LES COULEURS ET LEURS CLASSIFICATIONS
1. Notion de la lumière et des couleurs. — Parmi les phénomènes de la nature, il en est un certain nombre que tout le monde connaît, sur la notion desquels il ne saurait y avoir de confusion et dont cependant la définition n'est pas sans difficulté. Tels sont les phénomènes désignés par les mots lumière et couleurs.
Objet spécial du sens de la vue, ces phénomènes sont l'effet d'un mouvement vibratoire imprimé aux atomes de l'éther, mouvement qui se modifie et varie avec les corps dont il émane. De cette idée générale résultent diverses acceptions pour les mots lumière et couleurs, suivant qu'on les applique, soit à la sensation, soit aux rayons vibratoires, soit enfin aux corps d'où partent ces rayons ; c’est-à-dire, selon que l’on se place au point de vue physiologique, physique ou technique.
à. Définitions diverses de la lumière et des couleurs. — Pour les pAysiologistes, la lumière, quelle qu'en soit la cause, se confond avec l'impression qui répond exclusivement au sens de la vue ; la lumière incolore correspond pleine-
ment aux aptitudes de notre œil, la lumière colorée ou couleur n’y répond que
partiellement et d’une manière spéciale.
Pour les physiciens, la lumière incolore est la résultante de tous les rayons colorés et chaque couleur est spécifiée par la longueur particulière de ses ondulations.
Pour les peintres, les teinturiers, les tapissiers, etc., la lumière est la condition essentielle à la manifestation de la couleur des corps et celle-ci est la propriété qguont les corps d’affecter le sens de la vue d'une façon particulière.
A moins d'indications contraires, données par le contexte ou autrement, c'est toujours en ce dernier sens que nous parlerons des couleurs. En ce répertoire, il s’agit surtout des corps colorés et spécialement des matières colorantes ou pigments (1)
en tant qu'ils affectent notre œil. Ce point de vue est donc fort différent de celui
où se placent les physiciens qui considèrent les rayons lumineux indépendamment du corps qui les émet, et, autant que possible, en dehors de la sensation qu'ils
roduisent.
8. Couleurs principales et couleurs auxiliaires. — A notre point de vue, armi les couleurs si variées que nous offrent l’art et la nature, il ÿ a six couleurs incipales. Ce sont : le rouge, lorangé, le jaune, le vert, le bleu et le violet. I faut y adjoindre le blanc et le noër. Plusieurs hésitent à reconnaître des couleurs dans e blane et le noir. De fait, pour les physiciens, le blanc n’est que la représen-
ation de la lumière incolore, et le noir, celle de l'obscurité ou de l'absence de
umière. Bien plus, on dira communément d'une personne vêtue en deuil, qu'elle ne porte pas de vêtements de couleur, ete., etc. C’est vrai, le blanc et le noir ne sont pas des couleurs proprement dites; ces deux couleurs n’ont rien de chromatique. Elles sont cependant des couleurs dans un sens fort exact, car elles produisent sur nos yeux une impression particulière au moins par un effet de contraste. Personne ne dira incolore le lait ou l'encre ; tous déclarent la neige blanche et le charbon noir : chez les fabricants et les marchands de couleurs, ou sur la palette des peintres, le blanc et le noir figurent au même titre que les autres couleurs ; donc ce sont des couleurs. Nous les nommerons couleurs auxi-
liaires parce qu'on leur doit la formation de toutes les teintes plus ou moins
(1) Le mot pigment — pigmentum de pinyere peindre — est souvent réservé aux substances colorées naturelles ; nous l'appliquerons d'une manière plus générale à toutes les couleurs matérielles, naturelles ou artificielles, solides ou liquides, par opposition aux couleurs spectrales ou rayons colorés considérés indé-
pendamment de leur source.