I. — LE PLAN GÉNÉRAL
Le but à atteindre, conformément au plan général établi par le Commandant en chef et approuvé par le Gouvernement en 1920, est. non pas d’occuper ni même de pacifier tout le Maroc géographique, mais, dans un délai de trois ans ( 1921-1922-1923), d’étendre le Protectorat français effectif sur tout le Maroc utile.
Le Maroc utile comprend toutes régions présentant soit un intérêt économique, soit un intérêt militaire et politique
Le Ma roc inutile , c’est l'ensemble des régions où l’établissement de notre contrôle nécessiterait un effort militaire et financier disproportionné avec les résultats qu’on peut en attendre.
Rappelons d'un mot les résultats acquis en 1921 .
Ils sont des plus satisfaisants. Le programme minimum est largement dépassé. A l’Est, le général Aubert résout intégralement le problème Beni-Ouaraïn proprement dit. A l’Ouest, le général
Poeymirau, par la réduction de la poche de Bëkrit, liquide la question zaïan.
Pour 1922, le front marocain demeure constitué par un front passif ç I un front actif.
Front passif.
1° Front Xord. — Tant que la situation dans la zone espagnole ne sera pas stabilisée, ce front, doit, jusqu'à nouvel ordre, rester passif. On s’y
maintiendra dans l’expectative avec des effectifs réduits au minimum, en pratiquant une politique indigène intense.
2° Front Sud. — Sur ce front, on continuera la
La Pacification
du Maroc français
Supplément de V Afrique Française de septembre 1922.
BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE
politique des Grands Caïds, qui a lait ses preuves et qui nous permet, presque sans effectifs ni opérations militaires, d’étendre progressivement notre influence et notre contrôle sur des régions utiles ;
3° Dans la région de Bou-Denib . — Des contingents irréguliers recrutés sur place, légèrement encadrés et faciles à ravitailler, seront peu à peu substitués aux troupes régulières, dont la relève allégera le poids des dépenses militaires du Maroc. Un adversaire : Belgacom N’Gadi.
Front actif.
Comme en 1921, le front actif est le front du Moyen-Atlas. Deux zones : Nord-Ouest et Sud- Ouest.
A. — Zone Nord-Est. — Quatre groupements s’opposent à notre avance : Beni-Alaham, Marmoucha, Ait Tserrouchen, Ait Youssi.
La soumission de chacun de ces groupements constitue un problème particulier à résoudre. Ce sont de redoutables adversaires. Le pays est en général très difficile, en pleine montagne.
B. — Zone Sud-Ouest. — Mêmes problèmes particuliers à résoudre. Ici cinq groupements : Beni-M’Guild (auxquels se rattachent quelques tribus zaïan dissidentes) qui tiennent les cols du Moyen-Atlas, Ichkern, Ait Isliaq. Chleuhs (ressortissant plus ou moins à l’influence de Moha ou Saïd, toutes ces tribus gravitent autour de Guaouizert).
Un lot de groupements de l’arrière : Ait. Yaliia, Ait Shokman (tribus gravitant autour de ta zaouia d’Ahansal), Ait Ishaq, jusqu’alors irréductibles.
Le schéma général des opérations est le suivant :
A. — Zone Nord-Est. — Les opérations comprendront quatre périodes.
Première période : constitution des bases de départ par :
a) Occupation de Touggour et de Missour (janvier). 1
b) Occupation d’Almis (mars).
c) Occupation du pays Beni-Alaham et de la vallée de M’dez (avril).
Ces occupations successives sont autant d’étapes dans notre marche en avant. Elles se conditionnent Lune l’autre en vue du résultat final à atteindre.
2e période : Elargissement de la base du Sud par l'occupation du front Almis-Enjil;
3e période : Encerclement des Ait Tserrouchen.
4° période : Occupation complète des Ait Tserrouchen.
B. — Zone Sud-Ouest. — Les opérations comprendront quatre périodes :
Première période (préparatoire). — Pendant . hiver, action politique et militaire uniquement
indigène par Hassan sur les Ichkern et les Ail Ishaq. En avril occupation de Ksiba.
2a période. — Action militaire préparatoire contre les Ichkern. Occupation de Tilerhaline et Kebbab. Action convergente du groupe mobile du Tadla partant de Mesrouchen et du groupe mobile de Meknès partant d’Itzer sur le Tizi N’Bachou contre les Beni-M’Guild (mai).
'.P période. — Réalisation de nouvelles jonctions (juin).
4e période (éventuelle). — Occupation de Ouaouizert.
Tout ce plan d’action militaire est conditionné par les résultats que l’on se propose et qui sont tous, répélons-le, d'ordre politique ou économique :
Zone Nord-Est.
a) Par la soumission des Beni-Alaham, reconnaissance du Haut Sebou qui présente un grand intérêt hydraulique et compte de nombreux massifs forestiers.
b) Chez les Marmoucha, pacification de tribus occupant de vastes terrains de culture.
c) Pacification des Ait Tserrouchen et des Aït Youssi, déterminant la disparition d’un adversaire dangereux et la possession de Enjil, débouché d’une ancienne route makhzen de Fez à Ksabi, traversant le Moyen Atlas par un col libre de neige toute l’année (col du Tarzeft).
Zone Sud-Ouest.
a) Chez les Béni M'Guild, pacification d’un pays comprenant d’importants massifs forestiers.
b) Chez les Chleuhs, ralliement de Moha-ou- Saïd qui nous combat depuis toujours, et sécurité complète de la plaine du Tadla et de la route de Sidi Lamine à Khénifra.
L’occupation d’Ouaouizert s’imposera pour deux raisons : I” c’est le passage obligé, le marché commun des Chleuhs du Sud et des Chleuhs du Nord ; 2° elle nous permettra de reconnaître el d’exploiter les forces hydrauliques de l’Oued El Abid d'une importance égale ou même supérieure à celles de l'Oum-er-Rebia.