrouve encore ça et là quelques roches de même structure, parmi lesquelles une plus remarquable pour sa masse, appelée Gara-ou- Bneieta.

A l’aube qui suit la troisième nuit de marche on commence à apercevoir dans le lointain Haouari. La dure fatigue est finie !

lvoufra verdoyante n’est plus qu'à quelques heures de marche cl apparaît, but désiré, dans les premières lueurs de l'aube, comme la terre promise !

Le terrain traversé par la route caravanière ne présente pas de caractéristiques spéciales dans sa structure. 11 est dur et compact, formé en général de menues pierrailles (srir) de la grosseur d'une lentille. On pourrait, sans crainte d'inconvénients, y faire circuler des chargements même d'un certain poids et des auto-cars, étant donné que sauf pour la partie qui va d'El-Garid au djebel En-Nari. il n'y a pas de zones sableuses ou autres, difficiles à parcourir.

En ce qui concerne les deux autres routes de Dacar et de Bou-Mengar, on n’a pu recueillir de renseignements aussi détaillés que pour celle de Zeghen. Elles sont, en général, suivies par les caravaniers qui vont en Egypte, parce que, comme on l'a dit, elles aboutissent respectivement à Siouah et à Dakhla.

Leur longueur est à peu près égale à celle du Trik-ez-Zeghen, avec lequel elles ont des caractéristiques principales et (les difficultés communes.

Le Trik-el-Dacar qui est peut-être le plus pénible et le plus long à parcourir, se rejoint à proximité de Zeghen avec l’autre voie caravanière qui passe par cet oasis.

Le Trik-bou-Mengar (d'après le nom du puits Bou-Mengar qu'on trouve sur la route) comporte sur son parcours de vastes parties sableuses et de longues chaînes de dunes mobiles que les caravaniers mettent tout leur soin à éviter. Dans ces derniers temps, ces deux routes étant les plus fréquentées par les caravaniers, ont été entretenues davantage que le Trik-ez-Zeghen: en effet, quelques puits comblés auparavant, ont été déblayés à l'heure actuelle et convenablement protégés contre les sables.

Il n’y a pas d’autres routes qui conduisent des pays méditerranéens à lvoufra. Il y a une route caravanière qui la relie avec le Fezzan et trois qui la mettent en communication avec le Soudan, le Ouadaï elle Tibesti. toutes routes très importantes et suivies quotidiennement, si on peut dire, par les caravanes qui, jusqu'à ces dernières années, constituaient l'unique moyen pour les échanges commerciaux avec ces lointains pays.

Notes géographiques.

L'archipel de lvoufra gît presque au centre du désert libyque entre le 24* et le 26® degré de latitude et le 21e et le 24e de longitude.

Les oasis qui le composent sont au nombre de onze : Aouïanet, Berzemah, lvoufra, Haouari, Houiouiri, Rebiana, Tellab, Tlailib, Teserbou. Zeghen, Zurgh.

Rohlfs et les autres écrivains postérieurs en limitent au contraire le nombre à cinq.

L'écrivain allemand (et avec lui tous ceux (pii 1 se sont inspirés de son livre) considèrent comme faisant partie de l'oasis de lvoufra les seules oasis 1 de Zeghen. Rebiana, Teserbou. lvcbabo ( l ) et Ber- ; zemah. Cependant Kebabo nous est décrite par Rohlfs comme beaucoup plus grande qu'elle ne l’est en réalité, et entourée d'une très vaste zone végétative où se trouve Tellab (2), Tlailib. Zourgh, Harouari, Houiouiri qui sont, en conséquence, considérés comme des villages et des localités appartenant à une même oasis.

D'après des renseignements précis, il résulterait au contraire que c’est là une erreur. Celle que Rohlfs considère comme une seule oasis n’est pas telle, mais est formée au contraire par un groupement d’oasis séparées nettement entre elles, chacune étant située aune certaine distance de l’autre.

Il ne sera certainement pas facile de dire quelle ; est la vraie de ces deux versions, au moins tant qu’il ne sera, pas possible de faire des excursions • scientifiques dans ces régions.

En calculant que Berzemah est au centre de l’archipel, la disposition des oasis est la suivante : Zeghen, au Nord-Xord-Est; Teserbo, au Nord- Ouest: Rebiana, au Sud-Ouest; Aouianet. au Sud- Est; lvoufra et les adjacentes Haouari, Houiouiri, Tellab, Tlailib, Zourgh au Sud-Est.

Zeglu-n. — Ne peut être considérée comme une véritable oasis, parce que les arbres y manquent il complètement. Sa superficie assez vaste est couverte de broussailles ligneuses basses; elle n'est pas habitée; sa seule importance vient des nombreux puits d’eau douce disséminés sur tout json territoire. Jusqu'à ces dernières années, il y vivait un marabout nommé Youssouf (pii. d’après ce que l'on raconte, bien qu’il fût aveugle et d'un très grand âge, possédait de superbes chevaux sur lesquels il montait avec une ardeur juvénile. Les caravanes s’arrêtent toutes à Zeghen pour se ravitailler en eau.

Teserbou. — C’est une des plus belles et des [plus riches oasis de l'archipel, parce qu’elle possède une végétation étendue et luxuriante. Dans l’antiquité, son importance devait être beaucoup

, (1) Le nom de Kebalio qui servait autrefois à désigner la plus grande oasis de l'archipel, est aujourd'hui tout à fait tombé eu désuétude et est complètement inconnu delà nouvelle génération. Cette oasis, que est la plus importante, est appelée aujourd'hui

• Koufra ».

(2 ) On a déjà noté la divergence entre les noms donnés par Rohlfs et ceux employés par les indigènes qu'on a eu soin de recueillir et de transcrire avec la plus grande exactitude posûble :

Zeghen est

Rebiana

berzemah

T eserbou

Tellab

Tlailib

Houiouiri

désigné par Rohl'ls Sirhen

— — F.rbebna

— — bousceima

— — Taiserbou

— — Tolab

— — Tolelib

— — lloueouri

plus grande qu'à l’heure actuelle. Il semble que les Tibou l'avaient choisie comme siège de leur sultanat et y avaient construit de nombreux édifices, dont il resterait encore quelques vestiges. La Senoussia y aurait eu pendant quelque temps une de ses principales zaouïas. Auprès des indigènes, Teserbou a la réputation d’être fertile à cause de l'abondance d’eau que renfermerait son sous-sol. Malgré cela, Teserbou n'est pas très habitée : il y aurait quelques familles de riches propriétaires et un certain nombre d'esclaves employés aux travaux agricoles. Un profond ouadi traverse l'oasis dans toute sa longueur et forme au milieu un petit lac d’eau salée. Les palmiers y sont excessivement nombreux et de superbes échantillons d’arbres fruitiers n’y manquent pas.

Berzemah. — Au Sud-Est de Teserbou, à un peu moins d'une centaine de kilomètres de distance, elle est entourée de tous les côtés par <|b légères ondulations du terrain qui prennent, au Nord, le nom de djebel Berzémah, et à l'Est celui de djebel Zeghen: vers le Sud s'allongent les derniers contreforts du djebel En-Nari qui divise nettement l’archipel en deux parties : septentrionale et méridionale. Au centre de Berzemah. comme à Teserbou, il y a un lac salé d une superficie considérable, aux eaux pérennes et dans les environs duquel on peut encore voir aujourd’hui quelques ruines d 'habitations, probablement construites parles Tibou.

L’oasis de Berzemah est fertile, riche en eau. et possède, elle aussi, une- végétal ion luxuriante, mais elle n'a pas une population fixe considérable. Ses habitants sont moins d’une centaine, disséminés dans lonte l’oasis et occupés eu général aux travaux d’agriculture.

De nombreux notables qui habitent à El-Djiof (Koufra) possèdent à Berzemah de vastes terrains cultivés, surtout en mil.

Rebiana. — L’oasis de Rebiana se trouve sur la route caravanière qui se dirige vers le Fezzan. à 150 kilomètres environ à l’Ouest de Koufra.

L’oasis, bien qu elle n'atteigne pas la superficie de Teserbou et Berzemah, recouvre une surface assez étendue: de même que les autres, elle possède sur son territoire un petit lac salé. Rebiana est renommée, elle aussi, pour la fertilité de son sol et pour la bonne qualité de ses dattes, mais elle n'a pas une population fixe importante. Les habitants de lvoufra et des oasis plus petites s’y rendent, cependant, en toute facilité pour y acheter les produits du sol et pour d’autres raisons commerciales-, étant donné qu’elle est fréquentée en général par les caravaniers l'ezzanais. Elle n’a pas un véritable centre urbain ; on ne saurait considérer comme tel le petit groupe de maisons rassemblées autour de l’habitation du cheikh Hasseni Bzama, chef de toute l’oasis.

Koufra. — C’est la plus grande et la plus importante oasis de l’archipel. De forme allongée presque comme une demi-lune avec la partie convexe tournée vers le Nord, elle s’étend sur une superficie immense toute couverte d’une végétation intense et florissante d’un aspect. beau et

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varié. Dr 1res vastes palmeraies et de vastes sur- tant (pie le temps nécessaire pour effectuer les j lares d'arbres fruitiers donnent leur ombre pro- travaux agricoles et retournant ensuite à Koufra j

pice aux jardins, soigneusement cultivés, entourés par les habituels murs de pierres et de boue et abondamment irrigués par l'eau que l'on trouve partout à une très petite profondeur. Dans sa partie centrale l'oasis est traversée sur un tiers de sa longueur par un des habituels petits lacs salés, nommé Brid-Zaouïa-Ghibli ; ce lac s’assèche pendant la saison des fortes chaleurs: deux autres petits étangs, au contraire, qui se trouvent vers le bord oriental de l’oasis et qui sont nommés Brid-èl-Boema et Brid-el-Bouma . conservent leurs eaux pendant toute l’année.

Sur la lisière septentrionale de l'oasis et dans la partie centrale, se trouve le village de El-l)jiof, unique centre urbain de tout l’archipel. Lorsque Koufra fut visitée par liohlfs. ce village ne possédait que quelques habitations grossières construites avec des troncs de palmiers et de la boue; aujourd’hui. au contraire, il s’étend sur un espace considérable avec de belles et propres maisonnettes à l’arabe, des rues larges et commodes, des places et des marchés publics.

Au centre du village se trouve une grande place ou s’élèvent les édifices de la Zaouïa-El-Gliibli, de la Mosquée et du Dhara, entourés par les maisons des plus riches Khouans senoussistes et par de nombreuses boutiques de tissus, quincaillerie et autres marchandises. Vers l’Uuest, le village projette ses faubourgs sur un grand espace formant ainsi deux quartiers populaires qui abritent la partie la moins riche de la population. D’autres petites maisons isolées, habitées par des paysans, sont disséminées dans toute l’oasis.

Dans la partie orientale de l'oasis, à 20 km. environ deEl-Djiof, sont situés les villages de Boema et de Bouma, qui n’offrent aucune particularité, étant donné qu’ils sont composés de maigres groupements de pauvres maisons où se réfugient quelques peu nombreux habitants.

En dehors de la lisière septentrionale de l'oasis, à environ 2 km. et au nord du village de El-Djiof, sur une petite élévation de terrain s’élève laZaouïa de Et-Taj, dont ont parlera plus loin avec davantage de détails.

Haouari. — Haouari est située à 15 km. environ au nord de Koufra. C’est une des oasis qui avec Hou i ou ri, Tellab, Tlailib, Zourgh n'ont pas été citées spécialement par Rolilfs bien qu elles soient d'une notable importance et d'une superficie qui n'osl pas négligeable.

La forme de Haouari peut se comparer à celle d'une mince bande de végétation; elle mesure, en effet, de l’Est à l'Ouest une longueur de 25 à 30 km. environ, alors qu’elle n’a pas plus de G ou 7 km. dans le sens de la largeur.

C’est un point de passage obligatoire pour les caravaniers, qui ont l'habitude de toujours s'y arrêter pour compléter leurs provisions. 11 n'y a pas de centre habité; au contraire, il s'y trouve une zaouïa assez vaste et quelques maisons de type moderne. La population fixe n'est pas nombreuse, la majeure partie des paysans n'y res-

où les conditions de vie sont indubitablement « meilleures.

Houiouiri. — On peut considérer comme une ] prolongation de Haouari dont elle est cependant ] séparée* et éloignée d’environ G km. à l’Ouest. | C'est une localité d'importance tout à fait secondaire aussi bien pour le nombre de ses habitants 1 que pour sa superficie, qu'on estime au tiers de i celle* de Haouari. Il semible* qu'elle n’est pas très j fertile; aussi le nombre des cultivateurs qui vont ] y travailler n'est pas du tout important.

Tellab. — Tellab se trouve à 30 km. à l'Ouest i de* Koufra. D'après les renseignements recueillis. 1 il semble que celte oasis est de dimensions considérables. Elle est peu habitée cependant, parce j qu’elle ne possède qu’une végétation maigre et ^ pauvre. Une centaine de Tibou et quelques Zaouia, j au plus, y habiteraient d'une façon fixe.

Tellab n'est jamais visitée par les caravaniers, '! auxquels elle ne pourrait, du reste, offrir aucun secours, pas même celui appréciable d'une bonne fl eau. parce que celle-ci, si elle est abondante, est 4 légèremen l saumâtre .

Tlailib. — Située à 5 km. au Sud de Tellab. elle 1 présente à peu près les mêmes caractéristiques i (pie cette oasis. Elle est presque inhabitée; de superficie réduite avec une végétation qui dépérit continuellement,

Elle n'attire pas les cultivateurs parce que ses terrains, riches en chlorure de sodium*, rendent la * production excessivement difficile et très coûteuse; 1 elle n’offre, d'autre part, aucune ressource naturelle qui suffise à la mettre en valeur en comparaison des autres terres de l’archipel.

Zourgh. — Zourgh se trouve à 10 km. environ ; au Sud de Koufra. C'est la première des oasis que J traversent les caravaniers qui viennent des régions méridionales; ils n'ont cependant pas l'habitude 1 de s y arrêter. Elle n'est pas de grandes propor-S lions, mais elle possède en revanche une végéta- > lion lionne et étendue et de riches nappes aquifères dans le sous-sol. Les habitants n'y sont pa> nombreux, mais, au moment de la récolte et des* semailles, beaucoup de Zoueïa de Koufra ont l'ha-fl bitude de s'y rendre; ils y restent tout le temps nécessaire à l'accomplissement des travaux agricoles.

Aouianel . — Aouianet n'est pas une véritable* oasis parce que les arbres y manquent connue à \ Zeghen: elle possède, au contraire, un ouadi assez j profond et riche en végétation herbacée, où les* indigènes ont l'habitude d’envoyer au pâturage* les troupeaux de chameaux qui trouveraient difficilement à Koufra et dans les autres oasis une'; nourriture convenable. Elle est à plus de 100 km. à l'Est de Koufra.

Climat, flore, faune.

La température de Koufra est assez élevée, sans cependant atteindre la moyenne des pays tropicaux. En été. elle arrive normalement à 40 degrés

à l'ombre ; en hiver, elle se tient autour dé 20 à 2o degrés.

La caractéristique principale du climat de Koufra est l’absence presque 'totale de pluie. En général le climat est constamment sec et salubre.

La flore ne présente aucune différence particulière avec celle communément répandue en Cyrénaïque. Y poussent, outre le palmier et 1 acacia, de très nombreux arbres fruitiers : oliviers, abricotiers. pommiers, grenadiers, orangers. Auprès i du village de Boema, on trouve des bois épais d’une : canne de saveur douceâtre appelée par les indigènes « gassab el saccar ». 11 n’est pas difficile de trouver de vastes bouquets de lianes arborescentes et de plantes épineuses (tfal et El arak); surtout à Teserbou on remarque de vastes étendues d’alfa d’une qualité spéciale connue précisément chez les indigènes sous le nom de « alfa de Koufra ».

Lorsque le fumage est bien fait, les produits du sol croissent vigoureusement et n’ont rien à envier à ceux des plus fertiles régions. Les jardins lorsqu’il sont bien cultivés produisent en i abondance : tomates, melons, courges, herbages el légumes : de même ht production de l’orge est bonne en général.

La faune est très pauvre, Elle se borne, on peut dire, aux chacals et aux repartis, très communs en Cyrénaïque, et à certaines espèces de gazelles. Une particularité de Koufra serait, au dire des indigènes. des scorpions très venimeux el certains lézards d’une taille extraordinaire.

La Zaouïa de Et-Taj.

La Zaouïa d’Et-Taj est le siège principal de la confrérie senoussiste. Elle s'élève sur une petite colline, située à environ de deux kilomètres de la lisière septentrionale de l’oasis de Koufra proprement dite, dans la direction du village de EI-l)jiof.

L’aspect de la zaouia peut se comparer a première vue à celle d’un vieux château du moyen âge. Une épaisse muraille de plus de deux mètres de haut, construite à pie et formée île gros blocs de pierre de couleur blanchâtre mal joints entre eux, l’entoure toute. De loin elle ressemble à un rocher tout à fait inexpugnable. Les portes qui donnent accès dans l’intérieur n’apparaissent en effet qu’après un examen attentif de l’étrange édifice, et les sentiers étroits et malaisés qui conduisent de la plaine au sommet de la petite colline, haute de 50 à 00 mètres environ, se cache ni presque parmi les cailloux et les broussailles. Certainement, d’après le plan de Sidi Omar cl Fadil el Aougili, qui conçut la construction de la zaouia d'Et Taj, en suivant les directives de Sidi Mohammed cl Mahdi es Senoussi. celle-ci ne devait pas servir seulement de tranquille refuge aux ascétiques méditations de la famille Senoussi et des khouans; elle devait constituer la forteresse où la confrérie pourrait trouver un dernier refuge en cas de revers guerriers et politiques.

La zaouia se compose de trois édifices prin-

cipaux. L’un, le plus vaste et le mieux compris, est réservé pour l'habitation des membres de la -famille Senoussi, pour la mosquée et la médersa; les deux autres, situés sur les côtés du premier el à très faible distance, sont destinés aux logements des serviteurs et au magasin de dépôt. Une roule fait le tour de l’édifice central et permet l’accès aux diverses portes de la zaouia.

Les appartements de la famille Senoussi n’offrent pas de particularités spéciales. Ils soid meublés simplement à l’arabe avec de rares et grossiers meubles de fabrication indigène, quelques tapis, peu de tentures et presque rien d’autre. Comme ont le sait, la règle senoussiste prohibe rigoureusement toute manifestation de luxe et défend d'une façon absolue l'usage de la soie et de tous les ornements superflus.

Les appartements particuliers Communiquent entré eux par les habituels petits couloirs et arcades suivant l’usage arabe.

Dans la partie centrale sont conservées encore avec leur ameublement primitif les pièces réservées à Sidi el Mahdi duquel, selon la tradition, on attend d’un moment à l’autre le retour.

Dans cette partie de l’édifice, la plus vaste et la plus belle, se trouvent aussi la bibliothèque de la Confrérie, riche de nombreux volumes et manuscrits, et le Medjelès el Ikouan, c’est-à-dire la salle réservée aux réunions des chefs de la Confrérie.

D’autres locaux sont destinés à la medersa (école), peu fréquentée el de maigre importanceparce que l’enseignement qu’on y donne se borne uniquement aux notions du Coran. Ceux des Sennoussjs qui veulent continuer leurs études pour s'adonner à la théologie et au droit sont forcés, encore aujourd’hui, de • fréquenter la medersa de Djarboub où, par suite d’une vieille tradition, on envoie comme professeurs les plus? savants ulémas de la Confrérie.

Sur le côté Est de l’édifice s'élève la mosquée de El Taj. Dans sa structure architectonique, celleci ne présente rien de notable; elle est an conduire d’aspect plutôt pauvre et de petites dimensions. Elle ne diffère pas du type habituel comme construction el comme ameublement. A l'intérieur, la partie centrale est entourée par une série de colonnes surmontées par des arcades qui supportent une vaste galerie sur trois côtés de la mosquée et laisse libre le côté tourné vers l'Orient et sur lequel, au milieu s’élève une sorte de chaire, le minbar.

Dans l’angle Sud-Est de la Mosquée gil sur la terre nue le sarcophage qui contient la dépouille mortelle de Sidi Mohammed el Mahdi. C’est là, sans doute ce qui présente le plus d’intérêt ou tout au moins frappe le plus la fantaisie des indigènes senoussistes. Le mystère qui entoure encore aujourd’hui la fin du Mahdi, son indiscutable réputation de sainteté, la croyance qu'il doit revenir au plus tôt parmi ses fidèles disciples pour compléter son œuvre de rédemption, font de celle grossière tombe un objet de vénération particulière.-

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De forme rectangulaire, elle est confectionnée mi bois massif avec la partie supérieure en forme de toit incliné; dans l'ensemble, elle est faite comme une chaise à porteurs. Quatre bras robustes sortant deux à deux des extrémités opposées du cercueil, permettent de le soulever cl de le placer à l'occasion sur deux chameaux, l'un devant l'autre.

L'étrange l'orme de ce sarcophage portatif vient des diverses vicissitudes qu'il a subies dans les dernières années. Sidi Mohammed el Mahdi mourut, comme on le sait, à Guirou, dans le Tibesti, où il fut enterré. Peu d'années après sa mort, les événements de guerre qui depuis quelque temps déjà faisaient du vacarme dans le pays, s’accrurent davantage et firent naître parmi les khouans la crainte que la tombe sacrée ne vienne à subir quelque profanation de la part des troupes françaises. C'est ainsi qu'on décida en 1902 de transporter à Koufra les restes mortels de Sidi el Mahdi avec ceux de Mohammed er Ril'i, un de ses premiers et plus dévoués compagnons.

La règle de la Confrérie senoussiste contient une disposition qui prescrit aux adeptes d'aller visiter la tombe sacrée chaque fois que la chose leur est possible. C'est une sorte de liagi (1) en proportions réduites et limitées qui trouve cependant de nombreux observateurs parmi les fidèles senoussistes.

Dans les années écoulées, les pèlerins étaient plutôt nombreux; ils venaient après un long et pénible voyage du Soudan, du Ouadaï, du Borkou, du Fezzan et même du lointain Maroc. Ils ont diminué aujourd'hui parce que la ferveur senoussistc diminue indéniablement dans ces régions, pour se concentrer seulement dans les pays où la famille exerce" une souveraineté plus voisine el plus directe. Chaque vendredi, les prêches communs ont lieu solenellement à la mosquée d'Et Taj. L'imam actuel de la mosquée est Sidi Mohammed ben Ghezel, figure caractéristique d'ascète; d'après la croyance populaire, il est doté par divine faveur de l'esprit prophétique; il dirige les cérémonies el parle parfois aux fidèles avec une éloquence impétueuse.

La zaouia d'Et Taj, que llohlfs désigne sous le nom de El Islat (2) conserve encore aujourd'hui dans son ensemble un aspect sévère et solennel.

La tranquillité du lieu, la sereine et austère tenue de ses habitants, la tradition des rites sacrés qui s’y accomplissent depuis très longtemps, font que l’étrange édifice parait entouré d'une atinosspliére spéciale d’ascétisme. Pour le gros de la population ce n'est pas chose facile que de pénétrer dans l’intérieur de la zaouia, parce qu'il est de règle de ne l'y admettre qu'a l’occasion de solennités particulières. Les khouans. au con-

< 1 > Le liagi est un des cinq devoirs fondamentaux du musulman. Il consisle à si> rendre au moins une fois visiter la tombe du Prophète el les Lieux saints de l’Islam, à une époque déterminée de 1 année, et en observant un rite spécial.

D’après le nom de Zaouia el Islat (zaouia de la pureté) qu’on trouve également mentionné dans d'autres travaux. Mais il n’est plus en usage, aboli ou remplacé par celui de Zaouia et Taj qui est le seul employé aujourd’hui par les Senoussis.

traire, y ont toujours libre accès pour vaquer aux fonctions qui leur sont confiées, pour aller discu-1 lcr au inedjelès-cl»khouan et pour étudier.

La vie de la famille Senoussi est simple dans l'intimité, presque tous ses membres abandonnant lorsqu'ils rentrent chez eux l'attitude sévère et] digue qu'ils gardent en public.

Cependant, depuis quelques années, ia zaouia n'abrite plus tous les membres de la, famille. Des-! événements connus et ininterrompus ont éloigné d'elle tour à tour les Saied es Senoussi appelés d'ailleurs par la guerre. Il n'est resté à demeure à Koufra que les femmes el les enfants confiés à la garde des plus vieux et plus fidèles khouans, auxquels ou a également souvent confié les fonctions de représentants et d’administrateurs des biens privés de la famille.

Les khouans qui habitent d'une façon permanente à Koufra constituent une caste spéciale bien différente du gros de la population. Ils se distinguent, en général, par la vertu de leur caractère ou par doctrine; ils déploient leur activité en faveur de la Senoussia d'après leurs aptitudes particulières.

Ce n’est pas le cas de parler dans ces courtes notes de l'action politique de la Senoussia et de ses buts spéciaux et religieux

Il ne semble pas (pie les khouans qui habitent actuellement à Koufra participent activement aux affaires politiques de la Senoussia.

La population de Koufra à l’heure actuelle parait n’avoir d’autre raison d'être que de pourvoir à ses propres besoins et de maintenir dans leur intégrité les lieux saints du Senoussisme.

Les habitants.

Koufra, comme tous les endroits d'une importance particulière commerciale, politique et religieuse. compte dans sa population des habitants d'origine et de pays divers.

(Après avoir expliqué combien les évaluations sont difficiles en ce qui concerne le chiffre de la population dans les pays africains, M. Ceriani continue ainsi) :

L'opinion la plus répandue et la plus plausible évalue à 10.000 environ les habitants établis dans l’archipel, el fixe des limites très restreintes à la population flottante, composée en majeure partie . de commerçants, de caravaniers et de pèlerins qui viennent vénérer la tombe du mahdi. Le noyau le plus important habite l'oasis de Koufra propreinenl dite, dans laquelle il faut compter outre le village de Djof qui esl en petit le véritable centre urbain de l'archipel, les villages de Bouma et de Boema dont se détachent sur un rayon considé- 1 rable de très nombreux groupes de maisonnettes et de gourbis.

La masse de la population est encore aujourd'hui formée par les Zoueia (qui sont 6.000 environ). qui appartiennent, comme on le sait, à la tribu nomade des Mogarba de Cyrénaïque orientale. Ceux-ci, comme on l'a dit plus haut, auraient occupé le pays à une époque qu'on ne peut facile-

ment fixer en en chassant et subjuguant les possesseurs naturels. Les Zoueia de Koufra, cependant, ont perdu toute tendance à la vie nomade et ils n’ont gardé des caractéristiques communes à leur ancienne origine que F intelligence éveillée, la fierté innée du caractère et l'instinct naturel belliqueux qui, parfois, malgré la vie tranquille et facile qu’ils mènent aujourd’hui, les rend violents et sanguinaires.

En général, bien qu'ils habitent de préférence dans les centres les plus peuplés, ils se livrent à l'agriculture et à l’élevage par l’intermédiaire d'esclaves. La situation économique des Zoueia est bonne en général et leur degré de civilisation est sans doute meilleur que celui des autres Mogarba qui persévèrent dans les coutumes de la vie nomade.

Nous ne savons pas quelle a été la vie des Zoueia avant (pie la maison mère de la Senoussia s'installe à demeure à Koufra. Mais on peut estimer que l'installation et le maintien delà principale zaouia de la confrérie en ce point n’a pas peu contribué au bien-être économique et au progrès civil du pays.

Les khouans n'ont pas eu besoin d'imposer aux habitants de Koufra leur souveraineté politique, parce que l’œuvre active de propagande senoussiste les avait déjà antérieurement tous conquis à la cause de la confrérie. Leur vie ne subit donc aucun changement important en raison du nouvel état de choses; ils conservèrent leurs chefs et leurs coutumes et vaquèrent comme précédemment à leurs occupations. En effet, la Senoussia en dotant le pays d'institutions civiles et de prévoyance' comme les medersas. le tribunal de Charà et 1rs mosquées, n’intervient que d’une façon indirecte dans la vio locale.

En ce qui concerne les coutumes et les traditions musulmanes, il n’y a à noter que l'extraordinaire sentiment religieux des habitants. Comme on le sait, la règle senoussiste,- qui est peut-être la plus rigide parmi toutes celles fixées par les confréries religieuses, impose des normes austères de conduite; elles sont rigoureusement observées parmi les Zoueia. Nombre d'entre eux qui s’étaient voués à l'élude et aux pratiques religieuses ont conquis grades et dignités dans la confrérie; de même, nombreux ont été les soldats qu'ils oui fournis à la Senoussia dans des occasions répétées.

A côté de ce groupe principal et homogène de population, il y en a différents autres moins importants dont chacun mène sa vie propre en conservant les usages et les habitudes des pays d’origine. Un fait étrange et qui s'explique par l'autorité exercée* par la Senoussia,. est que la coexistence indépendante, presque séparée par groupes, n’a jamais donné lieu à une lutte [jour la suprématie ou à d<*> conflits d’intérêts.

Les Tibou qui, pendant longtemps, ont été les maîtres de l'archipel, sont réduits aujourd'hui à un peu plus d'un millier. Originaires de Tibesti. ils appartiennent à la sous-tribu des Zourgh et peuvent être considérés à certains points de vue

I comme ayant survécu à l’invasion des Zoueia. Ils habitent en général les oasis mineures et s'occupent exclusivement aux travaux des champs; bien qu'ils adhèrent à la cause senoussiste, ils ne prennent pas une pari active aux manifestations politiques de la confrérie. D'un physique remarquable, ils sont très résistants aux fatigues: leur volonté est cependant molle et leur esprit en général déprimé. Leur chef actuel est le sultan Brahim qui aurait fui de Ouanianga pour échapper aux persécutions des Français. D'après des renseignements vagues et qu’on ne peut contrôler facilement, les Tibou vivaient dans un étal notable de progrès lorsque le siège de leur sultanat était à Koufra. Les plus vieux racontent encore aujourd'hui avoir entendu dans leur jeunesse décrire la civilisation d'un autre temps, civilisation disparue et détruite ensuite rapidement. Quelle qirait pu être leur vie. il est hors de doute que le commerce caravanier dont ils possédaient la clef devait leur avoir permis d'accumuler des richesses considérables et d'exercer la souveraineté absolue sur ces pays.

Aujourd'hui, au contraire, le commerce bien qu'appauvri par les divers événements qui se sont produits dans ces régions, est concentré presque exclusivement dans les mains des Megiabra. Ceuxci. comme les Zoueia. viennent eux aussi des Mogarba et en particulier de la tribu (pii réside en majeure partie dans les oasis de Audjila et de Djalo. Les Megiabra de Koufra ne sont pas nombreux. 100 au plus. Leur activité est phénoménale; il n'y a pas un pays limitrophe qu'ils n'aient visité; il n’est pas de route caravanière aussi longue et difficile soit-elle qu'ils ne connaissent à la perfection. Rompus à toutes les fatigues et a toutes les privations, ils exercent leurs commerces sans scrupules excessifs, en retirent des bénéfices considérables et ne dédaignent pas de se métamorphoser, le cas échéant, en contrebandiers ou en trafiquants d’esclaves. Malgré tout, leur infatigable action contribue beaucoup au bien-être matériel de la population, étant donné qu'ils pourvoient avec facilité, non seulement au ravitaillement en vivres, mais aussi à toutes les menues choses indispensables à la vie. Le reste de la population de l'archipel. 'environ un millier de personnes, est composé de petits groupements d’autres races.

Depuis les Sonia, ainsi nommes parce qu'ils sont originaires de l’oasis de Souia. jusqu’aux Touaregs, ou peut affirmer que toutes les populations de l'Afrique septentrionale sont plus ou moins représentées à Koufra. Les Sonia, environ une centaine, suivirent de Djarboub la famille Senoussi vis-à-vis de laquelle ils ont toujours montré un attachement spécial qui leur a valu sa confiance. C’est presque exclusivement parmi eux, en effet, (pie les Seied choisissent tes mandataires pour l’administration de leurs biens privés.

Les Touaregs qui appartiennent tous à la tribu des Adjers. en nombre plutôt restreint, se sont établis à Koufra après y être venus autrefois à la suite de Mohammed el Mahdi. Malgré cette longue période d'absence de leur pays d’origine, ils ont

conservé intactes leurs habitudes de vie, s’écartant presque du reste de la population et tirant leurs moyens d'existence des quelques petits champs qui leur appartiennent,

En outre des noyaux de population précités, il en est plusieurs autres composés en nombre variable île Aouaghir. Dorsa llaasa et Brahsa, qui ne méritent pas une mention particulière étant donné le petit nombre de ceux qui les composent (au total pas plus de six cents).

Pour avoir le calcul exact de la population il faut, par contre, tenir compte du fort contingent d’esclaves qu'on estime à environ 1.500.

L'esclavage est assez répandu à Ivoufra en raison de la proximité relative des lieux d'où sont tirés en général les hommes destinés à servir. 11 n’est pas d’agriculteur ou de commerçant qui ne possède, proportionnellement à ses biens, un certain nombre d’esclaves; on leur confie en général les travaux les plus durs et les plus pénibles. La forme d’esclavage est conservée, en effet, dans toute sa primitive dureté ; elle n’est en rien atténuée dans la pratique par cette forme de souveraineté patriarcale qui a remplacé les anciennes rigueurs dans presque tous les pays où subsistent encore des traces de cette triste habitude sociale. Les esclaves de Koufra, presque tous originaires du Soudan, appartiennent en majorité aux tribus des Bendaouia et Talfan; ils sont d'ordinaire réduits en captivité à la suite des incursions organisées par les marchands dans les pays où ils habitent. Conduits à Koufra. ils sont vendus publiquement sur le marché à des prix qui varient d’après les individus. D’habitude ils ont un physique superbe et des muscles solides, mais le servage les met rapidement dans un état misérable. Les plus durs sévices, les plus atroces bastonnades ne leur seraient pas épargnés, alors qu’en compensation des dures fatigues qu’ils supportent, on ne leur donnerait que des aliments insuffisants et mauvais. Au bout de quelques années leur intelligence s’obscurcit, la volonté cède à un inconscient esprit de résignation, tout l’organisme s’atrophie misérablement et de ces hommes qui quelques années avant comptaient parmi les meilleurs échantillons d’une race indubitablement forte, il ne reste que des malheureuses larves.

Les Bendouïa sont anthropophages. On dit que lorsque quelqu'un d’entre eux est prêt de mourir pour cause de maladie ou pour toute autre raison, ses compagnons hâtent violemment sa fin pour le dévorer.

11 est bien étrange que dans un pays où tout s'inspire de sentiments religieux purs et élevés, quoique musulmans, on tolère une aussi féroce coutume qui devrait soulever l’horreur et le dégoût dans toute Ame humaine.

Dans ces dernières années le prix d'un esclave atteignait rarement 70 écris: la valeur a augmenté aujourd’hui en raison de l'accroissement îles difficultés qu’on rencontre pour se procurer des nouveaux éléments.

En définitive, la population de Koufra, au point de Aue ethnique et démographique, ne présente

pas de caractéristiques particulières propres étant donné qu’elle est composée d’un agrégat va ri é de tribus et de races différentes. Les intérêts particuliers qui les oïd poussées à abandonner leurs lieux d’origine pour se transporter dans le lointain archipel sont les mêmes qui maintiennent solide leur groupement. Une ferveur religieuse égale les anime dans les vicissitudes diverses de leur vie, AÛcissiludes qui n'ont pas été légères dans ces derniers temps. Un sentiment commun de dévotion les tient rapprochés de la famille Senoussi : une irréductible aAersion également répandue les lie indissolublement contre toute tentativede violation deleur ville parles infidèles.

Ces sentiments dont tous sont également imbus et qui viennent uniquement des conditions spéciales de Aie et de milieu, remplacent chez les habitants de Koufra la communauté d’idées et d’aspirations que les gens qui descendent d’une souche tiennent de l'identité des origines et des traditions.

Conditions économiques, usages et coutumes.

Les conditions économiques des habitants de Koufra, auxquelles il a été déjà fait allusion en parlant des populations, sont sans doute florissantes en comparaison de celles des habitants des régions voisines. Cet état général de bien-être tire son origine de diverses raisons : fertilité relative du sol, petite subdivision de la propriété agricole, commerce caravanier, présence de la principale zaouïa senoussiste.

Le plus important de ces coefficients de richesse est cependant constitué, sans aucun doute, par la capacité productrice du sol. Cela ne doit pas nous pousser à croire que l’agriculture est dans ces pays toujours chose facile ; elle demande, en effet, de la part de qui l’exerce, des efforts continus ef sérieux, étant donné que le sol est constitué géologiquement par des sables marneux qui, pour donner de bons rapports, ont besoin de fumages abondants et d’irrigations continuelles. Malgré tout, la production agricole est toujours abondante parce que le partage rationnel de la propriété permet une exploitation intenshe de la terre. Chacun, en effet, à Koufra. quelle que soit sa condition sociale, cultive ou fait cultiver un bout de terrain, reçu en général en concession ou en location de la Confrérie senoussiste, propriétaire d'une grande partie des oasis. Ce système de culture, que chacun limite habituellement à ses propres besoins, est. en général, pratiqué avec une grande faveur par tous les habitants de Koufra; il leur donne en effet une certaine autonomie, en ce qui concerne les principales ressources alimentaires et il leur permet en même temps, toujours dans de modestes proportions, d'élever des- ovins.

Les esclaves effectuent d'habitude la partie la plus dure du traArail. Ce sont eux qui labourent le terrain, l’irriguent et le fument pendant que leurs maîtres, qui ne sont pas tracassés par le besoin

quotidien, peuvent consacrer une partie de leur temps à d'autres occupations.

Le commerce caravanier a toujours été une autre des sources de prospérité pour Koufra. Le trafic, surtout autrefois, prenait à certaines périodes, lorsque les saisons étaient propices, une grande importance. Dés caravanes composées de centaines d hommes et de chameaux arrivaient a Koufra épuisées par la longue marche, y séjournaient un certain nombre de jours et s’v refournissaient de tout ce qui pouvait leur être utile pour le reste du trajet à parcourir. Mais en outre de ce mouvement commercial, déterminé par les demandes de ceux qui passaient, il y avait toujours un-certain nombre de commerçants, surtout Megiabra, qui avaient le siège principal de leurs affaires à Koufra où ils accumulaient et répari issaienf les marchandises. Le mouvement commercial est naturellement réduit aujourd'hui à de faibles proportions, mais on peut avoir une idée de l’importance et de I intensité qu’il devait avoir autrefois si l'on tient compte que clans le dernier semestre la valeur des marchandises qui ont transité par Koufra. destinées seulement à la Cyrénaïque, a dépassé le chiffre de 2 millions de lires italiennes.

Les conditions économiques générales s’améliorèrent après que le siège principal de la Senoussia eut été fixé à Koufra. Là affluaient naturellement ce qui provenait des « zekkat » (1). qu’on recueillait dans les zaouïas disséminées sur un territoire immense: là commencèrent à parvenir les tributs divers que les adeptes .des plus lointaines régions ont l’habitude d'envoyer aux chefs (h- la Confrérie, là se groupèrent en groupe important les khouans les plus notables et les plus riches. Tout cela eut sa répercussion favorable sur le pays.

L’appréciable quantité de richesse recueillie par la Senoussia était mise en partie en circulation et profitait à Koufra. Le pays en a bénéficié sous tous les rapports, surtout à Djiof où l'on a construit des maisons et des édifices destinés à des usages publics; des routes ont été ouvertes, des puits creusés. En somme, un souffle de vie nouvelle et civilisée a commencé à se faire sentir sur cette région lointaine et favorise le développement d’énergies nouvelles et puissantes.

La récolte des dattes constitue toujours une des principales ressources du pays. 11 n’est pas possible dejpréciser, môme approximativement, le nombre des palmiers à fruits qui poussent dans loasi>. cultivés d une façon rationnelle et indemnes du dépérissement (pie leur produit ailleurs l'extraction du lagmi (2). Leur nombre doit être certainement important, si on considère qu’on expédie chaque année, aux divers centres de la Cyrénaïque, des quantités considérables de dattes; cell es-ci const

(1) Le zekkat ou aumône est un autre des devoirs fondammi, taux des musulmans. Il ronsiste à payer un tribut particulier calculé proportiounementau revenu de chacun, pour les dépenses concernant la propagation de foi. la bienfaisance et les autres institution' de caractère poliliipie.

(2) C'est le vin de palme. Les palmiers don! on extrait le lagmi dépérissent rapidement, étant donné qu'on leur fait une profonde i nci'ion au sommet. (Le texte italien porle par erreur « lashhi >. i )N. du T. ).

lucnl, avec un pou de laine de mouton e! de poil de chameau, les seules exportations de Koufra.

La production du mil est également très .abondante. A Teserbou, par exemple, otn réussit à fai : e jusqu’à trois récoltes annuelles de cette céréale qu'on emploie beaucoup pour remplacer le froment et l’orge qui ne suffisent pas toujours aux besoins de la population pour une année entière.

Les articles d’importation pour Koufra, qui sont formés eu majeure partie d’aliments de première nécessité pour les indigènes, venaient d’Egypte avant la guerre européenne. Des quantités importantes de riz. de sucre, de thé. de café, de farine, ainsi que de tissus de laine el de coton et d’articles de quincaillerie variée se répandaient, sur le marché local à des prix guère plus élevés que ceux du marché d'origine. Une partie de ces marchandises, complétées parfois par du sel gemme ou quelques autres produits locaux, était envoyée au Soudan d'où l’on tirait les précieux chargements d’ivoire, de plumes d’autruches et de peaux.

11 n’y a pas d'industrie locale, à moins qu’on ne veuille considérer comme telle l’existence de quelques anciens métiers pour les tissus de laine ou la fabrication réduite de paniers en feuilles de pa mier. L’élevage du bétail et, en particulier des chameaux, devait autrefois être très pratiqué parce que, d'après ce qu'affirme un notable de l’endroit, il y avait dans eei laines des oasis secondaires des pâturages 1res étendus el toujours verts.

« Les chameaux y étaient envoyés par millions, affirme pittoresquement h* notable précité, et ils y prospéraient à tel point, que si une femelle y était laissée deux années loin du mâle, les boyaux lui sortaient du ventre par l’excès de graisse. »

La seule localité qui offre aujourd'hui un peu (U- pâturage aux chameaux se trouve près d'El- Aouianet, à trois jours de marche, à l'Est de Koufra.

Circulation monétaire. — Certains ont affirmé qu'il n'y avait pasà Koufra de véritable circulation monétaire, étant donné que l’échange était Tunique 1 hase des affaires commerciales.

Cela pouvait être vrai il y a 1res longtemps, c'est-à-dire lorsque le pays n’avait pas encore le degré de développement qu’il a rapidement atteint depuis lors. Il y a aujourd'hui une circulation abondante d'argent italien, anglais, turc et égyptien, aussi bien en monnaie métallique qu’en billets. On doit noter la tendance qu’ont les indigènes à Ihésauriser des grosses sommes en monnaie d’or qu’ils tirent en partie du Soudan, du Tibesti et des autres pays du Sud.

Impôts et hues. — Les impôts et les taxes de caractère fiscal sont presque inconnus à Koufra.

< )n ne paie pas d’autre tribut que le Zakkat imposé par le devoir religieux.

En ce qui concerne les dépenses de caractère public qui doivent inévitablement avoir quelque importance dans le village de Djiof, il y est pourvu par la Senoussia qui prend également à sa charge les frais occasionnés par l’administration

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