FRANÇAISE
De nombreuses discussions et polémiques se sont greffées autour d’incidents qui se sont produits au Togo à propos de lu liquidation de biens allemands sous séquestre.
A la séance de la Chambre des députés du 20 mars celle affaire a été portée à la tribune et M. Albert Sarraut, ministre des Colonies, l’a mise au point par le discours suivant :
M. Albert Sarraut, ministre des Colonies. + Messieurs, avant-hier, tandis que l’honorable M. Boisneuf quittait celle tribune et que je marquais le désir de lui répondre le plus rapidement possible, je rappelais l’éloquent témoignage que, dans son beau discours de la veille, M. André Lefèvre avait apporté sur la situation de notre domaine colonial, eu disant que la France était peut-être le seul pays offrant au monde le magnifique spectacle de 1 accord affectueux et confiant attachant les populations indigènes à l’autorité française qui les a prise en tutelle. (Très bien ! très bien !)
Il n’est pas du tout dans mes intentions — et la Chambre s’en apercevra dans un instant — de m’emparer de cette déclaration pour affirmer que tout est pour le mieux dans le meilleur des domaines coloniaux et de jeter cet éloquent témoignage, comme une sorte de manteau somptueux et commode, sur l’ensemble de notre vie coloniale, pour en couvrir les fautes et en dissimuler, s’il en existe, les lares.
Tout au contraire! Et si j'ai bien le droit, tout de meme, d’opposer ce témoignage à ceux qui dénigrent systématiquement, et aveuglément parfois, l’effort français aux colonies, je veux surtout en retenir une obligation morale de faire mieux, une sorte de commandement de poursuivre tous les efforts nécessaires pour que disparaissent de notre administration les fautes qui peuvent encore être commises et fournir, trop souvent, prétexte à des généralisations injustifiées. (/I pplaudissements .,)
C’est sous l’impression d’un tel sentiment, avec, eu quelque sorte, l’a priori de sévérité et de rigueur qu'il implique, que j’ai entrepris l’examen de cette affaire des contrats du Togo, qui ont formé la substance de l’interpellation de M. Boisneuf. Ce sentiment est devenu plus ferme encore au contact particulièrement pénible et tragique d’une autre pensée. Car. dans cette affaire, il y a un cadavre, il y a eu mort d’homme! Dans La brousse lointaine, où tant d'autres Français se sont pour toujours couchés, témoins pathétiques des gloires et des misères de la vie coloniale, l’administrateur Dusser s’est étendu à son tour. C'était un braAe homme...
M. René Boisneuf. — Très bien !
M. le Ministre des Colonies. — ... un honnête homme, dont je viens ici saluer la mémoire, en attendant, si je le puis, de le venger. ( Applaudissements .)
M. René Boisneuf. — Très bien !
M. le Ministre des Colonies. — Il s’est tué, sous l’empire de sentiments qui bouleversaient sa conscience et qui ont troublé son libre arbitre. 11 s’est tué — et c’est ce qu'il y a de particulièrement cruel el navrant — sous l’appréhensiou de responsabilités qui ne pouvaient pas l’accabler, et dans la crainte de sanctions qui ne devaient pas l'atteindre.
M. René Boisneuf. — Très bien!
M. le Ministre des Colonies. — Car, même dans l’hypothèse où serait établie la réalité absolue des faits qui oui été apportés à cette tribune par M. Boisneuf, l'administrateur Dusser ne -pouvait pas être sérieusement recherché, parce qu'il n’aurait été, en tout état de cause, qu’une sorte d'instrument manié par des volontés supérieures, par d’autres autorités, dont la responsabilité eût été plus largement engagée que la sienne.
11 y a néanmoins une question troublante que je me suis posée et que je poserai ici incidemment : comment se fait-il que M. Dusser ne se soit pas rendu compte qu’il n’avait pas vraiment à redouter les sanctions qu’il appréhendait ou. plutôt. comment se fait-il que, parmi les Européens qui l'entouraient. il ne se soit trouvé personne pour l’éclairer et le rassurer sur l’étendue de sa responsabilité? Je dis cela parce que cette nuit encore, en relisant le rapport dressé par M. l’inspecteur des Colonies Humblot sur les causes de son suicide, je constatais avec tristesse, parmi les causes qui avaient influé sur l’état d'esprit un peu faible de M. Dusser. 1 irritation des passions locales et l'action déprimante de gens qui, torturant la pensée de ce pauvre homme, lui faisaient entrevoir comme inéluctable sa comparution devant la cour d’assises.
Je ne sais pas s'il sera possible de connaître ceux qui ont fait cette vilaine besogne, je ne sais pas s'il me sera possible de met re en cause leur responsabilité. Mais, dans 1 hypothèse où je ne le pourrais pas, il faut, que du haut de cette tribune, je leur adresse l'expression de mon mépris profond pour l’attitude lâche qu'ils ont eue vis-à-vis de cet homme. (. I pplaudissenicnls.)
Ceci, d'ailleurs, ne doit pas nous empêcher de rechercher d’autres responsabilités, pour savoir si. vraiment, comme on l’a dit. des volontés sont intervenues sur celles de M. Dusser pour lui extorquer, pour lui arracher sa signature et la faire apposer au bas des contrats qui ont été discutés ici. C'est ce qui fait en ce moment l’objet de l’enquête confiée à M. l’inspecteur des Colonies Humblot, homme consciencieux, droit et sur. qui accomplira jusqu’au bout la tâche qui Jui a été assignée. Et. puisque l’occasion m'en est offerte, comme j’ai pu lire dans certains journaux qu’on paraissait attribuer à certains mobiles suspects la sévérité dont il faisait preuve, je veux dire ici ma confiance on M. l'inspecteur Humblot. et déclarer qu’il peut tranquillement continuer sa tâche, étant couvert par son ministre, qui saura le défendre en toute circonstance, i Très bien! 1res bien!)
Mais précisément parce que celle enquête est en cours et se poursuit et parce que je n'en ai pas encore les résultats absolument définitifs, il m’apparaît que je ne peux pas moimême. ici. formuler des conclusions absolument définitives. Hier encore, j’ai reçu de M. Humblot un câble dans lequel il m’annonse qu’il vient d'expédier par le pa juebot Europe, parti il y a quelques jours, des correspondances et tle nombreux documents complémentaires sur l’affaire du contrat d'Agu. 11 est nécessaire que j aie en main toutes les piècedû dossier de l'enquête pour me former une opinion sûre et précise. C’est ce que je répète à la Chambre, après avoir en l'occasion de le dire à la Commission des affaires coloniales, par laquelle j’ai été entendu sur cette question et devant laquelle j’ai ouvert très loyalement le dossier que je possède.
La situation, à cet égard, est d'une extrême clarté : deux fonctionnaires, le commissaire de la République, au Togo. M. Wœlffel et M. l’avocat général Lucas, ont été rappelés pour s’expliquer sur celle affaiie. Il- sont arrivés à Paris. Ils avaient le droit d’être entendus par leur supérieur hiérarchique, le ministre. Je les ai reçus, je leur ai dit les articulations portées contre eux. J'ai commencé à recevoir leurs explications.
.Niais cela ne suffit pas. Il y a une procédure régulière, qui. instituée aussi bien dans l'intérêt de la vérité que dans l'intérêt des fonctionnaires que l’on met en cause, doit être d'autant plus scrupuleusement observée qu’est plus grave la responsabilité qu'on fait peser sur la tète de ceux que l'on prend à partie. MM. Wml f fol et Lucas vont recevoir communication des rapports d inspection énonçmt les articulations formulées contre eux. Ils répondront sur chacun de ces points. Ensuite, selon la procédure accoutumée, le dossier me sera transmis et j'envisagerai s il est opportun de renvoyer ces deux fonctionnaires devant les juridictionréglementaires : l'un. M. Wœlffel. d -vanl le conseil d’enquête, l'autre, M. Lucas, devant le conseil de discipline de la magistrature. Sur l'avis qui serait formulé par ces deux juridictions, j'aurai à examiner s'il y a lieu ou non de prononcer des sanctions disciplinaires, de se borner à ces sanctions, ou bien, allant plus loin, de savoir si c’est à des responsabilités pénales que peuvent être exposés les deux hommes dont je viens de citer les noms.
M. Diagne. — Et s’ils sont acquittés?
M. le Ministre des Colonies. — S’ils sont acquittés, j’aurai
lieu d’examiner si, malgré tout, et pour les faits de légalité que je vais-examiner dans un instant, une sanction disciplinaire ne doit pas être prise.
M. Diagne. — Vous portez déjà un jugement ?
M. le Ministre des Colonies. — J'allais dire précisément. Monsieur Diagne. que je ne veux pas porter de jugement sur le fond. J ai le droit, toutefois, d'en formuler un sur un point que je vais examiner. Vous comprendriez d’ailleurs mieux ma pensée si vous me laissiez le loisir de l’expliquer moi-même.
M. Marcel Hubert. — 11 est très regrettable de discuter des questions dont les juridictions doivent être saisies.
M. le Ministre des Colonies. — J'allais dire précisément que, dans les circonstances actuelles, je ne pouvais ni ne devais conclure définitivement sur tous les points de l’affaire. La procédure n'étant pas terminée, je n'ai vraiment pas le droit de préjuger de ses conclusions et de paraître dicter par avance une décision aux juridictions disciplinaires qui seront saisies. < Très bien! très bien!)
Cependant, j'ai, d’ores et déjà, le droit et le pouvoir de conclure de façon précise et formelle sur un point et de m’expliquer nettement sur certains faits qui ont été articulés à celle tribune.
Il y a, dans l’affaire îles contrats du Togo, deux questions : une question de légalité et une question de moralité.
Eu ci* qui concerne la question de légalité, ma conviction est faite, mon jugement est rendu, et j’ajoute que les sanctions sont déjà intervenues.
Je dis que ma conviction est faile : les contrats, tels qu'ils ont été signés et conclus par M. le commissaire du Togo, sur le conseil de M. Lucas, avec la société Hirsch et Gasparin, sont à mon sens, des contrals'lllégaux. nuis, parce que faits en violation de la loi. (. Applaudissements sur divers bancs.) Aucun doute ne peut subsister à cet égard et la faute est patente.
La réglementation existe : c'est, en l'espèce, le décret du Il août min. 11 prévoyait, pour les biens séquestrés, une procédure déterminée : liquidation d’abord, préemption ensuite, s’il y avait lieu. Cette procédure n’a pas été suivie. Par conséquent, les contrats, tels qu’ils ont été établis, sont illégaux et nuis.
M. René Boisnbcf. — C’est toute ma thèse.
M. Cn.vRi.ES Bernard. — Vous aviez donc raison, Monsieur Boisneuf.
NI. le Ministre des Colonies. — Celte opinion n’a pas été faite pour les besoins de ce débat. Elle a déjà été exprimée par le département des colonies, à une date relativement ancienne, à un moment où il n’était pas question d'une interpellation de M. Boisneuf.
A la date du 19 novembre 1021, dans une lettre que l’ai sou- les yeux, le département, qui avait été d’ailleurs tardivement sai>i du texte des contrats disait au commissaire du Togo pour quelles raisons il considérait les contrats comme portant cause suffisante d'annulation. C’est là mon opinion. J’ajoute qu’elle est formellement partagée par le parquet général de Dakar, duquel dépend lé Togo, au point de vue judiciaire. S'il en était besoin, je pourrais donner connaissance de la consultation fortement motivée en droit que. spontanément. Je procureur général de l’Afrique Occidentale Française a adressée au gouverneur général de cette colonie pour discuter la thèse de droit que M. Lucas avait produite en justification de l’attitude qu’il avait eue dans la circonstance.
En conséquence, je le répète, les contrats, ayant été conclus eu violation des stipulations précises du décret du il août 1920, sont des contrats illégaux.
M. René Boisneuf. Très bien!
M. le Ministre des Colonies. — J'ai demandé, dès la date du 4 mars, que l’on poursuivît leur annulation par la A'oie judiciaire.
J'ai dit tout à l’heure que les sanctions, à ce point de vue, étaient intervenues. J’ai reçu, en effet, il y a deux jours, en sortant de la séance même où M. Boisneuf m’interpellait, un télégramme du gouverneur Bonuecarrère m’informant que, par ordonnance du tribunal en date du ts mars, l ingénieur d’agriculture Fourcade avait été nommé séquestre judiciaire des domaines d’Agu et de BaGda. et qu’aux termes de la même ordonnance la Compagnie française du Togo et M. Charles Gasparin ont été tenus de délaisser ces domaines sans délai: à la lequète de l’adminisirateur séquestre, une
BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE
saisie-arrêt a été pratiquée sur des produits divers prêts à être embarqués,
M. René Roisneuf. — Voilà !
M. le Ministre des Colonies. — Voilà, au point de vue du droit...
M. Gasparin. — 11 y a des tribunaux en France, heureusement !
M. le Ministre des Colonies. — Reste la question de moralité. Cette dernière devrait être étudiée à la lueur des clauses des contrats dont on a parlé et des conditions dans lesquelles on a allégué que ces contrats auraient été préparés et signés.
C’est là le point sur lequel j’ai l’obligation absolue d’être réservé, en ce qui concerne toute formule de conclusion, jusqu’au moment où auront été produites, par les fonctionnaires mis en cause, toutes les explications qu'ils ont le droit de fournir.
Cependant, j’ai d’ores et déjà le droit de dire que, comme on peut le voir dans la meme lettre de novembre dont je parlais tout à l’heure, le ministère des Colonies avait été déjà frappé de certaines clauses de ces contrats, dont les unes lui paraissaient illégales et dont les autres lui semblaient peu conformes aux intérêts des séquestres. Il avait fait, à ce point de vue, diverses observations qui portaient, soit sur le prix de la location, qu’il considérait comme trop faible, soit sur le droit de préférence accordé au preneur en cas d’aliénation, ce qui lui a puni une clause illégale...
Au ce» Ire. — Ceci est plus grave.
M. le Ministre des Colonies. — Soit, enfin, sur une clause au sujet de laquelle M. Roisneuf à produit d’autres critiques et qui tendait à obliger l'administration locale à fournir, en nombre indéterminé, des travailleurs aux exploitants de la concession.
Le département déclarait expressément qu’il ne pouvait concevoir qu’une pareille clause fût inscrite...
M. René Roisneuf. — Très bien !
M. d’Iriaut d’Etciiepare. — C’était un progrès.
M. le Ministre des Colonies. - Voilà donc la position qui déjà avait été prise par le ministère des Colonies, dans une dépêche au commissaire du Togo, et j’imagine qu’en la reproduisant ici, je ne vais pas au-devant de conclusions que je répète n’avoir pas le droit de formuler. Je ne veux pas ies formuler, car il est bien certain que c’est l'examen même, l’examen approfondi, contradictoire et loyal des conditions défait dans lesquelles ces contrats ont été conclus et signés, qui permettra de savoir ce que peut être exactement la responsabilité des deux fonctionnaires qui ont été mis en cause.
M. René Roisneuf. — Nous sommes d’accord.
M. le Ministre des Colonies. — .la ne veux pas aller plus loin.
J’ajouterai que je suis fermement résolu, dans une affaire de cette nature, où sont engagés la considération et 1 honneur de deux fonctionnaires, qui. je dois le dire, sont excellemment notés...
M. Georges Roussenot. — Très bien !
M. le Ministre des Colonies. — J'ai le devoir étroit de leur rendre ce témoignage.
M. Georges Roussenot. — Nous avons entendu le réquisitoire, nous pourrions entendre maintenant la défense.
M. le Ministre des Colonies. — ...Je suis résolu, dis-je, à faire en sorte que ces deux fonctionnaires, qui sont, je le répète, très bien notés l’un et l'autre, puissent se défendre complètement en ce qui concerne les articulations qui ont été portées contre eux. Je désire qu'ils aient toute latitude de faire disparaître même telles apparences défavorables qui ont été créées contre eux, peut-être parce qu’on n’a pas suffisamment saisi le sens dans lequel ils ont interprété les dispositions du décret de 1920. Je déclare, avec la même netteté, que personne ne pourra m’empêcher de mener jusqu’au bout cette affaire et que. lorsqu’il s’agira de prendre des sanctions, quelles qu’elles soient, aucune intervention ne pourra en déformer le caractère et le sens. (Applaudissements.)
M. Gasparin. — Gela vous honore.
.M. René Roisneuf. — Personne n'a demandé cela.
M. le Ministre des Colonies. — C’est entendu. Je suis heureux de souligner notre accord.
M. René Roisneuf. — Je l'ai dit dans mon discours de samedi.
M. le Ministre des Colonies. — Si des faits comme celui de la violation des stipulations du décret de 19.'" ont pu se produire dans le passé, un pareil risque n’est plus à craindre dans l’avenir, pour la raison très simple que, désormais, des dispositions sont prises. En effet, depuis le 6 février dernier, le régime des séquestres judiciaires a été substitué au régime des séquestres administratifs, qui étaient une survivance de l’ancienne occupation anglaise. Donc, aucun doute ne reste possible et des erreurs ou des fautes comme celles qui ont été commises ne pourront plus se reproduire.
J’ajoute que je me considère comme suffisamment armé par les termes du décret de 1920 pour qu'une procédure régulière soit suivie dans toutes les liquidations de biens séquestrés et que, dans l'hypothèse où les garanties que donne ce décret seraient insuffisantes, je n’hésiterais pas à demander de nouveaux moyens. ( Très bien! très bien!)
Si je tiens essentiellement à ce que la gestion des concessions ou des biens séquestrés soit correcte partout, j’y tiens spécialement au Togo, dans ce territoire à mandat où nous avons le devoir de donner le bon exemple. ( Applaudissements.)
Je crois avoir répondu avec netteté aux questions posées sur cette affaire des contrats du Togo par M. Roisneuf.
Au cours de son interpellation, il a fait une incursion générale d ns le domaine colonial et produit un certain nombre d’articulations, auxquelles je voudrais très brièvement répondre, sans toutefois abuser de l’attention de la Chambre. (Parlez! parlez !)
M. Roisneuf est allé en Indochine parla pensée — je lui souhaiterais d'y aller eu réalité — en Afrique équatoriale cl il a cité un certain nombre de faits, sur lesquels il a appelé mon attention.
11 a raconté tout au long l'affaire Rellau.
M. René Roisneuf. — Pas tout au long.
M. le Ministre des Colonies. — 11 en a parlé beaucoup. J'en parlerai très peu, et très simplement. 11 y a trois jours, par le dernier courrier d’Indochine, j'ai reçu une liasse considérable de documents, dont je n'ai pas encore pris connaissance et qui répondent aux articulations, queM. Rellau a dirigées contre le résident supérieur du Cambodge, M. Rnudouin.
J’ai eu l'occasion de dire ici la haute estime en laquelle je tiens M. le résident supérieur Raudouin.
Si je li ai pas parcouru tout le dossier, qui m'a été envoyé, et pour cause, j’y ai tout au moins recueilli le témoignage d'un haut magistral. M. le conseiller à la Cour Habert, dont l'honorabilité et la conscience sont parfaitement connues en Indochine, et qui a été chargé d’enquêter sur les faits reprochés par M. Rellau à M. Raudouin. Son témoignage, à ce point de vue. me parait éclatant, pour la justification du résident supérieur du Cambodge.
Mais comme, en cette matière, ainsi qu'eu toutes autres, j'ai le désir de faire la pleine lumière, je déclare à M. Roisneuf, comme à M. Outrey que mon dessein est d'appeler M. Rellau. de lui produire les documents qui ont été fournis, d’entendre ses explications et d’examiner ainsi en tonte clarté les suites dont cette affaire est susceptible.
M. Ernest Outrey. — C'est une mesure indispensable.
M. Iriart d’Etcuepare. — C'est la seule solution possible.
M. le Ministre des Colonies. — M. Roisneuf a cité un certain nombre de faits qui se seraient produits .eu Afrique équatoriale et qui ont trait à des mauvais traitements infligés aux indigènes.
Sur ces faits, je ne possède pas encore des éléments complets d'information, mais j’ai câblé pour avoir les renseignements nécessaires. Je possède, cependant, un certain nombre de renseignements qui me permettent de dire à M. Roisneuf qu’il a été induit en erreur.
M. Roisneuf a cité, notamment, le fait d'un Noir qui aurait été assassiné par un agent anglais, lequel n'aurait pas été inquiété et serait actuellement en liberté.
C’est une erreur. Dès que le meurtre a été connu, le Parquet s’est transporté sur le lieu du crime, l’agent anglaisa été immédiatement arrêté cl c'est vraisemblablement à la session prochaine des assises qu’il aura à répondre de son acte.
M. Roisneuf m'a signalé, d'autre part, qu'en Afrique équatoriale un indigène aurait été noyé au passage d une chaloupe, par dos gens qui l’auraient bousculé et jeté à l’eau. J'ai câblé pour information. Mais déjà, dans mon cabinet.
j'ai reçu des renseignements émanant de personnes de l’Afrique équatoriale, au courant de l’incident, qui m’ont affirmé qu’il s’agissait purement et simpleme t d’un accident. C’est au moment où la chaloupe évoluait dans l’estuaire du Gabon, pendant la nuit que le mécanicien a heurté sur le pont, par mégarde, un indigène qui est tombé à l’eau ; la chaloupe a stoppé immédiatement et on a fait des recherches minutieuses pendant deux heures sans pouvoir apercevoir la victime.
M. Charles Bernard. — Evidemment, c’est le Noir qui avait commencé.
M. le Ministre des Colonies. — Au cours de l'interpellation Boisneuf, et par voie d interruption. M. Berthon...
Plusieurs membres. — Parlez plus haut !
M. le Ministre des Colonies. — Je m'excuse auprès de la Chambre de ne pas me faire mieux entendre, mais je lui demande, en raison de l’état de fatigue où je me trouve de me continuer la bienveillance qu’elle veut bien me témoigner [Très bien ! 1res bien'.)
Par voie d'interruption, disais-je, M. Berthon a protesté avec véhémence contre le fait qu’en Indochine — tout ceci fait partie de la rubrique générale des traitements infligés aux indigènes — on marquerait à 1 encre indélébile certaines recrues destinées à être envoyées en France.
Le fait était exact. Conformément à une ancienne pratique qui remontait, je crois, à l’époque où pour obliger les indigènes à se soumettre à certains soins prophylactiques dans les périodes d’épidémies, on les marquait de certains signes afin de les reconnaître (leur ressemblance physique ne facilitant pas toujours l’identification), l’autorité militaire avait trouvé ingénieux...
M. Charles Bernard. — De les vacciner comme cela!
M. Morucii. — De les marquer comme du bétail.
M. Marcel Habert. Toutes les fois qu’on est vacciné, on est marqué tout de même !
M. René Boisneit. — Si l'on vous vaccinait ainsi, au nitrate d’argent !
M. le Ministre des Colonies. Dès que le ministère des Colonies a été saisi du fait, il s’esl empressé de câbler des ordres en lndo-Chine, pour que cette pratique soit abandonnée et, à la date du lpr février, paraissait dans 1 c Journal Officiel de l lndo-Chine l’arrêté qui supprime cette manière d’identification. (Très bien! très bien!)
Si je ne m abuse, j'ai fait, un peu rapidement peut-être, mais complètement, le tour des articulations qui ont été produites à celle tribune au cours de l’interpellation de
I honorable M. Boisneuf.
Au moment de conclure et me référant à certaines déclarations de M. Boisneuf, auxquelles je veux répondre sans passion, sans colère, avec le sentiment cordial qui me fait rechercher l'union de toutes les volontés dans 1 Intérêt et pour le bien de notre domaine colonial.. (Très bien ! très bien!)
M. René Boisniht. — J’y souscris.
M. le Ministre des Colonies. — Je lui demande s il croit vraiment pouvoir maintenir son affirmation, que tous les jours la France est trahie aux Colonies parla faute de ses fonctionnaires'. Et je pose la question de savoir s’il est vraiment juste, licite et bon qu’on vienne à cette tribune dénoncer a grand fracas, les « scandales coloniaux » et paraître considérer nos colonies connue le théâtre île toutes sortes d’opérations malpropres. 07/s applaudisssements.)
Le ministre des Colonies qui est à celle tribune, le colonial qui parle en ce moment, a le droit de relever de telles généralisations et de protester de toutes ses forces, au nom de la France, comme au nom des braves gens dont, depuis dix ans. il a été le compagnon de labeur ou le chef.
Vous avez dit. Monsieur Boisneuf : il y a deux politiques.
II y a la politique du « Taisez-vous! Les oreilles ennemies vous écoutent » ; il y a celle qui consiste à découvrir et dire quand même la vérité.
-Il y a en effet, ces deux politiques, Monsieur Boisneuf. mais' il y en a une troisième dont je parlerai toute à l’heure.
Il y a la politique du « Taisez-vous! » qui consiste a cacher toujours les plaies et les gangrènes sous un voile de mensonge et de défaillance jusqu'au jour où l’organisme entier est infecté par le mal qu’on n’a pas voulu soigner. Cette politique n’est pas seulement malsaine; elle est absurde. Ce n’est pas la mienne; ce n’est pas celle du Parlement ; ce n’est pas celle des hommes de droiture, et je
dirais même des hommes de simple bon sens. (. Applaudissements.)
Il y a une politique, au contraire, qui, ayant aperçu le mal, veut aller droit à la racine, l’extirper et passer ensuite le fer rouge pour que les contagions ne propagent pas leur germe néfaste dans le reste de l’organisme. Celte politique c’est la mienne. Je l'ai résolument pratiquée, t?i vous7 doutiez de mes paroles, je vous prierais de vous référer aux rapports rédigés naguère sur ma gestion coloniale par un homme qui n'était pas suspect d'une indulgence excessive pour les gouvernements coloniaux, je veux parler de notre ancien collègue, M. Viollettc.
Ces rapports pourraient vous montrer avec quelle rigueur persistante j’ai pratiqué la politique qui s’attache à poursuivre tous les abus.
Je suis sûr, Monsieur Boisneuf, que cette politique est aussi la vôtre.
Mais le tout alors est de savoir si. pour la santé de l'organisme et le succès de l’opération qui le sauvera, il est vraiment indispensable que celle-ci à l’exemple de ces interventions à grand orchestre où excellaient jadis telles grandes vedettes de la chirurgie, s’accomplisse théâtralement et bruyamment, devant la curiosité des galeries attroupées el excitées par le triste régal des nudités et des infirmités humaines. ( Applaudissements ). Car alors voyezvous le danger. Monsieur Boisneuf ? et je vous le signale, c’est que cette manière d’agir ouvre le champ el prépare des voies à la contagion d’une autre politique dont hélas! notre œuvre coloniale à trop longtemps subi le fléau : cette troisième politique, c'est celle des chercheurs de tares, des maniaques du scandale, de ces professeurs de vertu dont l’obsession maladive et la surenchère incessante sont toujours à l'affût des moindres erreurs Applaudissements), des moindres fautes, des moindres ombres du tableau, pour s’emparer sans investigations, sans précautions et sans contrôle, de toutes les accusations, de toutes les légendes, de toutes les dénonciations (d pour en éclabousser sous une pluie de fange el de boue, dans le geste des généralisations trop faciles, le labeur obscur et méritoire de tous les braves gens qui, là-bas, dans la brousse mangeuse d hommes, sous les coups de marteau terribles du soleil, dans les miasmes des marigots, dans les ténèbres des forêts pourries de fièvre, dans la fournaise des déserts, s’exténuent à faire très bravement leur devoir pour propager les bienfaits et la beauté de la civilisation, qu'il s’agisse des colons, des administrateurs. des soldats, des missionnaires ou des sœurs de charité, l I ifs applaudissements.)
Vraiment, non. on n’est pas assez juste pour les coloniaux. (Très bien! très bien!)
Ah! pendant la guerre, tout est bien!
Lorsque de là-bas. des pays lointains qu'ils ont administrés où ils ont fait régner la justice, le progrès et la bonté, ils amènent par centaines de mille les enfants jaunes et noirs, qui viennent au secours de la mère-patrie et lorsqu’il se font avec eux bravement tuer au Iront où leur héroïsme leur vaut les plus belles citations à l’ordre de l’armée, tout le monde les applaudit et les honore. Mais après, quand les jours paisibles sont revenus, c'est autre chose.
Ici. dans la métropole, que des malfaiteurs et des fripons se laissent prendre aux souricières de la défense sociale, que des comptables publics mangent la grenouille, que des officiers ministériels lèvent le pied, que des liquidateurs de stocks dévalisent les dépôts qui leur sont confiés, cela n’a jamais que l'intérêt et la valeur éphémère d’un fait divers, publié aujourd'hui, oublié demain el dont le contre-coup n'atteint pas — et c'est fort juste — l’honneur et la considération de la métropole; mais si d’aventure un lait île même sorte se produit dans les colonies... (Applaudissements prolongés).
M. Georoes Boissenot. Voilà le langage que nous attendions !
M. le Ministre des Colonies. — 1 Oh! alors, tout de suite, c'est le tintamarre, c’est la grande manchette, le bruit jeté à tous les échos, c’est le scandale, l’éternel scandale colo-. niai, avec le rappel inévitable des mœurs effrayantes et de tous les vices qu'on cultive, paraît-il, dans notre domaine d'outre-mer. ( Applaudissements ù droite, au centre et sur divers bancs à gauche.)
Et il y a des gens après cela pour s’étonner que, pendant plus de vingt-cinq ou trente ans. les Français se soient dé-
BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE
tournés de ce domaine colonial où leur pays pouvait trouver sa fortune et qu'ils aient laissé des étrangers plus pratiques moins « gobeurs » et un peu goguenards aller cueillir les fruits et les moissons de ees territoires dont notre argent et le sang de nos soldats ont chèrement payé l’acquisition.
Eh bien! c'en est assez! ( Vifs applaudissements.)
L’œuvre française aux colonies ne mérite pas qu’on la traite ainsi! (Très bien!)
Je ne crois pas. Monsieur Boisneuf, que vous ayez la pensée de protester contre les idées que j’émets; mais je voudrais tout de même que vous fussiez plus juste pour l’effort admirable, digne de notre pays, qui s’accomplit en ce moment dans notre immense domaine colonial. Je l’ai vu moi. et j’en atteste la noblesse et la splendeur!
Dans l’hypothèse où vous pourriez récuser mon témoignage à moi. qui suis ministre des colonies après avoir été gouverneur général, me serait-il permis, d’aventure, défaire comme vous, appel à des témoignages étrangers?
Vous nous avez cité, l’autre jour, la déclaration d'une Anglaise qui protestait contre le recrutement des Noirs que nous aurions fait au Togo, ce qui est d’ailleurs faux, car nous n’en avons jamais fait. Je pourrais, moi aussi, citer l’opinion d'un grand Anglais, lord Northcliffe, l’éminent directeur du Times, qui était dernièrement en Indochine, qui a parcouru tout ce grand pays français et, qui débarquant récemment en France, tenait ce noble langage : « Nous prétendons, nous Anglais, nous y connaître en matière de colonisation, en savoir le fin mot; mais quand nous voyons ce que vous avez fait en Indochine comme au Maroc, nous n’avons qu’à tirer le chapeau. » (Très bien! très bien!)
Ce qu'il disait de l’Indochine et du Maroc, il aurait pu le dire aussi de l’Afrique. ( Applaudissements.)
Vous avez cité, et j’y reviens, l’opinion de certaine ligue anglaise qui se montre sévère pour notre administration. Je la remercie beaucoup de l’intérêt qu’elle veut bien témoigner aux indigènes dont nous avons la tutelle. Mais je serais curieux de savoir si cette ligue 11e serait pas la même qui s’est constituée il y a deux ans, outre-Manche, pour la défense et la protection des indigènes. C'est à coup sûr un très louable but; mais il s’est trouvé qu’un des membres les plus influents de cette ligue était aussi un de ceux qui ont mené la campagne la plus acharnée, la plus passionnée, la plus violente contre l’emploi des troupes noires dans les régions rhénanes, en accusant ces braves gens de tous les crimes et de tous les méfaits. ( Très bien! très bien!)
Tout de même. Monsieur Boisneuf, le jour où on vous apportera encore des protestations de ligues étrangères, notamment d’outrc-Manche, rappclez-leur, Monsieur Boisneuf, ce dicton dans lequel on retrouve tout 1 humour pince-sansrire de l’Angleterre, qu il y a un homme qui a fait fortune à Edimbourg en s’occupant de ses affaires, et si d’aventure ces ligues ont du temps àconsaererà l’examen des situations coloniales et indigènes et à la comparaison des méthodes de civilisation, elles pourraient employer leurs loisirs à étudier l’état de domaines coloniaux qui ne sont pas Français et où les populations indigènes suscitent à leurs tuteurs un certain nombre de difficultés que nous 11e connaissons pas. é.-l pplaudissemenls.)
Nous ne connaissons pas ces difficultés. Notre Empire colonial est puissant, calme, sans troubles; et cela pour une raison très simple, c’est que les populations indigènes nous aiment et ont confiance en nous. Elles nous aiment depuis toujours, depuis les temps lointains où nous sommes allés leur apporter la douceur et la protection du génie français. Elles ne nous aiment pas seulement depuis la République, car il faut être juste à 1 égard de tous les régimes; elles nous aiment depuis le moment où nos premiers colonisateurs sont allés vers les rives d’Afrique ou d’Amérique; elles nous aiment depuis Duplcix, depuis Montcalm, qui ont vu tomber à côté d’eux, fidèles inébranlablement à leur destin jusqu’à la fin, les indigènes qu’ils aimaient et traitaient comme leurs enfants. ( Applaudissements .)
Elles nous aiment parce qu’elles ont vu circuler à travers toutes les instructions dos gouvernements de France, depuis Louis XI V jusqu’à nos jours le même souffle de bonté et de fraternité. Elles nous aiment, parce que nous sommes les premiers à avoir promulgué devant le monde la doctrine coloniale la plus noble et la plus humaine, celle qui s’insurge contre le dogme cruel de leur éternelle infériorité, contre Indivision de l’humanité en races supérieures et en
races à jamais inférieures. (Applaudissements sur divers
bancs.)
Sî, en effet, nous nous sommes efforcés de développer la richesse économique de leur pays et d’améliorer les conditions de leur vie matérielle, nous avons toujours cherché à accroître ces races en dignité humaine; tout en leur apportant notre protection et notre science créatrice, nous nous sommes sans cessé efforcés, dans un geste fraternel guidé à la fois par l’inspiration généreuse de la déclaration des droits de l’homme et la tendresse de la pensée de saint Vincent-de- Paul, à relever tous ces fronts obscurs, courbés dans les ténèbres des servitudes héréditaires, et à les dresser vers la lumière. (Nouveaux applaudissements.)
Nos populations indigènes savent et sentent tout cela; et voilà pourquoi nos colonies sont tranquilles, voilà pourquoi nous y pouvons maintenir l’ordre et la tranquillitéavec des effectifs militaires qui sont à l’état squelettique et qui n’ont jamais besoin d’actionner les mitrailleuses contre des populations paisiblement et cordialement soumises à notre autorité.
Voyez-vous, Monsieur Boisneuf. je commencé à avoir beaucoup voyagé; j’ai vu un assez grand nombre de pays, j’ai « roulé ma bosse » passez-moi l’expression — dans les vieux et nouveaux continents, je suis allé chez de grandes démocraties, j’ai approché des nations très libérales, dont on dit parfois qu’elles pourraient donner des leçons aux autres; eh bien! laissez-moi vous dire que plus que jamais, et en ce qui concerne surtout le traitement des races indigènes, je pense que s’il est un noble, un grand, un généreux pays, qui n’a de leçons à recevoir de personne, c’est la France. < Vifs applaudissements.)
J’aimerais, par conséquent, que l’on parlât un peu moins souvent de nos prétendus scandales coloniaux et qu’avant de baptiser certains faits de ce nom flétrissant, on sût d’abord exactement quelle est la vérité qu'il y a derrière certaines apparences. Je voudrais surtout qu’au lieu d'épuiser nos heures et nos efforts en ces discussions pénibles et stériles, qui sont sans résultats effectifs, nous nous attachions à réaliser des projets pratiques, à obtenir des actes positifs capables d’ajouter à là grande œuvre que nous avons accomplie déjà dans nos colonies. (Très bien! très bien !)
El voici ma conclusion. Dans quelques semaines, l'ouverture, à Marseille, d'une grande exposition coloniale sera pour nous tous. Français, une admirable leçon de choses. Je vous demande, Monsieur Boisneuf, d'aller la voir et de vous rendre compte de ce qui, derrière ce faste appare it des palais, des pavillons et des pagodes, atteste la générosité. la puissance et la noblesse d’un effort de civilisation indigène que vous ne rencontrerez pas dans tous autres pays; je vous demande vie regarder, bien attentivement, ce que*, pour 1 éducation notamment et pour l'assistance médicale, nous avons fait dans toutes nos colonies, nous, dont le perpétuel effort, à mesure que nous pénétrons le mystère farouche ou I ancienne misère îles brousses coloniales, consiste à remplacer les prisons par des maternités, et les bagnes par des écoles. Vifs applaudissenienls.)
Voilà notre œuvre; c’est ce domaine du bien moral et social que la France 11e cesse d'accroître dans ses colonies depuis qu’elle est allée y planter son glorieux drapeau. Je vous ai offert un moyen de l’augmenter, de l'enrichir encore, en vous présentant il y a un an un grand projet de mise en valeur des colonies françaises où le soin des races et les moyens de leur éducation tiennent largement leur place à côté des travaux d’ordre économique et matériel. Voilà F œuvre à laquelle nous devrions consacrer nos travaux. Au moinc.nl de la discussion de ce projet, nous pourrons, s’il vous plaît, envisager les thèses politiques et même philosophiques auxquelles il peut donner l’occasion de s’affronter et nous pourrons ensemble échanger les réflexions nécessaires qu’il est utile de préparer dès à présent sur l’évolution et les frémissements des races de couleur. Nous pourrons là faire une besogne pratique, utile et positive; à ce moment, Monsieur Boisneuf,' j’espère que vous 11e serez pas le dernier à m'aider — si je suis encore là — à réaliser ce projet, grâce auquel nous pourrons faire plus vaste encore cl plus féconde l’œuvre accomplie par la France dans ses colonies et qu elle peut considérer dès aujourd’hui avec une juste fierté et un légitime orgueil. (Vifs applaudissements à droite , au rentre et à gauche A