hectares
et par région et nature (en hectares).
('olonisalion.
Régions
Petite
Moyenne
Grande
Chaouïa.
Doukkala
Fez
Gharb
Marrakech..
Meknès
Rabat
Cette répartition
entre les
différents
modes de
colonisation a été un des principaux points sur lesquels ont porté les critiques et cependant ici encore les nécessités locales sont impérieuses. On a vu plus haut combien aventuré serait, en l'état actuel des choses, un développement trop hà/if de la petite colonisation. Si ce mode d'exploitation peut réussir dans certaines conditions, qui relèvent moins de la véritable colonisation rurale ([ue d'une extension d'opérations urbaines (cultures maraîchères au voisinage des centres), il ne saurait en être ainsi dès qu'il s'agit de fixation dans le bled. La cherté des constructions imposerait à l’exploitant l’investissement d’un capital hors de rapport avec les revenus du sol. La grande colonisation, qui comprend des domaines de 400 à 3.0‘>0 hectares, est, d'une façon générale. plus difficilement réalisable. Elle nécessite en effet et de vastes espaces et de gros capitaux.
C'est pourquoi c’est vers le développement de la moyenne colonisation que s’est orienté le Protectorat. Pour exploiter les domaines de 200 à 400 hectares qu’elle comporte, point n’est besoin d’une mise de fonds exagérée. Les conditions d’admission fixent pour 1920 à 70.000 francs le capital liquide dont la disposition est exigée du candidat à l’acquisition d’un lot. La moyenne colonisation présente d’ailleurs des avantages généraux. Elle est peuplante, car elle s'adresse à des personnes s'engageant à exploiter elles-mêmes, ou à installer des exploitants européens (pratiquement l’affluence des demandes de la première catégorie fait que les autres n'ont pas la chance d’aboutir avant longtemps). Il s’implantera et se maintiendra ainsi, au Maroc, une bonne souche française, qui deviendra comme l’état-major de la classe rurale. Au reste, pour tenir compte des divers intérêts en cause et les satisfaire d’une façon
équitable, le Comité de colonisation a prévu certaines modalités. Le Comité, créé par arrêté résidentiel du 9 novembre 1916, et qui groupe autour du délégué à la Résidence, différents directeurs ou chefs des services intéressés, a admis que les lots seraient par un jeu de tirage au sort différent, répartis comme suit : 25 Ü/'O aux réformés n° 1 de la guerre; 50 0/0 aux personnes habitant le Maroc depuis deux ans au moins et qui, venues avec l’intention de s’y créer des intérêts agricoles, n’en ont pas encore trouvé la possibilité: 25 0/0 aux immigrants.
La prudence de ces directives qui ajustent les aspirations des colons aux possibilités présentes sans engager l’avenir, ont soulevé des récriminations très vives : l une d'elles portail sur les grands domaines appartenant «à des propriétaires indigènes ou à des groupements européens doid l’exploitation et la mise en valeur semblait insuffisante. Celte situation s’explique cependant pour les Européens par les circonstances créées par la guerre et ses conséquences qui ont été aussi défavorables que possible à une mise en train sérieuse et à l’équipement de fermes à l’européenne. Il y a d’ailleurs tout lieu de penser que la situation va se modifier rapidement et que la nécessité de rémunérer les capitaux va placer ces propriétaires dans l’alternative, également avantageuse pour l’intérêt général, de cultiver intensivement leurs terres ou de les morceler. Pour les propriétés des grands caïds et dont on assure qu’une importante partie reste improductive, du fait que les chefs indigènes songent simplement à en tirer le plus d’argent possible en les vendant au plus haut prix aux colons européens, une enquête a montré que la superficie de ces terres laissées incultes, n’est pas. à beaucoup près, aussi considérable qu’on serait tenté de le croire. Il faut en effet tenir compte des faits suivants : certaines étendues de terre, parfois considérables dans le Sud. ne se prêtent à aucune culture, même (on pourrait dire : surtout) par les moyens perfectionnés dont dispose l’agriculteur européen; l’assolement indigène est extensif et de vastes espaces sont nécessaires à la rotation de ses emblavures. Enfin, les chefs indigènes, disposant, pour le recrutement de la main-d’œuvre, de facilités plus grandes que les colons européens, se trouvent dans des conditions favorables pour la mise en valeur de leurs terres.
Il est à noter que bon nombre d’entre eux, lorsqu'ils ne peuvent cultiver directement leurs biens, n’hésitent pas à les louer à d’autres indigènes. Il en résulte donc (pie les terres vraiment incultes, du fait même de la volonté des chefs indigènes, représentent une surface relativement restreinte ou peuvent être considérées comme fort peu intéressantes pour la colonisation.
A ces raisons où les faits parlent d’eux-mèmes s’ajoutent d’autres considérations dont l'importance s’oppose à la suggestion qui invitait le Protectorat à racheter .aux tribus la moitié des terres de pacage, à aménager succinctement les espaces ainsi obtenues, soit directement, soit comme aux Etats-Unis par l’intermédiaire de Compagnies
immobilières qui se substit lieraient à l’Etat, à lotir et à revendre les lots à la colonisation, une part importante’ des bénéfices réalisés devant équitablement revenir aux indigènes, sous forme, soit de remise directe d'espèces, soit de subvention aux œuvres d’assistance ou d'enseignement indigènes. Ce projet, si séduisant qu’il puisse être, se heurte à des impossibilités, que certains pourront dédaigneusement taxer de sentimentales, mais qui puisent leur importance du fait même qu'elles touchent à la politique indigène si délicate à manier. Si on pouvait, à la riguemy imaginer un système fiscal propre à rendre plus facilement mobilisables les terres individuelles venant en excédent des besoins de leurs propriétaires, attenter à la liberté des transactions serait tout naturellement considéré comme un gage d’insécurité de la propriété et ne manquerait pas d’entraîner les conséquences les plus fâcheuses à la terre. L’attachement instinctif au sol est aussi enraciné chez le Marocain que chez le paysan français dont les théoriciens socialistes les plus avancés hésitent à envisager la dépossession éventuelle.
11 apparaît tout aussi impossible et aussi contraire aux principes mêmes du Protectorat d’imposer la procédure de l'immatriculation, soit du vivant des chefs indigènes, soif après leur mort, cette procédure ayant été déclarée essentiellement facultative, ainsi qu’il résulte de l'article 6 de Dahir du
12 août 1913. Pour apprécier l’émotion que susciterait une semblable mesure, il faut se rappeler (pie l'immatriculation a pour effet de soustraire les immeubles sur lesquels (die. porte à la juridiction religieuse du Chraa. Tout ce que l’on peut faire en pareille matière, c’est de conseiller h-s indigènes et de les engager à faire immatriculer leurs terrains, en leur expliquant tous les avantages que la loi foncière actuelle est susceptible de leur procurer.
Quant à la formule qui consiste à associer des groupes financiers avec des caïds, elle n'est pas nouvelle, et elle a été mise en pratique en de nombreux endroits. Les autorités de contrôle se soid employées à rapprocher colons et caïds dans ce but. Mais esl-il possible d’aller plus loin et d’imposer celte collaboration? Les sociétés ou groupes de colons sont susceptibles de se dissoudre ou do disparaître dans une crise. Quelle serait alors la situation de l’Administration vis-àvis des indigènes qu'elle aurait, par des conseils impératifs, invités à s’associer avec des groupes qui feraient ultérieurement faillite? 11 s’agit là de procédés et de méthodes qui ne sont pas dans la tradition du droit français.
L’Afrique. — et le Maroc est en Afrique, — est le pays des mirages et depuis 1830. trop de Français, prenant leurs rêves pour des réalités, ont eu de tristes réveils. Le Maroc n'a pas fait exception à cette règle générale, et les plus habiles théories
BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE
de colonisation ont dû subir une mise au point bouleversante au contact des faits. C'est un rôle ingrat que de résister à des Sollicitations logiques d'apparence : la prudence est souvent taxée de faiblesse. pour ne pas dire pire. Cependant depuis dix ans, le développement du Maroc, dans une ambiance de difficultés exceptionnelles, devrait servir de modérateur aux projets prématurés. La colonisation est une tâche particulièrement ardue, et incomparablement plus difficile à réaliser que la conquête ou la pacification. La force et l'habileté suffisent à ces objets-ci. Pour celui-là, il faut encore l intelligenee ouverte et souple qui conduise les anciens propriétaires à concevoir et à admettre une nouvelle formule d’exploitation terrienne plus avantageuse que la formule traditionnelle et millénaire qu’ils pratiquent : que de résistances à vaincre, que de méfiances à écarter! 11 faut aussi choisir parmi les propriétaires futurs ceux dont les initiatives n’auraient pas pour unique objet la satisfaction d'intérêts personnels et immédiats, mais dont le succès collaborera à l’intérêt général de la paix française : que de préjugés à faire disparaître, que d'erreurs à redresser! Et il y va de l’avenir du Maroc. Toute hâte intempestive où la propagande anti-française auprès des indigènes trouverait aliment, toute imprudence dans rétablissement de nos nationaux au milieu de populations qui nous observent, peut ruiner notre œuvre d’un seul coup, au moment surtout où parce qu'il « tient » le bloc nord africain soulève contre nous tant d’envies et tant de haines. Au reste, la Chambre des députés a bien compris le mérite de celte politique de colonisation prudente, lorsqu’elle s’est associée à son rapporteur, M. Perreau-Pradier, pour souhaiter à « certaines administrations routinières d’imiter l’heureux exemple de clairvoyance et d'énergie que leur donne tous les jours notre actif Résident général ».
J. Ladreit de Lacharrière.
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