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I. — AU MAROC Casablanca

Le 5 avril, à 9 heures du matin, M. Millerand, président de la République française, débarquait à Casablanca, commençant par le Maroc le voyage

qu'il avait décidé d’entreprendre dans nos pos sessions de l’Afrique du Nord.

Son arrivée à Casablanca coïncidait, presque jour pour jour, avec le dixième anniversaire de l’établissement du Protectorat de la France au Maroc et le maréchal Lyautey, Commissaire résident général, allait avoir l’honneur et la satisfaction profonde de lui présenter l'œuvre considérable accomplie dans ce pays, à une allure rapide et puissante, grâce à ses directives et à ses conceptions remarquables de chef et d’administrateur hors de pair, grâce à son impulsion personnelle et à la hardiesse de ses vues et de ses réalisations qui surent triompher des difficultés de tout ordre qu’eut, dès ses débuts, à surmonter notre jeune Protectorat. Dès la première heure, Casablanca se préparait à recevoir dignement le représentant de la France.

Partout des haies de cavaliers jalonnent l’itinéraire fixé, des services d’ordre sont organisés, et sur tout le parcours que devait suivre le cortège présidentiel, la foule se presse envahissant les terrasses qui font face au port, se tassant en rangs serrés, derrière la haie de troupes, sur le boulevard Ballande que doit suivre le Président, après son débarquement, pour se rendre à pied à la Résidence.

A 8 heures du matin, arrivent la compagnie d honneur et la musique du 1er zouaves qui prennent place sur le terre-plein de la Manutention marocaine. Peu après, la garde noire, à son tour, se range avec sa musique, à côté de la tente du sultan qui a été dressée auprès du plan incliné où M. Millerand doit débarquer.

Dès 8 h. lo, le maréchal Lyautey fait son apparition, entouré de ses maisons civile et militaire.

S. M. Moulay Youssef arrive à 8 h. 30 et se rend à sa tente où le saluent le grand Vizir et les Chambellans.

Le maréchal Lyautey va immédiatement lui rendre visite. Peu après, 21 coups de canon annoncent l'arrivée de Y Edgar-Quinet; les navires de guerre répondent et le maréchal, accompagné de hautes personnalités militaires et civiles, s’embarque sur une vedette pour aller en rade au devant du Président.

Supplément de YAfrique Française de mai 1922.

BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

M. Millèrand prend place sur la barcassê, magnifiquement décorée à son intention et aménagée en salon arabe, que précède une vedette dans laquelle ont pris place quelques personnalités de sa suite. La barcassê s'avance lentement, majestueusement. et accoste au terre-plein.

Le temps, légèrement brumeux jusqu’alors, s’éclaircit et c’est sous un soleil radieux et par un beau ciel d’Afrique que le Président prend un premier contact avec la terre marocaine.

S. M. Moulay Youssef s’avance immédiatement au devant du Président auquel le présente le maréchal Lyautey et lui souhaite la bienvenue. AI. Millèrand prend place, sous la tente impériale, sur un siège disposé à côté de celui de Moulay Youssef, et après quelques instants d’entretien au cours duquel il exprime au sultan sa profonde satisfaction de pouvoir lui dire de vive voix toute la sympathie et la grande estime de la France pour sa personne et son entière confiance envers le peuple marocain donl le loyalisme et la valeureuse collaboration pendant la guerre ont été audessus de tout éloge, il se lève pour aller passer en revue la garde d’honneur.

Le Maréchal lui présente ensuite, les directeurs généraux du Protectorat, les magistrats, les membres du barreau, les Chambres de Commerce et d’ Agriculture, la Commission municipale, certains autres groupements, entr’autres les membres de l’Union Nationale des combattants, les mutilés et les médaillés militaires.

C’est au milieu de formidables ovations que le Président suivi de tout le cortège officiel remonte à pied le boulevard Ballande pour gagner la Résidence.

Après quelques instants de repos, Al. Millèrand monte dans sa daumont pour se rendre au Palais Impérial où il va rendre visite au sultan.

Au passage, il salue les enfants des écoles qui sont massés sur le boulevard du 4e Zouaves et le Maréchal peut lui montrer la nouvelle Kissaria, construite en moins de deux mois, sur l'emplacement des anciennes murailles de la ville indigène qui ont été abattues pour élargir cette artère, une des plus importantes de Casablanca et grande voie d’accès sur le port.

Les terrasses, les trottoirs, sur lesquels la foule essaie de déborder le cordon des troupes, sont noirs de monde et la foule respectueuse, mais chaleureuse, acclame longuement, au passage, le représentant de la France.

Boulevard do la Gare, arrêt devant h' nouvel immeuble de la Bourse de Commerce et de l'Office économique qui a organisé une exposition d’horticulture, do produits agricoles, de primeurs et de produits alimentaires de fabrication marocaine. Le Président est reçu par le président de la Chambre de commerce, AI. Andrieux, entouré de tousses collègues, et par AI. Alalet, directeur général de l’Agriculture, du Commerce et de la Colonisation. Il fait rapidement le tour dos salles, félicite les exposants cl regagne sa daumont qui, entre une double haie de cavaliers, se dirige vers le Palais de Alors Sultan.

A l’arrivée, les honneurs lui sont rendus par la garde noire et il pénètre dans la salle du trône où à nouveau, le sultan lui souhaite la bienvenue et l’assure de ses sentiments de fidèle collaboration avec la France dont il apprécie très vivement le représentant au Maroc, le maréchal Lyautey.

Ensuite, c’est le retour en ville et la visite du Lycée dont la parfaite organisation retient toute son attention et celle de AL Bérard, ministre de l’Instruction publique.

11 lui est, par cette première visite, donné de constater les très gros efforts accomplis par l’Administration du maréchal Lyautey pour développer l’enseignement public au Alaroc. Le but poursuivi a été double *. d’abord, assurer renseignement à nos jeunes Français, enfants de colons, de fonctionnaires, d’officiers ainsi qu’aux fils d’étrangers européens établis dans les villes; ensuite, le relèvement intellectuel et moral de nos protégés indigènes en leur apportant, sans toutefois heurter leurs croyances religieuses et leurs traditions, les bienfaits de nos méthodes d’instruction.

Avant 1012, il n'existait au Alaroc que quelques écoles françaises installées dans les ports et entretenues par la Légation de France et par l’Alliance israélite.

Dès l'établissement de notre Protectorat, la direction de l’Instruction publique, nouvellement créée, a ouvert chaque année, de nombreux établissements et écoles qui, chaque jour, tant est grande l’affluence des élèves due aux progrès de notre influence morale se révèlent insuffisants.

En 1921, il existait plus de 200 écoles comptant environ 25.000 élèves, dont plus de 70 écoles franco-arabes et comprenant l'enseignement supérieur, l’enseignement secondaire, l’enseignement primaire, l’enseignement professionnel qui jouit parmi nos protégés d'une faveur de plus en plus marquée et des cours du soir.

Le Président descend, ensuite, vers l’hôpital où il est reçu par AL le médecin inspecteur Oberlé, directeur général du Service de santé et d’hygiène publique du AJaroc, entouré de ses principaux collaborateurs.

Après un déjeuner intime à la Résidence, le Président reçoit les officiers de la garnison qui lui sont présentés individuellement, puis à 3 h, 15. le cortège se forme pour la visite aux chantiers du port.

A l’entrée delà grande jetée, un train spécial, composé de quatre plates-formes, attend le Président et le conduit, ainsi que sa suite, jusqu’à l'extrémité de la grande jetée.

AI. Delpit, directeur général des Travaux publics, et l’Ingénieur-directeur des Services techniques de la Cie Schneider donnent à AL Alillerand toutes explications techniques sur les travaux entrepris et leur état d’avancement.

11 n’entre pas dans le cadre de cet article de consacrer un long développement au programme d’ensemble du Protectorat en ce qui concerne l’aménagement des ports du Alaroc, et en particulier de celui de Casablanca.

Nous croyons, toutefois, utile de donner à nos lecteurs un aperçu d'ensemble des travaux entrepris à Casablanca et de leur importance au point de vue de l'intensification du commerce extérieur et intérieur du Maroc.

Le port de Casablanca dessert la Chaouïa, les Beni-Meskine. le Tadla. les Rehamna, et pour certains produits, la Région de Marrakech.

La population de Casablanca, très minime à notre arrivée, compte maintenant, près de 40.000 européens. environ 40.000 musulmans et 13.000 Israélites. sans compter la population flottante.

Casablanca est la grande ville des affaires, celle où la construction a pris un essor considérable, où des entreprises nombreuses et variées se sont installées, où des usines se sont créées, où de vastes fondouks regorgent de marchandises, où d’importants capitaux ont été employés.

Casablanca est notre premier point de eontacl avec le Maroc occidental et les événements ont fait de ce port la principale tête de ligne de tout le commerce marocain.

11 importait donc au plus haut point que l'on procédât à son aménagement et qu'on en fit un instrument de trafic commercial suffisamment bien agencé pour répondre aux besoins de plus en plus grands du Maroc économique.

Le programme des travaux a été poursuivi sans la moindre interruption pendant toute la périodique de guerre et, à l'heure actuelle, les résultats acquis sont les suivants :

Le port de Casablanca, en 1912. comprenait un simple ([liai et quelques magasins. Aujourd'hui, il comprend : une grande jetée de 1 kilomètre 1/2 et qui doit atteindre 1.900 mètres; des quais (275 mètres aecostables aux grands navires,

1.000 mètres aecostables aux petits navires et aux barrasses): 0.500 mètres carrés de terre-pleins :

20.000 mètres carrés de magasins el des voies de 0 m. 60 pour desservir les terre-pleins.

Le trafic journalier peut varier entre 1.700 tonnes et 2.200 tonnes au maximum.

Le trafic effectif est passé de 179.040 tonnes en 1912 à 393.605 tonnes en 1921.

Le mouvement de la navigation s’est, d'ailleurs, accenlué dans des proportions considérables pour l’ensemble du Maroc, desservi, outre le [tort de Casablanca, par ceux de Mogador. Saffi, Mazagan, Fedalah, Rabat et Kenitra pour lesquels il a été également prévu des travaux d'aménagement, tous en cours d’exécution.

En 1912, 2.752 navires, jaugeant 2.414.500 tonnes fréquentaient les ports marocains.

En 1920. on comptait 5.237 navires jaugeant 3.322.752 tonnes. Sur ce dernier nombre 2.162 navires jaugeant 2.024.875 tonnes battaient pavillon français.

La comparaison du commerce extérieur du Maroc en 1920 rt en 1921. dernière année pour laquelle nous possédions des statistiques complètes, est peut-être plus impressionnante encore et fait ressortir, de façon frappante, le développement économique particulièrement rapide de ce pays.

En 1912. le commerce extérieur total du Maroc

RENSEIGNEMENTS COLONIAUX. — N° o.

se chiffrait par 177.737.723 francs; en 1920. il atteignait 1.269.349.521 francs. Pendant cette même période, la part de la France dans le commerce marocain passait de 43.37 0/0 en 1912 à 63,09 0/0 en 1920.

Après la visite du port, le cortège présidentiel se dirigea vers le quartier des Roches Noires pour visiter l’Usine des Chaux et Ciments, dirigée par M. Andrieux, président de la Chambre de commerce.

Le quartier des Roches Noires, de création très récente, est celui où sont concentrées les principales industries de Casablanca et son développement a été particulièrement rapide.

Nous pouvons signaler, à ce sujet, que le mouvement industriel du Maroc accuse, lui aussi, un progrès aussi considérable que celui du commerce extérieur.

Au moment de l'établissement du Protectorat, il n'y avait, pour ainsi dire, au Maroc, pas d'industrie européenne. Cette époque est une période de tâtonnement : les capitaux se portent tout d'abord vers le commerce et l'agriculture. Puis, peu à peu. quelques industries se créent, puis, survient la guerre.

La guerre, grâce à la politique de haute envergure du maréchal Lvautey n'a pas, comme on aurait pu le craindre, arrêté court le développement industriel du Protectorat.

Toute la vie économique du pays, pendant cette période tragique, découle de la formule, érigée en principe, dès le début, par le général commandant en chef : « Un chantier vaut un bataillon. » En même temps que s’exécute le programme des travaux publics nécessaires à la mise en valeur du pays, des industries nouvelles se créent, tant pour satisfaire aux besoins locaux que pour répondre à l’appel de la métropole.

En 1921, c'est-à-dire au boul de neuf années seulement de Protectorat, un recensement des industries européennes donnait les résultats suivants : 268 établissements représentant, comme valeur (le capitaux engagés, près de 174 millions de francs.

Après une visite à l'hôpital indigène et à l’école professionnelle de la Ferme Blanche, le Président se rend place de France, où il doit procéder à une remise de décorations.

Les troupes forment un vaste carré sur toute la largeur de la place sur laquelle se presse une foule immense.

Après cette cérémonie, M. Millerand traverse à pied toute la place de France et rentre à la Résidence où il prend quelque repos avant de se rendre au banquet qui doit avoir lieu à 19 h. 30 à l’Hôtel Excelsior.

C'est dans une salle ornée avec le meilleur goût el où l'attendait une assemblée de près de 230 personnes. que M. Millerand fit son pntrée et prit place à la table d'honneur entre le maréchal Lvautey et M. Andrieux, président de la Chambre de commerce de Casablanca.

A la droite du maréchal. M. Bérard. ministre I de l'Instruction publique et des Beaux-Arts :

BULLETIN Î)U COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

M. Blanc, délégué à la Résidence générale: le député Baréty: le secrétaire général du Protectorat et M. de Fouquières.

A la gauclie de M. And lieux, M. Le Trocquer, ministre des Travaux publics, et M. le député Persil.

Eu outre de ces personnalités, le Corps consulaire, les bureaux des Chambres de commerce et d'agriculture, prenaient également place à la table d'honneur.

A la fin du dîner, après un discours du l'résident de la Chambre de commerce, le maréchal Lyautey prononça le discours suivant :

Monsieur le Président,

quand, dans la matinée du 27 avril 1912, je recevais au quartier général du 1 0<- corps d'année à ltopnos, un coup de téléphone de M. le ministre de la Guerre Millerand, m'annonçant que le Conseil des ministres présidé par M. Raymond Poincaré venait de me désigner pour la Résidence générale du Maroc, je ne songeais guère que, dix ans après, presque jour pour jour, j’aurais l’insigne honneur de saluer ce même M. Millerand, président de la République française, à son arrivée sur le sol marocain.

Non cel les que j’eusse élé surpris qu’il dût un jour être investi par la confiance de ses concitoyens de la charge suprême qu'il exerce si noblement, au grand profit de l’honneur, de la sécurité et de l’autorité de notre pays. Mais comment aurais-je pu supposer qu’après dix ans j’occuperais encore le poste auquel m’appelait sa confiance, offrant ainsi un cas peu habituel de longévité administrative? Et si. grâce au concours de tous, l’action gouvernementale a pu avoir au Maroc quelque- efficacité, c’est, comme je le redis à toute occasion, bien plus à cette continuité qu’à mon humble personne qu’il faut en reporter le mérite. Mais, celle continuité elle-même, de qui est-elle le fait sinon de deux hommes qui, depuis ces dix ans, presque sans interruption. soit à la tête de l’Etat français, soit à la tête du Gouvernement, n’ont cessé de me prodiguer leur appui, leur confiance affectueuse, leurs conseils, M. Alexandre Millerand et M. Raymond Poincaré ?

Puisque aujourd’hui un lel honneur m’échoit, laisscz-inoi vous dire, Monsieur le Président, combien je suis fier de vous présenter le Maroc, sa colonie française, ses fonctionnaires. son année, qui, depuis dix ans. rivalisent d'efforts et de vaillance pour réaliser l’œuvre qui va si' développer sous vos yeux.

Elle n'a pu s’accomplir que parce que, dès l’origine, elle a trouvé le plus loyal concours chez le peuple marocain, tout d’abord parmi ses populations de la côte et des plaines, accoutumées dès longtemps à notre contact, laborieuses, agricoles, commerçantes, et par conséquent pacifiques, et qui attendaient anxieusement l'heure où elles seraient libérées de l’anarchie et du désordre. Il ne faut jamais l'oublier, nous ne sommes pas ici des « conquérants », nous y sommes des « pacificateurs ». Ce peuple, dans sa grande majorité, dans son élite, n'a pas eu à être soumis par les armés : c'est lui qui s’est donné à nous et qui nous a aidés, nous aide toujours et nous aidera jusqu'à la fin, à soumettre les groupements réfractaires de moins en moins nombreux, qui depuis des siècles vivaient du désordre et de la rapine, se refusant à reconnaître loule autorité établie. Quelle preuve plus éclatante du loyalisme de ce peuple que la constance avec laquelle il a résisté, pendant les cinq années tragiques, aux formidables suggestions extérieures I Elles n ont pas réussi à ébranler un jour la fidélité des populations soumises et n’ont pas amené une régression. Rien mieux, pendant ces mêmes années, tout en contribuant sans relâche à notre effort sur les fronts marocains, il n'a pas cessé d envoyer au grand Front de Franco des contingents sans cesse renouvelés, qui y oui tenu le rang et joué le rôle que vous savez.

Mais de loL résultats n’ont été possibles que parce que

dès le début, la France* a eu l’ineslimable concours de Sa Majesté le Sultan Mouley Youssef. apportant à l'établissement de notre Protectorat le haut appui de son autorité héréditaire, de son principal religieux, de sa confiance inébranlable dans la justice de notre cause et dans nos destinées, et la collaboration active et loyale de sou Maghzen.

Il ne me semble pas qu’il m’appartienne de m’étendre sur les mérites de mes collaborateurs, civils et militaires, puisque je suis ici le premier des fonctionnaires et le premier des soldats. C’est à vous seul, Monsieur le Président, que revient, lorsque vous aurez vu leur œuvre, de la juger et de l’apprécier. Je veux simplement rendre le reconnaissant hommage que doit leur Chef à leur dévouement el à leur discipline. Mais vous ne me pardonneriez pas de ne pas témoigner devant vous de ce que le Maroc doit à ces troupes, parmi lesquelles je suis né et j’ai vécu toute nia carrière. Elles sont là-bas, eu avant, où vous allez les voir, muraille vivante et mouvante derrière laquelle. — telles ee< terres reconquises sur la mer. — s'avance chaque jour un peu plus le défrichement matériel, moral et social de ce pays, dont la barrière de leurs poitrines est la garantie H la sauvegarde.

Celle mise en œuvre du pays, sous la protection des troupes, c’est l’œuvre des colons et. j'en atteste, c’est une rude campagne que la leur. Voici dix ans que je les vois à la lâche, et cette lâche remonte à l’époque autrement lointaine où vinrent ici, bravant tant de risques el de périls, les premiers nationaux français. Ce que fut cette rude période préparatoire, ce que fui la tâche ingrate et patiente des représentants (le la France dans leur latte quotidienne contre tant de difficultés et d’embûches, les témoins en sont encore ici. Ce sont eux qui. à l’aube du Protectorat, nous apportèrent leur solide appui et leur expérience éprouvée el je remplis un devoir de conscience en adressant ce salut aux premiers pionniers de l’œuvre française au Maroc. Puis, avec le Protectorat, ce fut l’afflux soudain, quelquefois presque torrentiel. Ce qu'il réalisa, vous en avez déjà eu un aperçu aujourd’hui, dans ce Casablanca qui est, avant tout, l’œuvre d’initiatives privées et d’énergies que rien n’a lassées. La joie de notre patriotisme ne peut se défendre de quelque orgueil en constatant ce magnifique témoignage de la vitalité de notre race, de sa faculté d’expansion, ce défi à ceux qui oseraient encore nier ses apliludes colonisatrices. /■

Elle a connu les plus dures heures, celle vaillante colonie française : pendant la guerre, où il lui a fallu tenir le coup avec des moyens et un personnel réduits de jour en jour, aujourd'hui, où il lui faut lutter contra la terrible crise qui s’est abattue sur le monde et à laqui Ile le Maroc ne pouvait avoir la prétention d’échapper.

A travers quelles difficultés son œuvre sà si faite et se pouisuit. nul ne le sait mieux que moi. placé par ma charge à la source de toutes les confidences el de toutes les doléances. Alors même que des obligations supérieures ne me permettent pas d'y apporter lous les soulagements que je voudrais, il y a des infortunes que je ne saurais méconnaître et doni je partage les angoisses. Il leur faut lutler, el contre les éléments, et coidre le sol, el aussi contre tant d'hypothèques et de lisières. Les circonstances vous forcent à passer trop vite, Monsieur le Président, pour voir tout ce que recouvre de labeur ingrat, de déceptions parfois, l'ensemble d(* l’œuvre réalisée. La déférence et la discrétion vous en eussent d’ailleurs épargné le détail, mais c'est à moi qu'il appartient de les ramasser d'un mot pour vous dire combien ici le colon est méritant et combien, lorsqu'il réussit, c’est au prix d'un effort, d'une ténacité el d'une énergie sans égales.

Je manquerais à mon devoir si je ne rendais l'hommage qui leur est dû aux colonies étrangères, dont les Représentants sont ici auprès de nous el qui nous ont apporté dans les dures heures de la guerre leur plus loyal concours. Alliées ou neutres, elles ont connu, elles aussi, les difficultés et les risques.

Mais, en celle heure unique où le Chef de I Etal français fuil à celle jeune colonie l'honneur insigne de la visiter, tout s'oublie. Ce qu elle ressent en vous recevant, c es! la gratitude pour l'encouragement sans prix que vous vouez lui apporter, l'espoir qu elle fonde sur l'appui que lui assurera plus que jamais votre expérience avertie, l'émulation que lui donne l'exemple de votre vie toute de travail et de

désintéressement, vouée sans relâche an service de la Patrie bien-aimée.

•le lève mon verre en l’honneur de la France,

Du Gouvernement de la République,

De M. Alexandre Millerand, président de la République française.

Le Président de la République dit à son tour :

Ce jour est le premier où un chef d Etat français soit venu, en terre marocaine, saluer le souverain de I Empire chérifien.

Je ressens profondément l’honneur qui m échoit d'être appelé à prendre la parole aujourd'hui en présence des représentants de* Sa Majesté chérifienne, des membres du Maghzen. des grands Caïds du Moghreb, du glorieux soldat qui a porté sur cette terre le génie de l’ordre et de l'organisation française, de nos compatriotes qui continuent ici les traditions de notre race et des représentants d’une armée qui porte, sous les drapeaux associés de la France et du Maroc, un prestigieux patrimoine de gloire.

La visite que je fais aujourd’hui était due à tous ceux que je viens de grouper comme le faisceau des forces, des intelligences et des fidélités qui constituent ici le prolongement de la France. Elle était due en particulier à S. M. le Sultan qui, pendant tes quatre années d’une longue et dure guerre, a été t’allié inébranlable dont les armes se sont acquis une gloire immortelle et dont les troupes ont affirmé, jusqu’à un point qui n’a jamais été dépassé, ces vérins guerrières que l’Islam conserve comme une tradition venue du plus lointain des âges. La France, dont les enfants ont mêlé leur sang à celui des soldats de Sa Majesté sur tant de champs «le bataille, où l’héroïsme des troupes marocaines a aillé à repousser glorieusement une injuste agression, a pour le Souverain du Maroc une gratitude dont je suis heureux de lui apporter l’expression. Et, si, sur ce point, j'ai été devancé, j’ai plaisir à penser que le premier témoignage de la reconnaissance des Gouvernements alliés a été apporté ici par Sa Majesté !«■ Roi des belges.

L union entre la France et le Maroc — dont ma présence parmi vous est, en quelque sorte, la consécration — s’est nouée en un laps de temps étonnamment court. Le mérite en doit être reporté d’abord à celui qui. avec la collaboration toujours loyale «le votre Majesté et «Iq Maghzen, a été l'artisan de cette œuvre féconde.

Vous n’êtes pas le premier. Monsieur le Maréchal, qui ayez prévu entre le Gouvernement de la République et le Gouvernement Chérifien, cet accord intime que nous voyons aujourd’hui si heureusement réalisé. Préparée par mon cher et regretté ami ltévoil, entreprise avec une maîtrise pleine de prudence et de tact par M. Saint-René Taillandier, l'élaboration du Protectorat français avait été continuée, avec une foi passionnée, par M. l'Ambassadeur Régnault. 11 n'a pas dépendu de cet ami sincère et fidèle du Maghzen que jamais une goutte de sang français ne coulât sur celle terre marocaine.

Des réactions aveugles et brutales n’ont pas laissé à l'évolution pacifique du Maroc le temps de s'accomplir. Du moins a-t-il été donné à M Régnault de mettre ta signature de la France au lias du traité de Protectorat, et, à ce titre parmi beaucoup d’autres, le souvenir qu’il a laissé au Maroc méritait d’être rappelé aujourd’hui.

C'est à vous, Monsieur le Maréchal, qu’il était réservé d’achever la tâche.

Faire le tableau du Maroc d’aujourd’hui serait décrire l «euvre accomplie par vous au cours des dix dernières années sous les mille aspects par lesquels elle a sollicité votre activité et réclamé vos efforts.

La France n’aurait pas été fidèle à elle-même, si, en venant dans ce pays pour y remplir le réle de protecteur et de guide, son premier souci n’avait pas été d’y répandre I instruction, d’y faire régner la justice, d'engager partout la lut t«* contre l'ignorance, l’arbitraire et la misère. Tant françaises que franco-arabes et franco-israélites, il y a maintenant au Maroc, plus de deux cents écoles, sans •ompter les écoles musulmanes, ni les écoles ouvroirs pour les jeunes filles, dont le succès a été si complet.

L'organisation judiciaire française s’est transportée sur ette terre marocaine avec tout ce qu elle comporte de garanties pour le justiciable, tandis qu«' la justice musul-

mane. scrupuleusement respectée dans son essence, était réformée et contrôlée avec la préoccupation, notamment, d’assurer la protection aussi bien des Européens que des Indigènes lors du premier contact de deux civilisations différentes.

En matière d’hygiène et d’assistance aux malades, le Protectorat s'est attaché «lès l'origine, à développer les premiers organismes créés par la France. Le service de l'assistance médicale fonctionne aujourd’hui dans 113 postes. Des hôpitaux ont été aménagés à Rabat. Casablanca, Fez, Meknès, Marrakech, Mazugan. Un laboratoire central, des cliniques spéciales combattent les fléaux les plus redoutables qui guettent la faiblesse humaine.

Que tous ceux qu’attirent la perspective d’une vie active ou l’amour désintéressé des splendeurs séculaires de l'Islam soient venus ici en granit nombre, je n’en veux pour preuve que le développement prodigieux «1e vos villes. Partout, sur cette côte de l’Océan, jusqu’alors inhospitalière, au point d'en être légendaire, les ports se creusent, les jetées plongent leurs bras dans la houle, les remorqueurs fument, les entrepôts s’érigent. Il faudrait traverser l’Atlantique pour trouver des exemples de transformation plus rapide. Encore citerait-on sans «toute difficilement un cas de croissance plus étonnant que celui de Casablanca où se constate, aujourd’hui, la présence de 40.000 Européens.

Partout, au Maroc, à côté de la ville arabe dont elle a respecté le pittoresque isolement, a surgi la ville européenne, née d’un plan étudié, équipée et dotée de tout l'outillage moderne. Cette œuvre énorme s’est accomplie sans à coups, sans heurts, encore que, pour la plus grande part, pendant une des périodes les plus tragiques que le monde ait traversées. On a vu ce spectacle étonnant d’une exposition s’ouvrir à Casablanca alors que les années ennemies poussaient leurs tranchées jusqu’à moins de 100 kilomètres de Paris.

Entre les vieilles cités du Moghreb comme entre leurs jeunes sœurs créées à l'ombre de leurs hautes murailles, l’intelligence organisatrice de la France supprimait en même h'mps les distances.

A peine a-t-il posé le pied sur la terre marocaine, le Français s'est montré fidèle à son génie de grand constructeur de routes. Plus de 3.000 kilomètres «le routes rayonnent aujourd’hui sur !«' Maroc. On assiste à ce spectacle qui, il y a quelques années seulement, eût paru un rêve, un jeu «le ces imaginations qui se plaisent aux anticipations de l’avenir : l'automobile passant dans un tourbillon de poussière là où cheminaient les lentes caravanes, sur les pistes tortueuses, boueuses l'hiver et dures aux pieds des chameliers s«»us le grand soleil «le l’été.

Sans «toute, en matière de chemins de fer. le Maroc n'a pas encore dépassé la période des lignes militaires, mais déjà Hou- touchons à la fin de celte époque transitoire. Des travaux sont commencés en beaucoup de points, sur un grand nombre de kilomètres. L'année prochaine ne s'aclièvera pas san- que des villes importantes ne soient reliées, au travers «le campagnes prospères, par des voies ferrées à gabarit normal.

Soudain le Maroc s’est révélé au monde avec ses prodigieuses splendeurs que n'avaient contemplées jusqu'alors que les yeux de quelques privilégiés. Splendeurs intactes, car des soin- attentifs et éclairés entourent ici l'héritage respectable d’une «les plus vieilles civilisations du monde. Grâce à eux. on peut admirer, «huis toute leur beauté, tes chefs-d'œuvre de l’Islam.

Pour réaliser ces œuvres de paix dans ce Maroc où la guerre n’a pas encore cessé de faire entendre, sur quelques points, sa clameur furieuse, il fallait que l aine d’un artiste inspirât l’esprit d’un soldat.

Vous avez fait régner ici. Monsieur le Maréchal, la paix fran«;aise. Avec ce sens profond de la psychologie acquis au contact prolongé de l’âme indigène, avec la pénétration que vous donnait l'éludé patiente et passionnée de la mentalité musulmane, vous avez rendu ee peuple à ses destinées véritables. Avec la sécurité, vous lui avez donné la possibilité de revenir à ses plus lointaines traditions. Grâce à vous, le paysan cultive sa terre, paît ses troupeaux sans avoir à redouter que les exactions et les pillages anéantissent les fruits de son travail. Vous avez multiplié les jardins «l’essai, les fermes expérimentales, les concours agricoles, fait reehereherles points «l'eau, favorisé la motoculture, introduit

BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

les pratiques du crédit agricole, créé des Chambres de Commerce et d'Agriculture et des Sociétés indigènes de prévoyance.

Vous ne me pardonneriez pas, Monsieur le Maréchal, si j'omettais de rendre hommage à ceux qui vous ont aidé dans cette tâche. Je renouvelle à S. M. le Sultan, au Maghzen. aux hauts fonctionnaires chérifiens, l’expression de la gratitude du Gouvernement de la République.

11 m'est infiniment agréable d’avoir à remercier le Corps Diplomatique d’avoir bien voulu honorer de sa présence cette cérémonie. La France sera sensible à la courtoisie qu'il a témoignée à son représentant en venant le saluer à son arrivée en terre marocaine. Vous êtes ici, Messieurs, les témoins impartiaux de nos efforts. Vous connaissez notre souci de concilier l’accomplissement de notre mission avec l'observation des traités et le respect des droits de vos ressortissants. La France poursuit sous vos yeux, au Maroc, dans l'intérêt de la civilisation, une entreprise d’utilité mondiale.

Je dois un tribut d éloges bien mérités aux fonctionnaires français que le Maréchal Lyautey a groupés autour de lui et qui, se trouvant placés à pied d’œuvre devant une tâche immense, ont apporté à ce travail de création et d’organisation leurs qualités de dévouement, de méthode et leur souci de l’intérêt public. J’associerai à cet hommage la colonie française du Maroc, dont on ne sait si l'on doit admirer davantage l’initiative, l’esprit d’entreprise ou la fidélité et l’amour qu’elle conserve à la Mère-Patrie.

J'ai gardé pour ma conclusion, Monsieur le Maréchal, l'éloge qui. je le sais, doit être le plus sensible à votre cœur : je m’incline devant les soldats merveilleux qui sont votre grande fierté comme ils sont l’orgueil de la France.

L’historique de la Division Marocaine, c’est le récit de la grande guerre, de ses heures les plus dures, et les plus glorieuses. On la rencontre partout où la France a eu besoin de donner son plus rude effort.

Et tandis que sur le front, vos compagnons d’armes apportaient à la défense nationale leur inestimable concours, ici se déroulait une autre campagne qui pour être plus obscure et sans doute moins sanglante, méritait, elle aussi, la reconnaissance de la France et du Maroc dont elle poursuivait la pacification.

La lutte n’est pas complètement terminée. Moins favorisées que leurs camarades, nos troupes marocaines n’ont pas connu le repos après la victoire, ni la douceur du foyer retrouvé.

Vous avez repris ici. Messieurs, votre vie d'austère labeur, au contact de la mort toujours présente. Continuez à faire pour la France une moisson de gloire et pour la sécurité et la grandeur de l’Empire chérifien, transmettez aux jeunes officiers marocains que vous formez à votre école ces traditions d'abnégation, de courage, ces vertus militaires dont la France est légitimement fière.

Messieurs, je commence parmi vous ce voyage qui me conduira jusqu’aux limites de notre domaine africain. J’y rencontrerai, j’en suis sur, bien des occasions d’admirer le génie français. Nulle part plus qu'au Maroc, je n’aurai le sentiment profond de ta grandeur de la France et de la République.

Je lève mon verre en l'honneur de S. M. le* Sultan.

A la prospérité du Maroc,

A M. le Maréchal Lyautey.

Cés discours furent fort applaudis et le Président se retira au milieu d une grande ovation.

Azemmour et Mazagan.

Le <i avril, à 8 heures du matin, le cortège présidentiel. composé de 35 voitures, quittait Casablanca et prenait la route de Mazagan.

La population casablancaise avait tenu à saluer le Président et occupait, nombreuse, les artères par lesquelles devait passer l’automobile présidentielle.

Halte rapide à l’Aviation où devait se faire le départ de la nouvelle ligne aérienne reliant Casa- |

blanca aux villes du Sud. Le Président félicite vivement la direction Latécoère de son organisation qui a déjà rendu do si grands services et appose sa signature sur un livre d’or.

Les voitures se remettent ensuite eu route et le cortège avance à bonne allure sur une roule en parfait état et qui ne le cède en rien à celles de France.

Le Maroc, en effet, grâce au programme mis à exécution par le maréchal Lyautey est doté d'un remarquable réseau de routes.

En 1912, il n’y avait, pour ainsi dire, pas de routes au Maroc : deux ou trois voies de communication mal aménagées, jamais entretenues, sans ouvrages, d’art et le plus souvent impraticables, constituaient loul le réseau routier du Maroc. C’était ce que l'on a appelé « les chemins des Ambassades ».

Nous sommes loin, aujourd'hui, des « chemins des Ambassades ». Le rail et la route se prolongent chaque jour et si, dans le bled, les pistes sont encore fréquentes, il n’est pas un centre de commerce important que n'atteigne le chemin de fer ou la route, sinon les deux.

M. Millerand aura pu, au cours de sa longue randonnée marocaine, apprécier ces routes qui ont été un facteur si important du développement économique du pays.

Actuellement, le réseau routier du Maroc comporte 2.500 kilomètres de routes principales (sur un total de 3.170 projeté) et 680 .kilomètres de routes secondaires (sur un total de 907 projeté) entièrement construites.

Ce réseau routier, malgré une circulation automobile de plus en plus intense, est en bon étal el permet le roulement des charrettes de 2 tonnes 1/2 ainsi que des gros camions chargés, quelquefois, à plus de 10 tonnes avec leurs remorques et dont le trafic assure les besoins du commerce intérieur que, depuis longtemps la voie ferrée de 0 ni. 00 — la seule en exploitation à l'heure actuelle — n'est plus à même de satisfaire malgré le maximum de rendement qu’on a su lui donner et malgré le véritable tour de force qui a consisté à ouvrir au commerce une voit? Decauvillc. primitivement établie pour répondre aux seules nécessités des transports militaires.

Le long de la route que suivait le cortège présidentiel, ce n’était pas le bled désert, mais de nombreuses tentes aux couleurs bigarrées: des toitures de fermes européennes étaient la démonstration pour nos visiteurs que l’effort marocain s étail porté sur toutes les branches de l'activité économique et t[ue les progrès de l'agriculture et de l'élevage marchaient parallèlement à ceux du commerce et de l’industrie.

Les 80 kilomètres qui séparent Casablanca d’ Azemmour sont parcourus et le cortège arrive à la montée de la rampe qui donne accès à cette petite ville.

Des cavaliers indigènes richement équipés l'attendent et font la meilleure impression.

La ville est coquettement décorée, la population entière s’est portée dans la principale rue com-

mereante et acclame le Président qui reçoit une superbe gerbe de fleurs offerte par un groupe de trois fillettes qui se détachent des autres enfants des écoles, massés derrière leurs maîtres et qui agitent toute une forêt de drapeaux.

Les présentations des membres de la Commission municipale, des notables indigènes et des œctes israéliles ont lieu immédiatement et, le Président entre ensuite sous la tente du pacha d’Azemmour qui lui offre le thé et l'assure des sentiments de respectueuse sympathie de là population indigène.

Le cortège s’est remis en roule et. à 11 heures moins le quart, il arrive en vue de Mazagan, et atteint le boulevard Front-de-Mer que jalonne, sur plusieurs kilomètres, une haie de cavaliers indigènes richement harnachés.

M. Millerand descend de sa voiture et est reçu par le Dr Weisgerber. contrôleur chef de la région civile des Doukkala. qui lui présente la Chambre mixte d'agriculture, de commerce et d'industrie, la Commission municipale, le Corps consulaire. l'Association des colons et les autres groupements.

Mazagan a mis sa parure de grande fête : la ville entièrement décorée, avec ses habitants pressés en foule compacte pour acclamer le Président, reflète la joie et la confiance, et ce n'est qu'une longue ovation sur tout le parcours du cortège présidentiel.

M. Millerand est monté à la loggia du premier étage du Contrôle civil et là, entouré du Maréchal, des ministres et de sa suite, il assiste à la fantasia que lui offrent les cavaliers Dcukkali. Cette manifestation indigène se déroulant dans un cadre pittoresque, devant l'Océan, avec, comme fond, la vieille forteresse portugaise, a belle allure et est suivie avec le plus liant intérêt par nos liâtes.

Après être descendu du contrôle, le Président rend un hommage public aux services éminents rendus par notre fidèle allié, le pacha de Mazagan, Si Allai Ben Oacemi. en lui conférant la rosette d'officier de la Légion d'honneur.

Un déjeuner est préparé à l'Hôtel de France. Par une attention délicate de la population, une véritable haie de verdure, de drapeaux et d'écussons donne accès à la rue aboutissant à l'hôtel où se rend le Président, et la rue elle-même, jusqu’au perron de l’hôtel, disparait sous un chemin de tapis et de liembels.

Après le déjeuner, visite de la ville, par la place de la Douane et la place Gallieni.

Le Président peut se rendre compte de l’activité commerciale de Mazagan dont le port, qui dessert la riche région des Doukkala assure un trafic important.

La nature des importations faites par Mazagan. est. comme Casablanca, très variée et répond aux besoins les plus divers des populations indigène et européenne, non seulement des Doukkala. mais, aussi d'une partie de la région de Marrakech dont le commerce transite par Mazagan.

Les exportations dépassent les importations et atteignaient, en 1921. 06.884 tonnes contre

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