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1132 NATtJRE INTIME DU SPECTRE SOLAIRE.
Le gaz du n*" 2, fourni par l'oraogé et le jaune, lavé dans la potasse caustique, ne diminua pas de Yolume, et ne contenait coaséquemment pas d'acide carbonique. Sa composition était la sutliante :
Oxygène. • • . . hO,k
Azote 59,6
Le gaz du n^ 5, produit par le jaune et le Tert, ne contenait non plus aucune trace d'acide carbonique, et renfermait :
Oxygène /!i5,6
Azote. 5U,li
L'auteur explique la forte proportion d'azote qui se rencontre dans ces analyses, par la nature même du procédé qu'il emploie. Il pense qu'en conservant pendant deux jours les feuilles des plantes dans de l'eau imprégnée d'acide carbonique, il s'établit dans leur tissu un commencement de décomposition des produits azotés qu'elles renferment, et que l'azote, ainsi dégagé, se mêle aux premières portions d'oxygène produit par la décomposition de l'acide carbonique* Aussi, dit-il, le tube du n** 3, qui contient une grande quantité totale de gaz, renferme-t-il une moindre proportion oomparatiye 'azote. Il nous semble difficile d'admettre une si rapide décomposition de la substance des feuilles de graminées employées, et de plus il nous paraît que, si cette explication était exacte, une telle décomposition devrait modifier les propriétés vitales du tissu végétai, et par conséquent jeter du doute sur les résultats obtenus, et sur les conclusions qu'en tire l'auteur.
Thèse de NL Durand de Gasv. — Recherche et fuite de la bmière
par les pUmies.
Nous ne pouvons mieux terminer cette analyse, trop étendue peutêtre, qu'en reproduisant les principaux passages d'une thèse dans laquelle M. Durand de Gaen a résumé tout récemment ce qui avait été écrit sur la question déHcate de la fnite et de la recherche de la
RATONS EXCITATEURS DE LA VEGETATlOIf. i433
hmiière par les iiges et les racines des plantes, en y ajoutant tin grand nombre d'observations bien faîtes et précieuses.
L Racines qui recherchent ta lumière, — « Si quelque chose doit surprendre dans l'étude des phénomènes physiologiques des plantes, c'est assurément la tendance qu'ont certaines racines à se diriger ▼ers la Inmière; les racines ne sont-elles pas, en effet, destinées à vivre dans la terre, et par conséquent à fonctionner dans Fobscurité? C'est en 1824 que le phénomène de la tendance des racines à se diriger vers la lumière a été signalé, par M. Dutrochct, chez la radicole du Mirabilis jalappa^ se développant dans l'eau contenue dans un vase de verre. Mais cette racine était pourvue à son extré* mité de matière verte, ce qui pouvait fairQ supposer que, si elle se recourbait vers la lumière, c'est qu'elle élaborait la chlorophylle, et que» comme beaucoup d'autres racines qui ont végété longtemps à la lumière, elle prenait le rôle de la plupart des tiges ; aussi M. Dutrochet avait-il considéré la couleur verte de la radicule du Mirabilis jalappa comme la condition de sa direction vers la lumière. Il restait donc à découvrir des racines dépourvues de matière verte se dirigeant néanmoins vers l'afflux lumineux ; c'est ce que j'ai été assez heureux pour observer le premier il y a quatre ans : en faisant développer des racines d*Allium cepa dans un vase rempli d'eau et exposé à la lumière, je m'aperçus qu'elles se portaient du côté d'où venaient les rayons lumineux.
È En examinant ces racines, je me suis assuré qu'elles ne contenaient pas la moindre parcelle de matière verte. Ce phénomène m'étonna tellement, que je répétai l'expérience un grand nombre de fols, et qnoique j'obtinsse toujours le même résultat, je ne pouvais pas croire à sa réalité. Un soupçon que je formai vint encore augmenter mes doutes.
» La paroi du vase opposée à celle qui reçoit l'afflux de la lumière ne forme-t-elle pas un miroir concave qui peut renvoyer les rayons vers les racines, de manièi*e à les éclairer davantage de ce côté, au moins à certains moments de la journée? Il fallait s^assurer si celte idée était fondée. Voici ce dont je m'avisai : je peignis eu noir les deux tiers des parois internes du flacon, et je laissai l'autre tiers sans le peindre. Je remplis d'eau le flacon et je le plaçai de telle sorte que le côté qui n'éuit pas peint reçût la lumière directe ; les choses
flacon un oîgnoa 4V<'â^ P^P4t l^ r^cinpi dp qaU^ pUot^ l^ di^ve* Ipppèrept et sf^ poqrhèrent toiite^, Qt plps profpndén^çnt que je ne Tav^is pbsçîrvé encpr^, yçrg le çgié éçlqjré dp flaçpp, Jç répélfli çeUe çj^pérlpnce pq gr^j^ (ipjjjbre dq fpj^, et tpuiou»*? J*PbfmH te Vàim résultai. Les racinçs d'^Z/é^m cepa cljerçhept (l^HP Ift luo^ièrç. £|ie§ cfiçrchept ^$(^e b Ipqiière di(fu§p,
« Mail e« qui lèfe touta esfièeo de doutes qu cequi cfmcarne h réaUtô de ce phéaamène nnguUep, o^ett la iiale auiTanla d«s planta» qui, parmi toutes celles qii« j^ai souoiisaii au même mode dVipérimentaiion, m'ont présenté dans leiips radaes la mime tendanm t se jporter vers la lumièrQ :
» Allium vineale, porruai, schaenoprasum, fissile, anduosum, ampdoprasum; Hyacinihus oricntalis; Scilla lusltanica.
9 Daoi^ U direcUpn 4^ Çes racines VQr^ la Iqp^ière^ il y <( uqc particularité à Isoler, !5i Yon change, de tçrppç en lepaps, Iç côté de la raciftP qui reçoU diieçtemp^it la Iwmjèrp, la ppcltpw 4ç celte raçiae courbée se redresse, çi t>iemôt toute U fftoine 4 y»ç dirçe^jan lfe^ ticfile; puis, fi ou la laisse du iqêi^e ci^(é ^alajré« (^Itç sç O^uri^e yerp c$ cOlô \ daus ce ç$is, ç^ n'est pa3 re^trétnit^ çle la racine i^eul^ai^Qt qui est ipQupucée pac la lumière, c'a$t U rapjap tou( ^nii^rç,
» Ces racines se comportent alors à 1^ lumi^^re coipmc )es (igçs. On $f|it quç Ton pe^t qbtepir la verticalité d'tme tige» qMQÎqqci placée dftps» un pspaçQ éclairé pjir ime çeii^ç puverture» pcmryp qu*9Q change $qace$i$ivçqaent cptte plante de ç(Mu ; pi) pp»t eqcQf^, çaagis^ saut cpr^PI^ je Tai fait voir, fair^ croîtra de b^ut e^ bas, et ûm^ uiHi direction vtiir^calç, çert^Ui^ tiges, et ^^p iiu^r^ (leHe^^e j^ÎAtbf
» Ainsi, dans les racines de ces plantes, il est bien prouvé que i^fl A*e;$| pj^s la ^p^lç iy)ongialp qui se cpiurha Tj^r^ la lisière. Jl n*ep est pas de même çjb?^ Içs radicules du Mirabilis ja^appçL et dU Hirabili^ tot^i/Spro, ajpsi qu^ ]!I|I, PM^u{;bQi Ta Oib^çirvé, CAr d^ns {f s vaciv?» 4e ces planta, fe^\ Tei^trémité ^utp qqi présoiUç la tppdatice veri la lumière ; sU loraguVjlpç se s^taio^ çoqrb^ps, jon|çto^rnf) }p ifm$ ]ps c^nrburç» précédent pent p))tei^p.Ç$ P^rsjPttea^, pi la portion t^h iqtipale quj se for mf^ d^^n^ c^^u nçgvpll^ pûaitjpp Sf porte ^e^le veny rftffl9^ lumiue^)^*
jpw^'bvi ftiif qiipk(rô rAoîiiefi y<ii:i(9it3ii«^ qui (uient b Uimière : li
lïlancjyi ^t. dtf J^rfw» tekpfmi^ Qo#Pt î» 1*1 rAdiçule 4» gMÎ. ceua çbop, çgll^dç.te inau^rdp Wg^nchp pi 4m SMum tçlephim% Mm^
que be^Hpoi^p 4>utr^s rijQiaes se tr^^yent dans le (uêaip ça^.
» Le phénoin^oe e^ cjuestion e^l biçq loin d'^i^lçurs 4*^1^6 jjcp^rôl j\J. Dutrochet, qui a f^ît un grand nomt^re d*e5S(|i^ de ç^ ^enre, p*^ rencontré çjuç des racines n'olîrant aucune ipndaqcç ni pqqr rechercher la jumière ni poi}|^ la fuir, à mojqs (|u*elles ne se colorent aççi- 4entelleinçnt en \^%,
p M. Dulrochet et M. Payer faisaient développer leurs racinejs d^ns des vase? 4^ V^rre pleips d'eau, qu'ils tpqaient ^gaiepoeot exppsés à Tcclat 4" jopr, Tel n'cs^ pas tout à fs^it le inodc 4'6xpérinientS|tiQ() que j'ai cru devoir suivre. J'ai pensé que la racinq, qqi fuit i^ lumière placée entre deux milieux diiïérpmtQpnt éclairés, iDaqifes^erait celle tendance à un degré d'autant plus élevé q|u'il y aurait ^ne diiîéreuce plus marquée entre la quantité de lumière que c|iacun dp ces milieux donnerait à la racine ; en d'autrqs termes^ que la flei^ion de la racine serait d'autant plus considérable vers le niilieu le pioins éclairé, que ce milieu sprai^ plus obscur par rappoift à Taulr^, qui serait au contraire plus éclairé.
» De sorte quil faut jqger de la quantité dont une raciqe devr^ fuir la luinière ^ non pas d'après l'intensité des rayons lumineux qui frapperaient un de ses cqtés, na£\is bien par la plus grande différence (|i)i existera ei^fre le côté d'pù yient l'afflux de la Itiqiièr^ et le çôl§ opposé.
» Ces idées ne sont p^s restçps pour iqpi \ l'ét?it de tMorif^; l'«xpériçnçe est venue les confirmçv- ^'^ vu 4ps racines qui, lorsque je les expQsais daqs qp va^e de yerrç rempli d'eiju ^ une forte junnère, manifestaient tjne faible tendance à se porter du côté le moins éclairé , vers l'ombre , prendre une flexion marquée chaque fois que je tapissais intérieurement, avec une étoffe noire et épaisse, les deux tiers du rauKf , et que J'exposais l'astre tiers à i'aeiioa dt la lumière. La racine de cresson alénois, lepicKum satwum, qui, ainsi
1156 NATUBB IISTIMB DU SPECTRE SOLAIRB.
que Ta observé M. Payer, n'affeete aucune tendaace à fuir la lainière ou à la rechercher, lorsqu'on Teipose à une lumière qui la frappe cependant avec plus d'énergie d'un côté que de l'autre, se coui be Tisiblement , au contraire , dans le sens opposé à celui de la lumière , lorsque , par des moyens artificiels comme ceux que j'ai indiqués ci-dessus , on parvient à établir une différence suffisante de lumière entre l'un et Tautre côté. La fuite de la lumière par cette racine ne me laisse pas de doute. Si l'on rétourne vers la lumière la pointe de la racine qui s'est fléchie pour la fuir, la partie courbée persiste ; mais , comme celte racine s*accrolt , ainsi que toutes les autres , par son extrémité > la partie qui se développe fléchit dans le sens opposé à celui d'où vient la lumière. J'ai pu ainsi obtenir, en prolongeant l'expérience , des racines de cresson aiénois disposées en zig-zag.
» En résumé, toutes les racines que j'ai soumises à l'action de la lumière se sont développées dans les conditions suivantes : les graines germaient dans de la mousse fixée au-dessus d'un vase de verre plein d'eau , dont les deux tiers de ses parois internes étaient recouverts d'une étoffe noire fort épaisse , tandis que le reste recevait l'action de la lumière directe. C'est en expérimentant ainsi que j'ai noté comme fuyant la lumière » d'une manière plus ou moins prononcée , les racines dont la liste suit :
>» Racines de Raphanus sativus {radis) ^ Cheiranlhusincanus(^trofiée des jardins), Myagrum sativum (^caméline). Isatis linctoria, {pastel des teinturiers), Diplotaxis tenuifolia, Ërisymom contortum, Sinapls levigata, Alyssum vesicaria, Brassica napus (navet), Brassica râpa (^ro55e rav^}, Brassica campestris [colza), Brassica orientallst Brassica oleracea capitafa, Brassica viridis crassa, Brassica capitata rubra , Brassica oleracea botrytis.
» Racines secondaires de (1) Lathyrus odoratus.
» Racines d'Allium multiflorum , d'Allium angulosum , Achirantes âessilis, tubercules de pommes de terre, Iberis primata, Iberis tenuriana, Erysimùm crepidifolium, Siuapis integrifolia, Hesperis tristis.
(t) Les plantes dont les noms suivent sont celles ehez lesquelles j'ai reeooDU, depuis la présentation de mon Mémoire à TAcadémiei leur tendance à fuir la lumière.
• Les racines qui se courbent le pins , dans un temps égal , les circonstances étant les mêmes, sont celles du Diplotaxis tenui folio. et de VIsatù tinctoria. Pour les autres , le phénomène est moins marqué » quoiqu'il le soit beaucoup encore ; il se produit à la lumière diffuse comme à la lumière directe, pourvu qu'il y ait une différence suffisante dans l'intensité' lumineuse , entre le côté d'où vient la lumière et le côté opposé , et , si cette différence est assez grande , il se produira même d'une manière plus marquée à la lu mière diffuse qu'à la lumière directe.
» Il est bien vrai , comme M. Dntrochet l'a reconnu , que les tiges se courbent vers la lumière avec plus de rapidité que les racines ne s'en écartent, et que, par suite, si l'expérience se ren ferme dans un court intervalle , la courbure des tiges dans un sens est plus grande que la courbure des racines en sens inverse ; mais en prolongeant l'expérience , on observe souvent tout le contraire. La courbure de la racine qui fuit la lumière devient plus considérable que celle de la tige qui la cherche.
» Yoilà donc un grand nombre de racines qui fuient la lumière. Ainsi le phénomène se trouve confirmé de la manière la plus complète. Ces racines appartiennent à diverses familles , mais particulièrement à la famille des crucifères , et je n'ai pas encore rencontré de plantes crucifères dont la radicule ne se dirige dans le sens opposé à l'afflux lumineux. Peut-être serait-on autorisé à conclure que les racines de toutes les plantes de cette dernière famille fuient la lumière.
» Quoi qu'il en soit, je répète ici que la fuite de la lumière par les racines est bien loin d%re un phénomène général.
» La recherche et la fuite de la lumière ne sont pas les seuls phénomènes que les racines présentent quand elles sont soumises à l'influence de cet agent D*après M. Dntrochet les racines du Pisum saiivum, et celles de VErvum lens^ qui n'offrent aucune tendance ni à rechercher ni à fuir la lumière lorsqu'elles se développent dans l'eau contenue dans un vase de verre , où elles ne reçoivent que la lumière diffuse, se contournent et se tortillent souvent de la manière la plus irrégulière , semblant attester par là qu'elles sont dans un état de souffrance. M. Dutrochet a remarqué encore que lorsque ces racines ne reçoivent la lumière que par une fente verticale de 1 à 2 centimètres de largeur, pratiquée dans une étoffe noire qui enve-
ii38 NATURE INTIME DU SPECTRE SOLAtRE.
loppe le vase de Terre , un phénomène plus singulier se présente : elle se contournent souvent en spirale , tantôt de droite à gauche , tantôt de gauche à droite , comme les tiges volubilcs ou les vrilles. Les racines de Piswn se développent en formant une spirale de droite à gauche , à spires espacées ; celles d*£rrtim présentent des spirales à tours serrés et dirigées ou de droite ï gauche ou de gaoche à droite. M. Dutrocbet dit que ce phénomène [de disposition en spirales ne se présente pas constamment chez les racines de la même espèce de plantes , se développant cependant dains les mêmes conditions environnantes 9 de sorte qu'il dépend en partie de la vitalité de la plante,
» Voici ce que j'ai observé relativement à ce phénomène : en faisant développer, d'après le mode d'expérimentation décrit dans ce mémoire, les racines nées de la bulbe de VAUiumoleraceumet celles de VAUiumfleamm^ on reconnaît que ces racines se tournent en spirale de gauche à droite tout en se dirigeant vers la lumière ; ce qu'il y a de bien remarquable , c'est que les feuilles de ces deux AUium se tournent également en spirale de gauche à droite. »
III. Examen des théories par lesquelles on a expliqué C influence qu'exerce la lumière sur les caudex végétaux, — « On sait maintenant que la radicule de V AUium cepa qui se dirige vers la lumière est dépourvue de matière verte ; il en est de même de celles que j'ai signalées précédemment et qui offrent la même tendance ; les racines nées du tubercule de la pomme de terre, ainsi que les racines advenlives de VAchyrantes sessilis, qui, sous l'influence lumineuse, prennent une direction opposée, offrent une teinte herbacée. Ces deux ordres de faits remettent en question toutes les théories qui ont été émises pour expliquer la tendance des- caudex végétaux vers un foyer lumineux , car elles ont toutes cela de commun , qu'elles prennent pour point de départ la présence de la matière verte dans les tiges et dans les racines où cette action se manifeste.
» Parmi ces théories , celle de M. de CandoIIe doit à Tingénieuse simplicité qui la dislingue , d'avoir été admise sans contestation par la plupart des physiologistes. M. de CandoIIe part de ce fait que les parties vertes des végétaux décomposent l'acide carbonique lorsqu'elles sont exposées à l'action de la lumière , et il en conclut que le côté de la tige qui est éclairé par les rayons du soleil doit décom-
RATOfW ËXèïTAtËeRS DÉ U técéfATlON. ilS9
posen dans le même temps , plus diacide carbonique , fixer plus de carbone » se solidifier plus promptement que le côté opposé , et par suite s'allonger moins rapidement ; et comme les deuic cfttés de la tige sont étroitement liés l'un i l'autre et ne peuvent se séparer, U but bien que le cAté le plus mou, qui grandit le plus, déter mitié Tin ^ eurration de la tige vers le côté opposé qui se solidifié et qui grandit le moins.
» Soit comme cause, soit comme effet, le développement de la matière verte est intimement lié, tout le monde le sait, à ce phénomène physiologique de la décomposition de Tacide carbonique dans les tissus végétaux. Or, non-seulement les racines d*Allium cepa et celles d'antres plantes qui se dirigent vers la lumière n'étaient pas vertes avant que le phénomène eût lieu, mais elles ne le deviennent pas après, si longtemps qu'on les y laisse exposées. La matière verte n'est donc pas ici la cause, et la canse n'est pas davantage dans le phénomène physiologique que nous savons donner toujours naissance ^ la matière vorte.
» Une autre objection non moins grave ne surgit^-elle pas de te fait que les racines , suivant les espèces , prennent les directions les plus opposées dans les mêmes circonstances, et sous l'influence du même agent auquel est dû la décomposition de l'acide carbonique dans les parties vertes? Certaines tiges qui sont veftes tendent aussi à se diriger dans un sens opposé ù celui dans lequel la lumière arrive ; M. Dulrochet avait déjà montré tout ce que cette contradiction avait de grave pour la théorie de M. de Gandolie. Il avait fait voir de plus que le côté de la tige qui est dans l'ombre efit loin do jouer le rôle actif que M. de CandoUe lui attribue ; que ce rôle appartient au contraire au côté éclairé, tandis que le côté non éclairé n'a ^ dons le phénomène , qu'un rôle purement passif.
» En même temps qu'il suscitait contre la théorie de M« de CandoUe des objections auxquelles ^1 paraît an moins difficile qu'elle puisse survivre, M. Dutrochet en cherchait une auti^o^ et il veut ravoir trouvée .dans la considération des tendances diverses h rincurvation que nous offrent les parties constituantes des caudet végétôux, tendances sur lesquelles la lumière exerce une très-grande influence. Selon M. Dutrochet , si on observe dans un caudex deux courbures en sens inverse» sous rinflnence d'une même cause, c'est que Tor-
ganisalion de ces différents caudex, loin d'êlre la même» est au contraire différente.
» Dans les tiges herbacées et chez les tiges naissantes des végétaux ligneux , le système cortical est presque entièrement composé de parenchyme ou de médulle corticale. M. Dutrocbet a fait voir que ce parenchyme présente une différence notable dans Tordre qu'affecte le décroissement en grandeur des cellules composantes; que c'est vers un point de cette médulle externe que se trouvent les cellules les plus grandes ; qu'à partir de là ces cellules vont décroissant de grandeur vers le dehors et vers le dedans, ce qui donne deux zones ou couches de cellules ; que l'épaisseur de ces couches n'est pas égale dans les tiges dont les inflexions sont opposées ; que dans celles qui cherchent la lumière, c'est la couche de cellules la plus interne, c'est-à-dire celle qui se rapproche le plus du centre qui est prédominante, tandis que dans les -tiges qui fuient la lumière, c'est la couche la plus extérieure.
» Maintenant , M. Dutrocbet a établi pour les tiges que les deax couches de cellules dont se compose l'écorce se courbent en sens inverse, la couche extérieure tendant par turgescenee à se courber vers le dedans , et la couche intérieure tendant , au contraire , par turgescence, à se courber dans le sens de l'incurvation que présente la couche prédominante ; que les tiges dont l'écorce , considérée dans toute son épaisseur, tend par turgescence à se courber en dedans, se dirigent vers la lumière; et qu'au contraire les couches dont l'écorce, considérée également dans toute son épaisseur, tend par turgescence à se courber en dehors» se dirigent en sens inverse à celui de l'afflox lumineux.
» Gela posé, voici comment, d'après M. Dutrocbet, la lumière agit pour produire dans les caudex végétaux la tendance qu'ils manifestent à la rechercher ou à la fuir. La lumière augmente la transpiration végétale» ou, ce qui, sous un autre nom, est absolument la même chose, Texhalation ; de cette augmentation d'exhalation, il résulte que le tissu cellulaire de la partie de l'écorce qui est frappée directement par la lumière perd une partie de sa turgescence, et, par suite, une partie de sa force d^ncurvation ; que si l'écorce tend ': se courber en dehors, comme la médulle centrale tend toujours h se courber en dedans, l'incurvation en dehors devenant prépondé-
rante dans la moitié de la tige qui frappe la lumière, cette moitié entratoera l'antre dans le sens de son incurvation , c'est-à-dire dans le sens de l'afflux lumineux. Dans les tiges qui fuient la lumière , Técorce et la médulle centrale tendent par turgescence à se courber en dehors; en frappant un des côtés de la tige, la lumière en dimi- Doedece côtérincorvation en dehors; il s'ensuit que la moitié de la tige sur laquelle tombe la lumière ayant perdu une partie de son incnrration en dehors , tandis que, dans la moitié opposée , cette in-* corvation en dehors ne s'est point affaiblie , il s'ensuit , dis-je , que cette dernière moitié entraîne l'autre et que la tige fléchit dans le sens opposé à celui où la lumière afflue.
» Il s'agissait de savoir si les deux organisations différentes qui , selon la théorie de M. Dutrochet , produisent dans les tiges la recherche ou la fuite de la lumière, s'observaient aussi dans les racines qui manifestent ces deux tendances opposées ; c'est ce dont je me suis occupé. Après avoir coupé, en tranches transversales aussi minces que possible, une portion de ces racines prises à dessein près de leur pointe, je les ai examinées au microscope. J'ai reconnu que dans la racine du chou, celles de VIsatù tinctoria et de la moutarde blanche» qui fuient si énergiquement la lumière, c'est la couche corticale externe qui prédomine en épaisseur sur la couche corticale interne , ce qui se trouve complètement en harmonie avec la théorie que j'examine ici.
» Maintenant » les racines des Allium et des autres plantes que j'ai vues se diriger vers la lumière devraient, pour confirmer cette théorie , présenter dans leur écorce la prédominance en épaisseur de la couche interne , dont les utricules décroissent de grosseur de l'extérieur vers l'intérieur, sur la couche externe, dont les utricules offrent un ordre de décroissement inverse ; mais ces résultats n'existent chez aucune de ces racines , excepté celles de moutarde blanche, quand elles se dirigent vers la lumière , ce qui arrive quelquequefois.
» Les racines nées sur les tubercules de pommes de terre , celles des Allium multiflorum et angutosum, enfin celles de VAchirantes sessiiis^ qui fuient la lumière, ne présentent point l'organisation des radicules du chou, ni de celles de Y Isatis tinctoria; elles sont organisées comme les racines des autres Allium qui montrent une tendance inverse.
Ainsi il existe des racines fuyant la lumière qui ont une mrganisation semblable à celles qui la recherchent, et les unes et les autres n'offrent point, dans leur écqrce, une structure pareille h celle de la médulle externe des tiges qui se fléchissent soit dans le sens de la la« mière, soit dans le sens contraire.
» Ce n'est donc point dans une différence d'organisation que se trouve la cause de la courbure des racines dans des sens différents sous l'influence de la lumière, et la théorie de M. Dutrochet, à sap« poser qu'elle reste vraie pour les tiges» n'est du moins pas applicable aux racines*
9 La recherche de la lumière par les racines me donnent ToccasioD de faire ici quelques observations relativement à la tendance des radicules It se diriger vers le centre de la terre.
* Bien des causes ont été invoquées pour expliquer ce phénomène. Des physiologistes avaient pensé que les racines qui sont destinées ï n'élaborer la matière que dans le sein de la terre ^ par conséquent dans l'obscurité , fuyaient la lumière, et que c'était à cette circonstance qu'il fallait attribuer leur direction ; mais , si cette opinion tombait déjà devant l'expérience de M. de Gandolle, qui, ayant fait germer des grains à la surface de l'eau contenue dans un tube transparent par en bas et opaque par en haut, vit les racines se diriger dans la partie transparente et les petites tiges dans la partie obscure; si cette opinion , dis-je , tombait déjà devant Texpérience de M. de Gandolle, que devient-elle en présence des faits que j'ai obsenés et qui sont consignés dans ce mémoire?
» En résumé, j'ai'établi d'une manière définitive, par des observations nouvelles, le fait si curieux de l'influence de la lumière sur les racines pour les déterminer à se diriger vers le point par où elle arrive ou à prendre une direction opposée.
» J'ai démontré le premier que la matière verte, qu'on avait con-, sidérée comme une condition indispensable à la courbure des caudex végétaux vers la lumière, n'est pas nécessaire, puisque le phénomène peut avoir lieu , quoique cette matière herbacée fasse défaut.
» Des faits contenus dans ce travail on peut déduire la conséquence» d'une part, que les théories qui ont été émises jusqu'à ce jour sur la tendance que manifestent les tiges h se porter ou vers la
lamière« ou dans le sens opposé à celui de son afflux^ sont infirmées, et d'autre part, que l'on ne peut pins invoquer Taction de la la* mière pour expliquer la direction des racines vers la terre. »
Nous voudrions ici pouvoir résumer en quelques propositions cet ensemble des travaux relatifs à Taction de la lumière sur la germination et la végétation des plantes ; mais les conclusions des divers observateurs sont trop incertaines et trop contradictoires pour qu'il soit permis de formuler quelques principes généraux; la science est bien loin encore d'avoir dit son dernier mot sur cette difficile qpestion.
Qu'il nous soit permis seulement d'appeler l'attention de nos lecteurs sur quelques considérations que l'avenir fécondera» nous l'espérons. 1° Les prétendues théories de MM. de Gandolle et Dulrocbet sont bien moins des explications du phénomène de la recherche ot de la fuite de la lumière, que l'énoncé des conditions que les plantes doivent remplir, pour qu'elles puissent céder à l'une ou à l'autre de ces deux tendances. Nous avions espéré que M. Durand aurait au moins réuni les matériaux d'une explication rationnelle et démonstrative ; sous ce rapport, sa thèse laisse beaucoup à désirer. 2° La force qui pousse les plantes vers la lumière ou les en éloigne, force incessante, force continue, force puissante qui déplace même le centre de gravité des tiges déjà adultes, doit être une force mécanique. 3"* La nature intime de cette force mécanique est encore un secret, mais nous croyons pouvoir au moins indiquer son genre et sa source ; la voici sans témétité. Tout le monde connaît le tourniquet hydraulique, vase rempli d'eau, suspendu à un ûl, qui communique avec un long tube horizontal: aux deux extrémités du tube sont implantés perpendiculairement deux autres petits tuyaux aussi horizontaux, par lesquels l'eau s'écoule. Or, à mesure que les deux petits filets d'eau sortent dans une certaine direction, le vase tourne sur luimême en sens contraire. Plus simplement, si dans un vase suspendu au plafond par un fil, et plein d'eau, on fait une petite ouverture, aussitôt que Peau coulera on verra le vase se porter en sens contraire.
Cela posé, après y avoir longtemps réfléchi, nous croyons qu'il est absolument impossible d'assigner au phénomène de la recherche et (]e la fuite de la lumière par les plantes une autre cause qu'une
force mécanique analogue à celle qui met en mouvement le tourniquet hydraulique, et qui résulte de la sortie, par les innombrables pores de la tige ou de la racine, et du côté opposé à celui vers lequel se porte la plante, d'une |multitude infinie de balles de gaz. Chaque jet produit un effet mécanique infiniment petit, mais les millions de millions de jets, en s'ajoutant, peuvent très-bien produire l'effet total nécessaire à l'inflexion de la tige et au déplacement de son centre de gravité. Nous sommes assez habitués à voir dans la nature les forces les plus insensibles produire des effets mécaniques vraiment étonnants, pour que l'on puisse croire, sans trop de difliculté, à la idéalité de l'explication que nous hasardons. La tige molle et sans consistance des plus petites herbes s'ouvre un passage à travers les terres les plus compactes, et désagrège les pierres les plus dures I Les plus petites causes, en s'ajoutant et s'exerçant d'une manière continue, sont capables des plus grands effets ! Notre hypothèse n'est pas tellement gratuite qu'elle ne puisse être
démontrée par des expériences positives. S'il s'agit, par exemple, du phénomène trèsgénéral de la recherche de la lumière par les tiges des plantes, phénomène qui, dans notre théorie, suppose une émission, une exhalation gazeuse du côté de l'obscurité, on pourra constater la réalité de cette exhalation en suspendant de ce même côté de petits papiers imbibés de réactifs convenables. Les gaz émis sont très-probablement de Tacide carbonique ou de l'oxygène à l'état naissant. Les réactifs de l'acide carbonique sont nombreux; on choisira les plus appropriés. Nous croyons que du papier imbibé de sulfate de manganèse se colorerait en noir sous l'action de l'oxygène naissant. Au reste, nous avons prié un chimiste habile de penser avec nous au moyen de donner un corps à des idées que nous ne pouvons aujourd'hui qu'indiquer rapidement.
Ajoutons en terminant, qu'une fois la cause générale des phénomènes énoncée, il est facile de concevoir qu'ils se modifieront suivant la constitution des plantes, la nature de leurs tissus, etc. , etc. L'exhalation pourra avoir lieu tantôt du côté obscur, tantôt du côté lumineux ; d'une certaine manière pour les tiges, d'une certaine manière pour les racines, etc., etc. ; de sorte qu'il y aura tantôt tendance vers la lumière, tantôt tendance vers l'obscurité, etc. , etc. De plus longs détails seraient inutiles alors qu'il ne s'agit encore qae
d'une supposition que les faits peuvent démentir. Nous laissons à des observateurs plus habiles et plus exercés à développer notre idée, si tant est qu'ils la jugent digne d'attention et d'examen.
Gomme confirmation des idées que nous venons de développer, nous citerons les conclusions d'un beau mémoire de M. Gardner, sur les fonctions des plantes.
< Il résulte évidemment, dit-il, de ce qui précède, que les plantes constituent un système poreux. Les avantages provenant de cette manière d'envisager les plantes, avantages qui consistent surtout à rapprocher des faits jusqu'ici isolés, et à éclairer d'un nouveau jour l'ordre, les classifications expérimentalement établies entre les phénomènes de la physiologie végétale, sont sa principale recommandation. Cette théorie nous conduit, par exemple, à énoncer ces deux lois générales : 1® On ne peut fonder aucune hypothèse ni aucun raisonnement sur la composition des gaz expirés par les plantes, sans tenir compte de l'influence perturbatrice de la lumière et des gaz contenus dans les fluides du sol. 2'' Aucune des expériences relatives à l'action des plantes sur la lumière solaire ne peut servir à la détermination des fonctions des feuilles, à moins que ces expériences n'aient été faites dans l'air atmosphérique. »
M. Gardner résume tout son travail dans ces quelques propositions :
« 1» L'épiderme des plantes est poreuse et permet un libre fdSr sage aux gaz, suivant les lois physiques.
» 2® Les racines, pendant toute l'existence des cbangemens chimiques qui se succèdent dans les plantes, aspirent, au sein des parties liquides du sol, autant de gaz qu'il est nécessaire pour maintenir l'équilibre de leur atmosphère intérieure*
» 3"» La quantité de gaz contenu intérieurement dans les plantes varie avec l'action des forces qui agissent sur la plante pendant la durée de sa végétation verdoyante ; ce gaz intérieur est un mélange de 86, 75 d'azote, et 13, 25 pour cent d'oxygène ; pendant la nuit il contient plus d'oxygène et une certaine proportion d'acide carbonique. La porosité de la plante entière est pleinement établie par son action sur des atmosphères artificielles.
> Par conséquent, la structure physique des plantes est celle d'un système poreux, soumis aux lois de la diffusion des gaz, et qui n'a pas d'autre vitalité que le pouvoir de former des alvéoles, et d'arranger des cellules suivant un type défini d'avance. »
La poroailé est donc le caractère principal des plantes, et nons avons bien fait de demander à cette porosité l'explication des phéno^ mènes singuliers de la tendance et de la fuite de la lumière.
Puisque nous pouvons disposer de quelques lignes encore, citons une observation curieuse et inédite.
M. Niepce de Saint-Victor à trouvé que la méthode la plus excd» lente de conserver les fruits, les pommes, par exemple, consi^ait à les envelopper d'une couche de plâtre, laquelle en se solidifiant mettait le fruit à Tabri de toute influence mauvaise. Il crut que ce moyen réussirait aussi pour la pomme de terre ; il n*en fut rien» ei voici ce qui arriva. Les germes se formèrent ; comme impatiens de Tobscurité, ils s'allongèrent, tournèrent et se replièrent incessamment sur eux* mêmes, sans trouver jamais d'issue. Le tubercule, absorbé par la nutrition des germes, diminua de plus en plus, et finit par s'épuiser complètement ; il n'en resta plus de trace, et quand on brisa le plâtre, on ne trouva plus que des spires superposées de germes qui avaient longtemps et en vain couru après la lumière.