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SOUS LE MANDAT DE L’UNION

Lorsqu’on août 1915, lo général Louis Botha revint du Sud-Ouest, où la campagne militaire était terminée, le président Sùiuts l’accueillit, parait-il, par ces paroles : « La conquête nous a ccùté cher; mais le pays vaut bien lis 45 millions de livres, que nous avons dépensés. Le monde entier peut être sûr que nous conserverons ce que nous avons pris. » Le gouvernement de l’Union sud-africaine réclama le rattachement pur et simple de ce territoire. Le mandai C, qui lui a été donné, équivaut, presque, à une véritable annexion: car il reconnaît à l’Union, sous certaines réserves seulement, tous les pouvoirs d’administration et de législation. Le bill, relatif à ce mandat, fut adopté par le Parlement du Cap, le 12 septembre 1919, malgré l’opposition du parti nationaliste.

Le régime de 1 état de siège. La politique indigène et les colons allemands. — Seul de toutes les anciennes colonies allemandes, en Afrique, le Sud-Ouest a conservé une population allemande. Si les fonctionnaires, les membres de la troupe coloniale et de la police furent expulsés, il est resté, environ, C. 000 Allemands, fermiers, mar-

chands, artisans et ouvriers, qui vivent à côté des Anglais et des Boers, dont beaucoup se sont établis dans le pays, depuis la guerre. Les documents relatifs à certains procès, jugés par la Cour criminelle anglaise, instituée en octobre 4945, et le rapport de l’administrateur M. E. H. L. Georges ont, fait connaître ce qu’étaient les méthodes colonisatrices allemandes, dans le Sud-Ouest (4). Les indigènes, systématiquement soumis à des brigandages et à des brutalités, étaient tombés dans un état déplorable. Parmi les dossiers publiés figurait une circulaire confidentielle, adressée en 1912, par le gouverneur Soit/, à ses magistrats. 11 constatait que les Noirs étaient « poussés à une haine aveugle de tout ce qui est Blanc », et prévoyait que « ces sentiments de haine produiraient, bientôt, une nouvelle révolte indigène, désespérée, et entraîneraient, par la suite, la ruine économique du pays. » Le même M. Seitz a osé dire, en 1919, dans une assemblée de la Société coloniale allemande. que l’administrateur Georges avait, absolumcnl menti, en affirmant, dans son rapport, que les indigènes s’indignaient, hautement, à la seule pensée qu’ils pourraient retomber sous la domination germanique. Peu de temps avant son départ, prétendait- il, ils avaient déclaré, de la façon la plus probante, aux, Anglais, qu’ils voulaient rester Allemands. Les Bas tards de Rehoboth avaient, à l'entendre, le pressentiment que la civilisation anglaise, qui ne sait que tuer l’indigène par l’alcoolisme et la famine, leur serait, irrémédiablement funeste, et, à plusieurs reprises, lui avaient demandé si vraiment tout espoir était perdu, pour eux, de redevenir Allemands. Les Bastards soûl un peuple de mulâtres, issus de Boers et de femmes hottentotes, possédant un degré de culture supérieur aux autres indigènes du Sud-Ouest. M. Seilz n’ignorait pourtant pas, qu’en 1915, les Bastards s’étaient soulevés contre les Allemands et s étaient livrés, contre eux. à des pillages et à des meurtres. Les Allemands s’en plaignirent dans une lettre adiessée au général Smuts; mais l'administrateur consulté, répondit que ces attentats devaient être considérés,

Çl) Voir Afrique française : janvier-février et mars 1917, septembre-octobre 1918.

Supplément de Y Afrique Française de juillet 1922.

BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAI3H

simplement, comme des mesures (le représailles. En 1920, le capitaine Cornélius van Wijk. de ltehoboth, écrivit au roi Georges V pour lui demander de prendre, sous son Protectorat, le pays et les citoyens de Rehoboth, promus au rang de nation civilisée. Les journaux allemands ont jugé ce document ridicule: il n'en prouve, pas moins la fausseté des allégations produites par l’ancien gouverneur allemand du Sud-Ouest.

L’administrateur, chargé par le gouvernement de l’Union de remettre en ordre les affaires du pays, entreprit la tâche difficile de rétablir des relations meilleures entre les Blancs et les .Noirs. Toutes les prescriptions blâmables du Code indigène allemand furent abrogées, et remplacées par d’autres en harmonie avec les pratiques en usage dans l’Union sud-africaine. Les Allemands, « dont la scule*idée, écrivait Al. Georges, est de dominer complètement tous ceux qui ont une peau noire » durent accepter la restriction apportée au droit de punir. « Avec votre politique indigène, disait avec amertume, à l’administrateur, le rédacteur allemand d’un journal local, vous avez fait en sorte que ce sont les indigènes qui sont les maîtres du pays, et que les Blancs ne sont plus que des valets. » Leur mauvaise humeur fut accrue par les effets de la crise économique générale, « causée par l’absurde traité de Versailles ». Cette crise atteignit son maximum d’intensité en 1920. Un tiers du nombre des fermiers, paraît-il, se trouva ruiné. Ils durent emprunter aux taux usuraires de 10 0/0, en certains cas môme, 35 et 105 0/0, avec les frais de toute sorte. Selon leurs dires, leurs prêteurs, quelques gros capitalistes de l’Union auraient, ainsi, fait passer dans leurs mains la moitié du territoire. Ils se plaignaient de n’avoir rien louché dos indemnités qui leur étaient dues parle gouvernement de l'Union, et accusaient l’administration de rester indifférente au marasme économique. Membres de la Société Y Association du Sud-Ouest où les trois nationalités étaient représentées. certains Allemands voulurent en faire « un instrument de combat contre l’anglicisation du pays, et un tremplin pour l’activité politique ». Quelque temps avant son départ, à l’automne de 1920, AI. Georges, parlant au Club anglais, dénonça les intrigues de cette coterie. II rappela que l’article 122 du Traité de Paix était toujours en vigueur, et annonça que, si ces irréconciliables devenaient un scandale public, ils recevraient un ordre d’expulsion. Il s’apercevait, disait-il, que les ordres de ce genre, donnés précédemment, auraient dù être plus nombreux; ceux qui entendaient conserver des sentiments purement allemands auraient été. certainement, inscrits, l’année passée, sur la liste des indésirables, s'ils eussent montré, alors, leur vrai visage. Le testament politique de cet administrateur furent deux ordonnances dirigées contre les Allemands; l'une donnait à l’administrateur le pouvoir d’expulser, par mesure de police, et sans indemnité, tout tenancier d’une ferme du gouvernement, dont le droit de possession n’aurait pas été reconnu par l'autorité supérieure; l’autre permettait d’expulser,

sans aucune formalité, quiconque paraîtrait menacer la paix, l’ordre ou la bonne administration du pays.

Auparavant, le général Smuts avait fuit un voyage dans le Sud-Ouest. 1 s’était intéressé au bien-être des colons allemands, mais il leur avait déclaré que, « sauf le nom. le système du mandat c’était l’annexion ». Au mois de novembre 1920. une Commission parlementaire de cinq membres parcourut le pays et interrogea les habitants sur la forme du gouvernement qu'ils désiraient. Le président de Y Association du Sud-Ouest, le colonel boer de Jaeger, proposa que les colons demandâssent , eux-mômes, l’annexion. Deux Allemands se rangèrent à son avis. Les autres repoussèrent la proposition, et beaucoup d’entre eux quittèrent l’Association, dont les vues ne concordaient pas avec leurs desseins. « Si les Allemands étaient, plus tard, obligés de se mêler à la lutte des partis politiques, dans l’Union, écrivait un correspondant de la Kolonialzeitung , il ne pourrait naturellement être question, pour eux, que d'une alliance avec le parti nationaliste, et non avec le parti équivoque de Smuts, parti soi-disant modéré, qui a été accueilli par les unionistes anglais. avec un enthousiasme absolument suspect. » Le journal de Smuts. le Volkslem se plaignait alors, que le ton de la presse allemande du Sud-Ouest fût devenu moins conciliant, qu’on y trouvât des satires et des moqueries contre les principaux hommes politiques de l’Union, et que. dans les articles publiés, apparût nettement l’espoir de voir prochainement rétablir l'influence allemande. La question de l'annexion volontaire fut, de nouveau, agitée, en 1921. Certains colons pensèrent que ce serait un moyen d'améliorer la situation économique. Une Assemblée, formée de tous les éléments de la population, se livra à une discussion générale sur les problèmes du temps présent. Sept motions furent déposées. Aucune ne fut votée. Les Allemands ne voulurent pas se compromettre, et craignirent le jugement de leurs compatriotes européens. « En définitive, dit leur orateur, nous saurons nous accommoder, en telle ou telle façon, de la réalité; mais nous ne pouvons pas, pour notre honneur, faire une démarche en faveur de l'incorporation du Sud-Ouest dans lUiiion. ce qui nous exposorait.de plus.au mépris justifié de tout homme fier de sa nationalité. »

Le nouveau régime. — Le voyage du général Smuts avait été le prélude d’un changement de régime. Au commencement de l'année 1921. l’état de siège fut levé. « l'absolutisme anglais et militaire ». comme disaient les Allemands, prit fin. 11 y eut un Conseil de gouvernement, consultatif. comprenant 9 membres, nommés par l'administrateur. Ce furent i Allemands. 3 Boers et 2 Anglais. Jusqu’alors, il n’y avait eu d’autre justice que la justice criminelle, laquelle était rendue, pour les affaires peu importantes, par les autorités municipales, pour les cas graves, par des collèges de juges, siégeant en divers lieux, lue Cour d’appel avait été instituée à Windhuk. Eu 1921.

turent créés des tribunaux civils. Au dire des Allemands, les frais de justice seraient exorbitants, la procédure lente et surannée.

Le nouvel administrateur, entré en fonction a la fin de 1920. est un Boer, M. Gijbert Reitz Hof-

vèrent en contact. .V la fin. tous tes assistants entonnèrent l’hymne national. La fête eut un plein succès. Dans sa façon d’accueillir les colons, M. Hofmevr ne marqua aucune différence entre les Allemands et les autres; il chercha, même, à leu

meyr. Il inaugura une politique de conciliation et d'entente. Quelque temps après leur arrivée. M. et Mmo Hofmevr donnèrent un grand bal à l'hôtel Griïne Kranz ^ à Windhuk. Les invités, au nombre de 100, appartenaient à toutes les catégories de la population. Pour la première fois, la société anglaise el la société allemande se trou-

ètre agréable en s’adressant à eux dans leur langue, en prescrivant à ses fonctionnaires de se servir de cette langue, en. répondant aux lettres écrites en allemand, en écoutant volontiers les délégués des corporations allemandes qui venaient conférer avec lui. Il prit soin toutefois de les mettre en garde contre les mauvais conseillers.

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Parlant, un jour, aux Allemands d’Omaruru, il blâma, hautement, les paroles prononcées quelque temps auparavant, au Parlement du Cap. par le général Hertzog. d’après lequel les Allemands du Sud-Ouest auraient le droit de disposer d’euxmômes. Un tel langage ne pouvait que tromper les Allemands sur la situation réelle; ils devaient ignorer ces avances, faites, dans l'intérêt de sa propagande, par le parti nationaliste. C’était, évidemment. une prétention insoutenable que la réclamation par les Allemands d’une autonomie politique, que leur propre gouvernement leur avait toujours refusée.

Après s’ètre montrés, d’abord, assez défiants, les Allemands se louèrent des procédés de M. Hofmeyr; pourtant ceux-ci ne leur faisaient point oublier ce qu’ils considéraient comme des vexations infligées au Deutschtum, par l’administration. Le correspondant de la Kolonial Zeitung se plaignait que les fermes du gouvernement eussent reçu « outre des noms de généraux et de fonctionnaires de l’Union, qui se sont acquis un droit à l’immortalité par la conquête du pays, d’autres noms, qui ont pour but manifeste de blesser le sentiment allemand, tels que : Versailles, Amerongen. Wieringen. Falkland, etc. ». à quoi le correspondant ajoutait cette réflexion : « Toujours le mensonge historique! »

Ce qui blesse le plus le sentiment allemand, c’est la disparition de la langue allemande, comme langue officielle. Les seules langues officielles sont l’anglais et le boer. « On n’a pas jugé nécessaire, écrit l’auteur d’un livre sur le Sud-Afrique, d’accorder le moindre droit à la langue allemande. Ce n’est pas assez de fouler aux pieds le droit des Allemands, de disposer d’eux-mèmes. on refuse, encore, à la majorité un droit qu’on est tenu, moralement. d’accorder à la minorité, dans les Etals, où l’on parle plusieurs langues. » Môme injustice criante, poursuit-il, dans la question de renseignement. L’administration est prête à prendre toutes les dispositions pour instruire les jeunes Allemands dans les écoles publiques, mais elle refuse de satisfaire à leurs demandes, quand ils réclament, pour eux, des écoles spéciales officielles. Elle n’accorde aucune subvention aux écoles, où l'enseignement est donné en allemand ; et elle n’autorise l’établissement d’écoles allemandes privées, que si ces écoles ne reçoivent aucune subvention du gouvernement du Reich. Les colons allemands ont donc fondé des écoles, à leurs frais. La Société coloniale allemande a pris, particulièrement. à tâche de soutenir, de toutes ses forces, ces frères qui« sont Allemands jusqu’à la moelle des os, et qui luttent opiniâtrement, pour leur existence nationale et économique ». Elle envoie dans le Sud-Ouest des maîtres, des livres, des instruments de physique et de chimie, et paie l’instruction des enfants, envoyés en Allemagne, pour y compléter leurs études. Elle fait appel à la générosité de ses membres, aussi, pour fournir aux familles de colons restées en Allemagne, les ressources nécessaires afin de retourner en Afrique. Parallèlement à celte œuvre se poursuit l’activité

déployée par l’Association des femmes de la Croix rouge pour les Allemands d’outre-mer, qui entretient, dans le Sud-Ouest, un grand nombre d’hôpitaux.

Ce n’est pas seulement la langue allemande, c’est la « kultur » allemande qu’on veut inculquer aux jeunes Allemands du Sud-Ouest. Un rédacteur allemand d'un journal local, que stigmatise la Ko l. Ztg, a critiqué la façon partiale et tendancieuse de raconter l'histoire, qui est usitée dans les écoles allemandes, disant que beaucoup d’Allemands se féliciteraient, si on en finissait, une bonne fois, avec ces errements. Il écrivit à l’administrateur, pour demander qu’on substituât le système d’enseignement anglais au système allemand. lequel « favorise le militarisme, le Junkertum, et les idées monarchistes. » Le portrait du Kaiser orne les murs des maisons allemandes, dans le Sud-Ouest ; pourtant, la jeune génération elle-même n'ignore pas qu'il y a quelque chose de changé en Allemagne, depuis 1918. Un publiciste anglais regardait, à Ivaribib, quelques gamins allemands, occupés à construire une butte de sable. L'un d'eux grimpa dessus, agita son bâton, et s’écria : « Je suis le Kaiser. » — « Non, répliqua sa sœur, âgée de huit ans, en le faisant descendre, il n’y en a plus! ». En travaillant à la conservation du Deutschtum , la Société Coloniale allemande ne cache pas ses désirs et ses espoirs de revanche. Mais sur ce point, M. Hofmeyr a été aussi catégorique que le général Smuts; il a proclamé que le Sud-Ouest est indissolublement lié à rUnion, et qu’il ne pourrait redevenir allemand que si les Allemands conquéraient l’Union. Dans son esprit, tous les colons, quelle que soit leur origine, ou l’idiome qu’ils parlent, ne forment qu'une même nation nouvelle; c’est pourquoi il juge mauvaise et condamnable la dualité de l’enseignement. « Les enfants doivent être de bons Africains, a-t-il dit. Un temps viendra où le Sud- Ouest, et d’autres pays, situés vers le Nord, feront partie d’un grand Etat sud-africain, blanc, qui sera indépendant, et qui aura sou idéal propre, et non plus un idéal importé d’outre-mer. » Il ne désespérait pas, déclara-t-il. d'arriver, même dans cette question, à un accord avec les Allemands. . L’intransigeance allemande ne cédera-t elle pas devant la bonne volonté générale, l’esprit de conciliation. dont une preuve vient d’être donnée par les élections au Conseil consultatif de l'enseignement? Grâce, en partie, aux voix des nouveaux colons, les Allemands ont obtenu trois sièges, l’élément anglais et l’élément boer en ayant, chacun. deux.

La restauration économique. — Avant la guerre, le Sud-Ouest tirait la presque totalité de ses recettes de la production des diamants et du cuivre. En 1914, la valeur des diamants approchait de 14 millions de marks. Ce sont des pierres extrêmement petites, très blanches et très estimées des joailliers. Les coloniaux allemands, qui cherchent à rejeter sur les Alliés la responsabilité de la guerre, accusent les Anglais d’avoir convoité

ces richesses et voulu se les approprier. On lit dans la Kol. Ztg : « Le boy, employé à la construction du chemin de fer de Luderitzbucht à Keetmanshoop, qui découvrit le premier diamant dans les sables du Sud-Ouest, a. inconsciemment, plus contribué à provoquer la guerre mondiale que l’assassin de Sarajevo. » Selon le journal colonial, la C ’ de Beers serait arrivée a ses fins ; elle se serait débarrassée d'une concurrence gênante ; les appareils, servant au lavage des sables auraient été démontés et expédiés à Kimberley. L'arrêt de la production aurait entraîné, pour le Sud-Ouest, de 1 9 1 G à 1920, un déficit financier de 2.200.000 livres sterling. Les Compagnies allemandes ont été indemnisées par le paiement d’une somme de 3.500.000 livres; leurs droits ont été transférés à une Compagnie anglaise, dont le siège sera au Cap, et qui se nommera : The consolidaded diamond mines of S. TL. A. Pour la première fois, observe YAfrican World \ tous les gisements diamantifères du monde seront sous le contrôle de l’Angleterre, ou de ses Alliés. La reprise complète de l’exploitation, dans le Sud- Ouest, n’aura lieu que quand la nouvelle Compagnie sera tombée d’accord avec le Gouvernement . au sujet de la part dans les bénéfices que celui-ci réclame.

La rareté de la main-d'œuvre est. actuellement, un très sérieux obstacle au développement du pays. Le nombre des habitants ne dépasse, peutêtre pas 200.000, pour une surface comparable à celle des îles Britanniques, de la Hollande et de la France réunies. Les Hereros, qui, avant l'insurrection. comptaient 80.000 individus, ne sont plus il que 20.000. L’auteur d’un rapport officiel anglais I pense que la répugnance des indigènes à travailler, J d’une façon régulière, provient, peut-être, dans une certaine mesure, de la liberté nouvellement acquise, et du droit, dont ils étaient privés par les Allemands, de posséder des terres et du bétail; elle lui semble, plus probablement, due à leur indolence naturelle. Les choses changeront, graduellement. à son avis, quand ils se seront habitués au régime nouveau.

Les lois de l’Union étant, en vertu du mandat, applicables au Sud-Ouest, toutes les anciennes concessions, aussi bien territoriales que minières, oïd été révisées, abrogées ou restreintes.

Dans ces derniers temps, des spécialistes ont été chargés par le Gouvernement de l’Union de faire une enquête sur la situation économique, dans le Sud-Ouest : les grands journaux du Sud- Afrique ont appelé l’attention de leurs lecteurs sur les problèmes à l’élude, au nord de l’Orange. L'enquête a démontré que l'avenir de ce pays dépend, essentiellement, de la production du bétail. Exception faite de la zone côtière, qui est désertique, c’est un pays éminemment propre à l’élevage, et comparable au Texas, ou à l’Australie. Après la période pluvieuse, qui dure d’octobre à avril, mais, surtout, de décembre à mars, le sol se couvre de fleurs et d'herbe. La douceur du climat permet aux animaux de passer l'année entière en plein air. Le Nord et le centre conviennent au

gros bétail, le Sud aux moutons. A la fin de 1919. on évaluait le nombre des fermes exploitées à 1.450, dont 1.300, environ, appartenant à des Allemands, et on pense que ce nombre pourra s’élever à 7.000. L’étendue moyenne de fermes varie du Nord au Sud, enlre 5.000 ou 10.000 hectares. A la même date, on estimait l’importance du cheptel à 500.000 têtes de gros bétail, et 2 millions de têtes de petit bétail, dont 1 million de moutons. Le pays, convenablement pourvu d’eau, pourrait nourrir, croit-on, 3 millions de bovins, et de 10 à 12 millions d’ovins. L’exportation du bétail dans l’Union fut autorisée en 1918. Du 1er janvier de cette année au 30 septembre de l'année suivante, on exporta 12.000 bœufs et 54.000 moutons. Mais la crise de 1920 fit tomber les prix à un taux extrêmement bas. Il y a six mois, encore, on vendait un bœuf 30 shillings, un mouton de 7 à 40. A cause d’une épizootie régnante, l’exportation dans l’Union ne pouvait se faire que par voie ferrée, c’est-à-dire d’une façon très onéreuse. Les fermiers, organisés en syndicats s'agitèrent pour obtenir des réformes. Le Gouvernement a pris une série de mesures desti nées à améliorer leur condition, et à accroître la richesse publique. Les fermes d’essais ont été, entièrement réorganisées. Une succursale d’une banque de Pretoria, fondée au capital de 350,000 livres sterling, a été ouverte, à Windhuk, le 3 janvier 1921. Des avances de fonds ont été faites aux colons. Les restrictions à l’exportation du bétail, et les taxes sur le bétail exporté ont été abolies. Sur un budget de dépenses ordinaires, pour 1921. de 839.000 livres sterling, 300.000 sont destinées à l’irrigation et à l’agriculture. Plus de deux tiers des dépenses extraordinaires (446.000 1.) concernent la colonisation et projets annexes. La question monétaire a été résolue, avec succès. Le mark allemand, dont la valeur a été fixée à 400 pour une livre, doit cesser d’être la monnaie légale, et sera remplacé par le système monétaire britannique (1). On envisage la réduction des dépenses administratives.

Pendant la guerre, le gouvernement de l’Union avait fait prolonger la ligne ferrée, partant de Prieska et passant à Upington, jusqu’à Kalkfontein, reliant ainsi, ensemble, les deux pays. La même année, 191 5, la ligne de Swakopmund à Karibib, qui était à voie étroite fut reconstruite à la largeur de la voie du Cap, et une ligne, à voie normale, longue de 21 mètres, fut créée entre Swakopmund et la baie de Walvis. L’embranchement de Otjivarongoà Outjo, qui était en construction, au moment de la guerre, a été terminé. Il donne accès au pays O vambo. Dernièrement, a été achevé le chemin de fer de Windhuk à Gobabis (132 milles). Les communications par rail avec l’Union ont été accélérées. Un bill a été déposé au Parlement du Cap, pour l'inrorporation des chemins de fer du Sud- Ouest dans le réseau ferré de l’Union. Ce réseau se trouvera ainsi accru de 1 318 milles, soit la dis-

fl) On prétend qu’une somme de 1 million et demi de livres a été employée, en vue de la spéculation, par les colons du Sud- Ouest en fichât de marks papier.

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tance du Cap à Buluwayo. La valeur de ce chemin de fer a été estimée 4.500. 000 livres sterling. Le bill a été combattu par le général Hertzog, et les nationalistes, qui prétendirent que se serait une pure confiscation. Le ministre leur opposa, victorieusement. les stipulations du traité de paix. Enfin. divers projets de construction de voies ferrées ont été conçus, notamment une ligue aboutissant aux mines de charbon de Wankie, dans la Rhodésie, et destinée à faire du port de la baie YValvis «. le Beira de la côte sud-ouest ».

La baie de Walvis, ou Walfish, qui, avant la guerre, formait une enclave britannique en territoire allemand, a un port en eau profonde, le seul de toute la côte, ou le débarquement des passagers et des marchandises est possible, en tout temps; mais les aménagements actuels ne permettent pas un forl trafic. L'administration a projeté la construction^ ime nouvelle jetée, et, en même temps, la création d’un grand entrepôt frigorifique, pour la conservation des viandes exportables. La dépense totale a été évaluée à 3 ou 4 millions de livres.

De la renaissance économique du sud-ouest l’Allemagne entend bénéficier. Des sociétés allemandes de construction mécanique, dont plusieurs sont directement représentées à Windhuk, à Luderitzbucht, à Swakopmund, et ailleurs, seront sur les rangs pour soumissionner les travaux, à la baie de Walvis. Les sociétés anglaises doivent s’attendre à rencontrer, ici, comme dans tous les genres d’affaires, l’âpre concurrence allemande. Une Chambre de commerce britannique a été récemment fondée à Windhuk ; mais les vieilles chambres de commerce allemandes de Swakopmund, de Luderitzbucht, et de Windhuk existent toujours et manifestent une grande activité. Les hôtels sont, presque sans exception, tenus par des Allemands; à peu près toutes les entreprises commerciales sont allemandes. L’arrivée à Luderitzbucht, en décembre 1920, du premier steamer allemand, le Winfried , de Brème, fut saluée par un journal local comme le signe du relèvement de l’Allemagne, comme la preuve que « l’esprit allemand commençait à renaître dans le monde, et cherchait, de toutes ses forces, à reconquérir la position perdue. » Aujourd’hui, toutes les Compagnies allemandes, la Woermann, la Ost Africa Unie , et la Ilamburg-America ont repris leur service régulier d’autrefois. Dès 1919. par le moyen de leurs compatriotes rapatriés, les colons allemands a vaicnJ fait de grandes commandes de marchandises en Allemagne. Aussitôt qu'ils le purent, ils reeoururenl à leurs fournisseurs habituels, d’aulantplus qu'ils étaient très mécontents des produits d'origine anglaise livrés pendant les années de guerre. Beaucoup de produits étaient, au dire de l 'African World . de pure camelote. Les industrisls anglais ont perdu là, remarque ce journal, une belle occasion de se créer une clientèle. Le change est, actuellement, favorable au commerce de l’Angleterre et de l’Amérique, mais il ne paraît pas sûr que les conditions présentes fassent obstacle à la poussée germanique. On se plaint, dans le sud-ouest, de

l’afflux constant des marchandises allemandes, et l’on parle d'un boycottage systématique des produits anglais. L’existence dans le pays d’une forte population allemande suffit, cependant, à rendre compte du phénomène. Le Trade Commissioner de Capetown.M. Wilson Goode, qui, chargé de mission, visita le sud-ouest, en 1919-20, prévoyait, alors, qu’avant peu, l’Allemagne non seulement ravitaillerait le commerce allemand local, mais réussirait à s'emparer d’une grande partie du commerce anglais. Les marchands allemands s’arrangeraient, sans doute, pensait-il, pour expédier, directement, dans le sud-ouest des marchandises qu'ils auraient achetées dans le Royaume-Uni. Il estimait que les commerçants britanniques seraient en très mauvaise posture pour se défendre contre leurs rivaux, et que les commerçants de l'Union sudafricaine ne pouvaient espérer conserver les avantages. dont ils jouirent pendant la guerre, quand ils faisaient le commerce de transit entre le Protectorat et les pays d'outre-mer.

Camille Martin.

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Le domaine colonial du Portugal

Le Portugal a joué un rôle considérable, un peu j méconnu aujourd'hui, dans la colonisation de I l’Amérique, de l'Afrique et de l’Asie. Sa partici- I pation à l’expansion coloniale de l’Europe appa- 1 rail même si disproportionnée avec son impor- I tance continentale, qu’on est obligé d’en chercher I l'explication dans sa formation ethnique.

La colonisation portugaise. du XVe au XIXe siè- fl de. — Situé aux confins du monde occidental, le 1 Portugal a été piétiné tour à tour par toutes les 1 migrations de peuples et d 'armées qui, suivant un j rythme régulier, marchent de l’Est vers l'Ouest, '1 depuis l’origine de l’humanité. Tandis que le gros 1 des troupes se dispersait à travers la péninsule 1 ibérique, les avant-gardes poussant jusqu’à l’Atlan- j tiqua, s’établissaient sur le rivage et y fondaient ’i des colonies. Si les Gaulois, restés nombreux dans *] dans la montagne ont donné leur nom au pays ^ (Porto-Galli), il n’en est pas moins vrai que la population actuelle est constituée par le plus J extraordinaire mélange de races qui se puisse j imaginer. Ibères et Celtes, Phéniciens et Romains, 1 Germains du Nord et Maures d’Afrique, Juifs en- j traînés dans le sillage des conquérants arabes, ont jj laissé des traces profondes dans la formation defl ce peuple hardi et fier, qui fournit longtemps à 1 l’Europe les meilleurs de ses navigateurs et les plus fl audacieux de ses aventuriers. Eu rappelant sa 1 glorieuse histoire, on reste confondu de l’effort fourni parce pays minuscule qui osa tenter l’exploration de toutes les mers du Monde, à une époque où les grands Etats européens s’épuisaient en d’éternels conflits d’influence, de religions et de frontières.

C'est le roi Jean Ier, fondateur de la dynastie d’Aviz, qui orienta la politique portugaise Arers les conquêtes maritimes. Cette période d’expansion coloniale dura de 1385 à 1526. Au xve siècle, la flotte portugaise explora Madère et les Canaries, les côtes du Maroc,, les iles du Cap Vert, le Congo et le Cap de Bonne-Espérance. En 1494, le roi Jean II en conflit avec l’Espagne en appelle à l’arbitrage du pape Alexandre VI. qui établit la fameuse ligne de démarcation, attribuant à la Castille les pays situés à l’Ouest d’une ligne passant h 370 milles du méridien des îles du Cap Vert, au Portugal les pays situés à l’Est. Dès lors, l’Allan tique et l’océan Indien sont parcourus sans trêve par les caravelles portugaises. En 1498, sous le règne d'Emmanuel le Fortuné, c’est Vasco de Gaina qui double le Cap et aborde à la côte de Malabar, c'est Albuquerque qui fait la conquête de l’Inde, Abreu qui visite les Moluques; Ferez Andra.de les mers de Chine, Antonio da Moto le Japon. C’est enfin, empiétant sur le monopole de l’Espagne, Cortereal qui aborde au Canada, Cabrai qui explore le Brésil en 1500, Americ Vespucc, Florentin au service du Portugal, qui porte la domination de son pays d’adoption sur les côtes de l'Amérique du Sud.

L’union forcée et momentanée du Portugal à la couronne d’Espagne, de 1580 à 1640, marque le commencement de sa décadence. Les Pays-Bas et l’Angleterre lui enlèvent la plupart de ses colonies asiatiques. L’Espagne, en perdant la métropole, garde quelques-unes de ses possessions. Le traité de Méthuen signé en 170)1. place définitivement le Portugal sous la tutelle de l’Angleterre, et. en 1825, le Brésil proclame son indépendance, à la suite d’une querelle dynastique. Le mie îles Gouvernements qui se sont succédé à Lisbonne depuis deux siècles, s'est borné à défendre contre les appétits des grandes puissances les restes d'un Empire qui ne saurait plus s'agrandir.

L étal actuel dos possessions portugaises est le suivant :

Dans l’Atlantique : Madère et les Açores;

En Asie ; Goa, Damao, I)iu. Macao. Kambing et une partie de Timor;

En Afrique : les iles du Cap Vert, la Guinée, les îles du Prince et de Saint-Thomas, l’enclave de Cabinda. l’Angola et le Benguella. le Mozambique.

Le bloc principal est constitué par ces deux dernières colonies. La fièvre d’expansion coloniale qui agita l’Europe à la fin du xixe siècle parut un instant gagner le Portugal. De belles explorations furent tentées par le major Serpa Pinto, dans le but de relier les deux colonies de l’Afrique australe à travers les pays encore inoccupés du Haut-Zambèze. Le dernier rêve colonial du Portugal s’écroula devant le veto de l'Angleterre, qui. avec d'autres moyens, commençait elle-même l'exécution de son plan de conquête synthétisé par cette formule : « du Cap au Caire ». Comme Marchand à Fachoda devant l’année de Kitchener, Serpa Pinto dut s’incliner sur le Zambèze devant Cecil Rhodes et Jameson.

Les négociations diplomatiques de la fin du

XIXe siècle à nos jours. — Quelle est actuellement la situation des colonies portugaises au regard de l'Europe?

Il semble que depuis de longues années une étrange et injuste indifférence de la presse et de l'opinion les ait enveloppées d’un voile d’oubli. Les convulsions intérieures, la lente désagrégation, la perpétuelle détresse financière du petit royaume lusitanien attiraient de temps à, autre l'attention des chancelleries, mais ses possessions restaient généralement ignorées, sauf de certaines puissances. avides d’extënsions territoriales qui, penchées sur cet autre « homme malade », surveillaient et hâtaient l'agonie d’un Empire afin de s’en partager les lambeaux.

Ces ambitions secrètes se révélèrent nettement au moment où la Révolution portugaise triompha de la Monarchie.

En décembre 1913, j’exposais dans la Revue des Questions diplomatiques et coloniales, le sens et la portée de l’accord qui venait d'être conclu entre l’Angleterre et l’Allemagne, en vue du partage des colonies africaines du Portugal en sphères d’influence économique (1), Nous ne reviendrons pas sur cet accord que la guerre de 1914 à 1918 a rendu caduc.

L’inaptitude foncière de la race latine à toute colonisation était alors un dogme pangermanisme aggravé en l’espèce de ce principe qu'il ne saurait exister de République latine sans gabegie, anarchie et décadence. — Nous ne sommes pas très sûrs que la mentalité des dirigeants actuels du Reich ait changé sur ce point.

Dès qu'elle eut connaissance de l’accord de 1913, la jeune République, née au milieu du scepticisme hostile des monarchies européennes, eut un sursaut d’énergie. Le Gouvernement de Lisbonne fit publier dans la presse sa, volonté bien arrêtée de mettre en valeur, en gardant intacte sa souveraineté, les restes encore magnifiques do cet Empire d’outre-mer qui, dès le début du xvie siècle, se développait de l'Atlantique aux mers do Chine sur toute l'étendue du Vieux Monde.

lia trouvé, en effet, quelques gouverneurs énergiques qui se sont occupés — chose nouvelle — non plus uniquement de garnir leur bourse, mais de réaliser des réformes et d’entreprendre des travaux d’utilité publique. Il réussit même à rompre une tradition jusque-là fidèlement observée parla monarchie de Bragance. dont la politique consistait à faire rendre aux colonies le maximum de ressources financières en les maintenant, au point de vue administratif et commercial, sous un régime despotique dérivé du « Pacte colonial » et à les considérer uniquement comme des fiefs destinés à donner un nouveau lustre aux blasons dédorés et à secourir d'aristocratiques détresses.

Le Portugal tenu par une désinvolture significative à l’écart de ces tractations en avait suivi la marche avec une inquiétude croissante. Allemands et Anglais paraissaient, en effet, considérer sa souveraineté coloniale comme une fiction périmée

(1) Questions fli/j/omaUr/ues et coloniales, l”r décembre 1913 . La Rivalité anglo-allemande et le partage de l’Afrique centrale:

BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

qu'il ne convenait plus de prendre ou sérieux. Le partage en zones d’influence n’était, d’ailleurs, qu'une élape de ce plan d'encerclement du Congo belge que l’Allemagne poursuivait alors avec une logique implacable.

En signant l’abandon de ses droits sur l'Angola, où une Compagnie anglaise détenait le monopole de la construction et de l’exploilation des voies ferrées, l'Angleterre continuait l'application de sa politique de désintéressement au profit de F Allemagne proclamée en 1911 par sir Edward Grey — contre d’équitables compensations, bien entendu.

11 semblait que lepacifismeà tout prix du cabinet radical anglais dût aboutir sous peu à l’extension, dans des proportions considérables, des possessions allemandes au Centre africain. On peut mesurer le chemin parcouru dans ce sens, en une période de quinze ans. en comparant l'accord de 1913 et la Convention Hatzfeld-Salisbury de 1898. où l’Angleterre, en se réservant les trois quarts des dépouilles portugaises, s’assurait le droit éventuel d'évincer tous ses rivaux de l’Afrique australe.

La guerre de 1914 a brusquement modifié cette situation et rendu à l’Angleterre la possibilité de réaliser dans l’Afrique méridionale et orientale la totalité de ses ambitions.

Chassée du continent africain par le Traité de Versailles, l’Allemagne n’oppose plus la menace de son impérialisme colonial à l'absorption des colonies voisines par le puissant Empire sud-africain de l’Angleterre. Déjà l’emprise économique exercée par cette dernière soit directement, soit par l’intermédiaire du Dominion sud-africain, de ia Ithodésia. du Nyassaland et du Tanganyika, fait désormais du Mozambique une dépendance commerciale de ses colonies. D’ailleurs, toute la moitié du Mozambique qui se trouve au Sud de Zambèze appartient à une Compagnie qui. sous une façade portugaise, comprend surtout des intérêts, des capitaux et des dirigeants anglais.

Le Portugal permettra-t-il. par des abandons successifs, que dans le bloc anglo-saxon solidement constitué en Afrique orientale, le Mozambique ne soit plus qu'une enclave immobilisée sans espoir dans sa fortune médiocre par le blocus systématique de toutes ses frontières?

Dès la conclusion du Traité de Versailles qui avait donné à l’ Angleterre toutes les satisfactions maritimes et coloniales qu’elle pouvait souhaiter, le Foreign Office fit lancer prudemment par la presse une nouvelle conception du sort des colonies portugaises. Les visées annexionnistes clairement affichées dans les organes officieux du Gouvernement du Cap sont à peine indiquées dans les journaux de la métropole. C’est ainsi que le Morning Pnst du 16 octobre 1919, préconisant l’octroi de crédits au Portugal pour la mise en valeur de ses colonies, ajoutait : « Une entente formelle devrait intervenir, selon laquelle le sort des colonies portugaises, si elles devaient se trouver encore après un délai de trente années dans un état complètement arriéré, serait examiné et décidé par un Conseil international. » Ou peut facilement préju-

ger par avance des décisions de ce prétendu Conseil. puisque le Portugal y ferait figure d’accusé, que l’Allemagne en serait exclue a priori et que la France a proclamé en maintes reprises son complet désintéressement en ce qui concerne les possessions portugaises. D'autre part, le journal français, le Temps, dans son numéro duO juin1919. parlait de la cession de l'Angola à l'Italie.

La presse de Lisbonne réagit vigoureusement contre ces menaces de spoliation absolument injustifiées. Des articles de protestation parurent, pendant les derniers mois de 1919, dans les journaux amis du Gouvernement, tels que O Seculo A Manha, A Victoria, sous des titres comme : « Sauvons nos colonies ! »

Une véritable campagne s'organisa pendant laquelle d’utiles vérités furent proclamées et tout un plan de réformes envisagé, dans le domaine financier et administratif et surtout dans la constitution d’un outillage économique.

Voici comment le Journal do Comercio du 29 octobre 1919, revient sur l’article du Temps et le projet de compensation à fournir à l’Italie aux dépens du Portugal, en signalant qu'il est également question de convoitises étrangères au sujet du Mozambique ;

De temps' en temps, des nuages s’élèvent à l’horizon, qui s’accumulent et couvrent une bonne partie du ciel. En les observant,, on prévoit une douche ; quant à la qualité de la pluie, nous ne la connaîtrons qu’après avoir été mouillés.

... Pour justifier le projet des compensations adonnera l’Italie (‘u Angola, un grand journal de Paris rappelait qu’avant la guerre, nous avions consenti à ce qu’une mission officielle allemande allât étudier l’Angola pour s’assurer des moyens d’y créer des entreprises allemandes.

L’argument, encore qu'il fût vrai et eût quelque fondement. ne signifierait plus rien après la guerre. Personne n’ignore qu’avant le mois d’août 1914, l’Allemagne était une puissance si forte que les plus grandes nations elles-mêmes n’osaient, entrer en discussion avec elle. Que de fois l’orgueil et jusqu’au droit delà France durent se taire devant les attitudes de l’Allemagne !

Entre temps les compensations à...1 l’Italie proposées par nos bons amis du Temps manquaient de réserve. Angola fut négligée. Et voilà que surgit en dernière heure la nouvelle que nous allions céder le Mozambique à l'Union Sud africaine. La nouvelle fut, dit-on, répandue et publiée à Rio de Janeiro; nous croyons cependant que ce bruit n’en est pas originaire, et qu’il y fut envoyé.

Le port de Lourenço Marquez n’est pas mauvais, c’est un bon port de mer, et l'Union Sud-Africaine le convoite. Mais le port de Lourenço Marquez est à nous, il appartient à notre colonie de Mozambique. En outre, nous l’avons mis en valeur, perfectionné, amélioré à nos frais... De ce désir de l’Union Sud-Africaine est sans doute né le bruit.

Le bruit était faux, l’Union Sud-Africaine n’exige rien, ne peut rien exiger d'une nation qui a fait des sacrifices extraordinaires pour une guerre de liberté et d’intégrité nationale.

Que veut dire tout cela? Qu’une nuée de corbeaux, de temps en temps, croassent au-dessus de notre patrimoine national ! Pour les éloigner, nous devons développer sans cesse et faire progresser nos colonies.

Sur cette question des convoitises étrangères visant les colonies portugaises, A Situaçao revient le 30 octobre, et non seulement à propos du Mozambique, mais encore des Açores :

Différents journaux ont fait courir à Lisbonne le bruit d’une annexion du Mozambique à l'Union Sud-Africaine.

]| i'awt remarquer que, vraie ou fausse, la nouvelle a été

répandue par des journaux anglais d’où elle est allée en d’autres pays, à Rio de Janeiro, notamment.

Depuis, une autre information d’identique nature a vu le jour. Le Gouvernement céderait aux Etats-Unis une base navale aux Açores. Depuis que nous avons eu au Portugal l’exemple de Kionga, il demeure établi que si un pays veut nous enlever quelqu’une de nos colonies, il n’a qu’à le faire sans même nous en demander l’autorisation. Ainsi fit l'Allemagne lorsqu’elle a voulu agrandir son domaine colonial de Kionga.

Le Gouvernement a démenti ces bruits, mais le démenti demeure vague dans l’esprit et dans la forme... Pourquoi M. Cardoso ne prend-il pas l’initiative de faire démentir le bruit là où il est né?

De même que l’on donne comme un faux bruit l’annexion du Mozambique à l’Union Sud-Africaine, qu’en est-il de la prétendue cession d’une base navale aux Açores à l’Amérique du Nord ? Cette information a vu la publicité par l'intermédiaire des journaux américains.

Sur ce dernier cas, le Gouvernement portugais ne se préoccupe pas de fournir le moindre démenti.

Que doit-on penser de tout cela? Nous obligera-t-on, ou nous demandera-t-on d’entrer en négociations au sujet de Mozambique ou de l’archipel açoréen? Nous le répétons, l’exemple de Kionga, convoité par l’Allemagne, doit nous tenir^sur nos gardes.

Il semble cependant qu'une fois les premières alarmes passées, et les moyens financiers faisant défaut, le Portugal ait confié le soin de réaliser ces réformes aux Anglais et aux Sud-Africains. Si les visées politiques ont été momentanément écartées, l'emprise économique s’avère plus puissante que jamais. Par un afflux constant de capitaux et d’hommes, l’Angleterre, reine de l'Océan Indien, se ménage au Mozambique une position telle que le Portugal n’aura plus guère, un jour, pour représenter sa souveraineté déchue, que quelques garnisons oisives dans les vieilles forteresses démodées de Lourenço-Marquez et de Mozambique.

Quoi qu'il en soit, le domaine colonial du Portugal en Afrique reste encore considérable. Il convient, en effet de se rappeler que. parmi les puissances coloniales de l’Europe, le Portugal figure au 3e rang pour l'étendue de ses colonies, au 4e rang pour la population.

Un rapide exposé permettra de se rendre compte des perspectives d'avenir que comporte ce vaste domaine, s’il est réellement mis en valeur.

Superficie Population

Portugal 89.000 *mq 5. 300. 000 hab

Golonies . . 2.096.000 — 10.000.000

Principales puissances coloniales.

Colonies anglaises .. . 33.313 000 — 400.000.000 —

Colonies françaises .. . 12.000.000 — 30.000.000 —

Colonies hollandaises. 2.027.000 — 47.000.000 —

Colonies italiennes. . . 1.976.000 — 1.600.000 —

L 'Afrique française qui se fait un deAoir de ne rien laisser dans l'ombre de ce qui intéresse la colonisation française et étrangère en Afrique, croit devoir attirer l’attention de l’opinion sur les colonies portugaises. Nous consacrerons la première de ces études à une seule d’entre elles : le Mozambique.

. Pierre Tap

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