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CHAPITRE 1 : NÉCESSITÉ DES TYPES

augmentent la transparence des couches superficielles et permettent l'accès et par suite la décomposition d'un plus grand nombre de rayons lumineux. L'état de la surface dépendant beaucoup de la nature du corps, la même couleur devra varier

souvent avec la nature du substratum, c’est-à-dire, du support de la couleur.

58. Influence de la nature des corps. — Après les verres colorés dont l'éclat chromatique est supérieur à tout autre, c'est sur les fils et tissus de laine et surtout de soie que les couleurs ont leur plus grande richesse. Cela vient de ce que leurs fibres se laissent pénétrer plus complètement par la teinture, de ce qu’elles ont une certaine transparence et possèdent un très grand lustre ou pouvoir réflecteur. Vus au miscroscope les fils de soie teinte apparaissent comme des fils de verre coloré. Le coton est beaucoup moins favorisé, il n’a pas de lustre (1) et fort peu de

transparence, de là quelque chose d’opaque et de terne dans sa coloration.

59. Influence du mode d'application des couleurs. — Si, au lieu de plonger un üssu dans la teinture, on se contente de l'imprimer en couleurs le résultat est grandement inférieur, surtout pour la laine et la soie. Quant au coton, bien que la teinture n’ait pas pénétré les fibres ni même l'intérieur du faisceau de fibres qui constitue le fil, il est des cas où cette teinture lui donne un éclat inattendu, par exemple quand il s’agit du rouge d'Andrinople : c'est qu'alors la teinture se combinant avec le mordant forme une sorte de laque ou de vernis (2). Mais quoi qu'on fasse, quels que soient la nature du substratum et le mode d'application, jamais une surface colorée ne sera aussi lumineuse qu’une surface blanche. Le plus qu'on puisse demander à des rayons colorés, c’est qu'ils aient, étant isolés, autant de valeur qu'ils en ont étant combinés avec les autres rayons dans la lumière que réfléchit une surface blanche; par conséquent les surfaces colorées n'auront

jamais qu’une partie du brillant qu’elles auraient si elles étaient blanches.

60. Influence du voisinage d'objets colorés. — Enfin, la couleur d’un objet varie en raison du seul voisinage de telle ou telle autre couleur, qui fait surgir

une auréole complémentaire (34) ou envoie un reflet dû au rayonnement diffus.

(1) Cette assertion, très fondée il y a quelque temps, est mise en défaut actuellement par l'habileté des manufacturiers qui savent communiquer le lustre de la soie à des tissus qui n'en contiennent pas un fil, par exemple, au satin de Chine, etc.

(2) Jde dois à l'amitié de M. C. Manuel, teinturier à Toulouse, d'avoir pu remarquer et constater le fait.

RÉPERT. CHROM. 8

« Si nous découpons dans une feuille de papier rouge deux carrés de trois à quatre centimètres de côté et que nous posions l'un sur une feuille de papier rouge, l'autre sur une feuille de papier vert, nous verrons que le carré qui se trouve sur le fond vert est beaucoup plus brillant et saturé que celui qui se trouve sur la feuille rouge, et cela au point de nous faire douter que les deux carrés aient réellement la même nuance (1). »

C'est là, nous le savons, un effet de contraste dû à la juxtaposition de deux couleurs complémentaires ; il n’en produit pas moins efficacement illusion sur nos yeux.

D'autres fois ce sera la réflexion diffuse dont le rayonnement interviendra pour égarer notre appréciation. Tout corps se teinte plus où moins du reflet de la couleur des corps qui l'avoisinent. Ge reflet dépendra beaucoup de la nature de ces corps, de l'état de la surface et de la quantité de lumière reçue, et sera généralement en raison inverse de la réflexion spéculaire, cette dernière ne donnant pas lieu à une

coloration sensible (57).

61. Conclusion. — Cette longue énumération des causes qui peuvent influencer notre appréciation des couleurs démontre la nécessité de séries typiques de couleurs. Une fois ces types entre les mains, la plupart de ces causes d'erreur ou d'illusion sont neutralisées, car, agissant également pour modifier l'impression que font sur nous etles types et les couleurs en question, la comparaison reste facile et sûre. Nous avons dit la plupart, c'est qu'en effet, pour se soustraire entièrement aux influences de toutes ces causes, il faudrait que les types et les couleurs à apprécier fussent dans des conditions identiques non seulement quant aux dispositions subjectives de l'observateur, quant à l'éclairement et au voisinage des objets, mais encore relativement à l’état et à la nature du substratum et au mode d'application. Les types devraient donc être en soie et en laine teintes pour les brodeurs et les tapissiers, en couleurs à l'huile, à la détrempe etc. pour les peintres. Il en faudrait qui fussent posées au pinceau, d'autres imprimées, etc., etc. Impossible de satisfaire à la fois et pleinement à toutes ces exigences, mais ce n’est pas

une raison pour ne pas réaliser ce qui est faisable.

(1) N. O. Roon : Théorie scientifique des couleurs, p. 202.

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