III. — LES RÉSULTATS OBTENUS A. — Dans la zone nord-est
Si Ton se reporte à la carie et si on compare les deux traits marquant notre base de départ et notre front actuel, on se rend compte tout de suite que les trois premières périodes sont totalement réalisées et que seule reste à exécuter la 4“ période (occupation complète des Ait Tserrouchen).
Les résultats obtenus sont importants ; c'esl l'élargissement complet de la vallée de la Moyenne Moulouya. puisque le pays est nôtre jusqu’à la ligne Enjil. Azinous. Almis : c'esl le dégagement absolu vers le nord du couloir du Tarzeft ; c'esl l'aérai ion complète du llaut-Sebou. T encerclement des Ait Tserrouchen réduits au massif inhospitalier duTiclikout: c'est enfin le refoulement des derniers insoumis Marmoucha dans les contreforts sud du Bou-Iblane où ils souffriront comme leurs frères Ait Tserrouchen faute de pâturages et de terrains sérieux de culture.
11 reste à réaliser l’occupation complète des Ait Tserrouchen. pour arriver à la réduction entière do la « tache » dissidente de la zone est.
Ce dont il s’agit, c’est de se rendre maître de l'important massif du Tichkout dans lequel se sont concentrés tous les Ait Tserrouchen. un morceau important des Marmoucha et tous les résidus des dissidents des groupements soumis. C’est une sérieuse affaire, car, nous trouverons là des résistances acharnées, les gens restés jusqu’ici les plus irréductibles, servis par un terrain particulièrement difficile.
Le commandement en chef avait escompté dans ses directives pour 1922 la réduction entière de la « tache dissidente de la zone est ». Mais des raisons nombreuses l’amenèrent à ajourner au début de 1923 la réduction totale des Ait Tserrouchen : difficultés de terrain, fatigue des troupes constamment sur pied depuis janvier, préparation insuffisante des opérations, etc...
A cela il faut ajouter la nécessité pour la nouvelle campagne de créer une nouvelle base de départ, d’y amener les troupes, d'y apporter les ravitaillements; il faut aussi voir clair dans la situation politique, lire, si possible, dans le jeu de l'adversaire, attendre de nouvelles soumissions dont certaines d’ailleurs, viennent à nous actuellement. Sans doute, c’est un mécompte, mais qui sera compensé en automne par l’occupation d’Ouaouizert que Ton n’osait espérer pour 1922.
B. — Dans la zone ouest.
A la dale du 1er juillet nous tenons tout le cours de la Moulouya et les deux versants du Moyen Atlas jusqu'au seuil qui sépare les sources de la Moulouya de celles de l’Oued El Abib. c’est-à-dire le versant Atlantique du versant Méditerranéen.
Pour en arriver à ce résultat, voyons ce qui a été réalisé par chacun des deux groupes d'opéralions. celui du Nord, groupe du Tadla (colonel Freydenberg). celui du Sud (général Poeymirau) comprenant les deux groupes de manœuvre du général Théveney et du colonel de Chambrun.
La Groupa du Xord (Tadla) avait d'abord en face de lui. sur la rive gauche de l’Oued Oum Er Bebia. les Chleuh Ait Ouirra avec leur chef Moha Ou Saïd.
En s’emparant du centre de résistance de Ksiba qui esl en même temps leur habitat principal, il les obligea à s’enfuir dans les gorges du Moyen Atlas d'où leurs moyens d'existence désormais précaires les forceront avec le temps à sortir pour se soumettre.
Par l’un des fils de Moha Ou Said qui combat avec nous depuis deux ans, un travail de désagrégation de ces tribus guerrières est commencé (“I finira par produire ses fruits.
La seconde tribu importante que le groupe du Tadla eut à combattre fut celle des Ichkern à cheval sur le Moyen Atlas, dont le centre est à Ivebbab. La prise de ce gros marché et le combat de Tinteghaline ont disloqué les Ichkern dont certaines fractions ont déjà fail leur soumission. Les autres se sont retirées jusque dans.le Grand Atlas.
C’est là, en effet, que se sont aujourd’hui réfu-
BULLETIN DU COMITE 1
giées toutes les fractions refoulées par le groupe du Sud.
Sous la double pression des deux groupes les populations de la poche circonscrite par nos postes de Mesghouchen, Bekrit, Itzer, et Ait Moidi se sont les unes soumises en restant sur place, les autres, irréductibles jusqu’à nouvel ordre, dérobées au Sud. Leur noyau principal est. constitué par les Ait Messaoud. Ce sont de farouches Berbères qui n’ont jamais reconnu l'autorité ni du Sultan ni d’aucun chef et dont la xénophobie intransigeante est exploitée au point de vue religieux par quelques marabouts locaux plus ou moins thaumaturges.
Pressés de toutes parts, ils ont franchi avec leurs troupeaux le haut pays mamelonné qui sépare le Moyen Atlas du Grand Atlas et que traverse la haute Moulouya pour se réfugier dans les vallées de l’Ansegmir, de l’Oulrès et dans les nombreuses autres petites vallées situées à l'Ouest, qui entaillent le massif du Grand Atlas.
C'esl donc là, dans ces gorges profondes que se sont accumulés tous les groupements qui se sont dérobés devant la marche de nos troupes. Une partie pourtant est déjà revenue à nous, notamment chez les Art Ougadir et les Ait Bougucmane dont de notables fractions sont actuellement en pourparlers de soumission.
Mais il reste néanmoins là une masse importante et sérieuse, comprenant les dissidents de toutes origines, qui, jusqu’ici, n’a manifesté encore aucune velléité de soumission. Ils sont, nombreux, bien armés, groupés autour des foyers de propagande religieuse très actifs, dont les plus importants sont Tounfit et Sidi Yahia ou Youssef. Ils ne pourront pas vivre indéfiniment dans ces gorges profondes et resserrées avec leurs familles et leurs troupeaux, mais ils peuvent* y vivre un certain temps, car il s’y trouve de l'eau, des pâturages, et des cultures, et ils sont alimentés par les gens du revers du Grand Atlas. Ils y resteront donc tant qu'ils pourront, escomptant soit notre départ de la haute .Moulouya (espérant toujours que comme les mehallas des Sultans, nous ne sommes qu’un orage qui passe), soit une réduction de nos effectifs, affaiblissant nos postes et notre couverture et leur offrant de bonnes occasions de nous bousculer.
La certitude de notre installation définitive que leur donneraient la construction de nos postes, de nos lignes télégraphiques, le maintien intégral de notre force appuyant l'efficacité de notre travail politique, les déterminerait seule à se dissocier peu à peu et à rentrer chez eux ainsi qu'il s’est produit chez les Zaïan dont nous avons pendant quatre ans occupé le pays vidé avant qu'ils se décident à y revenir.
Notre établissement à Alemsid, commandant A rbala sources de l’Oued El Abid, nous donne le Verrou Est prévu par les directives de i!(22. Il s’agit d’üne part de le constituer solidement, d’aufre part, d’en faire un véritable bastion partout un dispositif, bien relié, au sud de la .Moulouya, par des postes qui contiendront les dissidents du Grand Atlas, tout en nous donnant les moyens
d’agir sur eux. C’est la besogne à laquelle le général Pocymirau se consacre en ce moment même, et qui marquera la fin de cette période de campagnes rlans cette zone.