Élections législatives. Scrutin de ballottage
23. — A Versailles, ouverture, devant la Cour d’assises présidée par M. Périvier, du second procès Zola. Arrêt rejetant les conclusions d’incompétence prises par la défense. Pourvoi en cassation contre cet arrèt.
A la sortie, manifestations hostiles contre Zola. On tente de se jeter sur l’automobile où il a pris place avec quelques-uns de ses amis. Esterhazy est au premier rang des manifestants. De son côté, Picquart est l’objet d’injures et de menaces à son départ de Versailles et à son arrivée à la gare Saint-Lazare.
— Le Petit Journal, sous la signature de Judet, accuse de détournements le père d'Emile Zola.
— Esterhazy adresse à Picquart une lettre de provocation.
— Vervoort, directeur du Jowr, assigne en police correctionnelle les journaux les Droits de l'Homme, l’ Aurore et le Sifflet.
24. — Le juge d'instruction Bertulus, après une information de plusieurs mois, rend une ordonnance établissant l’authenticité des lettres d’Esterhazy à M"° de zoulaney, et notamment celle de la lettre « du Uhlan », contestée par Esterhazy.
— ola poursuit en diffamation Marinoni et Judet, directeur et rédacteur du Petit Journal.
— Le Siècle publie, d’après {a Réforme de Brurelles, une seconde déclaration de Casella, relatant de nouvelles conversations entre Panizzardi et lui : la pièce « ce canaille de D... » serait un faux, et Panizzardi serait prêt à reproduire, sous
— 175 — Mai 1898.
la foi du serment, les déclarations de Schwartzkoppen au sujet de l’espion Esterhazy.
25. — Picquart déclare qu'il ne répondra pas aux provocations d'Esterhazy, « qui appartient à la Justice du pays ».
26. — Le ministre de la Guerre communique au juge d'instruction Bertulus la lettre signée Espérance, qu'Esterhazy prétend avoir reçue à Dammartin, le 20 ou le 21 octobre 1897. (Cass. : II, 269.)
— Un certain nombre de témoins du procès Zola offrent en souvenir à Grimaux, la Pensée, de Chapuis.
— Jacques de Biez ayant publié une brochure sur le Solécisme du bordereau et les lettres de Dreyfus, Louis Havet, de l’Institut, Jacques Bahar et Hauser réfutent ses appréciations. (Siecle des 26, 27 et 29 mai.)
27. — Duel à l'épée entre Gérault-Richard, rédacteur en chef de Za Petite République, et Henri Rochefort, rédacteur en chef de l’Intransigeant. Ce dernier est blessé.
28. — Rapport d'ensemble sur l'affaire Dreyfus, dit rapport Wattinne, (Voir fin avril).
Ce travail, rédigé par M. Wattinne, sur l’ordre du général Billot, est signé par le général Gonse et visé par le général de Boisdeffre. En voici les conclusions :
Tout se tient dans cette affaire, et l’on comprend maintenant que l'officier intelligent,
mais aigri et dévoré d’ambition que ses camarades nous montrent, ait commis le crime qui lui est reproché.
Désigné par les lettres de Panizzardi, convaincu par le bordereau, accablé par l’enchaînement des preuves, aussi bien que par la correspondance postérieure où il est nommé en toutes lettres, Dreyfus a certainement trahi sa patrie, et l’on peut affirmer
en son âme et conscience, avec les juges du Conseil de guerre de 1894 : Oui, Dreyfus est coupable !
— Dans l'Aurore, Zola défend son père contre les imputations de Judet.
29. — Drumont, débarquant à Marseille, est l’objet d’une manifestation hostile de la part des socialistes de la ville. Marchal, Morinaud, Firmin-Faure, députés, et lui, télégraphient au ministre de l’Intérieur que « toute violence contre eux sera le signal de représailles générales et de catastrophes en Algérie »,
30. — Rentrée de Drumont à Paris. Manifestations antisémites sur les boulevards. Hayard, chef des camelots, a déclaré plus tard qu'il était chargé, moyennant rétribution, de recruter les manifestants,
— 176 — Juin 1898.
1. — Date de l'inventaire du dossier secret de l'affaire Dreyfus, comprenant 298 pièces et signé du général Gonse.
— Rapport du général Lebelin de Dionne sur le passage de Dreyfus à l’École de guerre :
Le sieur Dreyfus, ex-capitaine d'artillerie, était sous mes ordres pendant les deux années passées par lui à l’École de guerre. Il était un officier intelligent, laborieux et doué d’une prodigieuse mémoire, et, quoique entré à l’école dans un très mauvais rang, il ne tarda pas à arriver en tête de sa promotion.
Sa manière d’être haineuse et cassante et ses propos inconsidérés (il disait notamment devant ses camarades que les Alsaciens étaient plus heureux sous la domination allemande que sous la domination française) lui avaient attiré l’antipathie de ses professeurs et de ses camarades.
Sa conduite privée n’était pas bonne, car, jeune marié, il ne craignait pas de se montrer avec des filles. J'ai eu des reproches à lui faire à ce sujet. J'ai vu beaucoup d'officiers israélites à l’École de guerre; j’affirme qu'aucun d'eux n’a été l'objet de l’animosité ni de ses chefs, ni de ses camarades, et s’il n’en a pas été de même pour le nommé Dreyfus, cela tenait à son détestable caractère, à l'intempérance de son langage et à une vie privée sans dignité, et nullement à sa religion.
P.-S. — J'ajoute qu'au moment de ses examens de sortie de l’École de guerre, Dreyfus est venu me demander de relever sa cote d'aptitude, prétendant que, pour son examen d'artillerie, il avait été victime d’une injustice. J'ai refusé d'accéder à ce désir pour les raisons indiquées ci-dessus.
Voir les notes données à Dreyfus par le général Lebelin de Dionne (fin de 1892).
— Le grand chancelier de la Légion d'honneur avise le colonel Perrossier que la plainte qu'il a déposée contre Émile Zola en son nom et au nom d’un certain nombre d’anciens militaires sera soumise au Conseil de l’ordre.
— On apprend que le ministre de la Guerre a réuni quelques officiers généraux et dignitaires de la Légion d'honneur pour examiner le cas d’Esterhazy, chevalier de la Légion d'honneur, et qu'aucune mesure ne sera prise contre ce dernier.
2. — Deschanel est élu président de la Chambre, contre Brisson, par 282 voix contre 278.
— Clemenceau établit, dans l’Aurore, que la citation, pour fait de guerre pendant la campagne de Tunisie, inscrite au livret militaire d'Esterhazy, était un faux. Le général Guerrier fit rayer cette citation des états de service d'Esterhazy. Elle n’en figura pas moins dans le dossier qui fut envoyé au général de Luxer, président du Conseil de guerre. (Voir Cass. : dép. Guerrier, 1, 616.)
3. — Marc Lafargue, rédacteur à l’Aurore, interviewe le général de Loverdo,
au sujet du père de Zola, et reçoit de lui des déclarations différentes de celles que le Petit Journal a publiées.
— Duel entre Maurice Charnay, de la Petite République, et Daniel Cloutier, de l’Intransigeant. Charnay est blessé,
TR Juin 1898.
4. — Joseph Reinach publie dans /e Siècle un article intitulé : les Enseignements de l'Histoire, où il analyse et reproduit en partie un article de M. Conybeare, dans la National Review, sur l'affaire Dreyfus-Esterhazy.
— Première assemblée générale de la Ligue française des Droits de l'homme.
Le Comité est constitué. Il est composé de: MM. Arronsart, Bizet, Bourdon, Buisson, Clamageran, Delpech, Duclaux, Fontaine, Froedel, Giry, Grimaux, Yves Guyot, Havet, docteur Héricourt, docteur Hervé, Isaac, Lapicque, Paul Meyer, Marillier, Natanson, Paul Passy, de Pressensé, Psichari, Ranc, Paul Reclus, J. Reinach, docteur Richet, Seignobos, Trarieux, Vaughan et Viollet, M" Fontaine, Schmahl et Salomon.
Voir au 20 février.
5. — Le député Castelin annonce, dans le Jour, qu'il interpellera le gouvernement au sujet de l’article publié la veille par Le Siécle.
6. — De nombreux comités socialistes votent des ordres du jour flétrissant Rochefort.
7. — Le conseil des ministres décide d'accueillir favorablement les recours en grâce présentés en faveur des auteurs des troubles d'Alger, notamment de Max Régis.
8. — Le garde des Sceaux reçoit Drumont, Marchal, Firmin-Faure et Morinaud, et leur annonce la décision prise la veille en faveur des auteurs des troubles d'Alger.
Les députés d'Algérie trouvent cette mesure insuffisante; ils demandent la révocation de nombreux magistrats algériens.
— Réunion socialiste au Tivoli Vaux-Hall, sous la présidence de Jaurès. Rochefort y est exécuté.
— Le Gaulois demande qu’une mesure disciplinaire soit prise contre Mie Salomon, directrice du collège Sévigné, qui a adhéré à la Ligue pour la défense des Droits de l’ Homme et a été nommée membre du Comité.
— Le Nouvelliste de Lyon qualifie de «trahison envers le pays» l’article de Joseph Reinach, dans /e Siècle du 4 juin. En répondant au Nouvelliste, Joseph Reinach signale la falsification de certains passages de son article.
40. — Le Comité de la Ligue pour la défense des Droits de l'Homme et du Citoyen nomme son bureau : Trarieux, sénateur, président; Psichari, secrétaire, et Mathias Morbardt, trésorier.
— Judet, Millevoye et Rochefort attaquent violemment Joseph Reinach au sujet de son article du 4 juin.
11. — Rochefort préside, à la salle Vauthier, un banquet qui lui offert par ses amis. Des manifestations hostiles se produisent au dehors durant toute la soirée et une partie de la nuit.
12. — Le gouverneur de Paris est invité par le ministre de la Guerre à traduire devant un conseil d'enquête Joseph Reinach, capitaine de cavalerie territoriale, à raison de son article du 4 juin, jugé diffamatoire par ses chefs.
L'Intransigeant se flattera d’avoir obtenu du général Billot cette mesure, réclamée également par Cunéo d’Ornano, dans le Petit Caporal.