tonnes de marchandises importées
Mazagan est le gros centre marocain du commerce des œufs et l’amélioration de son port, consistant dans la construction de jetées, musoirs. terre-pleins, quais, dérochement de la vieille darse portugaise, et ouverture d’une passe, a grandement facilité ses opérations commerciales.
Marrakech.
Deux cents kilomètres restent à faire pour atteindre Marrakech et. sur ce long parcours, le* cortège présidentiel peut admirer uii pays d'une réelle fertilité, couvert, sans discontinuer, d'orges et de blés. La culture, en effet, est particulièrement poussée dans toute cette région, qui est un des greniers du Maroc.
Arrêt à Sidi-Ben-Nour, oii sous de grandes tentes. de^ rafraîchissements ont été préparés par Je contrôleur, chef de l'annexe.
Sidi-Ben-Nour est un centre agricole et un marché indigène important, qui, pendant longtemps. a été un des points de ravitaillement des services de l’Intendance.
Jusqu'à l’arrivée au pied du Guéliz^ c'est, le long de la route, une file ininterrompue d’indigènes qui, au passage, saluent le Président et sont une marque éclatante de l'entier loyalisme à notre égard des populations marocaines.
Une halte de quelques instants sous les tentes dressées à l'entrée de la palmeraie, et, à nouveau en marche, le cortège entre à 18 heures dans le quartier européen du Gueliz, qu’il suit pendant environ 9 kilomètres, entre une double haie de troupes.
La colonie française est présentée au Président qui, presque immédiatement, se remet en route vers la Médina.
Ce qu’a été la réception de Marrakech au président de la République, les termes nous manquent pour l’exprimer. .. Un cadre grandiose et féerique, un ciel clair qui nettoyait l'horizon et permettait d’avoir cette vision impressionnante du grand Atlas étendant au loin scs neiges éternelles, une population grouillante, enthousiaste, et d’un pittoresque indescriptible, des nuées de cavaliers indigènes richement harnachés et caracolant dans le bruit assourdissant des noubas, des trompes et des tams-tams...
A l’entrée de la Médina, le cortège avance au milieu de cavaliers indigènes, salué par les acclamations de toute une foule enthousiaste. Suivant la tradition, a lieu la présentation au Président du pain et du sel. Plus on approche du Mellali, plus la foule devient dense et c'est un mouvement inouï, une agitation ininterrompue de population indigène.
L'auto présidentielle est signalée et le général Daugan. commandant la région et la subdivision de Marrakech, s’avance au-devant du Président et le salue du sabre, puis il lui présente le fils du sultan, le prince Moulay Idriss. que l'on fait asseoir dans l'auto présidentielle.
M. Millerand salue ensuite les grands caïds qui l’attendent à cheval, entourés de leur suite. Ce
lit —
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sont Le Glaoui. pacha de Marrakech, le caïd El Havadi; Brahim El M’Tôugui et Hamou Glaoui.
Arrêt devant les tribunes où toute la colonie qui s v presse acclame longuement le Président. Le cortège gagne ensuite la Rallia, résidence, à Marrakech, du maréchal Lyautey.
Le lendemain matin, le président qui a mis un casque gris, visite l'Aguedal, l’hôpital militaire, les tombeaux Saadiens et les jardins de la Mamounia.
A midi, à la Rallia, grand banquet offert par le Résident et auquel, en dehors des notabilités de Marrakech, assistaient, en outre de Moulay Idriss, le jeune fils du sultan, la plupart des grands caïds.
A 16 h. 30. l’auto présidentielle arrive sur la place Djemaà el-Fna. M. Millerand descend à l’en- Irée de la Kissaria et commence à pied la visite des souks. Ensuite, visite en automobile des jardins ch1 la Menara.
De la Menara. le cortège gagne le Gueliz cl les voitures escaladent la pente roide qui mène jusqu’au somme! du bastion.
De la plate-forme du fort de Gueliz, on a une vue admirable sur tout Marrakech, sa plaine et l’Atlas.
Le Maréchal explique le rôle militaire du Gueliz.
L’expérience de Fez avait porté ses fruits. En arrivant h Marrakech on voulut, en cas de rébellion du pays, que la population civile de Marrakech trouvât un refuge immédiat. D’où choix de ce point stratégique exceptionnel comme endroit de refuge immédiat de toute la population européenne. Aussitôt le bastion construit, on procéda à des exercices de tir d’artillerie avec les pièces installées au sommet du Gueliz. Les obus, pointés à 12 kilomètres, tombèrent de l’autre côté ch' la ville. La population indigène comprit la leçon de celle démonstration et est toujours restée calme. Elle savait, en effet, qu’à la moindre alerte nos canons du Gueliz dominant la ville avaient jeu facile pour exercer sur elle de terribles représailles...
Après ces explications sur le rôle militaire du Gueliz, le Maréchal explique les conceptions cpii ont présidé à l’établissement du plan de la ville nouvelle. Toute la suite présidentielle ctM. LeTrocquer, en particulier, sont vivement intéressés par ces explications nettes et concises donl doublent la valeur les réalisations déjà obtenues...
C'est ensuite la visite de la Foires-Exposition organisée par la Chambre mixte d’Agricnltnre, de Commerce et d'industrie et qui, malgré sa préparation hâtive, offre un réel intérêt et une indiscutable portée pratique.
Après un dîner intime à la Rallia, le Président se rend chez le Glaoui qui donne une lele eu son honneur.
Le palais du Glaoui est célèbre dans tout le Maroc ; somptueuse demeure d’un grand seigneur qui se double d’un dilettante et d’un fin collectionneur et sait recevoir grandement et noblement...
La fête se déroule autour du grand patio inté-
rieur. dans un véritable cadre des Mille et une Nuits, et ces heures chez le Glaoui seront certainement un des souvenirs les plus vivants que garderont nos hôtes de leur randonnée à Ira1. elle bled marocain.
.Nos visiteurs ord parcouru Marrakech au milieu des acclamations de toute une population de plus de 100.000 âmes et ont retiré de leur passage dans la grande ville saharienne l'impression de force ('I de stabilité de notre occupation, ainsi que celle de ia confiance réciproque qui caractérise nos relations avec nos protégés marocains.
Marrakech, pour les vieux Marocains, évoque cependant de tragiques souvenirs. C’est l'assassinat du malheureux Dr Mauchamp. assassinat qui, comme représailles, motivait l’occupation, le 2!) mars 1907, d’Oudjda par le maréchal Lyautey. occupation suivie, quelques mois après, par la soumission du groupe berbère des Beni-Snassen . C'est donc Marrakech qui a déclanché l’action militaire de la France au Maroc.
Marrakech rappelle aussi à notre souvenir l'insurrection éclatant dans le Sud quand, le 12 août 1912. survinrent l'abdication de Moulay Hafid et l’avènement de Moulay Y ou s se f.
Cette insurrection amène El Hiba à se proclamer sultan et à s’emparer de Marrakech où il détient prisonniers notre consul, plusieurs officiers et plusieurs autres de nos compatriotes.
Le général Lyautey, dès que la nouvelle lui parvient de ces incidents, envoie, en toute hâte contre El Hiba le colonel Mangin qui. le 14 août 1912. disperse les troupes du prétendant à l'O.um- Er-Rebia et achève leur défaite à Sidi-Bou-Othman. L’entrée à Marrakech du groupe du coloneL. Simon marquait la délivrance de nos compatriotes.
Fin 1912, Marrakech était complètement dégagée vers l’Ouest ('I la route de Mogador ouverte.
G’esl alors qu’intervient ce qu'on a appelé la « politique des grands caïds ». Cette politique a été la collaboration franche et entière avec ces grands seigneurs du Sud. véritables barons du Moyen-Age, capables de lever des harkas de plusieurs dizaines de milliers d’hommes et qui. en mettant à notre disposition leur autorité et les moyens matériels considérables dont ils disposaient. nous ont permis, peu à peu, avec les effectifs les plus réduits, d’assurer à la domination du sultan ces immenses territoires du Sud qui. s'il avait fallu les conquérir avec nos seules forces, auraient, pour être réduits, nécessité des opérations militaires rte grande envergure, et des pertes considérables en hommes et en argent.
En entente avec les grands caïds dès 1913. nous continuons nos opérations de consolidation dans le Sud, cl infligeons à El Hiba. le 23 mai 1913. uni* sanglante défaite à Taroudant. D’étapes en étapes, notre occupation s'étend et c’est peu à peu l’emprise définitive sur cette immense région si importante au point de vue économique, donl Marrakech est le grand marché et qui. pour l’avenir. donne les plus grands espoirs an point de vue agricole et minier...
De Marrakech à Rabat.
Le lendemain. 8 avril, à 8 heures du matin, départ pour Rabat parla roule de Settat.Rer-Rechid. Mediouna avee croeliet sur Fedalah.
Jusqu'au roi de Sidi-Rou-( h 1 1 ma n, endroit où. non s l’avons rappelé ci-dessus, le colonel Mangin infligeail en 1913 une sanglante défaite aux troupes du prétendant El lliba. le cortège parcourt un bled assez désertique, puis arrive à Mechra-Ben-Abbou. à l'entrée de la Clmouïa.
Halte de quehpies minutes et on repart, vers 1 1 heures, sur Sellai.
Le paysage a changé : maintenant c’est la Chaouïa aux campagnes verdoyantes, aux champs régulièrement cultivés et. sur tout leparcoms. se tiennent des cavaliers indigènes qui saluent le Président et une succession ininterrompue d'indigènes qui ont quitté leurs tentes et le travail des champs pour présenter, eux aussi, leur déférent hommage à l'illustre visiteur.
A midi et demi, arrivée à Settat où toute la population européenne et indigène est réunie sur la grande place.
M. Milleraïul est reçu par le contrôleur civil, le pacha et les notabilités qui lui sont présentées.
Après un déjeuner arabe sous la tente, les autos reprennent leur course, stoppent quelques instants à Rer-Rechid, à Mediouna, à Tit-Melil et arrivent à Fedalah.
A Fedalah. visite de la ville eu pleine création, et visite du port.
Le port de Fedalah. à 2.“» kilomètres de Casablanca. est ouvert depuis l!lti seulement. Depuis cette date, jusqu’en 1921. il a vu ses importations passer de moins de 2.000 tonnes à 17.000 tonnes, et ses exportations de 0 à 2.629 tonnes.
Les travaux d'aménagement ont été poussés activement, si bien que Fedalah peut, aujourd'hui, faire face à un trafic journalier moyen de 500 tonnes.
Le cortège reprend la route numéro 1. de Casablanca à Rabat, et inaugure les deux ponts métalliques dressés au passage des oueds Cherrat et Yqueni.
Rabat
\ 18 h. 10. c'est Rentrée dans la ville résidentielle par la route de l’Aguedal.
Le Président a quitté son automobile pour monter dans su daumonl qui l’attendait à Rentrée de l'avenue de la Victoire et c'est entre deux haies de plus de 2.000 cavaliers qu’il gagne les « Trois- Portes » où Rat tendent les autorités civiles et militaires, le corps consulaire et les différents groupements, parmi lesquels nous citerons la Commission municipale, la Chambre de Commerce. la Chambre d Agriculture. les membres du barreau de Rabat, les représentants de l'Association des mutilés, des médaillés militaires et des officiers de complément, etc.
Les présentations terminées, le Président se rend sur le front des troupes e! procède à une
remise de décorations, il regagne ensuite la Résidence où il va prendre un peu de repos bien gagné.
Le 9 avril à 9 h. Ci du matin. S. M. Moulay Youssef. accompagné du grand vizir, El Mokri. arrive à la Résidence générale où il est reçu par le président de la République dans le salon du premier étage.
Après la présentation des hauts fonctionnaires de la Résidence générale el des officiers, cl des délégations, notamment de celle des Français de Tanger, le Président est allé rendre >a visite au sultan.
S. M. Moulay Youssef recevait également le ministre de France à langer, M. de Carbonnel. el les représentants diplomatiques, à Tanger, de Belgique. Grande-Bretagne, Italie. Etats-Unis, et Portugal.
Le général Berenguer, Haut Commissaire d Espagne. devant se rendre à Meknès pour y saluer le Président, le ministre d’Espagne à Tanger n’accompagnait pas les autres représentants du corps diplomatique.
Le sultan s'avança dans la salle du trône audevant du Président et prononça l’alloculion suivante :
Monsieur le Président de la République,
Le> souhaits de bienvenue dont Nous avons salué Votre Excellence à son arrivée sur la terre marocaine, Nous sommes heureux de les Lui renouveler aujourd'hui où Nous avons l’insigne honneur de La recevoir dans Notre capitale de Rabat.
En acceptant, pour quelques jours trop courts à notre gré, l’hospitalité de notre pays, Vous réalisez notre vœu le plus cher : car nous voyons dans votre présence un gage nouveau et infiniment précieux de la sollicitude dont le glorieux Gouvernement de la République française ne s'esl jamais départi envers Notre Empire Chérifien.
Nulle occasion plus favorable ne pouvait Nous être offerte de dire à la France, en la personne de son plus haut représentant. toute noire reconnaissance pour les bienfaits sans nombre dont le Maroc lui est redevable dans le domaine de l’ordre, de la civilisation et du progrès.
Dix ans de règne bientôt écoulés permettent à Notre Majesté de mesurer toute l’étendue des résultats acquis dans ce domaine et d’en porter témoignage. Si la pacification de Notre Empire a réalisé de lels progrès que les derniers éléments rebelles se trouvent refoulés dans les régions les plus reculées, où leur résistance ne saurait désormais se prolonger : si le Gouvernement el l'Administration réorganisés assurent à nos sujets comme aux Européens l’entière sauvegarde de leurs personnes et de leurs biens et le libre développement de leurs intérêts;
Si l'aménagement économique du pays a pu déjà donner un sj vigoureux essor à l’agriculture, à 1 industrie, aux transactions commerciales ;
El si la guerre, survenant presque au début de celte magnifique rénovation, nous a trouvés en étal d'envoyer nos soldais à côté des vôtres sur tous les fronts de combat et de fournir au ravilaillemeul de la France l appoiiil des produits de notre sol ;
Si le Maroc, enfin, a pu. en si peu de lemps, fournir un effort si considérable pour atteindre au rang qu'il occupe aujourd'hui, c’esl uniquement grâce à laide généreuse de la France et à son puissant appui ; c'est grâce au Protectorat, tel que l’a conçu et réalisé le chef éminent qu'est pour Notre Majesté l'ami le plus sincère et le guide le plus sûr : M. le maréchal Lvautey.
Nous sommes profondément reconnaissants au maréchal Lvautey d’avoir édifié son œuvre sur le respect qui est dû à la religion musulmane et aux coutumes de notre pays. Il
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nous a ainsi permis de lui apporler. en plein accord avec notre peuple, une collaboration confiante et loyale dans la certitude où nous sommes qu’elle n’ira jamais à l’encontre des devoirs que nous avons assumés en qualité de Commandeur des Croyants. C’est pourquoi notre joie est immense de constater le succès éclatant de celte œuvre à laquelle le nom du Maréchal restera indissolublement attaché et qui fixe le sort du Maroc en assurant son évolution rapide vers le progrès sans toucher à ses institutions ni à ses traditions séculaires.
L)e même, nous ne saurions passer sous silence les droits imprescriptibles du trône chérifien, relatifs à l'intégrité de Notre Empire et à l’exercice de nos prérogatives souveraines. Et, en les affirmant hautement devant Vous, Nous avons le ferme espoir de les voir défendus par le glorieux Gouvernement protecteur.
Monsieur le Président de la République, depuis votre arrivée au Maroc vous avez recueilli partout sur votre passage les marques du profond attachement dont Notre peuple est animé pour la France. A ces témoignages unanimes de sympathie et de respect qui vont à votre illustre personne et dont nous vous demandons de garder le souvenir, il nous est particulièrement agréable de joindre les sentiments d’amitié sincère de Notre Majesté et les vœux que nous formons, ainsi que notre Maghz.cn, pour l'heureux accomplissement de votre voyage.
Le Président répondit en ces termes :
Sire,
C'est pour moi une joie profonde de me rencontrer de nouveau avec Votre Majesté, dans Sa capitale de Rabat, après le voyage que je viens d’effectuer dans la partie Sud île Son Empire et qui, si rapide qu'il ait été. m’a cependant permis de constater le succès des efforts réalisés pour assurer à ce pays la prospérité à laquelle il aspirait.
Ces résultats sont dus, en premier lieu, au Souverain qui, depuis dix années, préside avec tant de bonheur aux destinées de l’Empire, à Votre Majesté, si pleinement soucieuse des intérêts matériels de Son Peuple comme de ses intérêts moraux dont Elle assume la charge en sa qualité de Commandeur des Croyants.
Ils sont dus aussi à l’indéfectible attachement du peuple marocain à son Souverain; et il m’est particulièrement agréable. Sire, de vous dire qu’au cours de mon déplacement j’ai recueilli mille témoignages de cet attachement à Votre Majesté et du prestige dont jouissait le Makhzen chérifien. Et s’il y a encore quelques tribus égarées qui vivent en état de rébellion à l’égard du Maghzen, leur nombre va chaque jour en diminuant et l’on peut entrevoir le moment prochain où la paix bienfaisante régnera dans toute l’étendue de l’Empire.
Ils sont dus enfin à la confiance sans réserve que le Maghzen chérifien et le Peuple marocain ont mis dans la Nation protectrice, ainsi qu’à leur foi dans l’œuvre de rénovation entreprise; le témoignage le plus éclatant en a été donné pendant la Grande Guerre au cours de laquelle les soldats marocains ont mêlé leur sang à celui des soldats de France dans la lutte contre l’ennemi commun. Aujourd’hui plus qu’hier, nos deux pays peuvent mettre leurs espoirs en commun.
La France, riche de ses traditions de justice, de générosité et de sympathie pour les peuples musulmans, a entrepris ici une œuvre de rénovation basée sur la sauvegarde intégrale dans toute l’étendue de son Empire des droits et prérogatives du Souverain, ainsi que de son prestige religieux, et sur le respect des croyances et des coutumes traditionnelles du peuple marocain. Je tiens à affirmer à Votre Majesté que la France entend ne pas se départir de cette ligne de conduite conforme aux intérêts de l’Empire et que le maréchal Lvautey, à qui Votre Majesté vient de rendre un juste hommage, a suivie d une façon si heureuse depuis les premiers jours du Protectorat.
Cette œuvre qui a provoqué des témoignages de sympathie dans l’Islam tout entier, sera continuée grâce à vos conseils éclairés et au prestige dont jouit Votre Auguste personne dans le monde Musulman.
En prenant congé de Votre Majesté chérifienne, avant de poursuivre un voyage qu’à mon grand regret les néeessi.
tés de ma charge ne me permettent pas de prolonger davantage, permettez-moi, Sire, de vous exprimer mes vœux les plus ardents pour le bonheur de la Dynastie chérifienne et la prospérité de l’Empire, ainsi que i nssumnee de ma très sincère amitié pour Votre Majesté.
Après les présentations, le Président et le Sultan se rendirent dans une salle du Palais où lui thé était préparé, puis, M. Millerand et sa suite prirent congé de Moulay Youssef, et se retirèrent salués par la garde chérifienne qui rendait les honneurs.
A 13 heures, avait lieu un déjeunera la nouvelle Résidence inaugurée à l’occasion du passage du président de la République.
Sur la colline dominant les Touargas. le maréchal Lvautey a fait édifier la Maison de France, autour de laquelle s'élèvent les divers bâtiments administratifs, sièges des grandes directions du Protectorat .
Sa conception a été la suivante : grouper tous les services militaires d'une part, les services civils de l’autre, pour faciliter l’expédition rapide des affaires, et aussi pour rendre le plus commodes possible, les démarches des visiteurs qui ont affaire aux différents services et qui. ainsi, les trouvent tous rassemblés, et évitent une perte de temps précieux. De grands panneaux, élevés devant chaque immeuble, indiquent les services qu'il abrite. Le public est, ainsi, parfaitement guidé et peut, dans le minimum de temps, faire toutes les démarches et visites nécessitées par les affaires qu'il a à traiter.
Le déjeuner rassemblait toute la suite du Président, les ministres et consuls étrangers, les hauts fonctionnaires du Protectorat et les chefs des différents services militaires, les présidents et vice-présidents des Chambres de Commerce et d‘ Agriculture, les membres de la Commission municipale, les représentants des mutilés, des anciens combattants, etc.
Au dessert, le Maréchal s’est levé et a dit simplement : « Sans prononcer de discours, permettezmoi de me féliciter avec vous de ce que l'inauguration de la Maison de France soit faite par le président de la République. »
M. Millerand répondit : « Je bois au Maréchal et à la Maréchale. »
Le déjeuner fut suivi d une grande réception à laquelle était conviée toute la population de Rabat.
Le Président, après avoir quitté la Résidence, se rendit à la Maternité où il fut reçu par la maréchale Lvautey. qui fut l’inspiratrice de cette œuvre dont, d’ailleurs, elle a, de tout temps, assuré la direction effective et qui a rendu et rend de si grands services, ainsi que d'autres du même ordre. telle la Goutte de Lait, et qui font le plus grand honneur à leur créatrice.
Après une visite au Collège musulman et aux Oudayas d'où le Maréchal fait au Président une description de Rabat et Salé, le cortège se rend au boulevard El-Alou où doit avoir lieu un défilé des cavaliers des tribus indigènes de la région de Rabat.
Une foule considérable est massée sur le boule-
vard, a envahi les terre-pleins de la subdivision, les terrasses des immeubles avoisinants et acclame le Président.
Le défile des cavaliers indigènes soulève l’ enthousiasme des spectateurs cl intéresse vivement le Président qui, au passage se l’ail nommer les tribus qu’ils représentent.
M. Millerand assiste, ensuite, à un thé chez Si Àbderramau Bargasch,. pacha de Rabat, et finit sa tournée par une visite à l’hôpital Marie-Feuillet dont les honneurs lui furent faits par le Directeur général du Service de santé et dont il loua 1»' dispositif parfait et l'excellente tenue.
De Rabat à Meknès
Le lundi, à 7 b. 45, le Président cl toute, sa suite, salués par les autorités civiles et militaires quittaient Rabat pour se rendre à Salé.
A Salé, présentation des notabilités françaises et indigènes; visite de la Maison de convalescence, fondée en 1913, par M"1® la maréchale Lyautey et visite au marabout de Si ben Acliir, marabout vénéré de Salé, autour duquel une énorme foule indigène massée acclama le Président.
De nombreux indigènes jalonnent la route de Salé à Ivenitra où le cortège arrive à 9 h. II».
11 passe sous un arc de triomphe dressé à Rentrée de la ville cl s'arrête au carrefour des Travaux municipaux et du monopole de tabacs.
Un peu avant l’arrivée à hauteur des premières maisons, une masse imposante de cavaliers indigènes est groupée et salue le Président qui est reçu par les autorités civiles et militaires et les notabilités de la ville.
La population de Kenitra vient d’être douloureusement frappée par une récente catastrophe. L’explosion d'un dépôl de munitions a détruit de nombreuses maisons et exploitations, mais les Kenitréens se sont déjà ressaisis et se sont remis avec ardeur au travail
Le Président, en leur exprimant sa profonde sympathie et en les assurant que toutes les mesures seront prises par le Gouvernement du Protectorat pour la réparation rapide des dommages créés, les remercie de leur accueil et exprime le sincère regret que les circonstances ne lui aient pas permis de se rendre immédiatement auprès des habitants de la ville sinistrée.
Le maréchal Lyautey prend ensuite la parole et remercie le Président, au nom de la population de Kenitra du réconfort que lui apportent ses paroles et des assurances qu’il veut bien lui donner de la sollicitude du Gouvernement. Il veillera personnellement à la bonne exécution des mesures prises pour remédier au sinistre, et chacun de ceux qui ont souffert peut être assuré qu'il sera dédommagé.
Kenitra est une ville créée de toutes pièces et constitue un des exemples les plus frappants de l'activité et de 1 initiative de nos compatriotes au Maroc.
Aucune agglomération indigène ne s’élevait à côté de la kasbah, qui existait seule en 1911, dans
la Boucle du Sebou, à 17 kilomètres de son embouchure. lorsque le Service des étapes en fit sa base de ravitaillement de la colonne qui marchait sur Fez.
Ce port se développa rapidement. Ouvert au commerce en 1913, Kenitra a occupé, en 1921 le deuxième rang parmi les ports marocains, avec un trafic total de 120.041 tonnes.
Ce port dessert les Beni-Hassene. le Gharb, les villes de Fez et de Meknès. Des travaux sont commencés qui diminueront considérablement l’effet de la barre à l’embouchure du Sebou.
De plus, la ligue du chemin de fer de Casablanca-Oudjda passe à Kenitra. Il semble donc que la prospérité de ce port soit assurée. Tel quel, le port de Kenitra peut faire face à un I ra fie moyen de 000 tonnes par jour.
Il faut remarquer que les importations ont, sauf en 1917. dépassé de beaucoup les exportations. En 1920, les premières se sont élevées à 112.901 tonnes et les deuxièmes à 10.140.
Kenitra importe surtout des matériaux de construction des produits alimentaires et du matériel de voie ferrée.
Le cortège présidentiel quitte Kenitra à 10 heures et suit, pendant quelques kilomètres, la ligne du chemin de fer à voie normale en construction.
A midi, arrivée à Petit-Jean, centre très intéressant de colonisation et futur point de jonction entre le Tanger-Fez et le Casablanca-Fez.
Petit-Jean compte déjà une population française de 350 personnes qui, ainsi que la population indigène, vient saluer, à son passage, le président de la République.
Rapide déjeuner sous la tente et, ensuite, départ pour Volubilis où I on arrive à 14 heures.
Le général de division Poeymirau, commandant la région et la subdivision de Meknès, est venu au-devant de M. Millerand pour lui apporter le salut de la région de Meknès.
M. Châtelain, directeur des fouilles de Volubilis, guide le Président dans sa visite des ruines de l'antique cité romaine et lui donne des détails archéologiques qui retiennent sa meilleure attention. Il lui montre aussi les découvertes archéologiques déjà réalisées et lui expose le plan d’ensemble des fouilles.
Moulay Idriss, la ville sainte du Maroc... Impression profonde que le tableau que présente celle ville campée à pic sur une colline rocailleuse, composée de deux blocs de maisons en amphithéâtre. et à laquelle on accède à travers un chemin tracé au milieu d’une superbe oliveraie...
Une lente est dressée, face à la ville sainte et devant un panorama de toute beauté. Un déjeuner est préparé, et le cortège présidentiel se restaure, tout en assistant à des danses berbères et en écoutant les chants des chiraàts... C’est ensuite l’entrée dans la ville sainte où le Président est acclamé par une foule de plus de 20.000 indigènes massés pour le recevoir.
A l’entrée de la mosquée à la porte de laquelle se présente le Président, le chef des Cherfas h* salue et le remercie, au nom de tous ses coréli-
gionnaires, du respect de la France pour la religion et les traditions de l'Islam. Nos protégés y sont extrêmement sensibles cl c'est cette compréhension de l'àme musulmane qui est un des traits de liaison les [dus sûrs entre la France et la nation protégée.
Meknès
Pour entrer à Meknès, les automobiles empruntent la route touristique du Zerhoun et font un grand détour pour gagner la place Bab-Mansour. Toutle long du parcours, depuis l’entrée à Meknès, un long cortège d’indigènes se pressa dans les rues et une foule intense est massée sur toutes les terrasses.
Le Président est reçu à Bab-Mansour par le Çaclia et les autorités indigènes.
Le cortège entre ensuite dans l'Aguedalet visite l'Ecole de Dar-Baïda. le Saint-Cyr marocain. Une fantasia a lieu sur le champ de course superbe qu’offre la vaste plaine de l'Aguedal.
Ensuite, retour et coup d'œil, au passage, des haras, de Fautrueherie et du magnifique jardin d'essai de Meknès,
Après avoir traversé la ville indigène, le Président remonté à la ville française et arrive à la subdivision où. à 20 heures, a lieu un dîner intime.
A 21 li. t/2, une réception avait lieu au Cercle militaire.
Le lendemain, le Président parlait, pour se rendre à Timhadit. visiter le front marocain et saluer les troupes d'opérations.
C'est le départ par la route nouvellement aménagée et successivement les étapes de El-Hadjeb. Ito et Aïn-Leuh.
—Emouvante, celte visite du Président de la République aux troupes du Maroc qui. inlassablement. font colonne contre les dissidents, occupent pendant la période d’hivernage des postes très durs, le plus souvent,- coupés, pendant de longs mois, de communications avec l’arrière et qui. par leur valeur et leur endurance, permettent à la population civile de l’arrière de poursuivre sou œuvre de mise en valeur économique, qui a déjà étalement transformé l'empire des Sultans el dont .es résultats acquis sont un des exemples les plus frappants du génie colonisateur de la France.
Après avoir passé en revue les troupes (>1 procédé à uni' remise de décorations, le Président et sa suite déjeunèrent au camp de Timhadit.
Au dessert, le Maréchal se lève et prononce le discours suivant :
Il m'appartient, dit-il au Président, de vous remercier au nom des troupes, du surcroît de fatigue, et du détour à votre itinéraire que vous vous êtes imposés pour venir voir ici l’entrain des troupes qui combattent pour notre France, (l est de grand cœur que je le fais en leur nom et au nom de toutes les troupes du Maroc.
Je ne suis certes pas suspect de me désintéresser des ports, des ponts, des routes, de toutes les questions économiques ; mais tout cela n’existe que par ceux qui sont ici. Et si actuellement le Maroc se développe, si des gens vivent dans des maisons, organisent leur confort, c’est parce que d’autres qui représentent les neuf dixièmes des troupes du Maroc, vivent sous la tente, sous la neige ou au dur soleil ; parce qu’ils
combattent dans ce rude pays que vous avez pu apprécier ce matin au cours de la route; parce que ces hommes, pendant toute l’année, luttent contre un ennemi dont la mine des cavaliers que vous avez vus ce matin a pu vou> faire apprécier la hardiesse, l’énergie, la vaillance. Voilà pourquoi mon cœur de chef se réjouit si profondément de vous voir ici.
Je sais que, personnel lemen t^Vous avez toujours rendu justice à l’effort des troupes coloniales, mais je n’ignore pas aussi les injustices el les calomnies qu'on a répandues sur leur compte, jusqu’à dire que l’armée coloniale n’était poulies militaires qu'une vaste embuscade.
C'est un crime que de prononcer un tel mot vis-à-vis de ces troupes : aussi quel réconfort de penser ipie vous êtes venu leur apporter votre cœur!
Comme chef, j’ai le devoir de penser à la récompense de ceux qui peinent; je sais que pour eux j’aurai toujours et plus que jamais votre appui.
Mais je suis heureux de penser qu'à côté de vous, touceux qui sont venus ont vu comme vous el le diront.
Je leur demande de rendre aux troupes, ministres, parlementaire", journalistes, toute la justice qui leur est due.
C est la première fois dans l’histoire française que le ehef de l’Etat est venu voir les troupes coloniales à leur front avancé.
Le Président répondit en ces termes :
Nulle part les discours ne conviennent moins qu'iei. Nous sommes sur le théâtre même de l’action et de la bataille. A quelques kilomètres d'ici sont le> dissidents dont nous avons vu tout à l’heure un groupe important, qui, il v a dix-huit mois, nous combattait, et qui marche aujourd'hui dans nos rangs.
Devant le spectacle que nous avons vu depuis quelques heures, il n’v a qu'un mol à dire, celui de reconnaissance, de gratitude infinie pour le courage, l'abnégation, le dévouement sans limite de ceux qui. à tous les degrés, participent à cette œuvre de lutte pour la civilisation.
Mais il m'est permis de le dire, d’accord avec tous ceux qui assistent à ce spectacle, si, à chacun de nos pas. nousrencontrons fonctionnaires civils et officiers, animés d'un zèle qui ne connaît pas de bornes pour la tâche qu’ils accomplissent, c’est qu'ils sont inspirés par l’exemple et par le verbe du chef, le maréchal Lyautey, qui a dressé à son école des hommes qui sont ses dignes collaborateurs.
Je n’en nommerai que deux qui, à ce moment même, poursuivent cette lutte sans laquelle rien de ce que nous avons vu ne serait fait : ce sont les généraux Poeyinirau et Aubert. En eux je salue tous les collaborateurs de l’Œuvre française au Maroc. C’est pour moi une joie infinie que d’avoir l’honneur aujourd'hui, au nom de la France, d’apporter à ces bons ouvriers, à ces lions soldats qui ont si vaillamment combattu et donné à la Patrie ce qu'ils ont de force et d'intelligence, el qui sont prêts à donner demain comme tant de leurs camarades, jusqu'à leur vie, c’est pour moi un honneur insigne que de leur apporter le salut reconnaissant de la France et de la République.
Retoup à Meknès et. le lendemain départ pour Fez à 9 heures du malin.
Ne quittons pas Meknès sans dire un mot du développement remarquable de cette ville.
En 1917. seule existait la ville indigène dans laquelle était clairsemée une population de 1.500 Européens environ.
C'est eu fin 1917 seulement que commence le lotissement de la ville nouvelle. Colle ville nouvelle « part » d'un bel élan, malgré la crise économique. les difficultés de transports maritimes et de transports intérieurs, à l'heure actuelle Meknès possède une ville nouvelle parfaitement agencée. aux artères larges et spacieuses, bordées de beaux immeubles, comptant une population commerçante el industrielle et hospitalisant environ 4.000 âmes.
Meknès est, également, un centre de colonisation européenne de premier ordre qui a groupé nombre de nos agriculteurs et colons et qui, chaque jour, devient de plus en plus important.
Cette ville, centre d'une riche région est appelée à un grand développement et son extension marchera à très grands pas dès que sera mise en exploitation la voie terrée normale dont elle constituera un des principaux points d'arrêt .
Fez.
Après un dernier salut de la population Mekuassi. le cortège gagne la belle route de Meknès à Fez: long ruban de 60 kilomètres, une des plus belles artères du réseau routier marocain.
Comme sur tous les autres parcours, le Président reçoit au passage, les hommages de la population indigène, qui. de tous les coins du bled est venue le saluer et jalonner la route.
Avant d'arriver à Fez, le cortège s'arrête quelques instants à la Ferme expérimentale, dirigée par la direction générale de l'Agriculture, du Commerce et de la Colonisation et située à 4 kilomètres de la ville.
Un petit salon y a été aménagé pour le Président et après une toilette et une collation rapides, les automobiles se remettent en roule et. peu après, arrivent au pont de Par Debibagh et de la route de Meknès où est massée l'escorte.
Ensuite, arrivée à Bab-Segma où le Pacha el les notables sont là qui attendent le Président, pour lui souhaiter la bienvenue selon la tradition.
Le général Maurial. commandant la région el la subdivision de Fez. et les diverses autorités civiles et militaires de la région sont présentés au Président qui procède ensuite à une remise de décorations.
Gros afflux de population indigène, qui réserve au Président un accueil respectueux el sympathique. beaucoup «le tenue dans la foule. Réception bien ordonnée et bien dans le caractère Fasi. fait de tenue, d'al'linité el de scepticisme.
Dans la soirée, le Maréchal a réuni les représentants «le la presse et, lui-même, leur a fait une conférence militaire sur la pacification du Maroc. 11 passa ensuite la parole à ses principaux directeurs qui. à tour de rôle firent à l'assistance un exposé sur la situation financière, le programme • h-s Travaux publics et la colonisation.
Dans sa conférence, le Maréchal rappela, à grands traits, les étapes successives de noire action militaire au Maroc.
190 7 : Massacre des ouvriers du port de Casablanca el soulèvement de la population indigène.
Débarquement «h» quelques marins du Galilée. qui occupent le Consulat de France et protègent nos compatriotes.
Le 7 août suivant, arrivée d'un contingent de 3.000 hommes commandé par le général Drude et commencement de la complète de la Chaouïa, le général d'Amado et. ensuite, le général Moinier
achèvent la pacification commencée par le général Drude.
La France qui remplissait le mandat de police que les puissances lui avaient confié à Algésiras, apportait, on mars 191 1. son aide à Moulay Ha fiel pour réduire les tribus berbères soulevées contre le Maghzen et qui assiégeaient Fez, dans laquelle étaient enfermés le Sultan et les colonies européennes.
Ce fut le général Moinier qui fut chargé de délivrer Fez et, le 21 mai, la colonne Brulard, renforcée ensuite par la colonne Gouraud, dégageait la ville.
Quelques jours plus tard, le 8 juin, le général Moinier occupait Meknès, donnait une sévère leçon aux Guerrouan et aux Reni-MTir et rentrait à Rabat.
La signature du Protectorat, intervenue le 30 mai 1912. et la. nomination du général Lyauley comme Commissaire résident général marquent une nouvelle phase des étapes de notre occupation. Nous ne nous bornons plus à de simples opérations de police, mais commençons l’exécutiou méthodique d'un programme de pacification.
Dès son arrivée, le nouveau Résident général eut à réprimer les émeutes sanglantes de la ville de Fez en pleine insurrection. La colonne Gouraud, le 1er juin 1912. dégageait la ville après de sérieux combats, dispersait les dissidents.
La situation semblait rétablie quand, le 12 août intervint l'abdication de Moulay Hafid et l’avénement do Moulay Youssef.
L'insurrection éclate alors dans le Sud, le Prétendant El II i ha se proclame sultan, entre à Marrakech et s’empare de la personne de notre Consul et de quelques autres de nos compatriotes.
Le général Lyautey envoie en toute hâte contre lui le colonel Mangin qui, le 14 août, disperse ses troupes à l’Oum-Er-Rebia et achève leur défaite à Sidi Rou Othman. L’entrée, le 7. à Marrakech du colonel Simon marque la délivrance de nos compatriotes.
l^n 1912, Marrakech est complètement dégagé vers l’ouest et la roule de Mogador ouverte.
Année 1913 : Opérations de consolidation dans le Sud et entente avec les grands Caïds qui infligèrent à El Hiba une sanglante défaite le 23 mai à Taroudant.
Réduction par le général llenrys des Beni-M’Tir et des Beni-M’Guild et installation des postes dlfrane et d’Ito.
Occu|*ation par le colonel Mangin de Kasbali Tadla.
Occupation pacifique du poste de Souk El Arba de Tissa, à l'Est de Fez et création du poste de M'çoun, à l’Est de Taza. ce qui permit l'amorce d'une action politique en vue de la liaison entre le Maroc occidental et le Maroc oriental.
Le 17 mai 1914, entrée à Taza du général Lyauley et réalisation du percement île la « trouée de I aza v .
. Année 191 4 : Lutte contre Molia ou Hammou et occupation, le 22 juin, de Khénifra.
BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE
A la déclaration de guerre, le général Lyautey, au lieu d’abandonner les positions conquises, prit sur lui de conserver son « armature » créée par les opérations précédentes et ce, tout eu envoyant a la Métropole ses meilleures troupes. Cetlc détermina lion audacieuse conserva le Maroc à la Fi ance.
Depuis cette date, et malgré les efforts de l'Allemagne que l'on sent de toutes parts et qui se manifestent par l'envoi à nos adversaires de subsides, eu argent et en hommes, de munitions, d'instructeurs, etc., notre action militaire progresse sans discontinuer. Ses principales phases sont les suivantes :
1915 : Résistance sur le front Nord, depuis le Charb jusqu'à Tanant. contre les attaques de Raissouli et A bd el Malek, et élargissement du couloir de Taza.
Dans la région de Marrakech, création du posle de Tauant.
1916 : Le 27 janvier, les groupes mobiles de Fez et de Taza mettent en déroute les partisans d’Abd el Malek et s'emparent de son camp.
Au Tadla. création du poste de Reni-Mellal.
Dans le Sud. succès du colonel Doury, commandant la colonne de Rou-Denib : ces succès améliorent notre situation dans le Tafilalet.
Avance importante vers la vallée de Moulouya par la création du poste d’Aïn-Leuli, en juin.
Création dans la région de Marrakech du poste d'Azilal.
1917 : Elargissement, par les opérations du général Aubert, du couloir de Taza. succès nombreux contre les partisans d’Abd el Malek et contre les Béni Ouaraïn.
Jonction, en juin, des groupes de Mekuès el de Rou-Denib sur la Haute Moulouya, liaison à Misour des groupes mobiles de Rou-Denib et d'Oudja. Création des postes d’itzer et de Midelt dans la haute Moulouya et d'Outat El-Hadj sur la moyenne Moulouya. Ces opérations ont pour résultante la trouée du massif berbère.
1918 : Recrudescence de l'effort allemand qui ravitaille les dissidents en empruntant la zone espagnole ; il faut faire front de tous côtés.
Opérations heureuses des groupes mobiles de Taza et Fez qui élargissent la trouée de Taza; nouvelle liaison des groupes de Mekuès et Bou- Denib ; opérations du groupe de Marrakech sur Azilal : nettoyage par le groupe de Bou-Denib de la région du Cuir.
De 1918 jusqu’à ce jour, application méthodique du plan d’opérations arrêté dès le début et rétrécissement du cercle autour des dissidents qui, petit à petit, fraction par fraction, se. soumettent à notre autorité.
On entrevoit, maintenant, à brève échéance, la pacification complète de toute la zone française du Maroc, pacification accomplie dans le minimum de temps, ininterrompue malgré les heures tragiques de la grande guerre et réalisée aA’ec le minimum d'effectifs.
Telle est l'œuvre militaire considérable accomplie par Je maréchal Lyautey.
Le Président de la République consacra la jour-
née à une longue visite à Fez. et la commença par l’hôpital Auvert.
Ensuite, il assista à une séaqpe du Medjless ou Conseil municipal.
Ce geste du Président fut très apprécié des Fasis. si jaloux de leurs prérogatives et de leur indépendance.
La discussion fut ouverte par le khalifa du sultan qui, après avoir rappelé l’ordre du jour qui comportait la question de la possession de lu A ille de Fez sur Foued Fez exposa le point de vue juridique et, ensuite, passa la parole à d'autres conseillers du Medjless.
Le Président, après avoir écouté aA'ec la plus grande attention, prit la parole apiès le maréchal Lyautey et exprima au Medjless toute sa satisfaction d'avoir eu l'occasion d'assister à une de ses séances et d'avoir, personnellement, été à même de constater la compétence et la netteté avec laquelle les conseillers défendent les intérêts de leur ville.
M. Millerand se rendit ensuite au Musée des Arts indigènes de Dar Adziel et se dirigea A ers la mosquée de Moulay Idriss, à la porte de laquelle ! il s’arrêta. Il y fut salué par le Mezouar des Chorfas qui le remercia d'avoir visité le tombeau du fondateur de l'Islam et également se fit l'interprète de tous les musulmans du Maroc, pour le remercier du respect que la France assurait à ses j coreligionnaires.
Ensuite, visite des Souks, visite du Musée de i Dar Ratha et visite au camp d’aviation.
Avant la tombée de la nuit, le Maréchal emmène le Président faire le traditionnel tour de Fez. et les automobiles, après cette promenade sur cette route si pittoresque et entourée d'une végé- ■ tation luxuriante et printanière, montèrent au fort Chardonnet d'où l'on a. sur Fez, un panorama splendide.
Du haut de la terrasse du fort, le Maréchal lit à grands traits l'historique des événements de 1912. et ce récit intéressa au plus haut point M. Mille- j rand et tout son auditoire.
Le 14 au malin, le Président de la République j reçut à la Résidence le général Rerenguer, Haut Commissaire de la zone espagnole venu de Laraehe par Meknès d'où l'accompagnait le général Poeymirau.
11 était accompagné du premier secrétaire d'ambassade Suson; du lieutenant-colonel Borri: du lieutenant-colonel Lope, du comte Sanchez del Yave et du premier interprète Yen’eira.
Ils furent présentés à M. Millerand à qui le j général Berenguer adressa le discours suh-ant :
Monsieur le Président,
Sa Majesté le roi. mon auguste maître, m'ayant conféré sa haute représentation, ainsi que celle de son Gouverne- ' ment, afin de vous saluer à l'occasion de la visite de Votre j Excellence au Maroc, nulle mission plus agréable n'aurait pu m'être accordée en raison de mes sentiments de soldat espagnol, grand ami de la France.
Pendant de longues années, en effet, j'ai suivi pas à pas tous les jours la très habile œuvre militaire et la persévé- L rante et pacifique pénétration de la France, dont Votre Excellence constate actuellement les heureux résultats.
Personne mieux que moi ne pourrait donc vous exprimer avec plus de sincérité les sympathies et l’admiration de la Nation espagnole et de son auguste Souverain à l’égard de cette Œuvre de civilisation qui est le fruit du génie colonial français et des exceptionnelles qualités dont est doté 1 illustre maréchal Lyautey, qui fait honneur non seulement à son pays, mais à tous les pays latins.
Les desseins de la Providence, la communauté d'intérêts cl les engagements amiables concernant le Maroc, ont mis dans les mains de la France et de l’Espagne une mission et une destinée qui sont appelées à se compléter et à se solidariser par un commun effort, par une confiance et des contacts mutuels.
Le Président de la République répondit en ces termes ;
Général,
Je suis très heureux que les circonstances me permettent de saluer en Votre Excellence l’un des glorieux représentants de l'illustre armée espagnole, qui vient d’avoir l’occasion de témoigner une fois de plus les qualités el les vertus par lesquelles, depuis des siècles, elle s’est imposée au respect et à l’admiration du monde.
La France a pour l’Espagne des sentiments de sympathie qu elle a été heureuse de manifester à l'occasion des événements récents et nul plus que nous ne s’est félicité de voir combien vous avez rapidement triomphé des difficultés qui avaient surgi.
Je suis convaincu que la France, dans son Protectorat, l’Espagne, dans sa zone d’influence, sauront, dans l’application des mêmes principes et des méthodes dues au maréchal Lyautey auquel vous avez rendu hommage dans des termes qui m’ont été au cœur, assurer la sauvegarde et le développement de leurs intérêts el de leur influence.
Je suis extrêmement sensible aux sentiments dont vous vous êtes fait l’interprète. Je vous [trie de transmettre mes remerciements à Sa Majesté le Roi et au Gouvernement espagnol.
Veuillez dire à Sa Majesté combien j’ai été heureux de saluer ici le Haut-Commissaire espagnol et lui exprimer les sentiments que j’éprouve de longue date pour Sa Majesté, pour le Gouvernement de l’Espagne et tous les vœux que je forme pour la grandeur et la prospérité de votre patrie.
Le Président, le maréchal Lyautey et le général Rerenguer eurent un long entretien qui porta sur la situation respective de la France el de l’Espagne au Maroc.
« Ils ont constaté, avec satisfaction, dit le compte rendu du Journal officiel , que les vues du Président el du Haut Commissaire étaient absolument concordantes. »
Taza.
Le départ de Fez cul lieu à 13 heures à destination île Taza où les automobiles arrivèrent à 17 heures.
Le Président fut reçu par le général Aubert, derrière lequel était groupée toute la colonie française.
Ensuite, revue des troupes sur le terrain d’aviation et présentation des notables indigènes.
Des remises de décorations eurent lieu. Le maréchal Lyautey prit place parmi les officiers à décorer et M. Millerand lui adressa le discours suivant :
Monsieur le Maréchal.
Au moment où j’ai mis le pied sur le sol du Maroc, à Casablanca. j’ai admiré et salué les œuvres d’intérêt public qui,
sous votre impulsion, avaient surgi depuis notre occupation, ports, ponts, routes, édifices de toutes sortes, et avec quelle activité, quelle intelligence, quelle science des besoins du pays, vous avez géré lé' domaine que la France vous avait confié. Alors j’ai salué en vous le grand administrateur.
Aujourd'hui, à celte cérémonie militaire, la dernière à laquelle je présiderai avant de quitter le Maroc, c’est le soldat que j'ai voulu honorer. Il est une distinction : la croix de guerre des théâtres d’opérations extérieures, que vous n’avez pas encore, et que personne plus que vous ne mérite de recevoir. Permettez-moi de vous lire le motif pour lequel le Gouvernement de la République vous donne cette distinction :
Le maréchal Lyautey est ci lé à l'ordre de l’Armée avec le mol if suivant :
Après avoir assuré la garde vigilante du Maroc pendant la Grande Guerre, a continué à assurer, avec son inlassable activité, la pacification du pays, en faisant face eu 1918 et en 1919, avec des moyens militaires réduits à l’extrême, aux durs assauts suscités par nos ennemis, aussi bien sur les confins sud que sur les frontières nord; réduisant en 1920 el 1921 les tribus guerrières des Zaïans, des Beni-Ouaraïn, des Djebalas d’Ouezzan, portant dès le début de la campagne de 1922 le plus rude coup aux Ghleulis et aux Marmouchas, mettant tout en œuvre pour obtenir des résultats définitifs, au prix des moindres sacrifices pour la France, el menant à bien cette grande œuvre grâce à sa lumineuse conception èt à ses manœuvres habiles, grâce au dévouement absolu qu’il sut inspirer à ses troupes, animées- par son souffle vibrant de Grand Soldat et de Grand Français. »
M. Millerand remit ensuite au maréchal la Croix de guerre des théâtres d’opérations extérieures.
Après la revue, visite du camp et de la ville indigène.
Oudjda.
Départ de Taza à 8 b. 20, sous une pluie battante. A 10 heures, arrivée à Guercif où, pendant un arrêt de 10 minutes, le Président procède à une remise de décorations.
A 1 1 h. 50, arrivée à Taourirt où a lieu le déjeuner.
L’entrée à Oudjda a lieu à 16 h. 30 et le Contrôleur chef de la région présente au Président les notables de la Colonie française et indigène.
A 18 heures, avait lieu une réception par la v ille à la salle France-Maroc.
Au dessert, une allocution fut prononcée par M. Loubiez. président de la Commission municipale.
M. Loubies, au nom de la ville d’Oudjda, affirma le loyalisme des colons du Maroc oriental pour la Mère-Patrie. Il rappela que c’est par le Maroc oriental que commença lit pacification de l’empire chérifien, et après avoir parlé des excellentes relations du Maroc avec l’Algérie et des intérêts communs qui liaient ces deux pays, exprima au Président de la République toute la reconnaissance de ses compatriotes pour la visite qu’il voulait bien leur faire.
A son tour, le Maréchal prit la parole en ces termes :
Messieurs,
Il avait été convenu que la plus entière discrétion serait apportée aux manifestations. Mais au momenl de quitter M. le Président, permettez-moi de lui exprimer en votre nom et au nôtre, notre gratitude à tous.
M. le Président, nous vous remercions du précieux récon-
BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE
forl, du grand stimulant que. nous a apporté votre présence au milieu de nous, de l’attention vigilante, inlassable, avec laquelle vous avez tout considéré. De chacun de vos gestes, de chacune de vos paroles, est sorti un rayonnement qui a baigné tout le monde : indigènes, colons français, qui opposent une telle force d'âme, un tel courage aux difficultés si particulières de l’heure présente; troupes que vous avez voulu voir à leurs avant-postes où elles continuent la rude tâche de pénétration.
Vous laissez derrière vous, chez nous, un sillage — ou plutôt non, car un sillage est quelque chose de brillant et qui passe, mais un sillon, un sillon profond rempli de semence.
Vous me permettrez de vous remercier pour l’amitié personnelle dont vous m'honorez depuis tant d’années cl dont vous venez de me donner un nouveau témoignage. Je dois aussi vous apporter le salut fie S. M. le Sultan dont je viens de recevoir le message à votre adresse.
Et maintenant. M. b1 Président, permet tez-m’en l’expression, nous vous passons à l’Algérie. Dans celte journée, dans l’acte de l’arrivée à Oudjda, il y a quelque chose de grand, d’émouvant. Concordant avec le décennaire de l’établissement du Protectorat, votre passage en Algérie par Oudjda marque de la manière la plus tangible le. Irait d’union entre le Maroc et l’Algérie.
Vous savez mieux que personne, vous qui fûtes ministre des Affaires étrangères, et qui êtes Chef du Gouvernement français, les servitudes qui pèsent sur beaucoup de nos rapports avec les colonies voisines.
Vous savez que si les deux faces sont très distinctes, ces différences de régime, ces différences qui doivent être observées scrupuleusement , ne sauraient empêcher en rien le développement des intérêts de la France.
11 y a deux ans, j’avais suggéré la recherche d’une formule qui permît aux trois gouverneurs de l’Afrique du Nord de se réunir pour étudier, d’une manière précise, les possibilités de resserrer les liens qui doivent unir les trois pays. Je sais que vous avez pris connaissance de la lettre où le Gouvernement français accepte ce principe et admet que dès maintenant les trois gouverneurs pourraient se réunir, comme je l’avais proposé, à Alger, pour y étudier en commun tout ce qui, tout en sauvegardant les distinctions de régimes politiques et administratifs, peut réaliser de la façon la plus complète, l’unité d’action dans l’ordre du développement économique.
Il reste donc seulement à rechercher la formule dans le détail. Jamais je n’en ai lard espéré la solution que dans ce moment où se consacre l'union entre l’Algérie et le Maroc sous l’égide, j’allais dire sous la bénédiction du Chef de l’Etal français, de M. Alexandre Millerand.
Messieurs, je lève mon verre à la France, à la République, à l’Afrique du Nord unie sous l’égide du Président, à M. Millerand.
Le Président delà République prononça, ensuite, le remarquable et important discours que nous reproduisons ci-dessous :
Monsieur le maréchal,
Nous ne pouvions espérer terminer cet incomparable voyage que nous venons de faire à travers le Maroc dans un cadre plus séduisant, plus cordial, plus sympathique que celui d’Oudjda, trait d’union entre le Maroc et l'Algérie.
Je suis sûr d’être l'interprète fidèle des membres du Gouvernement qui m’accompagnent, des représentants du Parlement <pii ont bien voulu se joindre à nous, en disant que ce trop bref voyage n’a été depuis le premier jour jusqu'à aujourd’hui, qu’enchantoment à tous îes points de vue. Au point de vue pittoresque', assurément, le spectacle (pii nous a été offert a dépassé l’imagination.
Enchantement, plus encore au point de vue des résultats que nous avons pu constater, et je suis bien sûr de ne pas exagérer la pensée de ceux dont je me fais, en ce moment l'interprète en disant qu’ils oui dépassé ce que nous attendions.
Nous a\< ns vu d’abord comment une ville peut d’un coup surgir, se bâtir presque instantanément, malgré tant de difficultés accumulées, creuser et aménager un poil, là où
hier encore, on voyait des navires obligés de retourner "ans avoir pu aborder. Nous avons vu, et là et dans tout le reste du voyage, ce que peut faire une volonté ferme au service d’un plan nettement arrêté et ce qui nous a surpris et charmé par-dessus tout, c’est lu sagesse et la prudence qui présidaient à l’exécution de ce plan. De loin on peut être tenté, surtout avec nos habitudes d’esprit français, de trouver qu’on va bien vile et de se demander si on ne va pas trop vite. Lorsque, comme moi, on a pendant des journées, profitant des heureux loisirs de l'automobile, interrogé d’abord le chef et puis ses collaborateurs, quand on a vu le souci d’adopter pour toutes les questions la solution à la fois la meilleure pour le présent et l’avenir, et de proportionner les efforts aux possibilités financières, quand en même temps on constate que ces résultats ont été obtenus au milieu d’une atmosphère morale vraiment impressionnante entre nos colons français et les indigènes, on commence à mesurer la grandeur de l’œuvre qui, pour la gloire et la prospérité de la France, s’accomplit ici depuis dix ans.
Lorsque, de loin, on parle de la politique française au Maroc au dehors, on évoque le respect que nous professons hautement pour l’autorité de S. M. le Sultan qui a su répondre avec tant de loyauté, d’intelligence et de fermeté aux déclarations de la France; lorsqu'on entend cette politique s’affirmer ici. on peut croire qu’il y a quelque exagération. Eh bien, j’ai eu le plaisir de voir les membres du corps diplomatique venir avant moi et avec moi saluer h* Sultan, assister comme je l’ai fait à la cérémonie, qui nous a réunis au palais du Sultan, Je sais que leur impression a été conforme à la réalité. Ils ont compris là, comme ils avaient senti déjà par les résultats obtenus, par l’attitude de la population indigène, que celte, politique n’est point une politique de façade et de décor et que c’est avec la volonté ferme de l’appliquer dans sa sincérité que nous avons institué au Maroc celte politique d’association entre le peuple protégé et la nation protectrice.
Le président de la République rend hommage au maréchal Lyautev et à ses collaborateurs civils el militaires pour l'œuvre qu’ils accomplissent, non seulement par des efforfs d’intelligence mais avec leur cœur. Le Président ajoute :
Cette œuvre que l’on fait au Maroc, le maréchal Lyautev l’a dit et je tiens à le répéter, il faut qu’elle se conjugue chaque jour plus étroitement avec l’œuvre qu’à côté de lui mon ami Steog accomplit en Algérie, comme M. Saint la poursuit dans la Tunisie.
Je viens de faire le premier tiers de ce voyage dans l'Afrique française du Nord, cl les dix jours que je viens de vivre m’ont confirmé dans la pensée que j’avais eue au moment où je partais.
Sans doute, il serait dangereux de prétendre établir une assimilation à tous poiuls de vue entre les trois parties de notre domaine : Maroc, Algérie, Tunisie ont leur vie propre et doivent la garder. Mais il est impossible entre ces trois parties de l’Afrique française dont les intérêts se mêlent à chaque instant qu'il n'y ait pas une union étroite entre ceux que le président de la République a appelés à leur tête. Résidents généraux, gouverneur général, doivent, dans l'intérêt de leur propre pays, dans celui de la France, collaborer étroitement.
Et la formule que tout à l’heure demandait le maréchal Lyautev, que mon ami M. Steeg connaît bien, parce que nous l avons ensemble pratiquée dans une collaboration fidèle, cette méthode d’association, de contact entre les personnes. d’échange direct d’impressions et de vues, doit, j’en suis sur. donner à noire domaine de l’Afrique du Nord, celle unité qui ne coûtera rien à l’originalité nécessaire, à l'autonomie indispensable de chacune de ses parties.
Par el avec le Maroc. l’Algérie et la Tunisie, la France accomplit ici une œuvre admirable. G’est avec une grande joie que je vais, tout à l’heure, m’embarquer avec le gouverneur général de l'Algérie pour visiter, le beau pays confié à son administration.*
Maintenant, je veux, à vous, citoyens d’Oudjda, à vous M. le Résident général du Maroc, à vous tous qui nous avez accompagnés, instruits, depuis toujours! dire du fond du cœur : « Merci! » Merci non seulement pour nous, mais merci pour la République et pour la France que nous sommes venus ici, dans la faible mesure de nos forces, servir en étroite union avec vous tous.
Vive le Maroc! Vive la République! Vive la France!
M. Millerand, accompagné du maréchal Lyautcy, arriva à la gare d’Oudjda à 21 h. 30 où il prit place dans le train qui devait le conduire à Oran.
Avant de quitter Fez. le "Président avait adressé au Roi d’Espagne le télégramme suivant :
Je lien?, en quittant Fez. à remercier Votre Majesté de la mission de haute courtoisie dont elle a bien voulu charger près de moi son éminent Haut Commissaire Son Excellence, le général Rerenguer, et je saisis cette occasion de renouveler à Votre Majesté avec mes vœux pour la prospérité de l’Espagne, l’assurance de mes sentiments sincères de cordiale amilié.
Je prie Votre Majesté de bien vouloir déposer mes respectueux hommages aux pieds de Sa Majesté la reine. »
A. Mu.lerand.
En réponse, le roi Alphonse XIII lui envoya le télégramme dont, ci-dessous le texte :
« Je suis très sensible à la délicate pensée de Votre Excellence m'adressant un message au moment de quitter Fez. et je la prie d’accepter mes remerciements bien sincères, ainsi que ceux de la reine.
« Je suis très heureux (l’apprend " que le général Flerenguer a su s’acquitter de la mission q le je lui avais confiée en vous réitérant, monsieur le Président, l’expression des vœux que je forme pour la grandeur et pour la prospérité de la noble nation française, ainsi que pour votre bonheur personnel »
Alphonse.
Les résultats de cette visite ne se feront pas attendre. Elle a marqué pour nos compatriotes du Maroc rattachement de la Mère-Patrie pour ceux des siens qui, ici. au milieu de difficultés de toute sorte, font de la bonne œuvre coloniale, et les a assurés qu'ils pouvaient compter sur l’aide et la sollicitude du gouvernement de la République.
Nos visiteurs, de leur coté et le premier, M. Millerand, ont pu se rendre compte du travail considérable accompli en si peu d'années au Maroc, des résultats si importants acquis par une solidarité remarquable d'efforts el d’action, et ils nous ont quittés imprégnés de la solidité de notre occupation et persuadés de l'avenir économique de ce pays et du champ d'action largement ouvert qu'il constitue pour notre commerce et notre industrie.
Enfin, au point de vue politique indigène, cette visite du Président de la République française Amenant remercier S. M. le sultan de la collaboralion loyale que lui cl son peuple nous ont apportée pendant la guerre et l’assurer de l’entière sympathie de la France ne peut avoir que d'heureuses répercussions et rendre encore plus étroits les liens déjà si solides qui existent entre la métropole et nos protégés marocains.
En quittant le Maroc, M. Millerand a adressé à Moulay Youssef, sultan du Maroc, le télégramme suivant :
Au moment de quitter le Maroc, je liens à exprimer à Votre Majesté les sentiments profonds que j'emporte de mon séjour dans ses Etals.
L’accueil que j'ai reçu de Votre Majesté, les manifestations de la population marocaine, les spectacles admirables que j’ai eus sous les yeux, font que je garderai de celle visite un souvenir inoubliable el la conviction que la France el le Maroc, étroitement associés, fiers de leur grand pas-é et de leurs communes gloires, peuvent al tendre de l’avenir de magnifiques destinées.
Je prie Votre Majesté d’agréer l’expression de mon inaltérable amitié.
A. Millerand.
Le sultan a répondu par le télégramme suivant :
Sa Majesté le Sultan du Maroc à Son Excellence M. Millerand.
Président de la République française. Alger.
Nous vous remercions de tout cœur des sentiments que vous avez bien voulu exprimera Notre Majesté en quittant le Maroc et qui constituent un nouveau litre à notre profonde reconnaissance envers la France, dont le puissant appui assure à Notre Empire les bienfaits de la sécurité, de l’ordre et du progrès.
Le peuple marocain gardera de votre visite un souvenir ineffaçable où il puisera la meilleure garantie de la sollieitude de la glorieuse nation protectrice, de même que la France peut compter sur son indéfectible attachement.
Nous prions Votre Excellence d’agréer, avec nos vieux de bon voyage, l’expression de notre vive et sincère amilié.
/ Moclay Yolssef.
Telles furent les étapes du voyage au Maroc, du Président de la République.