‹ Renseignements coloniaux et documentsChapitre 75 sur 154 · CONQUÊTE DU SOUDAN FRANÇAIS · texte numérisé non relu

CONQUÊTE DU SOUDAN FRANÇAIS

L’AFFAIRE DE TABI

Le plateau de la Houcle nigérienne est traversé, du sud-ouest au nord-est, de Bandiagara àHombori, par une chaîne de falaises gréseuses qui dominent! de 350 à 700 mètres, les terres plates; c’est une suite d’énormes barrières qu'escaladent, jusqu'à la moitié de leur hauteur, des roches détritiques, éboulis titanesques, monceaux de moellons géants. De ce tumulte de pierres surgit, aiguisant dans le soleil sa dure silhouette verticale, une muraille rousse dont les crevasses se creusent en ombres violettes ou mauves: chaque crépuscule la rend translucide; le moindre mouvement de l’air, aux heures surchauffées, estompe les contours du rempart sous les remous d’un vent chargé de

poussières brumeuses. Un ragle persistant surélèva ou surbaisse les silhouettes de ces bastions qui se couronnent de crénelures étranges, découpent leurs crêtes en forme de tabourets, de poinçons, de becs de corbeau, de campaniles, de clochetons, ouvrent en plein ciel des fenêtres en ogives, en meurtrières, en arcades sarrazinoises, plantent des crocs dans des franges de verdure.

Aux encorbellements s’agrippent des buissons de jujubiers ; il arrive que le sommet de la falaise s’avance en porte-à-faux au-dessus du cône de déjection. La montagne de Tabi, à sa corne sud-est, présente une telle disposition, si bien que le village de Téga, établi à cet endroit, au haut de l’éboulis, est, au dire de ses habitants, à l'ombre la journée entière, pendant une partie de l’année.

Souvent les fortifications sont isolées les unes des autres sur le plateau; leur longueur est variable : de quelques centaines de mètres en un endroit, elles atteignent ailleurs trente ou quarante kilomètres ; ici compacte, là, la table de grès est divisée par de profondes fissures; de hauts pics en profil d’épée ou do poignard égratignent de leur pointe la voûte d’un ciel blafard : parfois la muraille s’est ouverte à intervalles réguliers et est à la ressemblance de celle rangée de larges que les Vikings, en croisière, accrochaient au bordage de leurs dragons de mer.

Les pluies d’hivernage, les vents furieux, chargés de sable, ripent constamment la surface du grès, en aiguisent les arêtes, en effilent les pointes ; souvent une hanche de la falaise s’écroule à la suite de quelque orage ou d’un mouvement du sol ; de tels accidents furent autrefois fréquents ; nombre de grottes qu’utilisèrent les anciens habitants pour abriter leurs récoltes ou recevoir leurs morts sont devenues inaccessibles et demeurent béantes au flanc des à-pic : « Nos ancêtres avaient les uns des ailes, les autres des ventouses aux mains et aux pieds, les autres des gris-gris mystérieux pour grimper le long des parois des monts », disent les indigènes en montrant aux étrangers ces vestiges d’une occupation passée. Il est même de ces surrections dont le sommet est de toutes parts impraticable ; dans ces conditions se trouve le pic de 900 mètres de haut (au-dessus de la plaine)

Supplément de Y Afrique Française d’aoüt 1922.

BJU L L E T T N D U 0 0 M T T É DE L’A F K I Q U E

Page 1