LA CARTE DU MOYEN-CONGO
U . Alfassa, gouverneur du Moyeu-Congo a été bien inspiré en demandant à M. A. Meunier de dresser une carte de sa colonie à l'échelle du *2 millionième. Celte carte d’ensemble est excellente et prouve que son auteur a mis en œuvre une foule de renseignements inédits et qu'il les a utilisés avec le soin, la conscience et la sagacité qui le caractérisent .
Ce qui frappe Jtout d'abord lorsqu'on examine cette carte, c’est de voir (pic le relief est indiqué au moyen de courbes figuratives, espacées de 100 en 100 mètres (avec courbes maîtresses de 200, 500 et 1.000 mètres). Ces courbes ont été tracées en s'appuyant sur de nombreuses cotes d'altitudes, la plupart inédites. Beaucoup d'entre elles figurent d'ailleurs sur la carte où l'on trouve également de nombreux noms de massifs montagneux et même de sommets.
Ce figuré de terrain, qui ivexistnil pas même à l'état embryonnaire sur la feuille IV de la carte au millionième de l'Afrique Equatoriale Française, dressée par l'adjudant Dclingette en 1910, parce <pie le Service géographique de la colonie avait estimé qu'une carte donnant lhypsométrie nécessite de longues études, est une seconde approximation, qui serre la vérité de beaucoup plus près (pie la carte hypsométrique (en couleurs) au •">.000.000® de E. Barralier, publiée à la fin de notre volume : A I frit/ue lùiualoria le Fmnrnise. paru en 1918.
Ces bassins de la Léfini. de la .Nkéni. de l'Alima contiennent un grand nombre de tracés nouveaux de rivières et beaucoup de noms de villages ou de nouveaux centres administratifs. Il en est de même uolammenl dans les régions comprises entre les 2° et 1° Sud et entre les méridiens 9° cl 1 0” Est de Paris, ainsi qu'entre les I l"et 12"de longitude, qui étaient fort peu connues, au point de vue géographique, il y douze ans.
Par rapport au tracé adopté en 1910. le cours de la Nyanga moyenne est reporté de 20 vers le Sud. nous ne savons pas pourquoi. Ce déplacement semble au moins exagéré, surtout si l'on remarque que Konanadembé ( Haute-Eolo) figure sur la carte Meunier par 1°39 30" environ, alors que le capitaine Jobit. qui était un bon observateur, a trouvé pour ce point, comme latitude, — 1°35'27".
Le Djouellé, qui parait être l'affluent le plus méridional du llaut-Lébagny (Ogooué) est indiqué comme ayant sa source par environ — 3°12', alors que la feuille de Delingette ne fait descendre le bassin de l'Ogooué que jusqu'à — 2°50 .
Si nos connaissances géographiques ont notablement progressé depuis une dizaine d'années dans la partie Nord du bassin du Xiari-Kouilou, ainsi que dans les bassins eût iers du .Noumbi el du
(1) Par A. .Mbdmer, au 2.000.000e (en i couleurs), une feuille 76 -k. -Vi, prix : (i francs.
Congo, il n'en est point de même pour Je pays compris entre la Basse-Sanga, Ntokou ef Forl- Bousset. puisque la Liboko, la Sbélé. la Lékila sont toujours portés en pointillé, A ce propos, nous devons féliciter M. Meunier d'avoir -indiqué de cette façon les parties de cours d'eau non encore levées, alors qu'à l'étranger notamment, on ne montre pas toujours la même conscience, parfois cependant à de plus grandes échelles.
Bien que les Allemands aient occupé le pays entre les deux Likouala, seuls le cours de la Ci k o uala-aux-H orbes inférieur et moyen, ainsi que le cours de ses affluents supérieurs sont connus. Cela prouve que nos anciens ennemis ont reculé comme nous, devant les difficultés que présente la reconnaissance de cette région semi-lacustre, qui ne sera sans doute topographiée que grâce aux hydravions et à la photographie aérienne.
Puisque nous parlons de cette région, nous devons souhaiter que les levés hydrographiques de la mission Boussilhe (1910-1911) de la Sangha et de la Mpam a soient publiés, dès que le coût des éditions ne sera plus prohibitif. Enfouies dans des cartons, ces études très sérieuses sont quasi inutiles pour tous, alors qu'éditées elles rendraient de grands services à tous ceux qui ont à naviguer silices rivières, pendant que les cartographes seraient heureux de voir fixer le cours de la Hàute-Sanga qui est quelque peu incertain. En attendant, on pourrait publier de suite les coordonnées astronomiques de la mission Boussilhe, qui sont restées inédites à la suit»' de la cession que nous avons été contraints de faire le i novembre .1 91 1 à l’Allemagne de toute la région comprise entre les deux Likouala.
Les deux ruisseaux situés' par environ 2°35 de latitude Nord que M. Meunier rattache au Goualougo, affluent de la Ndoki, n'appartiennent-ils pas plutôt au bassin de la Likouala-aux-Herbes. comme l'indique la carte III de Delingette, ainsi que la carte allemande n° 184-185 de l’allas d'Andrée (édition 1921).'’
Au point île vue des noms de tribus, nous n'avons à relever que de rares inexactitudes : Modjembo pour Mondjembo, Bobangui pour Boubangui, Bakouo et Babouendé pour Balali. Ces deux appellations ne sont en effet que des surnoms donnés aux Balali parleurs voisins.
.Naturellement la carte indique au moyen de teintes rouges les nouvelles limites du .Moyen- Congo tant avec l'Oubangui-Chari (région de la Cessé et de la Pama) qu'avec le Gabon, a) entre la frontière de l'ancien Cameroun, la Livindo elle Djouah, b) ail Sud du bassin delà Nyanga et de la lagune Banio. ainsi que les limites des diverses circonscriptions.
Ces limites sont encore loin d’être définitives, elles subiront des modifications, des fluctuations inévitables, qui seront imposées par l’étal d'avancement des travaux publics ou même par de simples programmes de voies de communication. En effet, le jour où le chemin de fer du Gabon (que l’on néglige par trop) atteindra la moyenne | Livindo, on rattachera de nouveau les bassins du
BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE
Kantiïoua et du Djouah ru entier au Gabon el toute la cùle voisine de la lagune Banyo devra, par contre, être annexée au Moyen-Congo, si l'on adopte Pointe-Banda et non Pointe-Noire comme port el tète de ligne pour le chemin de fer Brazzaville-Océan.
Telle qu'elle est. celle carte (qui aurait du être datée) marque un progrès notable dans la représenta liongraphique d’unede nos coloniesafrieaines, qui n'attend qu'un port bien outillé et un chemin de fer pour mettre en valeur ses richesses forestières, minières, agricoles, situées entre Brazzaville el la côte, ainsi que pour utiliser son admirable réseau fluvial, qui permet de desservir facilement toute la partie située eu amont de Brazzaville. Elle aussi ne manque pas en effet de richesses inutilisées actuellement à cause du prix et de la lenteur des transports.
Espérons que les autres colonies de l'Afrique Equatoriale Française, tout comme le Cameroun, ne tarderont pas à être dotées, elles aussi, de cartes similaires.
Georges Bruee.
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BIBLIOGRAPHIE
Office National des matières premières végétales pour la droguerie, la pharmacie, la distillerie et la parfumerie. Notice n° 10. Sur les pro-, (ludions végétales du Maroc. La constitution du sol marocain et les influences climatologiques, par M. Emilk Perrot. professeur de la Faculté de Pharmacie (le Paris; et M. Loris Gentil. Professeur à la Sorbonne. Rapport de la mission confiée1 à MM. Perrot el Gentil, par M. le ministre du Commerce et l’Office National des matières premières. Contenant en outre : 1° Notice de M. René Maire. Professeur à la Faculté des Sciences d’Alger : Coup d’œil sur la végétation du Maroc; 2° Notice de M. Jean Cattefosse. ingénieur-chimiste : Les piaules dans la thérapeutique indigène au Maroc; 3° Notice de Mme Dcfougèré, licenciée ès sciences, ancien professeur au Collège de Rabal : Sur les matières colorantes végétales employées au Maroc.
L'Office National des matières premières végétales pour la droguerie, la pharmacie, la distillerie et la parfumerie, assailli de demandes de renseignements sur l’Afrique du Nord, décida au début de 1920, d’organiser une mission d'études au Maroc. Le professeur E. Perrot, directeur de l’Office, fut chargé de présider à cette enquête instituée en vue de reconnaître les possibilités immédiates et lointaines du Protectorat sur les questions intéressant les diverses industries. Il s’adjoignit plusieurs collaborateurs qualifiés, parmi lesquels : MM. Gentil, que les lecteurs du Huh-ûa, connaissent pour étudier spécialement la nature, la constitution du sol, et l’ntilisation des eaux; le professeur Maire, de la Faculté des sciences d’Alger, Braun Blanquet conservateur du Musée botanique, de Zurich; Truffault, horticulteur à Versailles; M. Gatlefossé, ingénieur-chimiste; Mme Dufougère, professeur le sciences au collège de Rabat, etc... Accueilli par l’intérêt qu'apporte le maréchal Lyautey à toutes les initiatives qui font mieux connaître et apprécier les richesses marocaines, aidée par les bons offices des autorités civiles et militaires, la mission venant d’Algérie par Taxa, visita Meknès et la forêt d'Azrou, Rabat, la Mamora, Casablanca, Marrakech, poussant jusqu'à Tannut et à Dominai, Mogador el revint, à Casablanca par Safi et Mazagan.
L’Office National, dans ,~a notice n" 10, public les principaux rapports de celle mission. .
Tout d'abord le professeur Perrot expose les grandes ligne- de l'itinéraire en notant les remarques les plus importantes cueillies le long du chemin, au sujet delà vigne, de la culture p,,-sible du riz, de la fixation des dunes littorales et en caractérisant chacune des régions traversées d'un mol juste. Il faut en excepter toutefois l'emploi du terme brousse, auquel doit être préféré celui d e steppe plus exactement représentatif de- étendues nord-africaines.
Le professeur Gentil a rédigé la notice géologique el climatologique sur l’itinéraire de la mission. Après avoir noté l'unité et la conslanle harmonie qui président à la distribution des reliefs dans l’Afrique du Nord, cl dont la structure orographique du Maroc fournit des exemples précis, il l'ail une synthèse rapide el claire de l'histoire géologique du pays; il étudie plus spécialement les régions visitées, d’Oudja à Rabat, de Rabat à Marrakech el au pied du Haut- Atlas. Pour chacune de ces divisions, l’auteur a ajouté aux descriptions géologiques, celles -i intéressantes fournies par la méléréologic et l'hydrologie, il a noté également certains détails intéressants, comme le caractère méditeranéen de la flore dans maintes régions dû Maroc occidental, constatation précieuse pour l'homogénéité de l’Afrique du Nord.
Cette constatation n été faite également par le D1' Maire, dan< le coup d’œil qu’il jette sur la végétation marocaine. Il reconnait quatorze régions, qu’il décrit au point de vue botanique et qui peuvent se résumer en quatre grandes divisions : le Maroc oriental steppique, continuation des Hauts Plateaux orannai-, le Maroc occidental, à végétation méditerranéenne très affine à celle du Tell orannais, les steppes du Maroc méridional dont la végétation plus individualisée s'apparenterait aux floresoudanaises, le Maroc austro-occidental où réapparaît la végétation méditerranéenne panachée d’éléments à affinités tropicales : l’étude plus poussée de cette région permettrait de vérifier l'hypothèse, qu'elle marque la zone de transition entre les végétations nord africaines et tropicales.
M. Gattefosse étudie les plantes dans la thérapeutique indigène du Maroc. Après avoir établi une excellente bibliographie du sujet, il décrit chaque plante en avanl soin d’ajouter au nom latin et français la désignation arabe el berbère : il indique son usage, son aire de répartition. Il est impossible de suivre l’auteur dans cette énumération, mais elle ue rebute pas le lecteur tant elle est, pour les « Marocains », évocatrice des détails de la vie moghrébine. Un index ajoute à la facilité des recherches.
MM. Perrot et Gallefosse résument en un tableau les drogueanimales cl minérales employées art Maroc, en indiquant à côté de la désignation locale, le nom français ou latin, et l’origine. Il esl regrettable que cette liste ne contienne pas de- éléments d’informalion aussi complets que la liste des plantes dont il r-t question plus haut, notamment en ce qui concerne les dénominations berberes.
Cette remarque peut s’appliquer à l’étude, que fait Mme Dufougère, de l’emploi au Maroc, dans l’industrie de la teinture, des matières colorantee naturelles ou chimiques. 11 eût été préférable de substituer aux vieilles histoires de la découverte delà pourpre ou à la discussion des mérites des couleurs d'aniline, quelques indications bibliographiques, quelques nolalious linguistiques, ou l’exposé moins succinct delà technique indigène.
M. Emile Perrot termina par une noie sur les plantes utiles spontanées ou dont 1 introduction peut être conseillée au Maroc : le pyrèthre, la jusquiame, le ricin, les conifères producteurs de térébenthine, etc... Cette note est précieuse; et son auteur en examinant avec une compétence particulière chacune des espèces, rend grand service pour le développement de- richesses marocaines dans l’avenir, tant par les initiatives qu'il peut susciter que par les erreurs qu'on évitera grâce à lui.
Une carte précise l’itinéraire de la mission. On eût pu souhaiter qu’elle contint des indications botaniques au lieu de rester exclusivement géologique. Des photographies caractéristiques ajoutent à l'intérêt de ces études. Elles sont trop peu nombreuses aux yeux du lecteur intéressé.
Le Gérant : J. Legrand.
PARIS. — :OC. G1* -i’iM?. ET D'ÉDIT., "y. RUE CASSETTU.
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PUBLIÉS PAR
le COMITÉ OE L'AFRIQUE FRANÇAISE n le COMITE DU MAROC
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