‹ Répertoire d'optiquemoderne, ou analyse complète des travaux modernes relatifs aux phénomènes de la lumière (volume 2)Chapitre 29 sur 31 · CLASSIFICATION DES COULEURS · texte numérisé non relu

CLASSIFICATION DES COULEURS

ouvrage remarquable par la. vivacité des teintes, par leur dégradation savante, rharmonie et le contraste des couleurs. Les teintes primitives de M. Hay sont le rouge ou carmin, le jaune de chrome et le bleu d'ontre-mer français ; ses teintes ont été faites, non au poids, maisà Toeil, ce qui n'est peut-être pas une imperfection. Les réflexions critiques sur la nomenclature de M. Hay ne peuvent être compriiies que des lecteurs qui ont ses tableaux sous les yeux ; nous ne nous y arrêterons donc pas. Nous dirons seulement que cet examen a conduit M. Forbes à la conclusion suivante : Toutes les com-* binaisons des trois couleurs primitives peuvent être repré>entées, en tant qu'il s'agit des différences de qualités, par des transitions successives et insensibles des couleurs primitives et secondaires au gris.

£n partant de ce principe, on peut arriver à une classification des couleurs qui, quoique redondante en certaines parties, a l'avantage de montrer nettement la composition de chaque teinte, et de donner naissance à une nomenclature plus nette et pins. facile que celle de M. Hay. Le diagramme des couleurs de M. Forbes peut se mettre en tableau quadrangulaire, et être ainsi compris sans figure. Les couleurs chefs de file conservées par lui sont au nombre de six : le rouge, l'orange^ le jaune, le vert, le bleu et le violet. Chacune de ces couleurs, mêlée à la suivante, donne naissance à trois nuances secondaires qui sont, par exemple : pour le rouge, rouge orangeâtre, rouge orange, orange rougeâtre; pour le jaune, jaune verdâtre, jaune vert, vert jaunâtre ; pour le violet, violet rougeâtre, violet rouge, rouge violâtre. Enfin, chacune des couleurs principales ou secondaires, mêlée à du gris, donne cinq nuances graduées qui sont, par exemple : pour le rouge, rouge grisâtre, gris rouge, rouge gris, gris-rougeâlre, gris. Six teintes neutres ressortent parfaitement dans ce tableau et sont : 1* le roux, intermédiaire entre le rouge et le gris, ou à égale distance du rouge et du gris; 2* le brun, intermédiaire entre l'orangé et le gris; 3<> le citron, intermédiaire entre le jaune et le gris; /«^ le pistache, intermédiaire entre le vert et le gris; 5® l'olive» intermédiaire entre le bleu et le gris; 6" l'ardoise, intermédiaire entre le violet et le gris.

Le diagramme de M. Forbes a été composé sur sa demande par M. Hay ; mais le physicien écossais aspirait à le réaliser avec des matériaux colorés indestructibles, en porcelaine ou en émail. Son

11276 DISPERSrOlf et RÉFRACTKHf DE LA LUMIÈRE.

soaTenir alors se reporta sur la magnifique collection des émaneo* forés da Vatican, qni a seryi h la confection des incomparables mo* salques de la basilique de Saint- Pierre, de Rome, oâ Ton voit repro* duits avec tant de perfection les cbefs-d'œuvres de Raphaël , d« Dominiquin, etc. — Un artiste éminent, Matteoli, avait fabriqué ces ^maox au nombre de 18,000 teintes et nuances; c'était énorme, mais il est bien à craindre que ce nombre ne soit actnellenient trèsréduit.

M. Forbes, mettante contribution l'amitié que lui avait témoignét monseigneur de Medici Spada, a voulu se procurer une collection d'échantillons des émaux du Vatican, mais il n'a obtenu que neuf cent quarante-un échantillons, et il a été fort désappointé en voyant qu'un très-grand nombre des couleurs primaires et secondaires, les plus vives, les phis" brillantes, manquaient à l'appel, tandis qu'il y avait surabondance de couleurs indéfinies, de teintes incertaines, etc. Il espère être bientôt plus heureux.

Ghromâsgope de m. Soleil. — Notre habile opticien a réalisé tout récemment un appareil bien simple, bien commun en apparence, mais qui, par sa simplicité même, rendra beaucoup plus facile l'étude des faits principaux rdatifo à la décomposition de la lumière et au mélange des couleurs. Cet appat'eil, que nous baptiserons, jusqu'à nouvel ordre, du nom de ^hromascope^ se compose de six verres Colorés, rouge, orange, jaune, vert, bleu et violet, chdsis avec le plus grand soin parmi des milliers d'échantillons, de manière à reproduire le moins imparfaitement possible les six nuances principales du spectre solaire. Les verres sont montés, comme les lentilles d'un biloupe ou d'un triloupe, dans des anneaux circulaires en corne, tournent autour d'un axe commun, et se replient dans une chappe commune comme les deux verres d'un lorgnon.

Pour bien comprendre la pensée de Al. Soleil, et reconnaître dans son petit instrument les qualités essentielles qu'il lui attribue, il faut d'abord poser deux principes fondamentaux. Le premier de ces principes consiste à admettre formellement que le gris et le noir ne sont pas des couleurs essentielles, mais uniquement un blanc moins éclairé, ou un blanc qui a tellement perdu de sa clarté qu'il est peu visible ou même invisible. M. Soleil, pour se mieux Aire comprea-

GtlROMASGOt'Ë ÙÉ ëOLËlL. 12T9

drè, A fétoiM à une comparaison qu6 tout le mmide sàîakt. Sap^ posiéMis qu'on peintre attentif ait reprbdnit, avec un mélange de blanc et de noir, la teinte d*one feuiile de papier très-blanc, telle qa'elle apparaît en plein air, à cinq heures dn soir, depuis le 21 juin jusqu'au 21 décembre; cette même feuille de papier aurait ainsi donné naissance à utie série de nuances depuis le blanc le plus éclatant jusqu'au noir le plus sombre, et n'aurait pas cessé, en réalité, d'être dn blanc très- éclairé, moins éclairé«peu éclairé, nullement éclairé.

Poussant à ses dernières limites cette comparaison certainement vraie, M. Soleil affirme que si le noir était visible, il serait visible comme blanc plus ou moins intense.

Nous adoptons pleinement celte manière de voir à laquelle le célèbre physicien Charles, dont M. Soleil suivit les leçons, attachait là plus grande importance. On ne sera donc pas surpris de retrouver du gris là où la théorie ei l'expérience, si elle avait pu être parfaite, annonçait ou devait donner dn blanc que l'absorption inévitable a transformé en blanc moins éclairé ; l^ëssentiel est que Ton n^apëf* çoive aucune couleur sensible là oà les nuances doiVent se neutt*à* liser.

Le second prifidpe qti'il faut poser, c*ést que Newton a eu glrand tort dé céder àut idées IhéoHqués qui Itii ont fait distinguer dans le spectre et désigner d'un nom particulier la nuance Indigo. Cette sei^liètiie couleur brôttille tout, et fait disparaître complètement h symétrie et lei lois qui sont la conséquence de la symétrie. Il importe gràndénl^iît qile toutes les couleurs qui ont reçu un nom particulier aient leui* bouleur coiUplémentàfre, séparée, elle aussi, des innombrables nuances que l'œil peut distinguer; or, l'indigo n'a pas de Couleur complémentaire parmi les couleurs classées et désignées par une dénomination spéciale : donc il faut bannir l'indigo de l'échelle Condamentate des couleurs, et le reléguer parmi les nuances innommées. C'est I comme on l'a vu, ce qu'a fait M. Forbes^ le célèbre professeur d'Edimbourg.

Ces principes posés, voici les faits ou les lois que le cfaromascope de M. Soleil met en évidence :

l* Les six verres superposés, ou l'ensemble des six couleurs fon* damenlales donnent du blanc. Comme l'absorption des six verres réunis est énorme, le blanc paraîtra noir si on regarde une lumière

très-faibte, la lumière d*aa jour sombre; gris obscur avec la lainière d'une lampe ; gris clair avec la lumière de Drummond ou la lumière électrique ; blanc pur, si à travers cet ensemble on regarde le soleil éclatant.

2® Des six couleurs du cbromascope trois sont ordinairement considérées comme couleurs principales on primitives : ce sont le rouge, le jaune et le bleu ; les trois autres prennent le nom de couleurs secondaires ou consécutives: ce sont Forangé, le vert, le violet. Mais, qu'on le remarque bien, fl y a loin de cette classification plus ou moins arbitraire à la théorie de M. Brewster, qui veut que toutes les couleurs du spectre, à l'exception du rouge, du jaune et du bleu, soient composées en elles-inême et de fait, aux points ou elles apparaissent dans le spectre, parce que le spectre, suivant lui, serait la superposition de& trois couleurs principales. Nous avons vivement combattu cette théorie, et M. Soleil^ la repoussant avec noos, reconnaît que les couleurs secondaires en elles-mêmes et dans le spectre sont aussi simples que les couleurs primitives, aussi bien définies par leur réfrangibiliié propre et leur longueur d'ondulation.

3* Les couleurs principales, superposées de deux en deux, rouge et jaune, rouge et bleu, jaune et bleu, donnent des nuances ou couleurs très-semblables aux couleurs secondaires, orangé, vert, violet, comme on peut s'en assurer en r^ardant une lumière vive à travers les deux verres rouge et jaune, et le verre orangé ; à travers les deux verres rouge et bleu, et le verre violet; à travers les deux verres jaune et bleu, et le verre vert; la différence, quand elle existe, n'est due qu'à l'absorption, à une addition de gris.

il'' Réciproquement, les couleurs secondaires, superposées deux a deux : orangé et violet, orangé et vert, vert et violet, donnent des nuances ou coaleurs très-semblables aux couleurs principales, rouge, jaune, bleu ; on s'en assure de la même manière, mais ici l'absorption joue un rôle beaucoup plus grand encore.

5* Les trois couleurs principales superposées donnent du blanc ; il en est de même des trois couleurs s<>condaires mélangées, et parconséquent de l'ensemble des six couleurs, comme nous l'avons déjà remarqué.

6*" Prises deux à deux, à trois rangs de distance, rouge et vert,

GUROM^SCOPÈ DE M. SOLEIL. 1284

qa 1 et 4» oraogé et bieu, ou 2 et 5, jaune et violet, ou 3 et 6, les six couleurs donnent encore du blanc. Ces couleurs, qui, superposées, donnent du blanc, sont précisément les couleurs complémeniaires : ainsi le vert est coa]p!é nenialre du rouge, le bleu de l'orangé, le violet do jaune» et réciproquement. L'on peut dire encore que, si l'on divise le chromascope en deux groupes de trois couleurs, rouge« orangé» jaune ; vert, bleu, violet, chaque couleur du premier groupe sera la couleur complémentaire de la couleur correspondante du second groupe ; ou bien encore, si après avoir fait un groupe des trois couleurs principales on isole tour à tour une de ces couleurs, les deux couleurs restantes superposées donnent la lemle complémentaire de la couleur isolée ; ainsi le rouge et le jaune donnent de l'orangé, couleur complémentaire du bleu ; le rouge et le bleu donnent le violet, couleur complémentaire du jaune ; le bleu et le jaune donnent le vert, couleur complémentaire du roige. La même cbose a lieu pour les trois couleurs secondaires.

7* Si, tenant les six couleurs réunies, on les élimine tour 3i tour une à une, les cinq couleurs restantes superposées donneront la teinte complémentaire de la couleur éliminée ; ce fait évident à priori est immédiatement constaté par le cbromascope.

8* Enfin, ce joli appareil permet de répéter une expérience curieuse sur laquelle nous reviendrons plus tard. On prend deux couleurs complémentaires, on les rapproche, et retournant Tappareil, on (ait avec ces deu^ verres des lunettes pince-nez, composées tour à tour de deux verres très-dissemblablement colorés, rouge et vert, orangé et bleu, jaune et violet, et Ton est tout étonné, en regardant un papier blanc, de le voir avec sa blancheur ordinaire, sauf un peu de gris, quoique des deux yeux l'un voie le papier d'une couleur et l'autre de la couleur complémentaire. Pour que cette expérience réussisse pleinement, il faut que la vision soit parfaitement égale pour les deux yeux et que les axes optiques coïncident : si l'un des yeux était plus clairvoyant que l'autre, ou si le parallélisme des deux axes optiques était détruit, les deux couleurs ne se neutraliseraient pas.

Ce que nous venons de dire suffit pour montrer le parii que l'on peut tirer du chromascope, appareil nécessaire h tous les cabinets et

1282 DISPERSION ET REPRÉCTlOlf ^B LA LUMlàRB.

I toQS les cours ; nous n'entrerons dans aucun détail sur le mélange des couleurs.

La note originale de M. Ernest Brûcke, en démontrant Texistence du brun, remplit une lacune; il fallait que le gris-lavande de M. Herscbel, couleur désignée par un nom particulier, trouvât enfin fa couleur complémentaire.

De V existence de la couleur brune^ par M. Ebnest Brugke.

Le brun manque dans le spectre prismatique, et ses rapports avec les couleurs de ce spectre sont encore inconnus. Tout le monde cependant, dit M. Briicke, peut se convaincre aisément que le brun n*est rien autre chose que la couleur complémentaire des rayons que M. Herschel a appelés gris-lavande, ou la couleur que donne la lumière blanche quand on lui a enlevé les rayons gris-lavande. Pour le démontrer, on prépare une lame de gypse, chaux sulfatée cristallisée, de telle sorte que sur un bord elle soit aussi mince que possible, et qu'à partir de ce bord Fépaisseur augmente graduellement, par larges gradins, comme une terrasse. On place une de ces lames sous un microscope muni de deux prismes de JNicol, Tun audessous de Tobjectif, l'autre dans Toculaire, et on la dispose de telle manière que les prismes étant parallèles/et le pouvoir grossissant linéaire d'environ 20 diamètres, à une distance de huit pouces, le bord le plus mince soit dans le champ de la vision. Si réellement te bord est assez mince, il paraîtra tout à fait incolore ; mais à mesure qu'on fait arriver dans le champ une couche de plus en plus épaisse, on voit naître une teinte brune semblable è celle que laisse passer ou transmet une plaque très-mince de corne ; peu à peu ce brun devient plus foncé et prend enfin une couleur intense brunnoisette sans mélange d'aucune des couleurs ordinaires du spectre que présentent les portions les plus épaisses de la lame, il est évident que la lame, au bord où elle parait incolore est si mince, que la différence de marche du rayon ordinaire et du rayon extraordinaire, à leur sortie, ne s'élève pas à la moitié de la longueur d'onde correspondante à une couleur quelconque. Il ne pourrait donc pas y avoir encore intervention des rayons réfractés connus : ceux-ci n'apparaissent que lorsque l'épaisseur 4e la lame est devenue plus grande,

I^ISPERSIOM INTJÉRIEURE DB LA LUMIERE. iS83

el k coolenr brune ne peut être produite, par conséquent, que par Fabsence des rayons gris-lavande de la lumière composée. L'exactitude de cette conclusion est facile à vérifier. £n plaçant les prismes à angle droit, on voit que, tandis que toutes les autres couleurs de la lame sont remplacées par leurs couleurs complémentaires bien connues,, la portion qui s'était montrée précédemment brune se colore en gris-lavande, et Tintensiié de cette couleur est proportionnelle à l'intensité du brun précédemment observé au même point.

Il est bon peut-être de rapprocher des phénomènes de la disper^ sioR ordinaire certains faits de dispersion ou de diffusion lumineuse, étudiés, dans ces dernières années, avec plus de soin, par AIM. Brewster, Dupasqnier et Haidinger,

Noos empruntons à la Bibliothèque universelle de Genève la traduction d'un mémoire important de M. Brewster, sur un sujet peu exploré encore.

Sur la décomposition et la dispersion de la lumière dans IHntérieur des corps solides et fluides^ par SiR Dâyid Brewster.

« Haûy et d'autres minéralogistes ont observé les deux couleurs qui 8c voient dans diverses variétés de spath-fluor. Le célèbre minéralogiste regardait les deux teintes comme complémentaires, et les expliquait, ainsi que tous les phénomènes semblables, par analogie avec les couleurs des plaques minces. En décrivant une espèce de diocbrolsme indiqué par le docteur Front dans les purpura tes d'ammoniaque et de potasse, sir J. Herschcl attribue «la couleur verte réfléchie à une conformation particulière des surfaces vertes, pro> duîsant ce qu'on pourrait nommer une couleur superficielle^ analogue à celle des plaques minces et des surfaces striées et ponctuées. Puis il ajoute : « On trouve un exemple remarquable de cette couleur superficielle, différente des teintes transmises, dans le fluor d'Alston-Moor, dont les surfaces naturelles ou artificielles montrent, sous des illuminations convenables, une teinte d'un bleu foncé qu'aucun polissage ne fait disparaître. M. Brewster ayant observé, il y a plusieurs années, la même propriété dans les fluors du Derby-shire, il Tétudia avec une attention spéciale, et communiqua ses résultats, en 1838, à l'Association britannique réunie à Newcastle. Il trouva que, dans tous les échantillons où elle existe, cette cou-

leur est due à une réfleision intérieure et uullèment superficielle. » Cette même propriété de dispersion intérieure a été observée dans trente on quarante solutions diverses de la matière colorante des végétaux dans l'eau ou l'alcohoL Les solutions les plus remarquables s'obtiennent avec les feuilles du laurier commun, traitées à resprîtdeTin. D*abord d'un vert brillant, elle passe à une belle couleur olive; mais dans tous ses degrés, elle disperse une lumière d'un rouge de sang vif, qui contraste d'une manière frappante avec la teinte transmise. Après une longue exposition è la lumière, cette teinte disparaît presque entièrement, tandis que la lumière dispersée conserve sa couleur rouge. Un autre exemple de dispersion intérieure se trouve dans la solution alcaline ou alcobolique d'une poudre résineuse produite par l'orcine mise en contact avec l'oxygène atmosphérique. Brun-rougeâtre par transmission, elle renvoie un vert excessivement riche par réflexion.

» Depuis que ces expériences ont été faites, mon attention, dit M. Brewster, a été excitée par deux intéressants mémoires de sir John Herschel, publiés dans les Transaeu philos, pour 18^5 ; l'un, sur un cas de couleurs superficielles, présenté par un liquide homogène inté' rieurement incolore; l'antre^ sur la dispersion épipolique, ou superficielle, de la lumière. Ces deux mémoires se rapportent principalement aux phénomènes de dispersion colorée, tels que les présente une solution étendue de sulfate de quinine dans de l'acide sulfurique faible. Comme la solution est à peu près incolore par transmission, le phénomène général est très-beau. La ligne de lumière bleue brillante, dispersée par la couche de fluide qui est immédiatement audessous de la surface d'incidence, et qui a environ 1/50 de pouce d'épaisseur, paraît être limitée à cette couche ; et c'est à cet égard seulement que le phénomène diffère de celui que présentent le fluor et les solutions végétales. Voici le résultat de mes recherches nouvelles sur l'ensemble de ces singulières apparences.

Sur la dispersion intérieure du spath^fluor.

» Il y a un grand nombre de variétés de ce minéral, par lesquelles la lumière n'est point dispersée : telles sont les variétés jaunes, rouges, bleues brillantes ; au contraire, l'effet a lieu principalement dans le fluor vert d'Aîston-Moor et dans quelques variétés roses et jaunes-

DISPERSION lISTËRIEtiRE DE LA LUMIERE. 4285

bleuâtres du Derby shirc. Afin d'obscrTer les phéncfUiènes de la dispersion le plus distinctement possible, je fais passer un rayon condensé de lumière solaire à travers réchantiilon, après l'avoir partiel-

lement couvert de cire ou de velours noir. Dans quelques cas, le rayon se disperse en partie avec une belle teinte bleue, à partir de chaque portion du solide qu'il traverse; mais dans d*aulres échantillons, composés de couches différemment colorées et parallèles aux faces du cube, le phénomène est très -différent. Le faisceau de lumière introduit est croisé par des bandes de lumière dispersée, dont les teintes et les intensités diffèrent beaucoup. Dans certain cristal, la lumière rose était dispersée par la couche immédiatement au-dessous de la couche d'incidence ; la couche suivante ne produisait aucune dispersion; la troisième, qui était mince, dispersait une lumière d'un blanc brillant; venait ensuite une couche non dispersante, puis alternativement d'autres couches avec ou sans dispersion, et qui faisaient jaillir cette belle couleur bleue dont nous avons parlé.

» Ces résultats, que j'ai montrés à différentes personnes, sont inconciliables avec ceux obtenus par sir John Herschcl, sur cette même variélé de spath. Ce physicien regarde la lumière bleue dispersée comme uniquement épipolique^ « tellement qu'on pourrait la rapporter à une texture particulière de la surface résultant de la cristallisation, si elle ne paraissait également sur une surface taillée et polie artificiellement. »

» Si je devais hasarder une conjecture sur la cause de cette différence dans nos^ésultats, je Tattribuerais à la différence d'intensité de la lumière avec laquelle les observations ont été faites. Tandis

que j'employais un faisceau condensé de lumière solaire, sir John Hen<chcl faisait u.^age de la simple lumière du jour. En étudiant les phénomènes de la solution de quinine, il l'exposa « à la forie tnmière du jour ou du soleil, » et dans une autre expérience qui exigeait nécessairement un puissant éclairage, « il fit tomber de baut en bas, sur la surface du cristal, un rayon solaire qui avait subi la réflexion totale contre la base du prisme, » et dont l'intensité était réellement inférieure à celle de la lumière du soleil. £n parlant du fluor, il dit que la couleur épipolique est vue en perfection « lorsqu'on emploie la lumière du jour près d'une croisée. » Une lumière aussi faible m'aurait empêché de voir les phénomènes que j'ai décrits^

et c'est surtout rintensité de celle que j'ai employée qui m'a permis d'établir, de la manière la plus positive, que la lumière bleue dispersée par le spath-fluor est réfléchie par tontes les parties de Tintérieur du cristal, et qu'elle n'est produite ni par une action absolument ou partiellement superficielle, ni par une tranche seulement située près de la surface.

n Sir John Herscbel dit que le spath vert d'Alston-Moor est le seul solide dans lequel il ait observé une teinte épipolique. C'est le seul minéral dans lequel j'aie trouvé une dispersion intérieure ; bien entendu que je ne parle pas des corps qui présentent des phénomènes analogues d'opalescence et de chatoiement ; mais j'ai découvert différents verres qui la possèdent II en est un, en particulier, d'une teinte jaune, qui disperse aussi du vert^ et un troisième orangé^ qui disperse des rayons d'un vert blanchâtre. Dans ces différents cas, le verre a une couleur propre bien décidée; j'ai trouvé encore plusieurs échantillons de flint et de verres communs incolores, qui dispersent une magnifique couleur verte.

Sur la dispersion intérieure de la solution de sulfate de quinine.

» Sir John Herscbel décrit la dispersion épipolique de cette solution comme « occupant un parallélogramme très-étroit, large d'environ 1/50 de pouce, teint d'un bleu vif et presque uniforme sur toute son étendue. » Mais, en faisant tomber perpendiculairement un rayon solaire sur la surface, il observa qu'une lumière bleue faible s'étendait au-dessous de cette ligne, à environ un demi-pouce plus bas, ce qui permettait de soupçonner qu'une petite partie de la dispersion a lieu dans l'intérieur du milieu à des profondeurs appréciables. L'emploi d'un rayon solaire concentré fait disparaître immédiatement toute hésitation, et montre que ce phénomène est produit par une dispersion intérieure, et ne diffère que par la loi de son intensité de ceux qui ont été décrits précédemment »

M. Brewster entre ici dans une discussion des expériences de l'illustre astronome anglais, et arrive aux conclusions suivantes :

« 1* Un rayon qui a été épipolisé, c'est-à-dire dispersé par Taction d'un solide ou d'un fluide, est capable de supporter une nouvelle dispersion, pourvu que l'épaisseur du milieu ne soit pas assez grande pour avoir dispersé tous les rayons qui peuvent l'être;

DI8PBR810N INTÉRIEVRE M LA LUMièBB. iS87

3* Lorsque le milieu est ainsi devenu incapable de disperser une plus forte quantité de lumière, ce n*est point parce qu'il a perdu une propriété qu'il possédait dans l'origine, mais parce qu'il a été privé de tous les rayons dispersibles qu'il renfermait.

» Gest sans doute un fait intéressant, qu'un petit nombre de rayons différemment colorés , et dont le mélange constitue de la lumière bleue, possèdent la faculté d'être dispersés, tandis que d'autres rayons, presque de même réfranglbililé, sont moins dispersibles, ou, en apparence, indispersibles parle même milieu. Mais l'anomalie disparaîtra en partie si on se reporte à certains phénomènes de dispersion qui offrent la même propriété.

» La différence entre Vabsorptim et la dispersion intérieure de la lumière ne réside qu'en ce que, dans le premier cas, la portion de lumière enlevée au faisceau introduit est éteinte et rendue invisible , tandis que , dans le second , elle est dispersée et visible. On peut comparer ces deux ordres de phénomènes , en supposant que la lumière éteinte par l'absorption devient visible par la dispersion. Or, il est à remarquer que la presque totalité de la lumière bleue , absorbée par l'orpiment natif, est éteinte pendant le passage du rayon à travers la première couche , dont l'épaisseur est plus petite qu'un cinquantième de pouce; ce qui explique pourquoi la plus mince lamelle de ce minéral a une teinte jaune presque aussi foncée que la plus épaisse. Si la dispersion pouvait faire voir les rayons bleus absorbés, on aurait un exemple d'épipolisme ou de dispersion confinée à la première couche , plus remarquable encore que celui de la solution de quinine.

» La ligne bleue de l'orpiment est produite essentiellement par les espaces violets , indigo et bleu , et en partie par le vert , le jaune , l'orangé et le rouge, tandis qije celle de la solution de sulfate de quinine provient de portions presque égales des espaces colorés, le rouge excepté. La limitation des rayons Capables d'être absorbés , comn^e celle des rayons dispersibles dans la solution , est mise en évidence par rinfluence des différents corps sur le spectre. Ces corps changent la couleur de certains espaces du spectre , sans continuer à absorbef les rayons restants ; en d'autres termes, lorsque les rayons absorba^ Ues oat été détruits piir une certaine épaisseur do corpi • m^ ^is-

seur additionneHe n'agit plus que très-faiblement , comme dans laso* lulion de quinine» pour altérer la couleur du faisceau.

» J*ai indiqué ces analogies entre les phénomènes de rabsorpiion et de la dispersion » afin d'aborder le cas de la ligne bleue brillante des solutions de quinine. La dispersion produite dans le spath-fluor par la première couche est loin d'être très-considérable » et le faisceau introduit est dispersé presque aussi abondamment après qu*avant son passage à travers deux ou plusieurs couches, qui ne produisent pas de dispersion. Lorsque la dispersion intérieure a lieu dans les fluides colorés ou dans les solides, il devient intéressant d'examiner rinfluencede l'absorption. Avant d'être dispersée, la lumière a la même couleur que celle qui entre ; si elle devait émerger en ce point de sa course^ et si on l'étudiait dans un azimut de 90", on trouverait qu'une partie de la lumière dispersée possède cette couleur, et cette partie croîtrait avec l'azimut de 90» à 180**. Pour ne mettre en jeu aucune influence étrangère , il faut diriger le faisceau introduit pa* rallèlement à la surfacç du liquide ou du solide, de manière qu'il ne fasse que le frôler. Par ce moyen , la lumière dispersée ne change pas de route pour atteindre l'œil après la dispersion. Lorsque le faisceau traverse le milieu coloré sans qu'on observe cette précaution, il subit encore une absorption proportionnelle à l'épaisseur de la substance qu'il traverse, et disparaît quelquefois entièrement C'est ce qui se voit surtout dans les solutions foncées, qui dispersent un rouge ou un vert brillant; la couleur du premier devient vert^jau^ nâtre et blanchâtre , celle du second jaune-blanchâtre.

Sur la polarisation de la lumiète dispersée.

» Comme la lumière dispersée est détournée de sa route par ré* flexion , et qu'elle se réfléchit sous des angles qui sont propres à la polariser^ on pouvait prévoir qu'elle était au moins partiellement po* larisée. Sir John Herschel l'ayant examinée à Taide d'une toormaline, n'aperçut aucun signe de polarisation. Mais la méthode que j'ai adoptée, et qui consiste à employer un mince faisceau cylindrique d'une lumière intense^ m'ayant permis d'obtenir un faisceau dis» perse brillant et long de plus d'un pouce , j'ai découvert qu'il est |)0< larisé.

- » En examinant le faisceau bleu d'une soltitimi de quinine av<ee nii

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