INTRODUCTION IX
Toutes les personnes qui, par goût ou devoir d'état, s'occupent de tapisserie ow de pein-
ture, de modes ou d’arts décoratifs, ont constamment à juger des couleurs et de leurs associa-
tions, à apprécier leur consonnance ou dissonance, à déterminer les gammes dont fait partie une teinte donnée, ou encore à harmoniser deux teintes plus ow moins éloignées. Notre travail leur donne une solution aussi facile que complète de ces divers problèmes.
Enfin, eroyons-nous, ces recherches ne seront pas sans intérêt pour le philosophe. D'abord, lewr objet, les couleurs, ont leur nature et leur importance ontologique et morale. Sont-elles purement subjectives comme le veulent quelques uns, ow ont-elles une réalité objective comme nous le pensons ? Le lecteur en jugera. Les couleurs parlent aux yeux, comme les sons aux
ce sont là autant de moyens à
oreilles, comme les odeurs ef les saveurs à leur sens respect l'aide desquels l'enfant entre tout d'abord en conversation avec le monde. Parmi ces quatre idiomes particuliers, quel rang tiennent les couleurs? On voit assez clairement leur supériorité sur les odeurs et les saveurs; ces deux dernières sensations appartiennent plutôt à la vie inférieure et trouvent leur plus grand développement chez les animaux, tandis que la perception des couleurs et des sons, au moins dans sa plénitude, est l'apanage d'une vie supérieure ; seul l’homme sait être musicien et coloriste.
IT est peut-être plus difficile de décider qui, des sons ou des couleurs, l'emporte en excellence. Assurément, il nous est beaucoup plus utile de savoir distinquer les sons que de pouvoir nous rendre compte des couleurs ; de toutes les sensations celle du coloris est la plus accessoire. Mais combien de fois l'absence de l'accessoire nous devient plus sensible que le manque du nécessaire ! Il est des heures dans la vie où l’on oubliera volontiers le besoin d'aliments pour l'apparition d'un rayon de soleil, la vue d'une simple fleur. Que nous en ayons conscience ou non, les couleurs répondent à un besoin et sont pour nous une source de jouissance. C’est pourquoi l'homme tient instinctivement à donner à ses œuvres le charme vivant, la séduction de la couleur. Les arts de la peinture et de la teinture sont nés de ce besoin, et de fait, les couleurs ont un rôle nécessaire dans le vêtement, l'habitation, l’ameublement de l’homme.
Sans être moins réelles que les sons, les couleurs ont, sous un certain rapport, quelque chose de moins matériel. Les unes et les autres sont le résultat de vibrations ; mais tandis que les vibrations du son ont l'air atmosphérique pour mobile et pour véhicule, c’est l'éther des physiciens, le fluide le plus subtil dont nous ayons l'idée, qui se meut dans la couleur et l'amène à
nos yeux.
elle a du
Si la nature semble avoir perdu le secret des mélodies nettement caractéris
moins gardé celui d'associer les couleurs ; chez elle l'harmonie des tons ne se dément jamais. Si
la nature sensible ne nous offre pas de concerts du genre de ceux que produit le génie musi-