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ENTREPRISES A CONSEILLER

Tannerie européenne, cinéma dans la ville arabe, fabrique de tapis berbères, de poterie d’art et de céramiques, de couvertures de laine, d’étoffes de

laines indigènes, de parfums à fleurs, fabrique de ciments et agglomérés, de bougies, fabrique de meubles européens en bois, imprimerie, laverie de laine, etc...

Jos. Yattier.

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Les vues italiennes sur l’Éthiopie

fl a paru intéressant tir permettra mue lecteurs dit Bulletin de se faire mie idée précise de la question éthiopienne, telle qu'elle se pose entre l’Italie et l'A ngleterre, d'autant que lu solution, nous Barons déjà montré, ne peut nous laisser indiffé/rnts. C'est dans cette intention que nous donnons ci-après la traduction de deux articles de AI. Buggero Cani et d'un article de AI. AFaUarini. publiés dans ht Tribun» coloniale des IS et 35 février et du IS mars 1933 ; leurs titres délimitent clairement la cône des revendications italiennes : « Le Ginhaland et la question île ses droits, » « Le Giuhafand et la question de ses confins ». « A propos des frontières septentrionales du Giuhalanrf. »

Le Giubaland et la. question de ses droits.

Le marquis Délia Toretta, expliquant dernièrement au Sénal les raisons qui retardaient la cession des 90.000 kilomètres carrés à la droile du Giuba, a touché d’une manière fugitive à une question qui n’avait été envisagée ni parTinlerpellateur, le sénateur Mosca, ni jusqu’à maintenant, croyons-nous, par personne en Italie : la question des frontières de la cession. Cette question est d’une importance telle en vérité qu’elle doit avoir selon nous la préséance absolue sur lotîtes les autres, y compris celle qui formait l'objet du débat récent : « L’Italie avait demandé toute la province du Giubaland plus le territoire qui va jusqu’à Moyale. Dans le courant de novembre 1919, le Gouvernement italien chercha à rouvrir la question, mais rencontra une forte opposition. » Telle fut la déclaration du ministre des Affaires étrangères dans la séance du Ie’ décembre 1921 . Elle signifie : que nous seront cédés — tôt ou tard, mais sûrement — le port de Chisimayo, la rive droite entière du Giuba, de Dolo à la mer avec le territoire limitrophe, de notables compensations du côté agricole et du côté des communications maritimes. Par contre, il nous est refusé actuellement une zone peu étendue, comprenant une partie, de la province du Giubaland et une partie du district des confins septentrionaux, zone qui a une importance capitale pour la vie du commerce du Giubaland avec l’arrière-pays éthiopien. C'est à travers elle, en effet, que passent toutes les. voies caravanières qui parlant du littoral de l’Océan Indien compris entre l'embouchure du Giuba et celle du Tana, convergent aux stations et marchés des frontières. Ces stations, ainsi que les voies caravanières, d’après cette ligue qui délimite l'actuelle compensation du Giubaland. resteraient pour la plus grande part dans les mains anglaises au détriment non seulement de notre future activité commerciale avec la riche et prospère Ethiopie, qui nous échapperait irrémédiablement pour la seconde fois, mais aussi à leur propre détriment, car leur rôle économique s’atrophierait le jour où elles seraient séparées de la province du Giubaland. dont elles constituent une partie intégrante et essentielle.

La question est plutôt complexe quoique d’une limpidité cristalline, et il est nécessaire d'entrer dans quelques détails pour la traiter en toute plénitude d’arguments.

Beaucoup se souviennent que cette région à la droite du Giuba — qui nous sera assignée dans un avenir que nous espérons très proche. — nous aurions pu l’obtenir avec de bien moindres sacrifices il y a environ vingt-cinq ans, alors que nous cédions presque gratuitement à la Grande-Bretagne la ville de Cassala qui lui était nécessaire pour ses opérations militaires contre les derviches. De la part de cette

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nation, nous n'aurions pas rencontré la moindre difficulté pour que soit donnée satisfaction à notre demande, pour autant qu’elle aurait pu intéresser la rade de Chisimayo et une région avoisinante étendue, semble-t-il. environ trois fois comme l’actuelle compensation.

La turbulence Somalie, la valeur nulle en apparence de cette région alors quasi inexplorée, la faisaient considérer par l'Administration anglaise comme un poids absolument encombrant.

Notre Gouvernement, naturellement imbu comme il l'était de ce pernicieux anti-colonialisme des tristes temps qui. suivirent Adoua, se garda bien de formuler quelque demande et laissa ainsi échapper une excellente occasion d’accroître d’environ du double,’ les territoires de notre Somalie avec une série d’avantages que seulement maintenant nous sommes en mesure d’évaluer.

A la suite de notre refus tacite de la zone qu'il nous offrait, le Gouvernement anglais, remplaçant la Compagnie impériale anglaise de l’Est-africain dans l’administration de Chisimayo et dans la province du Giubaland, et considérant toujours comme plus qu’inutile, coûteuse et dommageable, la possession de semblables territoires, pensa enfin s’en défaire dans les meilleures conditions. Elles les offrit à l’Empereur Menelik eu échange d’une hypothèque éventuelle sur le lac Tsana et d’une légère retouche de la frontière du Soudan oriental. L’empereur n’adhéra pas à cette proposition évidemment peu avantageuse pour lui et de ce côté encore, heureusement pour nous, on ne fit rien. Tout donnait à penser que cette province du vaste Protectorat africain était désormais destinée à passer .dans les mains d'une autre puissance quand une série d’événements se produisit. de nature à modifier graduellement l'opinion que la Grande-Bretagne avait de cette région.

Les explorations des commissaires Granfurdét Jenner, les nombreuses expéditions militaires punitives qui suivirent, dans les premières années du siècle dernier, le massacre d’un fonctionnaire par les turbulents Ügaden, étendirent notamment le cercle des connaissances géographiques et économiques et mirent en évidence devant les yeux du Gouvernement de l'Est-africain britannique les richesses naturelles non méprisables et la possibilité de développement du Giubaland. favorisée par la présence de territoires prospères et fertiles, d’un bon port (Chisimayo) et d une voie navigable passable (le Giuba).

De plus, de nombreuses expéditions géographiques, qui s’étaient suivies entre 1890 et 1905 et avaient eu pour théâtre de préférence l’arrière pays du Giuba et de notre Benadir (Ruspoli. Donadsom, Bottego, Erlanger-Neumann, Fickburg, Butter-Colli. etc...), firent alors connaître à tout le monde l'immense valeur des régions de l’Ethiopie méridionale constituées par le versant sud-oriental de la grande chaîne abyssine.

Dans ce versant s’ouvrent les amples et riches bassins de fleuves nombreux, qui descendent vers l’Océan indien ou débouchent dans des lacs profonds et étendus allant en une longue série, du Zuaï au Rodolphe; régions riches en eaux et en terres très fertiles en bois et forêts grandioses, pleines de ressources incalculables, et colonîsables, étant donné leur climat salubre et suffisamment tempéré pour les Européens. On pense quels avantages aurait pu offrir la possession d’une province comme celle du Giuba, lorsque avec des dépenses relativement minimes, une fois le port de Chisimayo organisé et le territoire occupé à demeure, on eût pourvu à l’ouverture d’une voie de transit reliant celle déjà connue du Giuba navigable avec la province limitrophe de Borana, en communication directe avec celles de Sidamo. Giam-Giam, Caffa, etc... soumises à ce moment à la domination abyssine.

De cette façon, on arrive à déterminer pour la province du Giuba trois fonctions distinctes, toutes d'importance notable ; la première provient de la présence d'un port comme celui de Chisimayo, le premier en venant du cap Gardafui, unique sur toute la côte Somalie (plus de 2.000 kilomètres). La seconde tient à la richesse et à la fertilité des territoires voisins du Giuba (Goscia) adaptées par la présence d'un fleuve intarissable, à toutes les cultures tropicales. La troisième. de laquelle nous avons l’intention de parler et sur laquelle s’appuie justement la question des frontières, concerne ce rôle commercial, qui dérive de la proximité relative d’un arrière-pays richissime tel que l'Ethiopie méridionale

et de la commodité également relative d-s voies de communication qui conduisent de cet arrière-pays à la mer f voiecaravanières et voie navigable du Giuba).

L’action de l'Angleterre qui suivit, lorsque I importance de ces fonctions fut exactement évaluée, fut au commencement lente et fragmentaire en raison de- difficultés inattendues que présentait l’occupation d'une immense zone désertique, le peu de sécurité de la région et la nécessité de ne pas découvrir immédiatement ses propres plans. Cette action devint plus rapide et plus coordonnée, lorsqu'une partie des difficultés fut éliminée; elle porta L Angleterre de la côte à I intérieur jusqu’aux frontières septentrionales, et réussit par la suite à nouer des rapports commerciaux avec (hinterland et à attirer dans ses propres routes conduisant à la mer tout le mouvement de trafic, qui transitait sur le haut plateau Borana, au moyen de plusieurs stations absorbantes disposées le long de la frontière.

Le point culminant de cette action coïncida, dans la première période de la guerre mondiale, avec l'institution d'un consulat spécial pour l'Ethiopie méridionale à Gardoula. dans la province de Conso, au sud du lac de lu Reine Marguerite.

Nous ne nous attarderons pas’à étudier en détail danchacune de ses phases et dans son extension progressive l'activité subtile et audacieuse de la politique anglaise dans ces régions. Nous dirons seulement que pour nous, qui tendions du Benadir vers le même hinterland à nous garantir par le traité du 2 1 avril 1890. cette activité anglaise fut. à proprement parler, désastreuse, puisqu eu peu de temps nous vîmes se détourner des marchés de mmtière (Lugh, Bardera) tout ce courant commercial que nous considérions précisément comme de notre domaine exclusif. On peut facilement imaginer dans quelle situation se trouvèrent ces stations sur lesquelles nous avions fondé tant d’espérances, peut-être à tort et avec trop d'optimisme, le jour où une puissance coloniale dotée de moyens et d'énergie puissants, agissant en même temps par le Sud et par le Nord, par Chisimayo et par Dana, se présenta sur les pentes de Borana, qui forment la limite méridionale des territoires fertiles d’Ethiopie.

L’Angleterre, étendit d’abord sa domination effective sur les différents passages qui coupent la montagne, sur les hauteurs qui gardent les principales voies de communication, sur les différents puits épars dans la région, avant de l'établir sur le reste du territoire,

Elle imposa ainsi aux caravanes transitant par ces passages obligatoires, de prendre les voies nouvelles quelle venait peu à peu d’organiser et qu elle faisait converger vers la rade voisine de Chisimayo.

Voyant ainsi se dessécher le courant commercial séculaire qui les alimentait et constituait leur raison d’exister, les stations italiennes de Bardera et Lugh disparurent en grande partie et furent supplantées par celles que l’active politique anglaise créa ex novo : Serenle et Moyale, situées dans des localités stratégiques de première importance.

La première, en face de Bardera, sur la rive droite du Giuba (non loin des rapides d’Arriento, où la navigabilité du fleuve est interrompue), naquit aux environs de 1908; elle avait pour but principal de soustraire à l'influence italienne le mouvement qui aboutissait à Bardera et de le canaliser le long des voies caravanières de la rive droite.

La seconde, sur une hauteur, à la lisière des postes du Borana, est une vraie sentinelle dominant Je sol du haut plateau absyssin ; c'est un centre absorbant de premier ordre.

Il y a lieu de parler de cette station, car elle est le principal centre de la zone que l’Italie réclame à l’Angleterre en' plus de l’actuelle compensation, et elle suffirait à (die seule à motiver la nécessité absolue d’une demande d'accroissement de la ione qui nous est assignée.

Moyale a été créé vers 1906-1907 par un actif fonctionnaire de l'Est-Africain britannique, Zaphiropoulos, Grec passé sous l'administration britannique. Celui-ci. pourvu du titre d’inspecteur de la frontière et commandant un fort noyau d’Ascaris, lut chargé d'une tâche indéfinissable, qui variait de la surveillance des frontières à l’occupation du territoire et à une action politico-commerciale sur l’arrièrepays.

Prenant tout d abord pour base les puits Gadda-Duma en face la garnison abyssine d'Arero. puis la localité de Moyale.

HENSJi LQ-NEMENTS COLONIAUX

il s’attacha à parcourir en lous sens la zone comprise entre le Giuba et le lac Rodolphe en y étendant une domination effective.

Enfin, soit par menaces, soit en répandant de faux bruits sur la situation intérieure du Benadir, il obligeait toutes les caravanes somalies et abyssines, qui passaient par le territoire placé sous sa surveillance directe, à se détourner de Lugh et de Bardera, contrairement à leurs intentions, pour poursuivre directement sur Chisimayo en suivant la voie d’Ucier ou celle de Serenle. et pour celles se dirigeant sur Nairobi, à suivre la voie du Marsabit.

L’action pleine de violence et d’oppression de la politique anglaise, qui se masquait derrière cet individu placé hors du contrôle effectif des organes dirigeants officiels, par suite, facilement et impunément désavouable en cas de représentations de notre part motivées par sa nationalité étrangère et sa race considérée comme inférieure, eut un écho jusque dans notre Parlement.

En décembre 1910, à l’honorable De Marinis qui interrogeait sur les événements qui se passaient dans ces régions, le ministre des Affaires étrangères, l’honorable Di San Giulano répondit d'une manière évasive en déclarant que le gouvernement avait fait le nécessaire pour que de tels inconvénients soient éliminés. Ge fut probablement l’unique acte accompli par notre gouvernement pour la protection des droits et des intérêts de nous et de nos sujets dans ce territoire.

Moyale, sur qui s’étaient posé l’œil astucieux et prévoyant du Grec Zaphiropoulos, passa en peu de temps d’une importance nulle à une considérable en tant que station commerciale et chef-lieu du nouveau district des frontières septentrionales. Elle a devant elle un avenir sur et splendide que lui donne sa situation merveilleuse sur la frontière anglo-éthiopique, ,en relations directes avec toutes les provinces de l’Abyssinie méridionale, sur une colline dominant les hauts et bas plateaux, au nord d'un « passage » de la montagne, abondamment pourvu d’eaux et de terres cultivables.

Enfin, cl ceci est le plus important : c'est le point de conjonction des trois plus importantes pistes caravanières qui forment tout le système de communication dans la vaste région comprise entre le Giuba et le haut plateau du Kenia.

La première de ces voies, venant de Nairobi, est reliée à la mer par le chemin de fer de l’Ouganda ; la seconde venant du port de Chisimayo par les puits d’Afmédo et d’Ueier; la troisième, venant de Serenle par les puits Del Uach. Gadda Duma, se greffe à la voie navigable du Giuba. La valeur considérable de ce nœud de pistes (indubitablement les plus brèves, les plus commodes et les plus utilisables sans grosses dépenses), avait été bien comprise par l’inspecteur Zaphiropoulos. 11 avait géninlemenl projeté une nouvelle artère qui aurait permis à l’Angleterre de pénétrer plus aisément dans la riche Ethiopie méridionale : il proposait d'intensifier et de régulariser le trafic fluvial du Giuba jusqu'à Sarente, d’organiser et de rendre plus facile la route chamelière Screnle-Moyale (12 jours de marche au maximum), d’en garantir la sécurité contre les razzias éventuelles des déprédateurs somâlis, d’augmenter ses ressources en eau (les puits en l'ait sont plutôt rares), d’y installer des gites d’étapes et de la préparer enfin à une probable utilisation ultérieure par les transports mécaniques. Zaphiropoulos affirmait que par une semblable artère, s'ajoutant à la voie normale, un courant commercial toujours plus abondant s’acheminerait de et pour le sud éthiopien, cette région que la Grande Bretagne a eu comme un des principaux points de mire de son expansion dans l’Afrique orientale.

Maintenant, de ces voies si importantes dont personne ne peut mettre en doute la haute valeur comme moyen de pénétration, nous posséderons environ les deux tiers, après la cession du Giubaland, soit le Giuba et la pisle entre Serenle et les puits Del L'ach ; il ne nous manquerait que l’importante station de Moyale sans laquelle, il faut le déclarer immédiatement, le rôle commercial du Giubaland avec l’arrière-pays disparaîtrait, comme disparaîtrait certainement le rôle même de Moyale qui, détachée à la fois du Giuba et du port de Chisimayo, perdrait toute sa valeur réelle.

Dans un prochain article nous entrerons dans le vif de la question des frontières, telle quielle se présente après les déclarations du ministre délia ïorretta.

Le Giubaland et la question de ses confias.

Nous avons déjà exposé de quelle manière les relations commerciales du Benadir avec son hinterland, ou mieux avec les territoires éthiopiens, sur lesquels nous considérions comme exclusive notre priorité économique d’exploitation, disparurent presque complètement ou tout au moins furent réduites dans des proportions considérables à la suite de l’impitoyable concurrence britannique sur l’autre rive du Giuba.

En fait, le centre principal de Lugh n’est plus alimenté que par des commerces d’une valeur presque insignifiante, tel que celui par exemple avec la lointaine région des Arussi; encore ce commerce est-il destiné lui-même à disparaître rapidement, surtout après l’arrivée à Addis-Abbeba du chemin de fer franco-éthiopien. Telles étaient les conditions de notre commerce avec le sud éthiopien jusqu’au temps précédant la guerre européenne; telles elles sont restées au moment de la paix et de l’application qui fut suivie des divers traités et pactes qui réglaient la répartition de l’immense butin que les alliés s’étaient procuré par la conquête des colonies allemandes.

Ge n’est certainement pas notre but de discuter les critères suivant lesquels s’est effectuée cette répartition, ni de démontrer l’iniquité de la « nouvelle carte coloniale ». D’autres, beaucoup plus doctes cl autorisés que nous, ont souvent déclaré que la répartition des territoires germaniques d’outre-mer n’était, dans les conditions actuelles, que lannonciation d’impérialismes nouveaux et de conflits inévitables.

Selon l’article 13 du pacte de Londres, dans le cas d'une extension des possessions françaises et britanniques aux dépens de l'Allemagne, nous avions droit de réclamer des compensations au moyen des rectifications de frontières dans les districts coloniaux qui confinent la Lybie, l’Erythrée et la Somalie. Renonçant à la commémoration funèbre de cet article 13 au regard de la Lybie et de l’Erithrée, nous avions exprimé le désir d’obtenir dans la Somalie le port de Chisimayo et les territoires à la droite du Giuba, suivant une extension qui n’avait pas été précisée.

A l’ouverture des pourparlers nous réclamâmes — ainsi qu’il était logique et juste de le faire — l’assignation intégrale du bassin du Bas-Giuba, d’une région d’environ i 300.000 kilomètres carrés, d’une valeur intrinsèque très | petite, presque désertique et improductive, mais commercialement indispensable au développement de notre pénétration dans l'hinterland éthiopien. Dans ce but on indiqua ici (E. S. Caroselli) comme limite occidentale de cette compensation, une ligne qui, divisant en deux le lac Rodolphe, se dirigeait à peu près vers le Sud-Sud-Ouest, rejoignant le fleuve Tana .et suivant le thalweg jusqu’à l’Océan.

Une telle frontière aurait présenté pour nous de notables avantages et n’aurait certes pas porté de dommages trop sensibles à la Grande-Bretagne qui a gagné environ 900. OOu kilomètres de territoires incomparablement plus riches dans l’Afrique Orientale seulement; néanmoins elle ne fut pas lu ise en considération.

En septembre 1919 à Paris, M. Tittoni et Lord Milner, ministre britannique pour les colonies, arrivèrent à un accord consacré par une lettre dans laquelle la Grande-Bretagne consentait à la cession d’une importante portion du Giubaland. 11 était ajouté, sans opposition de la part de l'Angleterre, que la compensation pourrait être étendue conformément aux demandes italiennes.

Quelque temps après en février et mars 1920, à la suite d’une conférence entre experts anglais et italiens, on arriva, non suns avoir eu à vaincre une forte opposition, à la cession d'une nouvelle zone de 10.000 kilomètres carrés dans le Giubaland méridional.

11 faut noter (pie l’Italie avait limité ses demandes, sans rien obtenir, à toute la province du Giubaland, plus la zone allant jusqu’à Moyale.

La compensation consentie actuellement — mais non définitivement, nous l’espérons — sera d’environ 90.000 kilomètres carrés (Giubaland entier, 116.009 kilomètres carrés environ). D’après l’échange de lettres Scialoja-Milner de 1920, les limites en sont fixées par une ligne qui part d’Unsi sur la Daoua, à une vingtaine de kilomètres au Sud-Ouest de Dolo, passe par les puits de Dumasa, de Gado, décrit une

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ample courbe et va finir à Ilas-Chamboni sur l’Océan. Les districts entiers d’Alexandrie, Chisimayo et Serenle et la moitié du district d'Amelo sont ainsi cédés. Ces territoires possèdent par eux-mêmes des ressources de valeur notable : le port de Chisimayo et la rive gauche du Giubn. Cela permet, avec des avantages qu’il n’y a pas lieu de traiter ici, la réunion de la Goscia de droite «à celle de gauche. Un sérieux obstacle au développement, de ces régions résidait dans le fait qu elles appartenaient à des nations différentes, et que chacune d’elles faisait concurrence à sa rivale pour se procurer la main-d’œuvre dont dépend la solution de tout problème de colonisation dans les territoires de l’Afrique Occidentale. Mais le caractère absolument négatif de cette compensation apparaît avec une évidence éclatante lorsqu'on l’étudie au point de vue des futurs rapports commerciaux avec l’Abyssinie méridionale, hinterland naturel de la province cédée. En effet les marchés de Moyale et ceux plus orientaux et moins importants de Gadda-Duma et de Tercale ne nous sont pas cédés. S’ils font partie du district des confins septentrionaux — division créée par le Gouvernement du Protectorat pour des raisons politiques et militaires — économiquement, géographiquement, ethnographiquement, ils dépendent du Giubalaud, à la vie duquel ils sont unis étroitement.

En outre ils en constituent les portes septentrionales d’entrée et de sortie en même temps que les tètes de ligne des principales voies de communication. Enfin, ils sont reliés indubitablement au port de Chisimayo et au Giuba, dans le bassin duquel ils sont compris, puisque situés sur les torrents qui coulent du pied de la chaîne éthiopique vers le fleuve. Le fait donc de ne suivre aucune caractéristique géographique ou naturelle, mais au contraire de morceler et de séparer, comme elle le fait, les vallées et les bassins, les zones de pâturages des plus proches points d’eaux, les territoires d’une même tribu, nous semble constituer la principale condamnation et la plus éloquente preuve de l’illogisme de cetle frontière.

Celle-ci enfin soustrait à la province en question les trois plus importantes zones d’eaux qui, comme chacun sait, dans toutes les parties de l’Afrique et surtout en Somalie forment les uniques centres de vie. Ce sont les puits d’Ueier autour desquels vivent d’énormes troupeaux de bétail, les marais Lorian avec les vastes territoires d’alluvions qui les entourent, les puits Del-Uach aussi importants et peut-être plus que ceux d’Ueier. Mais pour un plus grand éclaircissement de tout ce que nous avons jusqu’à maintenant exposé, il sera hou d'examiner brièvement la situation vraiment critique pour nous, et, non seulement pour nous, qui existera lorsque les frontières des deux colonies importantes, comme celle du Kénia britannique et tu nôtre de Somalie, passera par cette ligne fantasque dént nous avons indiqué tout à l’heure les inconvénients.

Commençant nos critiques par le côté commercial, il apparaît de toute évidence que ne possédant pas Moyale et la dernière partie du trajet de la grande piste caravanière qui conduit du Giuba à cette localité, nous nous trouverons dans l’impossibilité de faire converger à Chisimayo, leur débouché maritime naturel, les matières premières qui y affluent, venant des bassins montagneux du massif éthiopien, et y afflueraient en quantité toujours plus grande, si par une organisation prévoyante on leur facilitait la route. Ainsi nous verrons nous échapper pour la seconde fois et définitivement tout l’arrière-pays nécessaire à notre colonie du Bcnadir, en y perpétuant les douloureuses conditions commerciales dans lesquelles elle s’est trouvée jusqu’à maintenant. Mais le côté le plus intéressant de la question est constitué par ce fait qu’en condamnant le Giubaland à la privation de son légitime hinterland, la station britannique de Moyale se trouvera dans une situation aussi mauvaise et sa vitalité sera très diminuée si on la sépare de son unique et véritable débouché sur la mer : Chisimayo. 11 est très improbable que l’Angleterre réussisse à canaliser le courant commercial le long de l’unique voie qui reste entièrement en territoire britannique : celle du Marsabit à Nairobi; cette route très longue est, dans son état actuel, presque inutilisable par les grandes difficultés qu’elle présente. Très probablement les caravanes n’accepteront pas les taxes éventuelles au passage de la frontière pour se rendre à Chisimayo; elles déserteront Moyale pour se diriger, en suivant une route beaucoup plus longue mais nullement

incommode, vers Addis-Abbeba et le chemin de fer francoéthiopien. Il se vérifierait ainsi que l'avantage du refus opposé à l’extension de la compensation coloniale n irait pas à la Grande-Bretagne, mais à une tierce puissance : la France, dont on favoriserait involontairement les projets mégalomanes sur l’exploitation exclusive des territoires éthiopiens. En second Jieu. on a dit que cetle malheureuse ligne frontière partage des zones de pâturages d’une même tribu, sépare ces pâturages de leurs abreuvoirs naturels, elc.. etc. Actuellement ces territoires appartiens k ".U pour la majeure partie aux populations sornalies ; celles-ci. nomades et remuantes, impatientes de tontes suggestions, fières de leur indépendance, ne toléreraient vraisemblablement pas ce nouvel état de choses qui troublerait leurs intérêts et leurs droits, qu elles défendent avec tant de ténacité chicanière.

Cela ne contribuerait qu’à eugendrer et perpétuer l'état d’animosité belliqueuse conservé jusqu’à maintenant par les tribus sornalies du Giubaland, qui ont toujours donné et donnent actuellement beaucoup de fil à retordre aux autorités britanniques. Comme immédiales conséquences se produiraient des contestations de tribu à tribu, des soulèvements et des rébellions contre le Gouvernement, des razzias, etc... avec un profit très douteux pour les deux nations qui se verraient contraintes on à abandonner ie territoire avec une grave diminution de leur prestige, ou à se condamner à d'énormes dépenses pour le maiutieu d'un corps expéditionnaire et de fortes garnisons dans une zone désertique et sans route. Tout ceci avec des résultats 1res discutables, car il est quasi impossible de lutter contre un ennemi aussi mobile et astucieux que les Somalis sur un terrain qui se prèle particulièrement aux embuscades. C'est ce qu’ont démontré les inutiles expéditions punitives que les Anglais ont multipliées, il n’y a pas si longtemps, contre les turbulents Ogaden. De sorte qne l'on assisterait à un gaspillage inutile d'hommes et d'argent pour alimenter une guérilla exténuante, dont le seul résultat sera d'interrompre pour un long espace de temps le mouvement du trafic, unique manifestation d'activité humaine dans ces régions.

Quand les populations dont il s'agit s’appellent : Merehau, Aoulian, etc..., ce qui signifie les plus irréductibles adversaires de toute domination européenne, on peut bien alïirmer que si rien d’ulile ne devait arriver de l’occupation de leurs territoires, le mieux serait pour nous de le leur abandonner et de nous contenter simplement de résider le long de la côte el du Giuba. Pour l’Angleterre au contraire se serait une nécessité inéluctable d'occuper les zones frontières pour d'évidents motifs politiques, militaires et commerciaux et d'y implanter des stations et des garnisons, dont le coût ne serait certainement pas comparable anx avantages à eu recevoir, car le sol y est d'une stérilité absolue et d’autre part ces postes manqueraient, à cause de l’immense distance, de toute liaison avec le reste de la colonie du Kénia.

Toute estimation faite, la compensation telle qu elle est délimitée actuellement présente donc de graves inconvénients non seuiement pour nous, mais aussi pour la Grande- Bretagne qui devrait créer dans cette zone une situation absolument artificielle. Nous ne voyons cependant pas dans de tels arguments une justification quelconque de ces farouches résistances, que le Ministre délia Torretia dit avoir rencontrées lors de la réouverture des pourparlers pour l'élargissement de la compensation. De même nous ne voyons aucun motif sérieux et consistant pour l'application de celle très fâcheuse ligne de froulière.

D'aucuns peut-être pourraient affirmer, avec une discrètè et souple fantaisie que cette frontière trace en gros une division entre les tribus musulmanes (sornalies) et les païennes ou d'autres religions (galla, etc...) C’est cette conception élhnico-religieuse qui a été appliquée dans la délimilalion de la frontière administrative entre le Giubaland elles autres provinces du protectorat par M. le Commissaire Salkeld. Les brèves observations suivantes pourront facilement ébranler les bases de cette conception fort discutable.

Tout d’abord, et je le déclare à M. Salkeld lui-même, il est inexact d'affirmer que la frontière. — qui comprenait tant les marais Lorian que les puits d’El Uach et d’Ueier — ■embrasse toutes les populations sornalies : quelques-unes d’entre elles restent eu dehors, — les Cablalla, par exemple, qui errent entre le Giuba méridional et le Tana inférieur.

Personne certes ne peut affirmer avec certitude que l’expansion migratoire vers l’Ouest des tribus Somalies soit terminée et qu’on soit arrivé à une situation statique. La fougue en est très ralentie, il est vraie, mais beaucoup de signes permettent de dire qu’elle n’est pas entièrement éteinte.

En second lieu, nous ne croyons pas qu’on puisse indiquer sur le terrain une distinction nette entre les tribus raahométanes et païennes dans une même localité. Par exemple, nux puits d'Ueier ou d'el Uarh, convergent Somali. Gara, Horana, etc..., de toutes races et de toutes religions, amenés là par la nécessité absolue de vivre. 11 en est résulté dans cette région, par mariages, unions, conversions religieuses, un tel mélange qu’il est désormais impossible de distinguer si un individu appartient à la race Somalie ou galla. Cette constatation a été faite par de nombreux voyageurs et fonctionnaires anglais Comme Dracopoli, Elliott, etc... Enfin quand même les conditions indiquées par Salkeld existeraient réellement, on peut toujours affirmer que si les critères qu'il a exposés peuvent être suivis en principe dans une délimitation administrative entre provinces d’une même colonie, on peut également procéder d'autre sorte dans la délimitation de colonies de différentes nations, pour lesquelles il y a lieu de tenir compte de beaucoup d'autres facteurs très importants, (comme le serait dans notre cas le facteur commercial), d'autant plus que l'inclusion d'à peine quelques milliers d’indigènes ne serait pas un élément sensible de déséquilibre.

Nous conclurons ainsi : la zone actuellement cédée, complétée par l'abandon totale de la province du Giubuland, plus un triangle ayant pour base l’actuelle frontière angloéthiopienne d’Unsi sur la Daoua jusqu’à un point à l’ouest de Moyale et pour sommet les marais I.orian, constituerait une compensation libre de tout bien et de toute servitude, apte aux diverses fonctions qu’on en attend : agricole, maritime, commerciale .et même politique. En effet, par l'extension ultérieure de nos confins avec l’Empire abyssin, nous y exercerions indubitablement une plus grande influence. Nous aurions ainsi l'avantage de contrebalancer les influences anglaises et françaises qui, peu à peu, par l’Occident et par l’Orient, élargissent respectivement leurs sphères d’action. La frontière occidentale passerait à peu près par la ligne de partage des eaux entre le vaste bassin du Giuba et ceux des grands lacs Stéphanie et Rodolphe et du fleuve Tana. On tiendrait compte ainsi du facteur géographique, qui apporterait certainement une plus grande précision.

Nous espérons que ces brèves observations, seront prises en considération par qui de droit. Car. la chose est trop certaine, s’il n'était apporté aucune modification au projet actuel défini par l’accord de 1920, le rôle commercial du Giubaland, qui aurait pu avoir une très bienfaisante influence sur la Somalie italienne tout entière, s'atrophierait irrémédiablement en entraînant un tel contre-coup économique que toutes nos possessions ne tarderaient pas à en ressentir un sérieux préjudice dans leur commençante mise en valeur.

Rcgueko Caxi.

A propos des frontières septentrionales du Giubaland.

Dans ma récente étude sur le Giubaland et notre colonie, j’affirmais, à propos des frontières septentrionales du Giubaland que nous cédaient les Anglais, qu'il était nécessaire que ces frontières fussent les mêmes que celles indiquées dans la Convention du 6 décembre 1907 entre l’Angleterre et 1 Ethiopie. Autrement, dans les rapports commerciaux avec ce pays, nous resterions dans les conditions actuelles, c’est-à-dire ne possédant entre Dolo i notre point extrême au confluent du Ganale avec le Tana) et les pays producteurs de l'Ethiopie méridionale que des régions quasi totalement stériles et où il sera très coûteux et très difficile d’ouvrir des voies commerciales. Comme chacun sait, les « terres promises » de l’Ethiopie méridionale, ces régions qui. riches de tous les produits minéraux, végétaux et animaux. pourraient, si elles étaient réunies directement par des roules commerciales à notre Somalie, nous fournir tant et tant de matières premières dont nous avons besoin, s’étendent entre le Sabat et le cours du Ganale supérieur, du

couchant au levant, et du Nil Bleu aux lacs Rodolphe et Stéphanie, du Nord au Sud. Dans cette zone se trouvent : l’Uallega, le Gaffa, le Conta, le Couro, les très fertiles régions du lac de la Reine Marguerite, Arsi, Sidama, etc... Cette zone fut révélée à la science par Massaja, Cecchi. Bottego, etc., en somme par des Italiens pour la plupart. Ménélik en fit la conquête, et, depuis, ce fut une course des Européens pour y obtenir des concessions minières et autres.

Ce sont ces pays d’un avenir économique splendide, surtout quand ils seront traversés par la fameuse voie ferrée Erythrée-Benadir (achevée par nous ou nos petits enfants), que l’Italie à le droit de construire d’après les traités.

Cette région est vraiment le « jaune de l’œuf abyssin » et elle n’est pas habitée par des Abyssins, mais par des populations agricoles et réellement travailleuses. La richesse actuelle de cette région et sa capacité économique future sont bien connues des Anglais, elles le sont relativement peu de nous qui, à la différence des Anglais et des Français, n’avons pas un but de domination politique en Ethiopie, mais seulement d’expansion économique.

Aussi est-il plus qu’utile à notre pays que l’attention de l’opinion publique soit attirée sur cette question des frontières septentrionales du Giubaland qui nous sera cédé, parce que de sa solution dépendra du côté Sud, l’avenir de nos rapports commerciaux entre la Somalie et l’Ethiopie. Je ne puis que confirmer et m’associer à tout ce qu’a écrit excellemment M. Cani, dans la Tçibtma Coloniale , afin d’éclairer l’opinion publique qui doit vraiment appuyer le Gouvernement royal pour qu’il puisse faire valoir les droits sacro-saints de l’Italie au Gouvernement anglais et lui prouver que, pour l’établissement de cordiaux rapports réciproques. il ne faut pas qu'il soit avare, mais nous laisse aussi le moyen d’étendre, au moins à une partie de l’Afrique cette activité que ses citoyens ont la plus ample faculté d’appliquer dans les autres parties du colossal empute colonial anglais et même en Abyssinie par la frontière soudanaise qu’ils possèdent.

Il ne suffit pas en vérité que l’Angleterre, pour exécuter seulement le moins possible tout ce qui a été covenu avec nous au commencement de la guerre, nous cède la côte de Ras-Chamboni au Giuba et nous donne ainsi la possibilité d'avoir deux ports en toutes saisons, ainsi que la rive droite du Giuba, laquelle permettra la construction en territoire italien de ce fameux barrage du neuve proposé par Mazzoechi Alemanni, lequel serait d'une si grande utilité pour irriguer les très vastes régions avoisinantes.

II faut que l’Angleterre nous abandonne les frontières septentrionales anglo-éthiopiennes «lu Giubaland au moins jusqu'à Moyale et Gebel-Ku fiole, pour que nous ayions la piste qui. de Bardera ou Serenle, s’en va par El-Uach dans les Sorana- Galla. Autrement en conservant la frontière anglo-éthiopienne sur la Dama jusqu’à Unsi, elle montrera clairement à toute personne impartiale que son desseiu précis est d empêcher, autant qu'il lui sera possible, le développement commercial et économique du Benadir.

Le Giubaland, qui nous est cédé, avec ses 90.000 kilomètres carrés de sable, en comprendra en gros île 30.000 à 35.000 de productif. La région de la Daoua, que l’Angleterre veut conserver, est stérile et ne possède qu’une valeur commerciale pour le transit. En nous la cédant également et jusqu’à Moyale, l’Angleterre prouverait que non seulement elle sait reconnaître notre droit, même réduit par elle à sa plus simple expression, mais qu’elle sait aussi donner des preuves de finesse politique en éliminant, outre ce qui pourrait nous nuire, ce qui pourrait exciter également nos très justes susceptibilités. En agissant ainsi, elle prouverait encore à l’Ethiopie que ses propres buts ne sont pas politiques, comme elle le démontrerait au contraire en conservant cette zone.

Aussi, de même que les régions revendiquées pour ritalie, en son temps, sur l'Uebi lui furent alors reconnues de droit, de même j’espère maintenant que grâce à l’union des âmes et à l’appui de l’opinion publique notre Gouvernement aura plus de force et de moyen pour faire valoir dans cette question, les droits sacrés et les intérêts de l’Italie et obtiendra la victoire.

A. (!. Mallarini.

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BULLETIN DU COMITE DE L'AFRIQUE FRANÇAISE

BIBLIOGRAPHIE

Marchand, par Dutreb ; 1 vol. in-lG tle 280 pages, 7 fr. 50.

— Payot.

Le 14 juillet 1919 a dépassé en grandeur et en émotion tontes les manifestations au cours desquelles s'est transfiguré Paris, il n'a point effacé le souvenir d’autres dates. C'est un de ces jours là, à la fiu de juin 1898, que le cœur de Paris a tressailli lors que, malgré l’hostilité timorée du pouvoir, malgré l'énervement des polémiques, malgré la tristesse de la défaite imposée à la victoire acquise par tant d’efforts, les acclamations ont salué comme un triomphateur, nu Marsouin qui s'en revenait d'Afrique, vaincu par la faiblesse des politiques. Souvenirs inoubliables que celle journée où Paris au grand cœur réuni tout entier, sans distinction déclassé, place de l’Opéra, a crié, aux héros modestes de la traversée Africaine son admiration pour l’effort accompli, sa reconnaissance pour ces Français dont l’acte avait réveillé, dans le cœur de chacun, la certitude que l’énergie française survivait à toutes les tristesses, aux angoisses de tous les effacements, de’ toutes les défaites 1 Et au balcon du Cercle militaire, noire silhouette où brillaient seuls l'acier bleu d’un regard, et à la gorge la blessure sanglante de la Légion d’honneur, Marchand immobile, dominant la foule, offrait son sacrifice à la France immortelle.

Combien la métropole est redevable à l’Afrique, génératrice d’énergie I

La caractéristique de Marchand, c’est d’être homme d’action. Fils d’artisan de bonne race française, entrant dans l’existence sans sollicitations positives, mais étouffant dans le cadre trop étroit d’une vie sans horizon, il s’engage, fait Saint-Maixent, part à la conquête du monde et débarque à Dakar. De suite l'Afrique le prend. Ce n’est plus le métier militaire avec son formalisme étroit, sa hiérarchie mesurée, la crainte, trop fréquente souvent, des initiatives à prendre, à appliquer, à défendre ; c’est au contraire le service véritable de la Patrie à faire respecter, comprendre, aimer. Action administrative, action diplomatique l'emportent sur l'unique observance des règles minutieuses et prévoyantes. Au contact de l’ambiance locale, des camarades dont la vie est un enseignement et un idéal, des Noirs à pacifier et à nous attacher, le nouveau venu s’exalte, s’épanouit, s’enthousiasme. Les efforts sont pénibles. 11 faut lutter contre la nature hostile, et les hommes plus hostiles encore, Samory, ennemi déclaré, Triba, faux ami... et tous les adversaires ne sont pas en Afrique. Des camarades tombent, quelques blessures, la fièvre, mais des victoires aussi. L’Afrique a révélé Marchand à lui-même, elle a forgé une volonté de fer, non pas dans la forme brutale d’un soudard, mais dans celle d’un civilisateur, d’un ouvreur de route, « Paki-Bo ». qui dans le désordre de la forêt vierge, dans le maquis des intrigues soudanaises, trace le chemin de la Paix Française.

L’action coloniale de notre pays s’est développée souvent au hasard des circonstances. Au rebours de la politique générale, qui s’attache parfois à réaliser de « grands desseins », très rares furent et sont les gouvernements qui ont poursuivi un plan d’expansion rationelle.

Les Anglais ont été dirigés par certains objectifs bien nets : liaison avec l’Inde ; unification du domaine africain. De cette netteté ont jailli des formules simples, bien représentatives du but à atteindre, et dont le « Cap au Caire » offre pour l’expansion britannique en Afrique un remarquable exemple.

Au contraire, nous nous sommes dispersés, des insuccès locaux, dus souvent à l’insuffisance des moyens, s'aggravaient de l'incompréhension de la métropole tout entière à des luttes intestines. Seuls des efforts continuels et la pensée dont le Comité de l'Afrique française était le champion maintenaient les résultats péniblement acquis et ces efforts divergents voilaient le bu t à atteindre.

Mais Marchand, lui, a vu plus haut. Si la France veut un empire africain, si elle ne doit pas sombrer sous les efforts de l’hégémonie anglaise, elle doit opposer à la pression exercée Nord Sud un effort Ouest-Est.

Marchand dont l'expérience africaine mesurait et la nécessité et les périls de son projet, tentait et réalisait l’aventure. Avec une faible troupe, sans un coup de fusil, et après deux ans de lutte, il s’établit à Faehoda. On relira dans l’intéressant volume de M. Dutreb, tous les chapitres de cotte épopée, labeur, souffrances, succès, déception, trop oubliés aujourd’hui peut-être.

e' que déjà les ouvrages de Baratier et d’Emily avaient si puissamment évoqués. Mais ce n’est pas d’hier seulement que la victoire acquise par l’effort persévérant nous échappe, et comme elles reprennent une singulière actualité, ces lignes citées par M. Dutreb dans lesquelles, en 1905, Marchand conseillait :

« Nous devons travailler à nous guérir de notre énorme naïveté. Quand dans un endroit quelconque, on parlera très fort et abondamment de civilisation, équilibre universel, amour de la paix ou volonté de travail, soyons fortement convaincus qu’il se prépare ou s’exécute un mauvais coup à côté. »

M. Dutreb a conté les heures noires vécues par Marchand uprè< Faehoda, la carrière brisée, la démission ; les années de vie civile, puis la guerre : récit un peu sec parfois, et destructeur de fiction-. Importent-elles beaucoup, ces accusations d'imprudence, lancées par certains qui admettaient comme vraie cette légende de Marchand, en septembre 1913, menant l’assaut en Champagne, la canne à la main, la pipe à la bouche, comme les combattantl'ord vu, disaient-ils? Hallucination collective, auto-suggestion, qu’importe! Ces troubles-lù honorent ceux qui les font naître; et comme les légendes sont (c’en est là un exemple), plus représentatives de la vérité que la vérité elle même !

D’une carrière si variée, l'unité se trouve dans ce culte de l’action que l’Afrique a développé chez Marchand. Ce culte n’est point exclusif, mais il domine et dirige. Dans une intelligence française, il écarte les idéologies chimériques, il développe, il crée la vie, car « le destructif ne saurait être durable », a écrit Marchand, « et pour la France, il importe que toute œuvre se perpétue. » Pourquoi oublie-t-on trop souvent cette phrase du général, dont les faits soulignent aujourd’hui l'angoissante réalité ; « Dans une nation, tout doit s'équilibrer. Nous avons eu de sublimes victoires, il nous faut maintenant leur faire porter tous leurs fruits. »

Barfcholomew's general Map of Africa, prix :

2 sh. G p — J. Bartholomew and Son, Duncan Street . Edimbourg.

Très bonne carte de l’Afrique d'après les derniers traités. On> y remarque que l'ancien Sud-Ouest africain allemand figure sanla moindre indication de frontière et sans la moindre différence de teinte dans la colonie du Cap.

11 y est joint des plans détaillés de l'Egypte, de la ville du Caire et de Capetown.

Une seconde carte (même prix) est relative à l’Afrique centrale et méridionale.

Une troisième carte (1 sti.) est faite d’après les nouvelles limites de l’Europe.

La France et l'Italie et l’article 13 du Pacte de

Londres, par E. Rocard de Card, professeur honoraire à

1 Université de Toulouse ; brochure de 3G pages. Pedone,.

13, rue Soufl'lot.

Nos lecteurs ont suivi ici au jour le jour la discussion courtoise franco-italienne au sujet de l'application de l'article 13 du Pacte de Londres du 2G avril 1913, qui, en compensation de Fcnlrée de l’Italie dans la guerre, lui promettait des compensations coloniales. Elles lui ont été accordées par la France et l'Angleterre, mais on sait qu’elles ne semblaient point suffisantes aux coloniaux italiens. NI. Rouard de Card traite toute la question du point de vue juridique et eu analysant les textes et il monhv aussi l’importance des sacrifices consentis. « La France, fidèle à ses engagements, a fait des sacrifices importants pour procurer à la Lybieune frontière harmonieuse et avantageuse. »

The Statesman's Year-Book. 1922. Un vol. de 1 368-

pages. — Macmillan, St-Marlin’s Street, London.

La nouvelle édition de ce précieux recueil fait honneur, une fois de plus, à sir J. Scott Kellie, ancien secrétaire de la Société de Géographie de Londres, et à M. Epstein qui l'ont mise au courant des dernières transformations de l'Europe et du monde entier. Nous y voyons avec plaisir F Afrique Française signalée au nombre des « Books of lleference » sur les colouies.

Le Gérant : J. Legrand.

paris — .oc. aui3’iMp. et d’édit., rüe casse n ..

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