PRÉFACE
Cet ouvrage est commencé depuis trop longtemps; la première section fut ébauchée d'abord dans le journal V Institut ^ excellent recueil qui a obtenu un succès mérité. Notre pensée a été plus tard mieux développée dans la Revue scientifique du docteur Quesneville. C'est même aux encouragements flatteurs dont nos articles furent l'objet qu'est due la publication de ces volumes. Un grand nombre d'hommes honorables nous ont pressé de réunir en corps d'ouvrage une série de dissertations qu'ils avaient jugées pleines d'intérêt: nous avons cédé à une si douce invitation.
La partie la plus importante de ce livre est l'explication raisonnée des phénomènes de l'optique moderne dans les deux systèmes de l'émission et des ondulations» et la comparaison délicate de deux théories qui, naguère encore, diviflaient le monde savant. L'illustre secrétaire de l'Académie des sciences, l'homme sans contredit le plus compé-
Il PRÉFACE.
tent dans ces belles matières , M. Arago , a depuis longtemps annoncé qu'il s'occupait activement et de cette explication et de cette comparaison difficiles : n'est-ce pas une témérité pour nous que d'avoir osé le devancer ? Mais la forêt était vierge encore , et M. Arago nous pardonnera d'avoir frayé le sentier obscur qui, sous sa main toute-puissante , deviendra» nous n'en doutons point, une voie large et inondée d'une lumière tellemeot éclatante qu'elle frappera les yeux les plus Volontairement fermés.
Depuis la publication incomplète que ces feuilles ont reçn^deinsldi Ret/ue scientifique f un autre. académicien non moins célèbre , M. Biot» a écrit sur le même sujet, dans le Journal des suivants, de belles et séduisantes pages, dont les tendances sont bien différentes des nôtre Jl Le mouvement ondulatoire des molécules de l'éther n'est pas pour nous une hypothèse, mais une réalité : l'explication des phénomènes de la lumière par les ondulations étbérées n'est plus à nos yeux un système , mais une théorie pleinement confirmée par l'ensemble et le détail des faits ; M« Biot doute encore , et il enveloppe habilement d'un nuage d'in* certitudes les grandes et fécondes conceptions de Fresael, en regrettant toutefois que Fresnel n'ait pas assez vécu pour achever sou ceuvre. Heureusement que ce nua^e est une vapeur légère que l'ombre de l'immortel physicien suffit à dissiper : il nous sera facile de prouver que les hésitations de M. Bidt ne sont ni justifiables ni jtlistifiées.
On trouvera aussi dans ces deux volumes l'analyse complète de tous les mémoires relatifs aux phénomènes de la lumière , publiés en France , en Angleterre , en
AUemagMt en Amériqae et en Italie, A dàfaut d'aolre mé-rite, cette analyse» qu'on ne trouverait nulle part ailleuna» fera» nous l'eapérons, rechercher cet ouvrage p aoit par les sa^aAte étraogera» heureux de se voir» enfin» connus et ap« préciés en France» soit par nos compatriotes auxquels ttoos offirons un moyen facile d'échapper A un reproche qm n'est pas sans quelque fondement» celui de reeler trep em dehors des progrès que la science fait cbes les nations rivales.
Depuis que l'impression de ce premier volume est achevée» la science d^ l'optique a fait de nouveaux pas : 1IM« Faraday et Wheatstone en Angleterre s Hatdinger et Neef en Allemagne; Fiteau» Foucault et Soleil en France i ont réalisé d'heureuses découvertes, constaté des propriéMs ignorées de la lumière , conçu des expériences nou velles et ingénieuses, etc.» etc.; notre seconde partie, qui ne tardera pas à paraître» analysera ces divers travaui; et , redevenu complet, ce répertoire ne laissera , nous l'eà* pérons, rien à désirer, du moins comme expression fidèle et rapide des progrès de la science.
Lin mot sur la forme de notre rédaction. Nous avons voulu parler à tout le monde , être compris de tout le monde; il fallait dès lors s'astreindre à une exposition physique , soutenue seulement et éclairée par des formules élémentaires et faciles ; il fallait renoncer à donner des démonstrations qui ne pouvaient devenir rigoureuses que par l'emploi du calcul intégral. On ne doit donc pas chercher dans ce premier ouvrage une théorie mathématique complète des phénomènes de la lumière : c'est une lacune, nous le savons» mais on ne peut tout entrepren-
IV PRF.PAOE.
dre à la fois , et chaque chose doit avoir son temps. Après avoir répondu aux désirs du plus grand nombre , et si M. Cauchy ne s'est pas décidé ou ne se décide pas à compléter et à publier l'ensemble de sa grande synthèse, nous essaierons une fois encore de le remplacer, en surmontant la répugqance que nous inspirent le sentiment de «notre impuissance et la conviction intime que nous ne sotilimespas assez à la hauteur de cette difficile mission; Heureusement que notre savant ami H. Von Ettingshausen » de Vienne, Thomme* le mieui initié aux travaux de M. Cauchy, nous annonce la prochaine impression de ses I^eçons de physique mathématique; il nous ouvre la voie ; guidé dans le labyrinthe par sa main habile, nous arriverons mieux au terme.
Ajoutons, enfin, en terminant, que si cette nouvelle tâche n'est pas vraiment au-dessus de nos forces, nous donnerons, à la fin de la seconde partie : 1** la littérature complète de Toptique; 2<* le catalogue raisonné et figuré dos propositions à démontrer, des expériences qui constituent la démonstration, et des appareils à l'aide desquels se font les expériences. Nous, aurions ainsi comblé tin grand vide, et satisfait h un immense besoin.
Paru, ce 15 août 1845.