Lettre de Dreyfus à sa femme
Ma chère et bonne Lucie,
Quelques lignes, car je ne puis plus que me répéter, te faire entendre toujours les mêmes paroles de fermeté, de dignité, jusqu’au jour où j’apprendrai le terme de ce terrible drame judiciaire
C'est l’âme rassurée et confiante qu’il faut me remettre à la haute autorité de la Cour du soin d'accomplir sa noble mission de suprême justice.
26. — Le Gaulois annonce que les trois conseillers qui, à la Commission consultative, ont émis un avis défavorable à la revision, siégeront à l’audience des Chambres réunies.
— Publication du livre de Jacques Dhur : Le père d’Émile Zola. Les prétendues lettres Combe.
— Le Comité central impérialiste tente vainement de provoquer une manifestation militariste devant la colonne Vendôme.
— Jaurès fait à Troyes une conférence sur l'affaire Dreyfus.
— M. Bouglé, professeur à l’Université de Montpellier, fait à Nimes une conférence sur l'affaire Dreyfus.
27. — Le ministre des Affaires étrangères écrit au ministre de la Guerre (voir
aux 9, 10, et 12 février et au 17 avril) :
Monsieur le Ministre,
A la suite de votre lettre du 12 de ce mois, j'avais pensé que des explications personnelles pourraient aider au règlement de l'incident provoqué par la déposition de M. le capitaine Cuignet devant la Commission d’enquête de la Cour de cassation.
Jai le regret de constater qu'après plusieurs jours, je n’ai pas obtenu pour mon département la satisfaction que j'étais en droit d'attendre. Vous voulez bien me faire observer, dans votre lettre précitée, que le fait incriminé par le capitaine Cuignet se serait produit, non pas sous le ministère actuel, mais sous un précédent cabinet. Je reconnais volontiers que votre personne et la mienne sont étrangères au débat.
Je ne peux néanmoins admettre que le département à la tête duquel j'ai l'honneur
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— 965 — Février 1899.
d’être placé, et qui représente la France au dehors, voie sa bonne foi publiquement
suspectée, même dans le passé, par un de vos subordonnés accomplissant une mission officielle.
J'entends donc faire porter à M. le capitaine Cuignet la responsabilité entière de son accusation. Entre ses dires personnels et les affirmations officielles de mon département, la Cour de cassation prononcera.
La question sera nettement posée devant elle : Oui ou non, les corrections apportées à la version première du télégramme du 2 novembre 1894 sont-elles justifiées ?
Oui ou non, le colonel Sandherr a-t-il vérifié par une contre-épreuve l'exactitude du texte corrigé ?
Pour éclairer la Cour, je ferai placer sous ses yeux la série complète des dix-sept pièces authentiques, originales et concordantes que renferme le dossier cryptographique de l'affaire. Il sera loisible à M. le capitaine Cuignet d’opposer à ce faisceau de preuves le seul document sur lequel il a fondé son accusation, un document reconstitué à trois ans et demi de date, d’après les souvenirs de M. le commandant du Paty de Clam, mis depuis lors en non-activité par retrait d'emploi.
La Cour, ainsi édifiée, décidera si la bonne foi se trouve du côté de mon département ou du côté de M. Cuignet.