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LE MOUVEMENT COLONIAL

A propos de la Nouvelle Helvétie.

Les événements économiques de l’heure présente sont, pour les coloniaux, une excellente leçon de choses et l'on peut même dire un profond réconfort pour leurs efforts, car ils apportent la preuve irréfutable du rôle utile, nécessaire, indispensable même dans l’économie générale d'une nation, dévolu à un empire colonial. L'absence de possessions lointaines pour un grand pays moderne est indiscutablement une cause de rupture de son équilibre économique, c'est ainsi que, parmi les éléments qui contribuent à la baisse du pouvoir d'achat du mark, il y a lieu de faire étal de la perte parle Reich de son domaine d outre-mer. Par la force même des choses, nous allons vers des régimes douaniers protectionnistes, chaque puissance cherchant à se défendre contre toute concurrence étrangère; or. l’expansion commerciale et le développement industriel nécessitent et l'ouverture de marchés privilégiés et la possibilité de s’approvisionner « chez soi » en matières premières ou en produits tropicaux. On ne peut plus se demander, comme, au xviii® siècle.

le faisaient les économistes. « A quoi servent les colonies ? » On doit retourner la formule de Diderot : « La colonie existe par et pour la métropole ». En effet, maintenant plus que jamais, c’est l’union intime des forces coloniales et métropolitaines qui constitueront la véritable puissance économique, sociale et militaire des peuples colonisateurs. La métropole existe donc par et pour les colonies. La France devra son relèvement à l’essor économique de ses terres lointaines.

L’àpreté avec laquelle l'Allemagne attaque notre gestion administrative dans les pays à mandat indique combien elle se ressent de la perte de ses colonies pour ses industries et sou commerce; elle n’a qu’un désir : retrouver des terres à coloniser. C'est pourquoi elle tourne les yeux vers les plaines moscovites et les immensités sibériennes, c’est pourquoi également, elle fait une active campagne pour subordonner son entrée dans la Société des Nations à la remise entre ses mains à titre de mandataire de ses ex-possessions d'outre-mer. Dernièrement encore, M. Gothein, ancien ministre, déclarait dans le Berliner Tageblatt que « le problème de la restauration économique du monde exige la mise en valeur des anciennes colonies allemandes bien compromises depuis qu’elles ont été enlevées à l'Allemagne ». L’apport commercial des possessions germaniques représentait, en 1914, le chiffre intéressant de 300 millions de marks. Le Reich a décidé d’ouvrir, ce printemps, à Hambourg, une « foire coloniale » où les citoyens allemands prendront conscience de ce qu’ils ont perdu en perdant leur empire d’outremer et pourront se fortifier dans l’idée de l’obligation qid s'impose dans la politique de revanche de faire une place importante aux revendications coloniales. Toute une campagne se poursuit outre- Rhin, pour prouver que l’Allemagne seule est capable de gérer convenablement ses anciens territoires coloniaux.

On a publié ces jours derniers, et à grand tirage, un rapport du l)r Sclmee, ancien gouverneur, sur la prétendue décadence des pays soumis aux mandats français et anglais. D’après cet auteur. en Océanie, c’est Samoa qui a le plus souffert du fait du mandat néo-zélandais. La grippe a enlevé un quart de la population ; on a négligé de pourvoir au remplacement des travailleurs chinois décimés par la vermine et les sévices ; l’intérieur de l’ile va à sa ruine. En Nouvelle-Guinée et dans les îles voisiues, la situation est meilleure, parce qu’en vertu du traité de capitulation conclu dans les premiers mois de la guerre, les propriétés allemandes ont été respectées jusqu’en automne 1920 ; mais alors le gouvernement australien a dépossédé et expulsé les propriétaires, depuis il y a eu rapide décadence sous une administration des domaines confiée à d’ex sous-officiers. En Afrique orientale, les écoles ont beaucoup dégénéré depuis l'expulsion des missionnaires allemands, de l'avis de Winston Churchill ; la sécurité a disparu, la population blanche est tombée de 6.000 à 2.200. Il y a beaucoup d’épidémies parmi les Noirs, la petite vérole surtout; dans la région cédée aux

BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

Belges, la maladie du sommeil sévit. Dans le Cameroun, pour la plus grande part confié au mandat français, l’œuvre sanitaire allemande, qualifiée de « gigantesque » par les nouveaux maîtres mêmes, a été abandonnée, faute de personnel; les écoles aussi et les plantations. La population manque de travail et est pourtant accablée de corvées et d’impôts. Il en est de même dans le Togo, naguère colonie modèle. Dans de Sud-Ouest Africain, on a sans doute laissé les colons allemands, mais supprimé l’école allemande publique, la vie économique languit; les mines de diamant • — la grande ressource auparavant — sont fermées; le prix du bétail a baissé. La situation est relativement bonne, les Allemands étant restés.

Ce qui doit se lire entre les lignes du rapport Sehnee, c’est que, plus que jamais, l’Allemagne sent que l’absence de colonies est une cause d’infériorité pour la lutte économique.

Il y a un fait plus probant encore de la nécessité et du rôle bienfaisant d’un domaine colonial pour l’économie générale d’une nation, c'est la campagne de presse qui se poursuit en Suisse en faveur de la création d’une « colonie suisse ». Les difficultés économiques dans lesquelles se débattent nos voisins, le besoin d’assurer à bon compte des matières premières pour leur industrie. l’intérêt que présente la création de débouchés nouveaux, ont fait naître l'idée de concentrer l'effort des immigrés suisses répandus un peu partout dans le monde sur la colonisation d’un territoire^ colonial, la Nouvelle Helvétie. La question est très sérieusement discutée et le Bund, organe quasi officiel, poursuit la question de très près. En janvier dernier, un autre organe, non moins connu en Suisse, le Sankt. Gallet' Tagblatt écrivait ces lignes fort intéressantes :

Le souffle de nationalisme renforcé qui passe en ce moment dans le monde, a, de l’aveu même de l’auteur de ces réflexions, suscité l’idée de l’acquisition par la Suisse d’un domaine colonial. Notre compatriote à 1 étranger fait remarquer que, partout le monde, il y a des Suisses éparpillés qui occupent des postes de confiance et qui peuvent être reconnaissants de l’hospitalité reçue, mais néanmoins, on ne saurait se plaindre si les nationaux considèrent les Suisses comme des importuns et des concurrents. Particulièrement, à l’heure présente où le manque de travail est général, la position des Suisses à l’étranger est difficile.

L’acquisition d’une colonie aurait naturellement lieu par voie amiable et la question où, quand et comment devrait être examinée avec soin par des techniciens. L’auteur du projet ne A’oit nul empêchement venant de l’étranger, si la Suisse, appuyée sur les innombrables services rendus durant lu guerre, voulait obtenir quelques compensations. Quant au côté financier, il semble au dit auteur que nous ne pourrons que gagner à contracter une forte dette qui abaisserait notre change et nous procurerait en échange une valeur productrice (fourniture de matières premières, activité plus grande du commerce et de l'industrie).

Nous ne contestons pas que cette idée présenterait des avantages importants pour notre pays et nous admettons que la Suisse, par une volonté ferme pourrait réaliser ce projet Loin de nous donc la pensée d’écarter cette idée a priori... Toutefois, à la lumière de ce fait (la vague de nationalisme) il y aurait quelques dangers, car on sera d’accord, en admettant que le désir d’expansion à l’étranger a été une des causes profondes de la guerre mondiale. Même une colonie acquise pacifiquement, sans recours à la force,

pourrait placer la Suisse dans une position politique délicate et porterait atteinte à sa neutralité traditionnelle; plus le facteur national devra dominer la politique mondiale, plus nous devons nous attacher à notre neutralité garantie par la Société des Nations.

Il ne doit pas non plus être perdu de vue que la possession d’une colonie prévoit la création d’une flotte nationale. Certes, nous avons espéré depuis quelques années que le pavillon suisse flotterait sur les mers, mais les expériences de la Seetransportunion (Union de Transports maritimes), nous ont réveillés et nous ont gâté quelque peu le plaisir de faire partie des nations maritimes.

La réalisation d’une telle idée n’est pas impossible. Nous avous bien eu le Robinson suisse, pourquoi n'aurions-nous pas le colon suisse? L’activité suisse se constate un peu partout dans nos colonies. Pour un Suisse, et cela se comprend parfaitement, le fameux chocolat au lait sera bien meilleur s’il est fait avec des cacaos de la Nouvelle Helvétie !

Maurice Besson.

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BIBLIOGRAPHIE

Un voyage de M. Albert Sarraut, ministre des

colonies, en Afrique; par Jean Saint-Gexest, 1 vol. in-18 de 172 pages; 5 fr. — Dépêche Coloniale, 19, rue Saint-Georges.

Le récent voyage de M. Sarraut, ministre des Colonies, qui a été relaté ici dans un compte rendu très vivant par notre colla- ! borateur Camille Guy (Afr. fr., 1921, p. 381), est traité ici dans toute son ampleur par un des compagnons de voyage du ministre. C'est une très agréable promenade au Sénégal et en Guinée, 1 guidée par un écrivain qui sait voir et faire voir et rehaussée de belles photographies.

Tlemcen et ses environs. Guide illustré du Touriste . ' avec une carte et un plan, par Alfred Bel, brochure in-8°. Toulouse, chez A. Thiriat.

Délaissant un instant ses travaux, le savant directeur de la Medersa de Tlemcen a consacré à cette ville, un travail de vulgarisation. C’est une rare bonne fortune pour une cité que d’être ainsi décrite par un de ses habitants que d’ailleurs tout désignait pour cette tâche, et la connaissance approfondie de son histoire et le goût délicat et sur pour ses charmes. M. Bel ne pouvait manquer, après un aperçu géographique précis, de résumer comme introduction, l’histoire de la ville. 11 en redit d'une façon succincte, mais complète, les vicissitudes; sa gloire sous ‘ l'impulsion des Béni Zeïan, sa lutte contre les Merinides, sa décadence sous les Turcs, sa renaissance récente. 11 nous promène dans les quartiers de la ville, nous conduit dans les environs en nous arrêtant à chaque pas pour nous montrer un détail archéologique ou architectural, nous signaler un usage, prétexte à une note brève, précise, qui découvre un peu des mœurs locales et surtout pour nous raconter une belle légende, échappée des Mille cl une nuits. Les. nombreux sanctuaires évoquent la foule des santons qui illustrent le pays à l'exemple du grand patron de Tlemcen Sidi Bou Médian; les ruines rappellent les légendes naïves comme celle du maçon israëlite, ancêtre peut-être de nos aviateurs, qui, pour descendre du minaret de Mansoura, sauta dans le vide, mais soutenu par des ailes de bois qu’il s’était fabriquées, vint atterrir au lieu dit, aujourd’hui encore, le col du Juif. Enfin, les types rencontrés eu chemin donnent l'occasion d'un chapitre précieux sur la population, et ses coutumes. Une copieuse bibliographie termine cette étude qui, trop modestement, porte le titre de guide alors qu’elle est un modèle de monographie d’une ville algérienne.

Le Gérant : J. Legrand.

PARIE. — SOC, a" SJ’JMP. ET D’ÉDIT., Î7, RUE CASSETTE.

LE

PUBLIÉS PAR

COÛTE DE L'AFRIQUE FRANÇAISE n le COMTE DU MAROC

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SOMMAIRE

LE RÉGIME DES CAPITULATIONS ET LES TRIBUNAUX MIXTES EN ÉGYPTE.— G. Blanchard

L’ENSEIGNEMENT DE L’ARABE EN FRANCE. — Gaudefroy-Demombynes 167

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