Lettre de Dreyfus à sa femme
...Tout ce que je veux te dire toujours, c'est que la lumière sur cette tragique histoire, tu dois la réclamer, la vouloir, la poursuivre inflexiblement, sans jactance, sans passion, mais avec le sentiment inébranlable de ton droit, avec ton cœur d’épouse et de mère horriblement mutilé et blessé, avec une énergie et une volonté croissant chaque jour avec tes souffrances.
— Francis de Pressensé, Morhardt et Vaughan ayant organisé une grande réunion publique salle Wagram et payé le prix de la location, persistent à tenir cette réunion, malgré le refus de l'administrateur de leur livrer la salle. La police refoule avec brutalité les revisionnistes. Une bande de ligueurs, convoqués par Déroulède, intervient. Des rixes s'engagent. Pressensé, Morhardt et Vaughan sont arrêtés, quarante arrestations sont opérées. — Manifestation royaliste aux Champs-Elysées. — Manifestation revisionniste, dans la soirée, devant /a Libre Parole, l'Intransigeant et l'EÉclair. (Vaughan, Souvenirs sans regrets, 145.)
3. — Le Matin publie un article de Strong, complétant les articles de l'Observer sur les déclarations d’Esterhazy. « Je suis l'homme de l’Etat-Major », aurait dit Esterhazy. C’est aussi par ces mots qu'il aurait commencé un mémoire adressé au cell d'enquête devant lequel il comparut. (Voir au 24 août et au 25 septembre.)
— La Gazette de Cologne affirme que le gouvernement allemand n’a pas l'intention d'intervenir dans l'affaire Dreyfus. L'ouverture de la revision est une raison de plus de s’en tenir aux déclarations faites par le chancelier Bulow.
— La Capitale, de Rome, signale la présence, en cette ville, de du Paty de Clam, qui voyage sous le nom de comte Marcois de Beel.
4. — Le Petit Bleu du 15 octobre prétend qu'à cette date, des généraux se seraient réunis secrètement chez Paul Déroulède, en présence de Gyp (M"° de Martel) pour la préparation d’un coup d'Etat orléaniste.
— Le Daily News raconte que, sur de faux rapports d’Esterhazy, l’Etat-Major italien, croyant que la France pouvait mobiliser quatre corps d'armée contre l'Italie en dehors des 14° et 15° corps, aurait alors accru ses garnisons et construit de nouveaux forts, et que la France aurait été contrainte de l’imiter.
La EC à
— 94 — Octobre 1898.
5. — Mathias Morhardt, secrétaire général de la Lique des Droits de l'Homme, dépose au parquet des lettres de menaces reçues par lui.
— Le député Pierre Vaux, fils du condamné de 1851, jadis hostile à la cause de la revision, déclare s’y rallier.
6. — M° Labori, avocat de Picquart, écrit au procureur général, pour protester contre le refus de l’autorité militaire de le laisser communiquer avec son client.
7. — Gaston Méry publie dans /a Libre Parole une interview de M"° Brisson mère, morte depuis 1896.
8. — Le Petit Journal publie force détails sur un retour mystérieux de Dreyfus qui serait prochainement amené au fort Bayard, puis au Mont-Valérien. L'Agence Havas dément dans la journée «ces assertions sans aucun fondement ».
— Au concours agricole du Mans, Cavaignac porte un toast au général Mercier.
— Conférence revisionniste à Dijon, irruption des antisémites, rixes et manifestations.
9. — Le procureur général Manau écrit au garde des Sceaux pour demander communication du dossier secret de l'affaire Dreyfus. {Siècle du 3 février 1899.)
— Nouvel article de Strong, dans l’Observer, sur les déclarations d’Esterhazy et sur les circonstances de son départ pour la Belgique. (Temps daté du 11 octobre. Voir aux 4 et 25 septembre et au 3 octobre.)
10. — Clemenceau signale au ministre de la Justice l'offre qui lui avait été faite, le 28 septembre, par une lettre signée de l’initiale M., d’un faux témoignage en faveur du colonel Picquart, à propos du petit bleu, et ce, moyennant salaire, — l'arrestation par la police du signataire, un nommé Marin, — les aveux de cet individu et sa mise en liberté par ordre du Parquet. (Aurore du 10 octobre.)